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L’été où la terre a dit NON!
L’été où la terre a dit NON

Cet été brûlant restera comme celui où la nature a posé un ultimatum. La terre se fissure. Elle a cessé de nourrir : l’herbe jaunit, les betteraves se flétrissent, les abricotiers ne donnent plus. Les nappes phréatiques sont à sec, les rivières réduites à un filet d’eau. Les récoltes de blé s’effondrent, les tournesols sont passés du jaune au noir. Les abeilles ont disparu. Les oiseaux se cachent.

Les forêts s’embrasent. Des feux si vastes qu’ils érigent des murs de flammes, créant leur propre souffle, leur propre folie. Les animaux, déjà, mangent les réserves destinées à l’hiver. Pourront-ils étancher leur soif demain ?

 

Accompagnant le silence des bois et celui des terres sèches et craquelées, le désespoir s’étend, lancinant. Tel un cri de la terre et des êtres humains ensemble maltraités par un système qui se moque bien que l’herbe soit verte… pourvu que montent les profits.

 

Pendant ce temps, le paysan —  visage fermé et épaules lourdes — signe le remboursement de son crédit à la banque. Ses recettes s’assèchent comme la terre. Pour survivre, il lui faudra « décapitaliser » : vendre des parcelles transmises depuis des générations, ou des bêtes sélectionnées avec soin. Lui, il se saigne.

 

Pendant ce temps, Bayer-Monsanto, Yara International ASA, Nutrien Ltd (premiers fournisseurs mondiaux d’engrais), John Deere, Fendt, New Holland (géants du machinisme agricole), Terrena, Eureden, Via Lactea, Soléval, Tereos, Cargill, Louis Dreyfus, Bunge (spécialistes du négoce, de l’importation et de la fourniture d’aliments pour le bétail)… eux, se gavent de profits.

 

Ces grands groupes capitalistes considèrent la terre comme un tapis vert à exploiter sans fin. Or, elle est un être vivant. Patiente et généreuse. À condition qu’on la respecte. Les multinationales de l’eau, elles, n’ont que faire de sa rareté.

 

Pour le capitalisme, l’agriculture, l’eau et la nature ne sont que des domaines nouveau à surexploiter au côté du travail. Le capitalisme surmène et épuise le vivant — humain et non humain.

Pourtant, depuis des années, scientifiques, paysans et paysannes avertissent : le modèle agro-industriel, fondé sur les énergies carbonées, les pesticides, les engrais de synthèse et le labour profond, tue la vie des sols. Il les appauvrit, les compacte, les rend stériles. Comme un corps vidé de son sang, la terre perd peu à peu sa capacité à nourrir.

 

Mais pressées par les impératifs de la rentabilité financière, les forces du capital qui contrôlent l’agriculture — en amont comme en aval — ont poussé le monde dans un système toujours plus concentré, toujours plus dépendant de la chimie… et des banques. Un système qui a cru pouvoir défier les lois de la biologie et de la physique.

 

Aujourd’hui, le sol se rebelle. Il ne donne plus. Et avec lui, ce sont des générations de savoir-faire, de traditions, de liens entre les humains et la nature qui se perdent.

 

D’abord, on nous a expliqué que les pesticides étaient indispensables pour lutter contre les ravageurs. Puis, que les engrais chimiques étaient nécessaires pour augmenter les rendements. Ensuite, que les semences hybrides, brevetées, étaient les seules capables de résister aux aléas climatiques. Et, après cela, les ténors de l’Europe ultralibérale nous ont expliqué que le nec plus ultra de la vie en société était la « concurrence libre et non faussée » et les « marchés ouvert des  traités de libre-échange.   À chaque étape, une nouvelle dépendance. À chaque étape de la mondialisation capitaliste et de la financiarisation, toujours plus de pouvoir sur les vies, sur le travail et sur la nature était transféré entre les mains des multinationales de l’agrochimie, de l’agrobusiness et de l’agro-industrie.

 

Bilan ? Les petites et moyennes exploitations disparaissent. Un agriculteur français sur deux est endetté. Un sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Et 16 % de nos concitoyens sont en précarité alimentaire.

Pire : ils veulent accélérer cette course au désastre, avec la récente loi dite d’urgence agricole, les traités de libre-échange, la déconstruction du Pacte vert européen et l’austérité budgétaire que la Commission européenne veut imposer, tout en aidant toujours moins les fermes à taille humaine.

 

Face à ce désastre, il faut chercher et entretenir la lueur d’espoir. Elle existe. Elle persiste. Celle de ces paysans qui, contre vents et marées, ont choisi une autre voie. Celle qui, inspirée par l’expérience de nos anciens, voit la terre non pas comme un champ de bataille extractiviste à conquérir, mais comme une alliée à choyer. Une manière de comprendre que la nature, si on ne l’en empêche pas, sait se défendre elle-même. Il faut aussi compter avec les chercheurs, les scientifiques qui, Salon de l’agriculture après Salon de l’agriculture, nous initient à de nouveaux possibles : une agriculture plus économe en intrants et en eau, des variétés nouvelles, anciennes aussi, diversifiées. 

Bien sûr, il faut d’urgence obtenir des dispositions publiques  pour éviter l’hécatombe annoncée : gel des dettes des agriculteurs pour au moins vingt-quatre mois, avec leur renégociation ; création d’un fonds d’urgence immédiat d’au moins  5 milliards d’euros, financé par une contribution exceptionnelle prélevée sur les profits des géants de l’agroalimentaire, de la grande distribution, des banques et de l’industrie pétrolière.

 

Il s’agit de garantir des prix de base à la production rémunérateurs pour des volumes de production raisonnés ; d’interdire la revente à perte ; d’instaurer un coefficient multiplicateur maximal entre le prix payé au producteur et le prix de vente. Il s’agit de taxer les produits importés qui ne respectent pas nos normes sociales et environnementales, et d’engager un programme ambitieux de relocalisation des productions, afin que la terre nourrisse les humains, et non les cuves à biocarburants.

 Mais ces mesures, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas. C’est le système qu’il faut changer.

 

C’est un processus d’« adaptation-transformation » agroécologique, indissociable du droit à une alimentation de qualité pour toutes et tous qu’il faudrait enclencher. Une telle voie se cherche déjà.

 

Ainsi, plus de 2 000 fermes du réseau DEPHY (Démonstration, Expérimentation et Production de Références sur les systèmes économes en phytosanitaires) ont réduit de moitié leur usage de pesticides. Preuve qu’on peut produire autrement. Sans chimie, ou presque. En s’appuyant sur la rotation des cultures, la diversité des espèces, la présence de haies et de bandes enherbées. Ici, l’être humain agit de concert avec la nature.

Le Réseau Semences Paysannes, lui, a choisi de ressemer ses propres graines, année après année. Preuve qu’on peut échapper à l’emprise des multinationales et à la brevetabilité du vivant. Qu’on peut cultiver des variétés adaptées à son terroir, résistantes, savoureuses. Preuve qu’on peut retrouver sa liberté.

 

Les AMAP, les circuits courts et les petites coopératives citoyennes démontrent, quant à elles, qu’une autre relation entre producteurs et consommateurs est possible. Des dizaines d’associations et de municipalités expérimentent déjà des projets de sécurité sociale de l’alimentation.

 

L’agroécologie, c’est aussi une question de temps, de respect des saisons, des reliefs, des qualités de la terre nourricière. Le temps long — celui des cycles naturels, des saisons, des générations. Pas ce temps court et rapide qu’imposent les  rapaces des marchés financiers, des actionnaires, des dividendes, au mépris des cycles naturels et de la vie. Avec l’agroécologie, il s’agit d’une agriculture qui ne cherche pas à dompter la nature, mais à s’inscrire dans ses cycles, ses rythmes, ses saisons.

 

Elle appelle à reconsidérer les sols comme les premiers réservoirs d’eau. Les aider à améliorer leur capacité de rétention est possible en fortifiant l’humus par des fumures organiques issues des élevages et des couverts végétaux ; en conservant les zones humides ; en réinstallant des haies ; en préservant les prairies permanentes.

 

Une telle transformation implique de cesser les spécialisations régionales pour promouvoir une production agricole mixte, mêlant élevage et cultures végétales, élevage et sylviculture, en redonnant aux arbres et à l’agroforesterie toute leur place dans les systèmes agronomiques.

En ce sens, la Politique agricole commune (PAC) doit être réorientée, refondée en y associant les paysannes et paysans-travailleurs.

 

Elle devrait devenir une Politique agroécologique et alimentaire commune. Elle reconnaîtrait enfin la valeur réelle du travail paysan ; inciterait toutes les innovations environnementales ; garantirait la qualité alimentaire, soutiendrait d’abord celles et ceux qui préservent les sols, la biodiversité, et aiderait la rémunération du travail et non plus l’agrandissement-concentration inconsidéré des fermes. Elle accorderait une nouvelle place à la recherche agronomique publique.

Cet été 2027 pousse un cri de fureur en faveur de cette exigence d’intérêt général : il faut commencer, sans attendre, à faire bifurquer nos systèmes de production agricole et alimentaire.

Enfin, il faut démocratiser l’accès à la terre. On ne peut accepter que les terres agricoles deviennent un simple objet de placement financier. Tels de nouveaux féodaux, des fonds d’investissement rachètent des milliers d’hectares pour spéculer sur les prix et relouer ceux-ci aux paysans, redevenus des serfs, non plus des féodaux mais des maîtres du capitalisme financier.

 

La Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) démocratisée pourrait devenir l’outil permettant de prendre en charge les terres, en les louant prioritairement aux paysans, aux collectifs citoyens, aux communes. Elle pourrait le faire en appelant la création monétaire auprès de la Banque centrale européenne, la Banque publique d’investissement et la Caisse des dépôts. Du reste, le vivant, un climat supportable, l’accès à l’eau ont-ils un prix après cet été ? Il est temps de repenser en termes de valeur d’usage et non marchande. 

On peut imaginer des franchises de loyer de longue durée sur ces terres, à condition qu’elles soient cultivées en respectant les cycles de la nature, pour fournir une alimentation de qualité produitelocalement, en lien avec les collectivités et les associations de « citoyens-mangeurs », ou dans le cadre de projets locaux d’expérimentation de la Sécurité sociale de l’alimentation. 

Rendre la terre à ceux qui la travaillent et gagner le droit à l’alimentation sont des combats décisifs de notre temps.

Bien sûr, l’« adaptation-transformation », cette impérative « évolution révolutionnaire » ne se fera ni en un jour, ni dans les bureaux climatisés des ministères et de la Commission européenne. Elle demandera du temps, beaucoup de réflexions, de discussions, pour que les paysans — et celles et ceux qui souhaitent le devenir — deviennent maîtres de leur travail et de leur production, au service de toutes et tous.

Ce sera possible en forgeant une nouvelle alliance avec les autres catégories de travailleurs, avec les consommateurs, avec les chercheurs et les élus. Cela impliquera de sortir des orientations austéritaires des gouvernements successifs et d’opérer une refondation radicale de la PAC.

Ce changement est indispensable. La sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire sont désormais sérieusement menacées. Le risque existe que, dans quelques semaines, les prix alimentaires augmentent d’un tiers, alors que salaires et pensions de retraite sont compressés.

La tâche est immense. Les obstacles sont nombreux. Mais l’espoir, lui, est tenace. Il se niche dans les yeux des jeunes qui choisissent de devenir paysans, tout en militant pour une bifurcation sociale, démocratique et écologique de la production et de l’alimentation.

Nous pensons à tous les enfants et à la jeunesse en proposant que le sol puisse encore chanter avec nous. 

17 août 2026. 

Par Patrick LE HYARIC 

 

 

Actualités

SIX-FOURS : QUAND 21 VOIX CHANGENT UNE VILLE… ET QU’UNE PREMIÈRE ADJOINTE CLAQUE DÉJÀ LA PORTE

SIX-FOURS : QUAND 21 VOIX CHANGENT UNE VILLE… ET QU’UNE PREMIÈRE ADJOINTE CLAQUE DÉJÀ LA PORTE!

Cinq mois. Il aura fallu à peine cinq mois pour qu’apparaisse une première fissure sérieuse dans la majorité municipale de Frédéric Boccaletti à Six-Fours. Et pas n’importe laquelle : Carolyn Salva, sa première adjointe, chargée notamment des affaires sociales et des solidarités, quitte ses fonctions. Le conseil municipal doit désormais lui trouver un remplaçant.

On pourrait considérer cela comme une péripétie de la vie municipale. Des désaccords dans une majorité, il y en a partout. Des adjoints qui partent, des délégations redistribuées, des ambitions contrariées, rien de bien révolutionnaire sous le soleil varois.
Sauf qu’ici, il existe un nombre qui change complètement la dimension de l’affaire : 21.

Frédéric Boccaletti a remporté l’élection municipale de Six-Fours avec 9 440 voix contre 9 419 à Jean-Sébastien Vialatte. Vingt et une voix d’avance sur 18 859 suffrages exprimés. 50,06 % contre 49,94 %. À l’échelle d’une ville de près de 37 000 habitants, ce n’est plus une marge : c’est une poignée de voisins dans une rue. Les résultats ont d’ailleurs été suffisamment serrés pour que Jean-Sébastien Vialatte dépose un recours devant le tribunal administratif.

Voilà pourquoi le départ de Carolyn Salva mérite davantage qu’un entrefilet dans la chronique municipale.
Car Carolyn Salva n’était pas une personnalité totalement inconnue des Six-Fournais. Elle préside Attrap’Rêves, association reconnue d’intérêt général qui œuvre auprès des enfants malades, handicapés ou accueillis dans des structures sociales.

La ville elle-même la répertorie comme présidente de cette association, dont l’objet est notamment de réaliser des rêves d’enfants malades ou handicapés, d’aider les établissements qui les accueillent et d’améliorer leur bien-être. Autrement dit, elle possédait avant même son entrée en politique une visibilité, une activité et vraisemblablement un capital de sympathie propres dans la commune.
Et c’est là que la question devient politiquement intéressante.

Combien d’électeurs ont voté pour la liste Boccaletti parce qu’elle ne leur apparaissait précisément pas comme une liste composée exclusivement de cadres historiques du RN ? Combien ont été rassurés par la présence de personnalités issues de la société civile ? Combien se sont dit qu’après tout, avec des femmes et des hommes connus pour leur engagement associatif, social ou local, cette équipe représentait peut-être autre chose que l’image traditionnellement attachée à l’extrême droite ?
Nous ne savons évidemment pas combien. Et il serait malhonnête d’inventer le chiffre.

Mais nous savons une chose : il aurait suffi que onze électeurs passent d’un camp à l’autre pour inverser le résultat. Onze.
Alors la question devient parfaitement légitime : si les divergences qui opposent aujourd’hui Carolyn Salva au maire avaient été connues avant le scrutin, le résultat aurait-il été identique ? Si elle n’avait pas figuré sur cette liste, certains électeurs auraient-ils voté autrement ? Son engagement associatif a-t-il contribué à rassurer des Six-Fournais qui n’auraient peut-être pas voté spontanément pour une liste conduite par un responsable historique du Rassemblement national ?

Personne ne peut répondre à leur place. Mais avec 21 voix d’écart, personne ne peut non plus balayer ces interrogations d’un revers de main.
Et il faudra surtout écouter Carolyn Salva elle-même. Selon La Marseillaise, elle annonce qu’elle expliquera publiquement les raisons de son départ à son retour de vacances, le 29 août. Attendons donc ses explications avant de lui prêter des désaccords précis qu’elle n’a pas encore publiquement détaillés.

Ce sera infiniment plus intéressant que les commentaires et les procès d’intention.

Car si ses explications devaient faire apparaître un désaccord profond sur la conception de l’action sociale, de la solidarité, de l’inclusion, du handicap ou simplement sur la manière d’exercer le pouvoir municipal, alors l’affaire changerait encore de nature.
Il faudrait alors se demander si la présence de personnalités issues de la société civile sur certaines listes RN constitue réellement l’ouverture politique annoncée ou si elle sert aussi à présenter aux électeurs une façade plus consensuelle avant que les différences idéologiques ne réapparaissent une fois les élections passées.

Et puisque nous parlons de démocratie, il existe une autre curiosité six-fournaise qui mérite quelques explications.
Frédéric Boccaletti est aujourd’hui présenté officiellement par la ville comme « Monsieur le Maire – Député du Var – Conseiller métropolitain ».
Or le Code électoral est très clair : le mandat de député est incompatible avec la fonction de maire. Ce n’est pas une appréciation politique, c’est l’article LO 141-1 du Code électoral.

Pourquoi Frédéric Boccaletti exerce-t-il donc actuellement les deux fonctions ?

Parce qu’il existe une particularité juridique importante : lorsqu’une élection est contestée, le délai prévu pour faire cesser cette incompatibilité court à partir du moment où le jugement confirmant l’élection est devenu définitif. L’article LO 151 prévoit normalement un délai de trente jours. Or l’élection municipale de Six-Fours fait précisément l’objet d’un recours déposé après ce résultat extraordinaire de 21 voix d’écart.

La situation actuelle peut donc être juridiquement expliquée. Mais elle est provisoire.

Si l’élection municipale est définitivement confirmée, la question ne sera plus : « Frédéric Boccaletti peut-il être député et maire ? » La réponse sera non. Il devra mettre fin à l’incompatibilité conformément au Code électoral.

Et ce sera alors une autre question politique qui se posera aux habitants de la circonscription : lorsqu’ils ont élu leur député, imaginaient-ils qu’il pourrait quitter l’Assemblée nationale quelques années plus tard pour conserver une mairie remportée de 21 voix ? Et lorsqu’ils ont élu leur maire, savaient-ils exactement quelles conséquences cette victoire aurait sur la représentation de leur circonscription à l’Assemblée ?

Tout cela ne signifie évidemment pas que l’élection de Frédéric Boccaletti serait illégitime parce qu’elle s’est jouée à 21 voix. Une victoire d’une voix reste une victoire, tant qu’elle est définitivement validée par le juge électoral. C’est précisément cela, la démocratie.
Mais la démocratie fonctionne dans les deux sens.

Plus une majorité est étroite, plus celui qui la détient devrait mesurer la fragilité du mandat qui lui a été confié. 50,06 %, ce n’est pas un blanc-seing. Ce n’est pas une ville conquise. Ce n’est certainement pas l’autorisation de considérer que Six-Fours aurait soudainement basculé tout entière dans un camp politique.
C’est une ville coupée pratiquement en deux.

Et lorsqu’une première adjointe issue de la société civile quitte l’exécutif cinq mois seulement après l’élection, il ne suffit pas de remplacer son nom sur l’organigramme municipal et de poursuivre comme si rien ne s’était passé.
Il faut expliquer.

Expliquer ce qui s’est rompu. Expliquer pourquoi. Expliquer ce qui opposait réellement le maire à celle qu’il avait lui-même choisie comme première adjointe. Expliquer aux Six-Fournais si ces divergences existaient déjà avant l’élection ou si elles sont apparues dans l’exercice du pouvoir.

Parce qu’à Six-Fours, désormais, chaque fois qu’un événement politique important se produira, un nombre reviendra inévitablement hanter les débats : 21.

Vingt et une voix.
Et parfois, en démocratie, vingt et une voix obligent à beaucoup plus d’humilité que trente sièges au conseil municipal. 

 

Par Guy CALMES 

Actualités, National

Etudiants (es) : quand l’État décide que papa et maman paieront

Etudiants (es) : quand l’État décide que papa et maman paieront!

Il a 20 ans. Ou 22. Il a quitté sa ville parce que l’université, l’école ou la formation qu’il a choisie se trouve à cent, trois cents ou six cents kilomètres de chez lui. Il loue un studio minuscule, parfois une chambre, quelquefois une place en résidence universitaire lorsqu’il a eu la chance d’en obtenir une. Chaque mois, il compte.

Le loyer, l’électricité, les transports, le téléphone, les courses. Il regarde le prix des légumes avant de regarder leur provenance. Il hésite devant un rendez-vous chez le dentiste.

Il travaille peut-être quelques heures le soir ou le week-end. Et dans ce budget tenu à coups de calculatrice, 150 ou 200 euros d’aide au logement ne constituent pas de « l’argent de poche ». Ils peuvent être la différence entre un mois qui passe et un mois qui ne passe pas. Or voilà qu’un rapport remis au gouvernement envisage une idée assez simple sur le papier : pour calculer désormais cette aide, on pourrait regarder non plus seulement ce que gagne l’étudiant, mais aussi ce que gagnent ses parents.

Il faut commencer par être précis, car le sujet est suffisamment sérieux pour éviter les slogans faciles. Rien n’est encore décidé. Nous parlons d’une recommandation figurant dans un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires sociales, susceptible d’alimenter les arbitrages du budget 2027.

La simulation officielle estime qu’environ 310 000 foyers étudiants verraient leur aide diminuer, dont quelque 200 000 la perdraient complètement. L’Union étudiante avance, de son côté, le chiffre de 350 000 jeunes concernés. L’économie attendue pourrait atteindre environ 550 millions d’euros par an. Voilà donc le débat posé : plusieurs centaines de milliers d’étudiants pourraient perdre tout ou partie de leur APL parce que leurs parents auraient des revenus jugés suffisamment élevés.

Et reconnaissons tout de suite ce qui doit l’être : la question soulevée n’est pas complètement absurde. Aujourd’hui, les revenus des parents ne sont pas pris en compte pour calculer l’aide au logement d’un étudiant. Il est donc possible qu’un jeune issu d’un foyer très aisé touche une APL comparable à celle d’un étudiant dont les parents disposent de revenus beaucoup plus modestes.

Le rapport rappelle même qu’une part importante des bénéficiaires appartient à des familles situées dans les catégories supérieures de revenus. Il existe donc bel et bien une question de justice redistributive. Vouloir mieux cibler l’argent public n’a rien de scandaleux en soi. Ce serait même plutôt souhaitable. Mais encore faut-il savoir **sur qui** on décide de récupérer cet argent.

Car c’est ici que l’affaire devient beaucoup moins simple. Le revenu des parents n’est pas le revenu de l’étudiant. Cette évidence semble presque enfantine, et pourtant tout le mécanisme envisagé repose sur le contraire. Un père et une mère peuvent gagner correctement leur vie sans verser chaque mois plusieurs centaines d’euros à leur enfant. Ils peuvent avoir deux ou trois enfants poursuivant simultanément des études. Ils peuvent être séparés, remariés, endettés. L’un des deux peut refuser d’aider. Une rupture familiale peut exister.

Un jeune peut avoir quitté son foyer après un conflit profond, voire des violences. Il existe aussi des familles dans lesquelles, sans drame particulier, les parents considèrent tout simplement qu’un enfant devenu majeur doit progressivement subvenir lui-même à ses besoins. Le fisc connaît les revenus d’un ménage. Il ne connaît ni les relations familiales, ni les virements réellement effectués, ni les portes parfois définitivement fermées.

Mais au fond, le sujet va bien au-delà des APL. Il pose une question beaucoup plus dérangeante : **à quel âge considérons-nous réellement un jeune comme un adulte ?** À 18 ans, il peut voter. Il peut travailler. Signer un bail. Payer des impôts. Emprunter. Se marier. Être juridiquement responsable de ses actes.

On lui explique volontiers qu’il doit devenir autonome, mobile, entreprenant, adaptable. Mais lorsqu’il demande quelques centaines d’euros pour pouvoir habiter près de son université, soudain la République se retourne vers ses parents : « Et papa et maman, ils gagnent combien ? » Majeur pour les obligations, mineur pour certains droits : voilà une conception assez singulière de l’émancipation.

Cette question devient encore plus importante lorsque l’on quitte Paris et quelques grandes métropoles pour regarder la réalité des territoires. Un jeune vivant à Guéret, Draguignan, Aurillac, Gap, Mende ou dans une commune rurale n’a pas toujours le choix de rester chez ses parents pour suivre les études qu’il souhaite. Il doit partir. Trouver un logement. Payer une caution. Acheter des meubles. Se déplacer.

Dans ces situations, l’APL n’est plus seulement une prestation sociale : elle devient une aide à la mobilité, donc une aide à l’égalité d’accès aux études. Si l’on réduit fortement cette aide en fonction du revenu familial, on prend le risque de fabriquer progressivement une société dans laquelle certains jeunes choisiront leur formation selon leurs compétences et leurs envies, tandis que d’autres devront d’abord regarder le compte en banque de leurs parents. L’égalité républicaine mérite peut-être mieux qu’un logiciel de calcul familial.

D’autant que la situation économique des étudiants n’a rien d’un long fleuve tranquille. Beaucoup connaissent déjà des difficultés pour se loger, se nourrir correctement, se soigner ou simplement participer à une vie sociale normale. Les enquêtes successives sur la vie étudiante montrent des renoncements aux soins, des budgets extrêmement serrés et une dépendance familiale déjà forte.

Et c’est précisément là que réside un paradoxe français : nous parlons sans cesse d’autonomie des jeunes, tout en organisant une grande partie de leurs droits autour des revenus de leurs parents. Les bourses sur critères sociaux fonctionnent déjà largement ainsi. Ajouter les aides au logement à cette logique reviendrait à renforcer encore cette « familialisation » de la jeunesse.
Pour autant, défendre les étudiants ne signifie pas défendre aveuglément chaque euro versé à l’identique, y compris aux enfants des familles les plus favorisées.

Ce serait manquer la question. Si l’on considère qu’un ménage disposant de revenus très élevés bénéficie trop largement du système parce qu’il peut à la fois conserver certains avantages fiscaux liés à son enfant et voir celui-ci percevoir une aide publique au logement, alors corrigeons l’injustice **là où elle se trouve**. Réexaminons le rattachement fiscal, les avantages consentis aux foyers les plus aisés, la progressivité de l’impôt. Demandons davantage à ceux qui disposent effectivement des ressources. Mais pourquoi partir du principe que l’argent se trouve nécessairement dans la poche de l’étudiant sous prétexte qu’il existe sur la feuille d’impôt de ses parents ?

C’est peut-être là l’alternative qu’il faudrait sérieusement examiner : permettre progressivement aux jeunes adultes d’accéder à des droits sociaux fondés sur **leur situation personnelle réelle**, sur leurs revenus, leur logement, leurs études, leur autonomie effective, plutôt que continuer à les considérer comme l’annexe économique de leur famille jusqu’à 23, 24 ou 25 ans. Et parallèlement, utiliser l’impôt pour corriger les écarts entre les familles selon leurs capacités contributives. Autrement dit : davantage de redistribution, oui ; davantage de dépendance familiale, non.

Il y a enfin quelque chose d’assez révélateur dans la manière même dont cette réforme apparaît. Le rapport a été produit dans le cadre d’une revue des dépenses publiques. Avant de parler autonomie, jeunesse, mobilité ou réussite universitaire, on cherche donc d’abord plusieurs centaines de millions d’euros d’économies.

Ce n’est pas illégitime qu’un État regarde ses comptes. Mais lorsqu’il faut économiser 550 millions, une question devrait toujours précéder le coup de rabot : **quelles conséquences humaines produirons-nous ?** Combien d’étudiants devront travailler davantage ? Combien renonceront à une chambre pour multiplier les transports ? Combien changeront d’orientation ? Combien resteront chez leurs parents non par choix mais faute d’argent ? Et combien de familles dites « aisées » découvriront qu’elles sont désormais officiellement désignées pour payer une dépense qu’elles n’avaient jamais prévu d’assumer intégralement ?

Nous pouvons donc entendre la volonté de rendre les APL étudiantes plus justes. Nous pouvons même considérer qu’il serait choquant qu’un enfant de millionnaire bénéficie exactement des mêmes soutiens publics qu’un étudiant élevé par une mère au SMIC. Mais une politique de justice ne consiste pas seulement à réduire une dépense : elle consiste à choisir intelligemment qui doit contribuer davantage et qui doit être protégé.

Alors posons la question simplement. Lorsqu’un jeune quitte son foyer pour étudier, voulons-nous construire une société qui lui permet progressivement de devenir un adulte autonome ? Ou voulons-nous lui expliquer qu’il pourra être indépendant… à condition que papa et maman puissent encore payer ?

Parce qu’au bout du compte, derrière cette réforme apparemment technique des APL, c’est bien cela qui se joue : notre conception de la jeunesse, de l’autonomie et de l’égalité d’accès aux études. 

par Guy CALMES 

Actualités

Rallonge inédite pour les armées!

  

 

                                  Rallonge inédite pour les armées

PS, droite et RN ont voté pour,LFI, Ecologistes et PCF contre

Le 1er juillet 2026, 436 milliards d’euros jusqu’en 2030, auront été destinés au budget des Armées. Après le Sénat, l’Assemblée nationale a validé une rallonge de 36 milliards d’euros pour actualiser la loi de programmation militaire votée en 2023. Le budget militaire annuel grimpe à 2,5% du PIB. Le réarmement engage notre volonté collective”, s’est réjouiela ministre Catherine Vautrin très convaincue et disciplinée.

Rien ne nous dit que Macron se contentera de ces chiffres, très aidé par une telle majorité parlementaire libérale+RN qui lui vient au secours (375 pour 113 contre). C’est ça la démocratie, paraît-il ? Jamais le peuple n’a été consulté par le président de la République qui rend son tablier au printemps prochain.

Il nous dit ce qu’il veut et laisse de côté ce qui l’arrange comme par exemple, dans ce budget, il est prévu de créer « un état d’alerte de sécurité nationale permettant de décréter un régime exceptionnel », s’il le faut, comme l’a révélé le député LFI Aurélien Saintoul.

Ce qu’il ne nous dit pas c’est que le budget de la défense aura doublé depuis son arrivée au pouvoir. Budget qui devient le premier budget de l’Etat aux dépens de tous les autres et des Français, jeunes, salariés (es), retraités(es)… de la ville et de la campagne.

Il a choisi de les réduire à une austérité de plus en plus insupportable dans de très nombreux domaines, dont les services publics en premier lieu, ainsi que notre sécurité civile comme le démontrent cet été les moyens insuffisants en personnels et en matériels, face à la sécheresse et aux incendies exceptionnels que nous vivons toujours dans le Var et dans de très nombreux départements aux conséquences lourdes et terriblement humaines.

A tel point que 100 000 ha de forêts ont déjà brulé avec, au moins, 152 habitations, du jamais vu ! Et ce n’est pas fini. 75 départements sont toujours en alerte ! Les pompiers, en grève le 13 août, sont sortis très déçus de leur rencontre avec le ministre de l’intérieur.

Revenons à notre sujet

Ce texte (1), développe le point de vue du PCF concernant la loi de programmation militaire. Il a le mérite d’aller au fond de ce qui met le feu au monde entier et qui n’est pas le fait d’un caprice de ceux qui ont déclenché sciemment la guerre un peu partout, dont personne ne voit poindre la fin ou la volonté de cessez-le feu à tout prix, et qui se préparent à renforcer l’arsenal nucléaire militaire.

Prétendre que la force militaire est la meilleure façon de se protéger et d’éviter la guerre relève de la démagogie, de la mauvaise foi et d’une vieille conception qui a marqué tout un passé de dominations « des plus forts » et démontré que des pouvoirs absolus étaient et restent intimement liés à des intérêts privés et à leur système capitaliste.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut unilatéralement se désarmer mais avoir pour but une tout autre vision de la paix ,du respect de tous les autres pays et de faire vivre une ONU que les mêmes sabotent à longueur de journée pour imposer leurs conceptions impérialistes.

On peut certes se réjouir de la chute de popularité ces derniers temps, de Trump aux E-U tombée à 32% ce qui ne l’empêche pas d’agir comme s’il était le maître du monde. Il s’octroie tous les pouvoirs et ça n’indigne personne chez les sociaux-libéraux, au centre, au LR et bien sûr à l’extrême-droite qui progresse en Amérique du Sud et en Europe !

Il y a du grain à moudre, certes. Mais ce n’est pas en pactisant avec les conservateurs et les néo-fascistes que l’on va changer quoi que ce soit en France, pas davantage sauver la planète. Mais rien de fatal ne peut empêcher les peuples de construire un nouveau monde qui, à mes yeux, se dessine et qui a soif de paix, d’égalité, de fratenité et de liberté . Peu importe l’ordre et le temps. Le plus vite étant le mieux.

  Macron, lui, cultive les compromissions avec le RN pour faire passer ses projets de loi et isoler la gauche de transformation et ses amendements sur le social, l’économie, l’écologie, la sécurité civile, l’immigration…Dans la foulée de son refus d’appeler le front républicain qui était arrivé en tête en juillet 2024 et avait barré l’accès du RN au gouvernement.

  Les 4 premiers ministres de Macron en 2 ans : Attal, Barnier, Bayrou et Lecornu avaient-ils la majorité absolue ? Non, ils ont continué à faire basculer les « Républicains », leurs cadres et leur électorat vers l’extrême-droite, sa radicalité, ses modèles, ses haines et son passé fasciste et pétainiste dont on fête en ce moment dans nos communes la défaite du nazisme !

L’avenir est entre les mains des jeunes générations.

 

René Fredon

https://www.pcf.fr/loi_de_programmation_militaire_2024_2030_une_guerre_d_avance_413_milliards_au_risque_d_avoir_une_paix_de_retard

 

 

 

 

 

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LA « NOUVELLE FRANCE » EXISTE. ET ALORS ?

                               LA « NOUVELLE FRANCE » EXISTE. ET ALORS ?

616 pages. 27 000 personnes interrogées. Des années de travail de chercheurs de l’INED et de l’INSEE. Une radiographie probablement sans équivalent de ce que devient réellement la société française. Et au milieu de cette masse considérable de connaissances, que choisissent les éditorialistes bolloréens de montrer à ceux qui ont déjà peur de l’immigration ? Un chiffre. Celui qui fait peur. Celui qui permettra de parler de « transformation démographique ».

L’étude Trajectoires et Origines 2 vient pourtant de nous offrir quelque chose de précieux : la possibilité de sortir enfin des fantasmes pour regarder la France telle qu’elle est. Pas celle des plateaux de télévision, pas celle des vidéos soigneusement sélectionnées sur les réseaux sociaux, pas davantage celle d’un angélisme qui prétendrait que l’immigration ne pose jamais aucun problème. La France réelle.

Et cette France-là est infiniment plus intéressante.

Commençons donc par le chiffre qui inquiète tant : parmi les 18-59 ans vivant en France métropolitaine, 13 % sont immigrés, 11 % sont enfants d’immigrés et 10 % ont au moins un grand-parent immigré. Oui : environ un tiers de cette population entretient donc un lien direct avec l’immigration sur trois générations. C’est vrai.
Mais voici précisément ce qu’il faut lire ensuite.

Parmi ces petits-enfants d’immigrés, les ascendances sont de plus en plus mélangées. Les unions mixtes sont déjà nombreuses chez les immigrés eux-mêmes : 39 % vivent avec quelqu’un d’une autre origine. À la génération suivante, cette proportion atteint 59 %. Et lorsqu’une personne est elle-même née d’un couple mixte, 90 % choisissent un conjoint qui n’est pas de l’origine de son parent immigré.

Voilà une réalité beaucoup moins commode pour alimenter le fantasme d’une France constituée de communautés étrangères vivant côte à côte, chacune enfermée derrière ses murs. Les lignées se croisent. Les familles se mélangent. Les histoires s’entremêlent.
À tel point que l’INED parle lui-même d’« hybridation des généalogies ». Et voilà que réapparaît un mot qui hérisse certains : la créolisation.

On peut discuter le mot. On peut même ne pas l’aimer. Édouard Glissant, qui l’a conceptualisé bien avant que Jean-Luc Mélenchon ne le fasse entrer avec fracas dans notre débat politique, lui donnait d’ailleurs une portée culturelle et philosophique bien plus vaste que la petite bataille politicienne française à laquelle on le réduit aujourd’hui.

Mais derrière le mot demeure un phénomène extrêmement concret : lorsque des populations différentes vivent durablement ensemble, elles ne restent pas éternellement intactes, rangées dans des cases hermétiques. Elles se rencontrent, travaillent ensemble, deviennent amies, s’aiment, font des enfants, mélangent des langues, des cuisines, des musiques, des habitudes, des références et finalement des histoires familiales.

Bref, elles fabriquent quelque chose de nouveau. Et, horreur suprême pour certains, cette chose nouvelle est aussi la France.
Ce n’est pourtant pas exactement une nouveauté. La France contemporaine est déjà le produit de couches successives d’immigrations et de brassages : Italiens, Espagnols, Portugais, Polonais, Belges, Arméniens, Juifs d’Europe centrale ou d’Afrique du Nord, populations venues des anciennes colonies, puis du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, d’Asie…

Toutes ces histoires n’ont évidemment ni la même ampleur ni les mêmes circonstances. Toutes les intégrations ne se sont pas déroulées sans heurts. Mais combien de patronymes aujourd’hui parfaitement « français » furent ceux d’étrangers que certains Français de leur époque jugeaient inassimilables ?

Le fantasme consiste précisément à imaginer qu’il aurait existé quelque part une France originelle, chimiquement pure, que l’Histoire aurait malencontreusement commencé à contaminer. Mais cette France-là n’a jamais existé.
Et TeO2 raconte autre chose encore.

Les immigrés arrivant aujourd’hui sont beaucoup plus diplômés que ceux des générations précédentes. Les descendants accèdent progressivement à des niveaux de diplôme comparables à ceux de la population sans ascendance migratoire récente. La langue française devient massivement la langue familiale au fil des générations. Et lorsqu’on demande aux descendants comment ils se définissent, 94 % des enfants de deux immigrés déclarent se sentir français ; parmi les descendants de couples mixtes, ils sont 98 %.
98 %… Il devient assez difficile, après cela, d’expliquer doctement à ces gens qu’ils appartiendraient à une civilisation étrangère refusant de devenir française.

Plus intéressant encore : l’étude s’intéresse à ce fameux « entre-soi » dont on nous rebat les oreilles.
Lorsqu’on demande aux personnes interrogées si tous ou presque tous leurs amis sont de la même origine qu’elles, la réponse concerne 11 % des immigrés et 21 % des descendants de deux immigrés.
Dans la population majoritaire ?
59 %… Il faut évidemment manier ce résultat avec intelligence : lorsqu’on appartient au groupe très majoritaire d’un pays, les probabilités de fréquenter des personnes du même groupe sont mécaniquement beaucoup plus élevées. Mais même en tenant compte de la composition des quartiers, les chercheurs observent une forte diversité des réseaux amicaux des immigrés et de leurs descendants.

Voilà qui complique légèrement le portrait du communautariste enfermé volontairement dans son ghetto. Cela ne signifie surtout pas que tout va bien. Ce serait remplacer une caricature par une autre.

La ségrégation résidentielle existe. Elle est même importante. Certaines populations sont fortement concentrées dans les quartiers pauvres. Les descendants d’immigrés ne connaissent pas tous les mêmes réussites scolaires. Le chômage frappe davantage certaines origines. Les discriminations à l’embauche, au logement ou dans la vie quotidienne demeurent. Et à diplôme comparable, certaines populations continuent de rencontrer davantage de difficultés sur le marché du travail. Voilà aussi la France réelle.
Mais une question devient alors incontournable : quand une population étudie davantage, parle français, se mélange matrimonialement, se sent française et reste pourtant davantage exposée au chômage et aux discriminations, sommes-nous encore certains que le problème réside uniquement dans son refus de s’intégrer ?

Voilà peut-être l’une des questions les plus dérangeantes posées par ces 616 pages.

Car nous avons construit depuis des années un récit extraordinairement efficace : celui d’une France qui ferait tout pour intégrer des populations qui, elles, refuseraient obstinément de l’être. TeO2 oblige au minimum à compliquer sérieusement cette histoire.
Et c’est précisément ici que commence la bataille autour de la « nouvelle France ». Oui, n’en déplaise à certaines personnes obtuses, une nouvelle France apparaît. Il suffit d’ouvrir les yeux.

 

Dans une même famille, un grand-père peut être né en Algérie, une grand-mère en Bretagne, une belle-fille avoir des parents portugais et leurs petits-enfants être nés à Marseille. Ils mangeront peut-être un couscous dimanche, une raclette samedi, écouteront du rap, Aznavour ou Stromae, regarderont le XV de France et s’engueuleront sur l’équipe nationale de football.

 

Alors quoi ? Faudra-t-il déterminer lequel de ces gestes est authentiquement français ? Faudra-t-il établir un ministère de la pureté culturelle chargé de décider à partir de combien de merguez le barbecue républicain cesse d’être conforme aux traditions nationales ?
Soyons sérieux. Une nation n’est pas une photographie que l’on protège de la lumière dans un tiroir.

C’est une histoire qui continue.
Cela n’interdit absolument pas d’exiger des règles communes. Au contraire. Une société diverse a encore davantage besoin d’une République forte : même loi pour tous, école publique ambitieuse, laïcité, égalité entre les femmes et les hommes, liberté de conscience, services publics, apprentissage du français, refus du racisme comme des intégrismes religieux, lutte contre les ghettos sociaux et territoriaux.

La créolisation n’est pas la disparition de la République. Elle rend la République encore plus nécessaire. Et c’est probablement là que nous devrions déplacer le débat.

La question sérieuse n’est pas : « Comment empêcher la France de changer ? » Elle changera. Comme elle a toujours changé.
La question politique essentielle est : « Que voulons-nous mettre en commun dans la France qui vient ? »
Une école capable de fabriquer du commun ou une école progressivement abandonnée aux séparations sociales ? Des quartiers où les populations se rencontrent ou des territoires où riches et pauvres vivent de plus en plus loin les uns des autres ? Une République qui permet l’ascension sociale ou une société où le prénom, l’adresse et la couleur de peau continuent parfois de fermer des portes ? Une citoyenneté commune ou une compétition permanente entre identités ? Voilà les vraies questions.
Et c’est peut-être précisément pour cela que certaines conclusions de cette enquête sont beaucoup moins télégéniques que le fameux « un Français sur trois ».

Car raconter quotidiennement qu’une population étrangère serait en train de remplacer une population française est assez simple.
Expliquer que les deux se marient, ont des enfants, deviennent grands-parents, parlent français, mélangent leurs histoires et fabriquent progressivement une nouvelle généalogie française est beaucoup plus compliqué.
Et surtout beaucoup moins utile à ceux dont le commerce politique prospère sur la peur.
Alors oui : regardons cette « nouvelle France ». Regardons-la vraiment.
Elle n’est ni le paradis multiculturel que quelques-uns voudraient vendre, ni l’apocalypse civilisationnelle que d’autres annoncent chaque soir.
Elle est jeune ou vieille, blanche, noire, métisse, asiatique, maghrébine, ultramarine ; elle s’appelle Mohamed, Matteo, Fatou, Louise, Sofia ou Jean-Baptiste. Elle réussit, échoue, travaille, galère, tombe amoureuse, divorce, élève ses enfants et paie ses impôts. Elle peut être croyante, athée, agnostique ou parfaitement indifférente à la question. Et surtout, toutes ces catégories finissent de plus en plus souvent par se mélanger jusque dans les mêmes familles.

Ce n’est pas une France qui remplace l’autre. C’est la France qui continue son histoire.

Et à l’approche de 2027, plutôt que d’élire ceux qui sauront le mieux nous apprendre à avoir peur les uns des autres, nous pourrions peut-être commencer à demander aux candidats quelque chose d’autre :
comment comptez-vous faire République avec la France telle qu’elle est ? 

Par Guy CALMES 

 

Actualités

Au travers des flammes on voit celles et ceux qui tiennent le pays!

 

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« Par ses alchimies silencieuses, la mondialité diffuse en nous la présence d’un invisible plus large que notre lieu, d’une partie de nous plus large que nous-mêmes. […] Citoyens de cette mondialité (qu’ignorent toujours les géographies capitalistes), les voici inclassables – à la fois clandestins bannis expulsés expurgés exilés désolés voyageurs tapageurs réfugiés expatriés rapatriés mondialisés et démondialisés, dessalés ou noyés, demandeurs d’asile, demandeurs de tout ce qui peut manquer aux vertus de ce monde, demandeurs d’une autre cartographie de nos humanités ! ».

Patrick Chamoiseau

Dans Frères migrants publié en 2017 aux Éditions du Seuil.

 

Au travers des flammes on voit celles et ceux qui tiennent le pays!

Comme aux heures sombres et pénibles de la pandémie de Covid-19, une puissante lumière transperce les fumées noires qui polluent et obscurcissent le ciel. Loin des discours fumeux d’autosatisfaction du gouvernement, resplendit une tout autre réalité : celle de la solidarité humaine, concrète, sensible. Elle a la force d’action des cœurs populaires. Loin des hypocrisies politiciennes désignant des boucs émissaires, l’intelligence collective et solidaire se hisse à la hauteur d’humanité. Avec la volonté de prendre soin de « l’autre » et de la nature, l’entraide et la générosité balayent les égoïsmes pour faire advenir le bien commun.

Ensemble, par-delà les différences et les générations, pompiers et anciens pompiers, agents publics des collectivités locales et de l’État, actrices et acteurs de la santé, travailleurs-paysans, artisans, restaurateurs et tant d’autres bénévoles rassemblent leurs forces, s’unissent pour conjurer le pire : sauver des vies humaines et animales, protéger des villages, des quartiers, des petites entreprises et des usines menacées. Ensemble, ils font face alors que les pouvoirs successifs se sont acharnés à affaiblir et démembrer les services publics de secours, de santé, de transports et de mobilité, d’entretien et de protection de la nature…

Oh, reconnaissons-le : en pareille circonstance, certains hommes de pouvoir ne manquent jamais ni de vocabulaire guerrier, ni d’éloges pompeux des héros anonymes qu’ils méprisent le reste de l’année. « Ces gens qui ne sont rien », selon l’expression du président de la République, personnels de santé ou pompiers qu’ils font matraquer lorsqu’ils osent réclamer de quoi vivre mieux et les moyens de travailler au bien commun.

Et comment oublier le qualificatif d’« éco-terroristes » accolé à une jeunesse en action refusant que le monde se meure sous les effets de la bombe climatique ?

Une fois leur parade terminée, les mêmes s’en retournent dans leurs bureaux climatisés. Ils y préparent les tableaux comptables et les phrases toutes faites aseptisées dans les bocaux de quelques conseillers, visant à faire accepter de nouvelles réductions de moyens, de nouveaux sacrifices au nom de la sacro-sainte réduction de la dette monétaire – qu’ils contribuent pourtant à alourdir par leurs divers cadeaux sonnants et trébuchants en faveur des dominants et des possédants.

Pour cela, ils sacrifient casernes de pompiers, moyens aériens de lutte contre les feux de forêts, gendarmeries, services de protection civile et de santé, services hospitaliers, agences de protection de la nature et de la biodiversité. Ils saignent les collectivités locales, laissent se dégrader routes et voies de chemins de fer, étouffent l’Office national des forêts. Pire encore : quand ils annoncent un « plan de relance forestière », c’est pour subventionner des coupes rases accaparées par des multinationales du bois. Ces dernières éradiquent des forêts complexes riches en feuillus au profit de monocultures de résineux plus profitables.

Non contents de ne tirer aucune leçon des feux extrêmes pour repenser le développement des territoires et promouvoir l’agroforesterie, le pouvoir cherche à profiter du drame pour pousser les pions d’une vaste redistribution du territoire entre public et privé. C’est précisément le sens du projet révélé par la ministre de la Transition écologique, qui a annoncé la semaine dernière la création d’un fonds, associant acteurs publics et entreprises privées, pour préserver et replanter les massifs forestiers en France.
Pourtant, toutes les expériences récentes de « partenariat public-privé » prétendument pour défendre des enjeux climatiques ou environnementaux, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’automobile, des transports, des hôpitaux ou d’autres secteurs, aboutissent immanquablement aux mêmes résultats : ce sont toujours les intérêts privés qui priment tandis que le public assume les coûts, surtout en cas d’échec.

Face à de telles logiques, les mouvements de solidarité en cours et les colères populaires doivent se transformer en une vaste action unitaire. Il s’agit de défendre, d’améliorer, de démocratiser nos biens communs, nos services publics pour l’intérêt général humain et environnemental.

Toutes les catastrophes en cours ne font que souligner l’urgence de bâtir de grands services publics démocratisés et de nouvelles appropriations sociales et citoyennes. Un projet qui doit aller bien au-delà des anciennes nationalisations qui, trop souvent, n’ont fait que perpétuer un capitalisme d’État sans maîtrise de la production et du travail par les travailleurs. C’est pourtant l’indispensable condition pour préserver l’environnement et combattre les bouleversements climatiques.
Ce nouvel élan populaire appelle aussi la recherche de nouvelles solidarités de combat en Europe et à l’échelle planétaire. Il y a urgence à une grande mobilisation politique, sociale et écologique ! On ne peut laisser les institutions européennes détricoter une à une les avancées du droit de l’environnement.

Chaque progression, même minime, obtenue ces dernières années pour protéger les écosystèmes, est trop souvent rayée des textes et des actes gouvernementaux. Les forces du capital veulent surtout ne rien changer à un modèle économique fondé sur la combustion d’énergies fossiles et désormais sur la course à la création de centres de données (data centers) voraces en eau et en énergie.

Tous les événements dramatiques de cet été 2026 – le désastre écologique et économique qui frappe la Gironde, les Landes ou le Var, le traumatisme de milliers de foyers, le vol spectaculaire au Louvre il y a quelques mois, les révélations accablantes sur l’insuffisance des moyens de la justice mis au jour après l’abominable crime de Lyhanna – pointent d’un doigt accusateur le mur et les impasses de ce système qui privilégie les puissances d’argent. C’est un vaste mouvement citoyen qui peut inverser les priorités.

Les vagues de chaleur étouffantes, les températures insoutenables dans les salles de classe, l’arrêt des trains… Chaque crise, chaque catastrophe révèle la paupérisation continue des services publics, ceux de la santé, de la culture, de la justice, de l’éducation ou de la lutte contre les dérèglements climatiques.

Le pouvoir privilégie les marchés financiers et la militarisation au détriment des sécurités humaines. Songeons que les budgets de la sécurité civile avoisinent 7 milliards d’euros quand les frais financiers qui engraissent les spéculateurs de tout acabit sont dix fois supérieurs. Les forêts brûlent, cette même semaine où les marchés financiers font flamber les taux d’intérêt à 4 % sur les emprunts que contracte le pays. À ce rythme, le service de la dette équivaudra dans quelques années à 25 fois les investissements consacrés à la sécurité civile. La nation consacre soixante fois moins d’argent à sa protection civile qu’au budget de l’armée. Révoltant !

C’est le dévouement des personnels de santé pendant la pandémie, celui des pompiers aujourd’hui, et la solidarité citoyenne qui forme l’ultime rempart quand le pouvoir politique s’éloigne chaque jour un peu plus du bien commun et de l’intérêt général.
Face au phénomène d’insécurité globale que représentent les feux extrêmes et les bouleversements climatiques, se pose l’urgence d’imaginer le projet d’un grand pacte, populaire et citoyen, social, progressiste, écologique, démocratique. Un tel pacte, à construire dans les usines et les universités, dans les villages et les bureaux ou centres de recherche, viserait une transformation structurelle de la société pour un plus haut degré de civilisation.

Les drames de l’actualité font mûrir dans la société de nouvelles idées, de nouvelles prises de conscience, le souhait de nouveaux liens. Il convient d’aider à les faire fructifier.
Les engagements citoyens, les solidarités concrètes, les systèmes d’entraide, les actions communes sur le terrain portent en germe de nouvelles politisations cherchant des issues aux impasses du capitalisme. Des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens, des travailleurs de toutes professions, autour des pompiers, prennent conscience de leur capacité, ensemble, à écarter le pire tout en mesurant les dégâts de politiques gouvernementales se faisant sans elles, sans eux, contre elles et eux.

Dans ces actions et ces débats émergent de nouvelles aspirations, de nouveaux enjeux : un nouveau « rééquilibrage-développement » des territoires et de nouveaux liens urbains, périurbains et ruraux, une autre façon d’y habiter et de les faire vivre. Une place centrale accordée à l’agro écologie et à l’agroforesterie pour une agriculture nourricière de qualité. Une nouvelle manière d’habiter fondée sur les solidarités, les liens de proximité, la convivialité et une relation étroite et respectueuse de l’ensemble du vivant. Le souhait d’un avenir désirable pour toutes et tous et pour les générations futures.

Ces dynamiques rejoignent l’action de collectifs engagés dans la lutte pour la réappropriation des biens communs, dans la création de coopératives de production ou encore dans l’expérimentation de sécurité sociale alimentaire ou environnementale. Elles s’appuient aussi sur des tiers-lieux culturels et des projets économiques alternatifs où se nouent des liens nouveaux entre producteurs et acheteurs. Elles confortent le vivant et vivifiant tissu associatif, culturel, social, syndical. Celui aussi des collectivités locales porteuses de progressisme et de démocratie en acte.

Ainsi se dessinent les bases de résistances concrètes, esquissant le portrait d’une nouvelle organisation sociale innovante et autogestionnaire, portant les germes d’un processus communiste visant à dépasser le capitalisme. Pour l’abolir enfin.
Ce projet « d’adaptation-transformation », indispensable à la poursuite de la vie, constitue une puissante évolution révolutionnaire. Il appelle à une grande mobilisation pour les services publics, les sécurités sociale, économique et écologique, mais il nous interpelle aussi sur les enjeux de la décarbonation des activités. Ils nous obligent à penser une civilisation affranchie des énergies fossiles — la plupart importées — qui nous rendent désormais si vulnérables, si fragiles.
Il s’agit bien d’imaginer et de construire une société, un monde, où il fait bon vivre. Un monde où la sécurité humaine serait garantie, où la vie serait moins chère, plus saine, plus autonome et en pleine harmonie avec l’ensemble du vivant. Un monde désirable.

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http://patrick-le-hyaric.fr/
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La Lettre du 8 Août 2026

Actualités

Chaque jour, en France, plus de sept bébés meurent avant d’avoir fêté leur premier anniversaire.

 

Chaque jour, en France, plus de sept bébés meurent avant d’avoir fêté leur premier anniversaire.

Prenez simplement le temps de laisser ce chiffre s’installer. Sept aujourd’hui. Sept demain. Sept après-demain.
À la fin de l’année, cela représente près de 2 700 nourrissons. L’équivalent de 27 écoles maternelles entières qui disparaissent chaque année avant même que ces enfants aient soufflé leur première bougie.

Cette publication n’a pas été écrite pour provoquer, encore moins pour faire le buzz. Les réseaux sociaux regorgent déjà de polémiques fabriquées pour attirer quelques clics supplémentaires. Ce n’est pas mon intention. Si je prends aujourd’hui la plume, c’est parce qu’il existe des sujets qui devraient tous nous rassembler, bien au-delà de nos opinions politiques.

La vie des nouveau-nés en fait partie.
Ces 2 700 décès ne signifient évidemment pas que toutes ces vies auraient pu être sauvées. Aucun médecin sérieux ne l’affirmerait. La médecine ne peut pas tout. Certaines naissances sont marquées par des malformations, des pathologies extrêmement lourdes ou une prématurité extrême contre lesquelles les équipes médicales se battent chaque jour avec un engagement admirable. Mais c’est précisément parce que ces professionnels connaissent la réalité du terrain qu’ils alertent depuis plusieurs années : la France décroche.

La mortalité infantile n’est pas une statistique parmi d’autres.

Depuis des décennies, elle est considérée par les démographes, les épidémiologistes et les grandes organisations internationales comme l’un des indicateurs les plus fiables de l’état de santé d’une nation. Elle mesure bien davantage que le seul destin de quelques milliers de nourrissons. Elle révèle la qualité du suivi des grossesses, l’organisation des maternités, la capacité de l’hôpital public, l’efficacité de la prévention, les inégalités sociales et l’attention qu’un pays porte à ceux qui sont les plus fragiles.

Pendant longtemps, la France faisait figure d’exemple. Aujourd’hui, avec environ 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes, elle se situe parmi les pays les moins performants de l’Union européenne en 23e position sur 27 ! La Suède, la Finlande, l’Espagne, l’Italie ou encore la Slovénie obtiennent de meilleurs résultats. Tous connaissent pourtant, eux aussi, le vieillissement de la maternité, les contraintes budgétaires et les difficultés de recrutement hospitalier. Dès lors, une question s’impose : pourquoi la France fait-elle désormais moins bien que tant de ses voisins ?

Les spécialistes ne parlent pas de fatalité. Ils décrivent l’accumulation de décisions prises au fil des décennies. Des maternités ont fermé au nom d’une concentration des moyens censée améliorer la sécurité des accouchements. L’intention pouvait paraître légitime. Mais une politique publique se juge à ses résultats, pas à ses intentions. Or les résultats sont là. À cette concentration se sont ajoutés des services hospitaliers sous tension permanente, une pénurie de sages-femmes, de pédiatres, d’obstétriciens et d’infirmières spécialisées, un affaiblissement progressif de la Protection maternelle et infantile, des difficultés croissantes d’accès aux soins dans certains territoires et des inégalités sociales qui continuent de peser lourdement sur les grossesses les plus fragiles.

Aucun de ces facteurs, pris isolément, n’explique la situation. Ensemble, ils dessinent le portrait d’un système qui s’est progressivement fragilisé.
C’est précisément pour comprendre cette évolution que l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a été chargée d’une mission d’enquête.

Pendant plusieurs mois, ses inspecteurs ont auditionné des professionnels, analysé les données, étudié les organisations et formulé des recommandations. Leur travail n’avait rien d’un manifeste politique. Il avait pour seul objectif d’établir un diagnostic, afin que les responsables publics disposent des éléments nécessaires pour agir.

Or, selon les informations révélées par Le Canard enchaîné, ce rapport ne sera pas rendu public.
Si cette information est confirmée, alors le débat change de nature. Il ne s’agit plus seulement de mortalité infantile. Il s’agit de transparence démocratique.

Depuis quand un rapport financé par l’argent public, consacré à l’un des indicateurs les plus fondamentaux de la santé d’un pays, pourrait-il être soustrait au regard des citoyens ? Un rapport d’inspection n’est ni un programme électoral ni un tract militant. C’est un outil de compréhension. On peut en discuter les conclusions, en contester certaines analyses, proposer d’autres solutions. Mais encore faut-il que chacun puisse le lire.

Le plus troublant est peut-être ailleurs. Ces enfants ne manifesteront jamais. Quant à leurs parents, ils traversent souvent l’une des épreuves les plus dévastatrices qu’un être humain puisse connaître. Leur priorité n’est pas d’aller réclamer des comptes devant les caméras ou d’alimenter une polémique nationale. Leur priorité est d’essayer de survivre à l’impensable. C’est précisément pour cette raison que cette question ne peut pas reposer uniquement sur leurs épaules.

Elle devrait être portée par l’ensemble de la société.
Notre époque se mobilise volontiers et à juste titre devant une catastrophe spectaculaire. Une explosion, un attentat, une catastrophe naturelle bouleversent immédiatement l’opinion publique. Mais lorsqu’un drame se répète silencieusement, sept fois par jour, tous les jours de l’année, il finit par disparaître derrière le bruit de l’actualité. Pourtant, au terme de douze mois, le bilan humain est bien réel.

Il serait trop facile d’accuser un seul gouvernement. Le recul de la France est le produit de décisions, de renoncements et d’arbitrages accumulés depuis de nombreuses années, sous des majorités de sensibilités légèrement différentes, mais toutes libérales. C’est précisément ce qui devrait nous inquiéter. Lorsqu’une même logique finit par produire des résultats qui se dégradent, c’est un modèle économique et social qu’il devient urgent de réinterroger.

À moins d’un an de l’élection présidentielle, chacun parlera de pouvoir d’achat, de sécurité, d’immigration, de dette, de fiscalité ou de retraites. Tous ces sujets méritent un débat sérieux. Mais il en est un qui devrait tous nous obliger : que vaut la richesse d’une nation si elle protège moins bien les premiers jours de la vie qu’hier et moins bien que nombre de ses voisins ?
Une démocratie ne s’affaiblit pas parce qu’elle reconnaît ses difficultés. Elle s’affaiblit lorsqu’elle préfère détourner le regard. Car un rapport que l’on ne publie pas ne sauve aucun enfant. Il ne recrute aucune sage-femme. Il ne rouvre aucune maternité. Il n’améliore aucun suivi de grossesse. Il ne réduit aucune inégalité.

En revanche, il prive les citoyens d’un débat auquel ils ont droit.

Et lorsqu’un pays commence à considérer la mort de près de 2 700 nourrissons par an comme une donnée statistique dont on peut différer la discussion, il est peut-être temps de se demander si ce n’est pas notre conception même des priorités nationales qui mérite d’être profondément réexaminée. 

Par Guy CALMES

Actualités

Lettre au préfet pour le bilan des feux de forêts varois !

 

Fédération du Var du PCF – Espace Bâle Nuée, avenue Emile Blanc, 83160 La Valette du Var – 

À Monsieur le préfet du

Vous venez de dresser le bilan de deux semaines de feux intenses qui ont touché notre département.
Nous ne partageons pas votre bilan.

Bien sur la fédération du Var du Parti communiste français tient à saluer l’engagement exceptionnel des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, des forces de l’ordre, des agents des collectivités, des personnels de la
Sécurité Civile, des forestiers, des soignants, et de l’ensemble des bénévoles qui, jour et nuit, meHent tout en œuvre pour protéger les populations et lutter contre les flammes.

Nous saluons aussi le formidable élan de solidarité qui s’exprime dans nos communes. Habitants, associations, élus, agriculteurs, entreprises.

Cette solidarité nous honore. Mais elle ne peut pas tout. Elle ne remplacera jamais les poli?ques publiques dont notre pays a besoin pour faire face à des catastrophes que le changement climatique rend plus fréquentes et plus violentes. Les politiques actuelles d’austérité de l’État aboutissent à une augmenta?on de la vulnérabilité des populatioons et donc à leur mise en danger.

Le dérèglement climatique ne crée pas à lui seul les incendies, mais il en augmente la probabilité, la durée et la violence. Il assèche les sols et la végétation, allonge la saison des feux et rend possibles des incendies simultanés ou hors saison.

La réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur les comportements individuels : elle exige un service public puissant, des collectivités soutenues, une gestion forestière de long terme et une sécurité civile dotée de moyens humains, terrestres et aériens suffisants.

Alors que des incendies ont impacté à nouveau, ces derniers jours, plusieurs communes de la Provence Verte , que 7 450 hectares de forêts ont été incendiés, plus d’une quarantaine d’habitations détruites , de nombreux pompiers blessés et une population trauma?sée , particulièrement celle de Correns, il est temps que l’État reconnaisse ses manquements.

Et malgré vos propos, il y a bien des manquements graves de l’État en matière de prévention et de lutte contre les incendies !
L’État doit prendre ses responsabilités et agir immédiatement pour anticiper les conséquences du réchauffement global sur nos territoires, en s’en donnant les moyens et sans reporter toujours les décisions à plus tard : il est temps ! Les vagues caniculaires qui précèdent les grands incendies touchent désormais l’ensemble du pays.

Or, l’État n’a pas suffisamment anticipé alors qu’il a les moyens pour prévoir ces évolutions. Sur les 12 canadairs seuls 7 sont réellement en service pour toute la France en incluant la Corse. Comment se fait-il que les commandes de 4 nouveaux bombardiers d’eau aient été reportées, et ne seront livrés qu’en 2028, dans le meilleur des cas? où sont les promesses du président Macron de 16 canadairs livrés en 2027?

Notre département, le 2ème plus boisé de la France hexagonale, avec 67 % de sa surface est particulièrement exposé au risque.
70 % de la forêt varoise est privée, ce qui complique considérablement la prévention et l’intervention lors d’incendies. Également, la surface boisée dans le Var a augmenté de 17 % entre 1980 et 2013, sans le développement parallèle de son exploitation et de son entre?en. Cela contribue à fragiliser ce domaine en le rendant vulnérable.

Parallèlement les moyens de prévention, de la sécurité Civile, des SDIS, de l’ONF, des collectivités et les investissements nécessaires pour adapter nos territoires n’ont pas été renforcés à la hauteur des enjeux.

La baisse continuelle des moyens des SDIS et de la protection civile en matériel et en moyens humains, les dotations toujours diminuées aux communes, départements et autres collectivités territoriales, aux services publics tels que l’ONF qui a connu une suppression de 4 000 postes à l’ONF en 20 ans au niveau national . Il faut donner aux acteurs de terrain les financements et les recrutements qui permettent de faire de la prévention.

Il y a également des manquements importants de moyens de lutte contre les feux de forêt .
Le manque de disponibilité des canadairs et autres moyens aériens a été fortement ressenti? lors du grand feu du Gros Bessillon, et des reprises… samedi 25 juillet, les canadairs étaient absents car engagés en Corse !!!

Ces moyens, présents lors du feu de Camps-la source, ont démontré leur immense efficacité, en particulier quand ils sont présents dès le départ de feu, et quand ils sont en nombre suffisant.

Les sapeur-pompiers sur le terrain sont épuisés par 2 semaines de lutte acharnée. Des conditions opérationnelles rendues encore plus complexes par le manque de disponibilité connue des moyens aériens. Au sol, les forces sont également insuffisantes ainsi que le manque de matériel lourd, adapté ; et malgré l’envoi de plusieurs marins- pompiers de Toulon, la mobilisation de nos forces armées apparaît comme trop faible.

Pourtant une mobilisation plus importante , comme celle en Gironde, notamment pour inspecter les lisières afin d’éviter les reprises n’a pas été mise en place.

Notre département est un des plus militarisé de l’hexagone : la mobilisation des forces armées, en renfort , devrait être facilitée.
Nous avons besoin d’un vaste chantier national, à décliner au niveau du département du Var, associant forestiers, salariés de la filière bois et leurs organisations syndicales , propriétaires , élus locaux, scientifiques, associations et citoyens pour organiser le changement de modèle qui permettra de relever les défis sociaux et écologique du 21ème siècle.

Il est nécessaire :

  • – De renforcer durablement les moyens des SDIS et de revoir leur financement.
  • – De développer une filière française de production et de maintenance des bombardiers . Des projets industriels existent dans notre région : celui de la société Hynaero , à Istres dans les Bouches du Rhone avec son bombardier d’eau Frégate F-100 ou dans le VAR, à Cuers-Pierrefeu avec l’Atelier Industriel Aéronautique (AIA) qui propose l’implantation d’une floqlle de bombardiers sur la base de Cuers ou Hyères et en assurerait la maintenance.
  • – De renforcer l’ONF, Météo France, et la prévention dans les massifs forestiers.
  • – De donner davantage de moyens aux communes , aux départements et aux régions pour prévenir les risques climatiques.
  • – De revoir la politique d’aménagement du territoire et d’adapter la gestion forestière en prenant en compte l’évolution climatique
  • – D’avoir une contribution accrue des assurances : prévenir un incendie coûte toujours moins chers que réparer ses dégâts.
  • Des financements existent :
    Dans le cadre de la Loi de Programmation militaire, l’État consacre des moyens exceptionnels avec 36 milliards d’euros supplémentaires encore débloqués cette année pour porter ce budget à 2,5 % du PIB et se plier aux
    injonctions de l’OTAN.
  • Des dépenses qui serviront notamment à construire des forces de projection inutiles pour les intérêts du peuple de France comme le prochain porte-avion à propulsion nucléaire qui nécessitera à lui seul 10 milliards d’euros.
  • Réorientons ces dizaines de milliards pour investir dans la protection des populations, dans les services publics et les collectivités locales.

La Fédération du Var du Parti communiste français est disponible pour construire et apporter des propositions d’alternatives concrètes pour le département.

Je vous prie de croire , Monsieur le préfet , en l’expression de ma considération républicaine,

Sylvie Vinceneux
Secrétaire départementale
Fédération du Var du PCF

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Actualités

Quand le Sénat découvre ce que les cheminots annonçaient depuis des années…

Quand le Sénat découvre ce que les cheminots annonçaient depuis des années…

Il y a des rapports parlementaires qui font avancer un débat. Et puis il y a ceux qui donnent l’impression de découvrir, avec plusieurs années de retard, ce que d’autres annonçaient depuis longtemps. Celui que vient de publier le Sénat sur l’ouverture du réseau ferroviaire à la concurrence appartient malheureusement à la seconde catégorie.

Pendant des années, les syndicats de cheminots ont alerté. Ils parlaient d’un risque d’éclatement du réseau, de coûts cachés, d’abandon progressif des lignes les moins rentables, de la fin de la solidarité entre les territoires et, au bout du compte, du retour inévitable de l’argent public pour réparer ce que le marché ne ferait pas. On leur répondait qu’ils défendaient leurs privilèges, qu’ils étaient hostiles au changement, que la concurrence ferait naturellement baisser les coûts, améliorerait le service et profiterait à tous.

Aujourd’hui, ce ne sont pourtant plus les syndicats qui le disent. Ce sont deux sénateurs issus de formations politiques qui ont largement accompagné cette ouverture à la concurrence. Et quel aveu ! Ils reconnaissent que l’État s’est lancé « comme s’il s’était jeté dans le bain de la concurrence sans savoir y nager ». Ils découvrent des coûts largement sous-estimés, alertent sur une possible « balkanisation » du réseau, s’inquiètent du sous-financement chronique des petites lignes et réclament finalement… une intervention plus forte de l’État.

Difficile de ne pas sourire devant un tel grand écart. Reconnaître ses erreurs est une qualité. Reconnaître que certains avaient vu juste depuis le début serait encore plus élégant.

Bien sûr, les appels d’offres ont parfois permis de diminuer certains coûts de production. Personne ne le conteste. Mais où sont réellement passées ces économies ?

Les régions doivent désormais recruter de nouveaux personnels spécialisés, financer des compétences juridiques, techniques et financières, construire de nouveaux centres de maintenance, acheter leur matériel roulant et assurer des missions autrefois mutualisées par un opérateur unique. Les dépenses n’ont pas disparu. Elles ont simplement changé de colonne dans les budgets publics. Et pendant que l’on se félicite de quelques gains comptables, on oublie l’essentiel : derrière chaque ligne ferroviaire, il y a des femmes, des hommes, des familles et des territoires.

Prenons un exemple très concret. Un Toulonnais qui monte dans un TGV pour Paris ne percevra peut-être pas immédiatement les conséquences de cette réforme. Mais imaginons un habitant d’Aups, de Régusse ou d’un autre village du Haut-Var. Demain, il souhaite simplement rendre visite à sa fille installée dans un village de Charente.

Son voyage commence par des dizaines de kilomètres de route ou d’autocar avant même d’atteindre une gare. Puis viennent les correspondances, Aix-en-Provence ou Toulon, et puis Paris avec un changement de gare avant de redescendre vers Angoulême ou Bordeaux, puis un dernier train régional, un car ou quelques kilomètres supplémentaires en voiture de location. Au total, ce déplacement peut mobiliser douze, treize, parfois quatorze heures.

Pendant ce temps, un sénateur quittant le Palais du Luxembourg peut rejoindre Rome en une dizaine d’heures, Budapest en environ treize heures ou même Varsovie en moins de quatorze heures. Autrement dit, il peut traverser plusieurs pays européens plus rapidement qu’un habitant d’un village du Haut-Var ne rejoint sa propre famille installée en Charente.

Voilà le véritable sujet.

PCF - 🚆 Il y a urgence ferroviaire ! Face à la casse ...

 

À l’heure où l’on nous parle d’hyperconnexion, de télétravail, de revitalisation des campagnes et de qualité de vie, nous continuons à fragiliser les services publics qui rendent justement cette vie possible. Une école ferme, une maternité disparaît, un bureau de poste réduit ses horaires, une gare perd ses dessertes, une ligne devient « insuffisamment rentable »… Puis on s’étonne que les habitants quittent les territoires ruraux.

La désertification ne commence pas lorsque les maisons sont vides. Elle commence bien avant, lorsque vivre dans un village devient chaque année un peu plus compliqué que l’année précédente. Une connexion Internet ne remplace ni un train, ni un médecin, ni une école. Elle ne permet pas à des grands-parents d’aller embrasser leurs petits-enfants ni à un étudiant de rentrer plus facilement chez ses parents.

Le rail n’est pas seulement une affaire de trains. C’est une affaire de cohésion nationale. Jusqu’à présent, les lignes les plus rentables contribuaient au financement des dessertes moins fréquentées. C’était le principe même de la solidarité territoriale. Avec la concurrence, les opérateurs privés se concentrent logiquement sur les axes les plus rentables. Ils ne font, au fond, que ce pour quoi ils existent : créer de la rentabilité pour leurs actionnaires.

Qui ira spontanément exploiter les lignes déficitaires ? Personne. Alors il faudra bien que quelqu’un paie : le contribuable… ou les territoires, par leur abandon progressif.

Et l’on connaît déjà cette mécanique. Les premières années, les prix baissent, les offres se multiplient et le consommateur a le sentiment d’être gagnant. Puis, lorsque les positions sont acquises et que la concurrence s’affaiblit, les tarifs remontent progressivement. La téléphonie nous a déjà offert cette démonstration. Beaucoup de privatisations ont suivi cette trajectoire. Le risque est grand de voir demain le ferroviaire emprunter le même chemin.

Au fond, cette histoire dépasse largement le chemin de fer. Qui finance les écoles qui forment les ingénieurs ? Qui entretient les universités où se forment les chercheurs ? Qui équipe les laboratoires publics d’où naissent tant d’innovations scientifiques et technologiques ? Qui construit les routes, les voies ferrées, les ports, les aéroports, les réseaux électriques et numériques sans lesquels aucune entreprise privée ne pourrait prospérer ?

La réponse est simple : la collectivité. C’est l’impôt de tous. C’est l’investissement public patient, souvent discret, parfois critiqué, mais toujours indispensable. Sans lui, il n’y aurait ni infrastructures modernes, ni main-d’œuvre qualifiée, ni recherche publique, ni réseaux de transport performants sur lesquels les entreprises bâtissent ensuite leur développement.

Et pourtant, quel paradoxe ! Certains des plus ardents défenseurs d’un État toujours plus discret sont parfois aussi ceux qui profitent le plus de ce qu’il finance : aides publiques, subventions, crédits d’impôt, infrastructures collectives, commandes publiques… sans oublier ceux qui excellent à réduire leur propre contribution grâce aux niches fiscales, à l’optimisation fiscale ou, pour les plus puissants, aux paradis fiscaux.

Autrement dit, les citoyens financent les fondations. Les entreprises prospèrent grâce à ces fondations. Puis, lorsque l’ensemble devient performant, stratégique et rentable, on explique que le secteur privé l’exploitera plus efficacement. Les investissements sont publics. Les bénéfices deviennent privés. Et lorsque le modèle atteint ses limites, lorsque les petites lignes ferment, que les territoires s’isolent ou que les infrastructures vieillissent, c’est encore vers l’État que l’on se tourne pour réparer ce que le marché n’a ni intérêt ni vocation à prendre en charge.

Voilà sans doute le véritable débat. Il ne s’agit pas d’opposer caricaturalement secteur public et secteur privé. Les deux sont indispensables. Mais il est temps de cesser de présenter l’État comme un poids lorsqu’il investit, puis comme une bouée de sauvetage lorsqu’il faut réparer les conséquences de choix dictés par la seule rentabilité financière.

Car un train n’est pas seulement un moyen de transport. Il est parfois le dernier lien qui rattache un territoire à la République.
Petit bonus « Savez-vous ? » :

Depuis janvier 2026, l’Espagne propose un abonnement national permettant, pour 60 euros par mois — et 30 euros pour les moins de 26 ans — de voyager de façon illimitée sur les trains de proximité, les lignes régionales et de moyenne distance, certains trains rapides Avant, ainsi que sur les autocars interrégionaux dépendant de l’État. La démarche politique est claire : faire du transport collectif un service accessible et encourager concrètement les citoyens à laisser leur voiture au garage.

Pendant qu’en France on découpe le réseau, qu’on multiplie les opérateurs et qu’on s’interroge sur la rentabilité de chaque desserte, l’Espagne consacre de l’argent public à rapprocher les territoires et à réduire le coût de la mobilité. Voilà aussi ce que peut être une politique ferroviaire : non pas attendre du marché qu’il organise spontanément l’égalité, mais décider collectivement que se déplacer doit rester un droit. 

par Guy CALMES 

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