
La restauration scolaire doit être un bien commun de service public ..
Depuis hier, le repas à 1 euro est enfin accessible à tous les étudiants dans les restaurants universitaires Crous, sans condition de ressources. Ce n’est plus seulement une aide réservée aux boursiers ou aux étudiants identifiés comme précaires : c’est désormais une mesure générale.
Et il faut rappeler d’où vient cette mesure. Le repas à 1 euro pour tous les étudiants n’a pas été porté par la droite, ni par l’extrême droite. Il vient d’une proposition de loi déposée par plusieurs députés de gauche, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 23 janvier 2025.
Ce n’est pas un détail.
Derrière cette mesure, il y a une philosophie très simple : quand un besoin est vital, nous ne devons pas commencer par trier, contrôler, soupçonner, compliquer, humilier. Manger, se nourrir, ce n’est pas un confort. Ce n’est pas une récompense. Ce n’est pas une faveur accordée après examen du dossier. C’est la base.
Un étudiant qui saute un repas n’a pas seulement “un problème de budget”. Il a faim. Et il faut rappeler ce qu’est souvent la vie étudiante : un jeune en pleine construction, qui apprend à vivre seul, à gérer ses études, son argent, son logement, son avenir, parfois loin de sa famille. Ses journées sont souvent lourdes : cours, transports, travaux à rendre, révisions, examens, démarches administratives, inquiétudes financières. Beaucoup ajoutent à cela un job d’appoint, le soir, le week-end, parfois avec des horaires qui grignotent le sommeil et l’énergie. Alors quand ce jeune-là doit encore calculer s’il peut vraiment s’offrir un repas complet, nous ne sommes plus dans le détail. Nous sommes au cœur du problème. On ne construit pas sereinement son avenir avec le ventre vide.
Les Restos du Cœur rappellent eux aussi l’ampleur de cette réalité : sur la campagne 2024-2025, l’association indique avoir distribué 161 millions de repas à 1,3 million de personnes, dont 110 000 bébés de 0 à 3 ans. Les Restos font un travail immense. Heureusement qu’ils sont là. Mais quarante ans après leur création, leur nécessité permanente devrait nous alerter autant qu’elle nous émeut. Quand une association née dans l’urgence devient indispensable année après année, ce n’est pas seulement une belle histoire de solidarité. C’est aussi le signe qu’un pays n’a pas réglé un problème essentiel.
Au niveau national, le repas étudiant à 1 euro dit donc quelque chose de fort : la puissance publique peut décider de garantir, au lieu de trier. Et la même logique vaut pour les enfants.
Certaines communes ont déjà choisi d’aller plus loin en rendant la cantine scolaire gratuite. À Saint-Denis, par exemple, la ville indique que la cantine est 100 % gratuite pour l’ensemble des élèves scolarisés en écoles maternelles et élémentaires, avec réservation obligatoire pour limiter le gaspillage et organiser l’encadrement.
Ce choix coûte de l’argent, bien sûr. Mais tout coûte de l’argent. L’inaction aussi. La précarité, les enfants fatigués, les familles sous pression, les inégalités qui se creusent : tout cela a un coût. Simplement, celui-là est moins souvent présenté dans les beaux tableaux budgétaires.
Le vrai sujet est donc simple : qu’est-ce qu’une commune considère comme prioritaire ? La communication ? Les caméras ? Les grands événements ? Ou le fait qu’un enfant mange correctement le midi ?
Et maintenant, revenons à La Seyne.
À La Seyne-sur-Mer, le tarif de la cantine est déjà modulé selon les revenus. La Ville indique que le repas est facturé aux familles entre 1,50 € et 4,20 €, selon le quotient familial, pour un coût réel annoncé de 13,43 € par repas pour la collectivité. Cela signifie qu’un effort public existe déjà. Il faut le dire honnêtement.
Mais le sujet n’est pas de prétendre que rien n’existe. Le sujet est de se demander si ce qui existe suffit.
Quand les prix augmentent, quand les familles modestes et les classes moyennes comptent chaque euro, quand des enfants peuvent dépendre fortement du repas de midi, nous avons le droit de poser une réflexion simple : peut-on aller plus loin ? Peut-on imaginer une première tranche gratuite ? Peut-on tendre vers un repas à 1 euro pour les familles les plus modestes ? Peut-on construire progressivement une cantine réellement accessible à tous ?
D’autant que, dans notre ville, nous avons aussi connu une autre logique. Il y a quelques années, à La Seyne, certains voulaient choisir quels enfants pouvaient manger à la cantine. Les enfants de parents sans emploi étaient invités, en clair, à rester chez eux.
Comme si le chômage d’un parent devait devenir une sanction pour l’enfant. Comme si la cantine était une faveur accordée aux familles jugées “utiles”, et non un service public destiné aux enfants.
Nous étions plusieurs à l’avoir dénoncé publiquement à l’époque, notamment lors d’une conférence de presse. Et il fallait le faire. Parce que ce genre de décision n’est jamais seulement technique. Elle révèle une vision de la société.
Nous avons aussi connu les assiettes et les gobelets en carton pour des enfants. On dira peut-être que ce n’était “qu’un détail”. Mais dans une école, les détails parlent. Une assiette en carton, ce n’est pas seulement une assiette. C’est parfois une manière de dire : “On fait comme on peut, ce n’est pas si grave.” Mais pour un enfant, tout compte : la place à table, le repas, la manière dont il est accueilli, servi, considéré.
Et il faut dire autre chose, que l’on oublie trop souvent : le repas scolaire n’est pas seulement un moment où l’on nourrit les enfants. C’est aussi un temps éducatif. Les plus jeunes y apprennent à goûter, à découvrir des aliments, à comprendre ce qu’est un repas équilibré. Ils apprennent aussi à attendre leur tour, à parler moins fort, à écouter les autres, à partager une table, à respecter celles et ceux qui servent, accompagnent, nettoient, encadrent. La cantine, ce n’est pas seulement “manger vite entre deux leçons”. C’est une petite société en miniature.
Je peux en parler très concrètement. Pendant mes années d’enseignant, très souvent en ZEP, j’ai longuement “surveillé les cantines”, comme on disait. Le mot était pauvre, presque administratif. En réalité, c’était beaucoup plus que cela.
On y voyait des enfants fatigués, des enfants qui arrivaient avec une faim réelle, des enfants qui découvraient certains aliments pour la première fois, des enfants qui avaient besoin d’être rassurés, cadrés, accompagnés. Pour certains, ce repas était parfois le moment le plus stable, le plus complet, le plus calme de la journée.
Surveiller une cantine, ce n’était pas seulement vérifier que personne ne renversait son verre ou ne lançait une boulette de pain en orbite basse. C’était observer, aider, apaiser, expliquer, encourager. C’était faire de l’éducation, tout simplement.
Voilà pourquoi la cantine scolaire n’est pas un luxe municipal. C’est un service public d’éducation, de santé et d’égalité. Alors, à La Seyne, la bonne approche ne consiste pas à lancer une promesse magique du jour au lendemain.
La vraie démarche consiste à poser les choses publiquement : combien coûte réellement la restauration scolaire ? Combien de familles limitent ou renoncent à l’inscription ? Combien coûterait une première tranche gratuite ? Combien coûterait un repas à 1 euro pour les familles modestes ? Combien coûterait une progression vers une cantine réellement accessible à tous ?
Voilà du concret. Pas du slogan. Pas de la posture. Pas de la charité municipale distribuée à la tête du client. Une politique publique.
Parce qu’une ville se juge aussi à midi, dans une école, quand un enfant s’assoit à table. Il mange. Il reprend des forces. Il apprend aussi à vivre avec les autres. Il retourne ensuite en classe. Il n’a pas à porter sur ses épaules la situation sociale de ses parents.
Voilà la philosophie. La dignité ne devrait jamais être une exception. À La Seyne, nous avons connu des choix qui allaient dans le mauvais sens. Nous pouvons maintenant exiger l’inverse : une ville qui ne trie pas les enfants, mais qui les protège.
Par guy CALMES de L’APRES
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#LaSeyne #CantineScolaire #RepasÀ1Euro #JusticeSociale #Dignité
HUMANITE :Repas à 1 euro : une mesure contre la précarité des étudiants… qui risque de l’aggraver
À première vue, la mise en place, ce lundi, du repas à 1 euro pour tous les étudiants apparaît comme une bonne nouvelle. Mais, à y regarder de plus près, les syndicats s’inquiètent : et si cette mesure créait plus de précarité ?
À Paris, ils parlent de milliards. À La Seyne, cela se traduit par une porte qui ferme plus tôt.

Il y a une manière très simple de juger une ville : se demander si elle nous permet encore de nous arrêter.


A La Seyne le 1er adjoint Thierry Tidona agite le drapeau gaulliste ?
A La Seyne le 1er adjoint Thierry Tidona agite le drapeau gaulliste ?
Un mois après le séisme politique qui a traversé la deuxième ville du Var, dirigée depuis le front populaire par le PCF et des majorités de gauche, avant que la droite y mette fin, dans les années 1980 alors que la France basculait à gauche sous la présidence de Mitterrand. En même temps que la désindustrialisation se poursuivait, sonnant ici le glas des chantiers navals et des services publics privatisés à grande échelle. Les quatre ministres communistes quittant le gouvernement deux ans après leur entrée.
Qui, dans cette ville ouvrière très réactive à toutes les revendications, sociales et sociétales, aurait pensé qu’un jour l’extrême-droite pourrait s’installer à l’hôtel de ville ? Du moins à gauche car sous la houlette de la droite la sociologie de la ville a beaucoup changé au détriment des classes populaires.
En 2014, la gauche unie derrière le socialiste Marc Vuillemot avait été élue en triangulaire avec 11 511 voix (40,14%) et 65,69% de votants. Le FN (Guttierez) faisait déjà 8716 voix et 30,40% devant la droite unie (Vitel) 8 444 voix et 29,45%. (La division de la gauche mérite une approche approfondie sur le plan national et local qui s’avère complexe et nécessaire)
Six ans plus tard, il n’y avait plus que 35,65% de votants ! Le maire sortant de gauche ne fait plus au second tour que 5 429 voix et 33,44% des exprimés, moins de la moitié des voix six ans après ! Luc Patentreger candidat écologique obtenant au 1er tour 2 130 voix et 13,84%, sans désistement officiel. Quatre listes de droite dont celle de Nathalie Bicais 3 358 voix et 21,82% et celle de Dorian Munoz, 2 402 voix et 15,61% perdant près de 700 voix pour faire gagner N. Bicais.
Une droite qui va d’entrée se déchirer en public jusqu’au bout, ce qui va faire l’affaire du candidat RN, conseiller municipal sortant pour récupérer une grande partie des électeurs.ices de droite, écoeurés.es de cette gestion conservatrice fébrile sanctionnée par l’inéligibilité de la maire en fin de mandat.
Le maire RN n’a pas raté l’occasion, mettant l’accent sur sa liste « large et plurielle » à droite, une liste qui se veut « apolitique ». La preuve ? le 1er adjoint sera un gaulliste toujours membre des LR en pleine décomposition où l’on compte une bonne demi-douzaine de candidats à la présidentielle. Leur ancien président, Ciotti, étant devenu maire de Nice avec le soutien du RN dont on connait les méthodes, les buts et les modèles tels que Trump, Orban, Méloni et compagnie.
Le 1er adjoint, Thierry Tidona a longuement été interviewé pour justifier sa présence à ce poste et aussi pour rendre hommage au maire qui l’a nommé, Dorian Munoz, « quelqu’un qui a une ambition pour la ville et dispose d’une vraie capacité de travail, sa jeunsse est une force, il est aussi très ouvert… » L’ancien pilote d’hélicoptère et ses neufs ans d’armée en font un fidèle soldat doublé d’un entrepreneur dans l’assurance.
« Je pense que c’est dû à ma forte personnalité ainsi qu’à ma rigueur et à ma capacité de diriger quand le maire n’est pas disponible… » Rien que ça, dit-il modestement, il lui sera fidèle.
Tout ça pour dire aux Seynois.es que le couple maire-1er adjoint ne ressemble pas à celui de la précédente municipalité LR Bicais-Colin lamentable ! Faudrait-il le croire sur parole, ce gaulliste qui se met au service du RN lequel n’a nullement coupé avec le fondateur du FN, Le Pen père, dont la plupart des dirigeants, jeunes et moins jeunes, se réclament, tout en voulant donner le change.
Ce militant qui se dit « gaulliste de toujours » aurait-il perdu la mémoire : le fondateur du FN-RN, J-M Le Pen avait tenté d’assassiner le Gl de Gaulle au Petit-Clamart au sud de Paris le 22 août 1962 ? Chirac disait ne pas pouvoir laisser le RN banaliser la haine et l’intolérance, il refusait de débattre avec Le Pen père. Il rejetait toute alliance avec l’extrême-droite.
Depuis, le RN a réussi à trouver des partenaires qui l’ont aidé à sortir de l’isolement et à prétendre défendre le peuple en même temps que soutenir les milliardaires qu’il ne veut pas taxer. Total-Energie peut doubler ses gains au premier trimestre : 5,1 mds tout de même, véritable scandale permanent, tandis que les énergies deviennent de plus en plus chers pour les classes populaires.
Le RN soigne son rapprochement avec le patronat, en osmose avec les très riches. Quant au surarmement en cours, l’argent se trouve facilement, ce qui n’indigne pas le RN dont ses modèles sont aux manettes des guerres qui n’en finissent pas, qui sèment la mort, les génocides et accentuent les inégalités sociales et les dérèglements climatiques.
Concernant leur liste RN à La Seyne, le quotidien Libération avait identifié plusieurs élus .es partageant sur deux plates-formes (facebook et twitter) des contenus racistes, homophobes, conspirationnistes, anti-IVG…rien de bien nouveau malgré les invitations de leur hiérarchie à ne pas se laisser aller. En pure perte, leur idéologie est ancrée dans l’histoire .
Ils feront tout pour saborder les cérémonies et initiatives concernant notamment le 1er mai et l’anniversaire du Front populaire.
René Fredon
M. MUNOZ , Maire de la seyne sur mer : Ce qu’il ne dit pas !


Ecrit par Guy Calmes
— perplexe, à La Seyne-Sur-Mer.
Marine Le Pen remet les pendules à l’heure!

La cheffe de l’extrême droite ne veut pas d’une « élection de rejet » face à Mélenchon. Elle préfère une victoire politique face au macronisme, où le RN incarnerait la rupture. Osé ? Pas tant que ça.
Ce mardi 28 avril, Marine Le Pen a donné un entretien à l’AFP. Celle qui a peu de chance de représenter l’extrême droite en 2027 continue de se poser en stratège. Elle expose les conditions pour que le RN puisse non seulement être élu, mais mettre en œuvre sa politique. Elle « souhaite un second tour face au bloc central » pour « avoir la force d’une élection de choix » plutôt qu’une « élection de rejet » en cas de duel face à Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen tire les leçons des blocages liés à l’élection du président par rejet de son adversaire. Par deux fois en 2017 et en 2022, Emmanuel Macron a été élu grâce au front républicain qui sut se mobiliser contre l’extrême droite. Avoir le RN comme adversaire au second tour était devenu une sorte d’assurance. Ce fut la stratégie délibérée d’Emmanuel Macron, au moins pour sa seconde élection. Combinée à son refus de mener campagne au prétexte du déclenchement de la guerre en Ukraine, ce mandat fut de bout en bout impossible et le pays conduit dans l’impasse. Jamais Emmanuel Macron n’a eu la légitimité politique de changement structurel. De cela Marine Le Pen ne veut pas.
Se fiant aux sondages, elle pense que le rejet de Jean-Luc Mélenchon est désormais plus vif que le rejet du RN. Et dit ne pas vouloir d’une élection par choix du moindre mal. Elle veut gagner une bataille politique. Elle se choisit l’adversaire théoriquement le plus difficile, un candidat venu de la droite qui, de surcroît selon elle, « plaît à la gauche, en tout cas il ne la dérange pas ». Bravache, elle dit pouvoir et vouloir affronter un nouveau front républicain. Et cette fois, le vaincre.
En désignant Édouard Philippe comme son adversaire de choix, elle choisirait la pente escarpée. Peut-être pas. La droitisation de la droite adoucit les angles de confrontation, désarme ce camp au point de souvent légitimer les sujets portés par le RN. Dernier en date : la remise en cause des accords de 1968 avec l’Algérie – promue par le RN, elle est désormais défendue par Horizons et Les Républicains. La capacité d’Édouard Philippe à mener une campagne qui démonte la logique du RN reste à vérifier.
Marine Le Pen pense aussi que face à un « candidat du parti unique », le RN aurait plus de chance de faire valoir son attrait, la promesse de rupture. Il faut bien entendre ce discours. Le RN ne veut pas faire du « conservatisme libéral » comme Jordan Bardella semble l’incarner. Ses orientations seront réaffirmées dans les prochains mois. D’ores et déjà, il faut les écouter à l’Assemblée et les observer dans les municipalités. Il faut se souvenir du plan que le RN avait produit en 2022 pour les 100 premiers jours à l’Élysée. Rien n’est venu le contredire. Il s’agissait d’un plan vigoureux de renversement de l’État de droit, de remise en cause d’institutions comme le Conseil d’État, du retrait de la France de conventions européennes comme celle sur les droits de l’homme, de l’installation d’une politique discriminatoire et d’affirmation de la préférence nationale notamment pour l’emploi, le logement, les aides sociales et médicales. Le RN promet la mise à bas du service public de l’audiovisuel et des attaques contre les syndicats et les associations qui lui déplaisent. Le parti d’extrême droite veut enclencher des cliquets qui rendent le chemin arrière très difficile.
Marine Le Pen a aussi en tête les élections législatives. Comme on l’a vu en 2022, sans élan, une victoire à la présidentielle n’entraîne pas nécessairement une majorité aux législatives suivantes. Et l’éclatement du parlement bloquerait les transformations radicales qu’elle souhaite entreprendre.
Marine Le Pen vient redire à tous qu’il ne faut pas s’illusionner : les lunettes de Jordan Bardella, ses déjeuners au Medef et ses amours princiers n’y changent rien. Le RN est un parti de rupture, pas d’accommodement. Elle espère une confrontation avec le camp de la continuité, parce qu’elle sait pouvoir la gagner. La gauche seule peut opposer une alternative qui réponde aux défis de l’époque qui ne soit pas des mesurettes ridicules : piquer dans les poches du plus grand nombre, supprimer des jours fériés, réduire les congés maladies, les indemnités chômage et autres méchancetés sans effet structurant. La gauche peut porter une ambition alternative à l’enfoncement lent. Sera-t-elle là ?
Catherine Tricot
Site de REGARD
Audiovisuel public : qui raconte le pays ?
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Économiser sans pensée n’est que ruine de larmes
“Économiser sans pensée n’est que ruine de larmes”
6 milliards de coupes budgétaires ont été annoncées hier par le gouvernement. 4 dans le budget de l’État et 2 dans celui de la sécurité sociale. Malgré des annonces d’aides ciblées, une vieille antienne se réinstalle : la France est trop endettée – et c’est vrai – et il faut raboter les dépenses sociales. À un an des présidentielles, les macronistes marquent le terrain. C’est reparti mon kiki.
Il y a, dans cette lettre d’une page envoyée par Sébastien Lecornu à ses ministres, ce que l’époque produit de plus médiocre : une politique économique à courte vue, arrimée aux crises internationales, et incapable de penser autre chose que la réduction des dépenses d’égalité comme horizon.
Six milliards d’euros seraient le prix de la guerre au Moyen-Orient pour les finances publiques françaises. La mécanique bien huilée des petites économies sans stratégie se met en route. Avec une question soigneusement éludée : mais où donc vont-ils ratiboiser ?
Derrière cette annonce se cache un angle mort : on nous explique que la crise est extérieure, qu’elle s’impose à nous, qu’elle contraint nos marges de manœuvre. Admettons. Mais pourquoi, dans ce cas, la réponse est-elle toujours la même ? Pourquoi ce sont systématiquement les dépenses publiques, les services, la protection sociale qui doivent encaisser le choc ?
Parmi les décideurs, qui interroge les choix stratégiques des gouvernements successifs, leur volonté constante de protéger les grands groupes français, au premier rang desquels TotalEnergies ? L’idée selon laquelle cette multinationale incarnerait les intérêts de la France, et qu’il faudrait donc la préserver – la libérer même – de toute contrainte, n’a rien d’une évidence. Elle est même profondément discutable. TotalEnergies était, il y a 35 ans encore, une entreprise publique, un outil de la politique énergétique. Mais « on » (notamment Édouard Balladur) a cru bon de la privatiser. Bonne idée vu son niveau de bénéfices ! Au moment où se pose de manière pressante le passage accéléré à l’électrification, rien n’interdit de rouvrir le débat sur la taxation de ces marges dont nous avons besoin pour aider les Français au bon niveau pour cette transition énergétique.
Pour l’instant, ces 6 milliards d’euros restent une abstraction. On sait qu’il faudra « faire des économies », mais on ne sait ni où, ni comment. Quels services seront amputés ? Quelles prestations réduites ? Quels investissements reportés ? Cette opacité est en elle-même un problème démocratique.
On ne peut pas continuer à naviguer à vue, à couper dans telle ou telle « dépense » en fonction de ce que l’on estime être les urgences du moment. Ce pilotage à l’aveugle traduit l’incapacité de penser les crises non pas comme des accidents, mais comme des manifestations structurelles de notre modèle économique. Crises énergétiques, géopolitiques, climatiques : elles ne sont plus exceptionnelles, elles sont devenues la norme. Agir au coup par coup, sans horizon, traduit un malaise grandissant et un manque de profondeur politique.
Le gouvernement tente d’amortir le choc à coups de dispositifs ciblés : aides annoncées pour près de 3 millions de travailleurs modestes dépendants de leur véhicule, accompagnement des « grands rouleurs », renforcement des soutiens pour les pêcheurs et les agriculteurs. Des mesures qui répondront sans doute à des urgences bien réelles mais qui posent une question : que valent des aides temporaires quand les coupes budgétaires, elles, s’annoncent durables ?
Face aux derniers sursauts de notre monde en crise, la réponse ne peut se limiter à amortir le choc. Bloquer les prix, par exemple, peut être une mesure d’urgence, nécessaire, mais insuffisante si l’on refuse de s’attaquer aux racines du problème. Les milliards captés par les grands groupes et les logiques de rente doivent être repris. Le véritable enjeu est de les réorienter vers la transition écologique, vers des infrastructures soutenables, vers une transformation profonde de notre système productif.
En somme, la question n’est pas seulement de savoir comment combler un trou de 6 milliards. Elle est de savoir si l’on se donne enfin les moyens de reprendre la main sur notre économie, finance comprise.
Pablo Pillaud-Vivien
Pourquoi la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France!
FRANCE INFO :Pourquoi la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France (et comment le gouvernement veut le compenser)
En marge d’une réunion d’un comité d’alerte mardi, Sébastien Lecornu a détaillé les conséquences du conflit pour les finances publiques, et a demandé à son gouvernement de trouver comment réaliser des économies “à hauteur de ce choc”.
Par L ‘HUMANITE
Avant même le début du comité d’alerte des finances publiques convoqué mardi 21 avril au matin, le premier ministre a pris la plume pour annoncer la couleur. Évoquant les répercussions sur la croissance et l’inflation de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, « le coût total de cette crise pourrait représenter au moins 6 milliards d’euros », a écrit Sébastien Lecornu dans un message adressé à l’ensemble de ses ministres et consultés par Le Monde. Il y présente une nouvelle vague d’austérité sobrement baptisée « mesures de précaution à la hauteur de ce choc sur les dépenses de l’État et des administrations de sécurité sociale ».
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a confirmé à l’issue de la réunion que « 6 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppées ». Le budget de l’État pourrait être amputé de 4 milliards d’euros et celui de la Sécurité sociale de 2 milliards, a-t-il précisé. « On est dans une logique de précaution : on ne va rien annuler mais on peut être amenés à prendre des mesures de précaution. On gèle des dépenses, on peut les dégeler si cela va mieux… On va mettre en place ces mesures de précaution et c’est ce que l’on va annoncer aux parlementaires », avait tenté de rassurer le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans la matinée sur RTL.
Mais ce « gel » se transforme régulièrement en surpression pure et simple de crédits, oublie de préciser le ministre qui ferme en revanche une nouvelle fois la porte à une contribution des grandes fortunes ou des compagnies pétrolières qui tirent des surprofits de la crise.
« C’est injuste et stupide économiquement »
« On n’est pas un pays producteur de pétrole, on ne va pas avoir d’ardoise magique pour effacer les effets de la crise. Imaginer que l’on va régler le problème de la crise iranienne par un prélèvement supplémentaire, je pense qu’on se met le doigt dans l’œil », a argué le ministre alors que les géants pétrogaziers européens auraient encaissé, selon une étude de Greenpeace, 2,5 milliards supplémentaires sur le seul mois de mars en raison de l’envolée des prix du carburant. Mais la recette du gouvernement, pourtant en échec, ne change pas plus que ses objectifs, à savoir un déficit public à 5 % du PBI en 2026 et sous les 3 % en 2029.
« En soi, faire baisser le déficit n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il y a deux façons de procéder : en baissant les dépenses ou en augmentant les recettes. Le gouvernement n’utilise que le premier levier car il se refuse à mettre les plus riches à contribution », analyse l’économiste Éric Berr dans les colonnes de l’Humanité.
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Convié à la réunion du comité d’alerte des finances – tout comme le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR), des représentants d’élus locaux, de la Sécurité sociale, ou des syndicats – le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’insoumis Éric Coquerel, a mis en garde contre de nouvelles coupes budgétaires. « Un effet récessif garanti sur l’économie, la croissance et les rentrées fiscales. C’est injuste et stupide économiquement », a-t-il alerté sur X quand certains de ses collègues de gauche mettent sur la table la nécessité d’un budget rectificatif afin que le parlement ne soit pas une nouvelle fois mis sur la touche par l’exécutif.
Pour tenter de faire passer la pilule, le gouvernement assortit la facture qu’il entend présenter aux Français, de nouvelles mesures de soutien face à la montée des prix à la pompe. Le premier ministre a annoncé, mardi dans la soirée, le prolongement et le renforcement de dispositifs déjà en place – jusque-là 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Il a aussi mis sur la table une réduction moyenne de 20 centimes d’euros par litre, à destination « des travailleurs modestes » et « peut-être d’autres idées », qui devrait selon Matignon concernée quelque trois millions de « grands rouleurs ».
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Mais d’ores et déjà, le locataire de Bercy a prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ». Ni justice sociale, ni justice fiscale à l’horizon.





