SIX-FOURS : QUAND 21 VOIX CHANGENT UNE VILLE… ET QU’UNE PREMIÈRE ADJOINTE CLAQUE DÉJÀ LA PORTE!

Cinq mois. Il aura fallu à peine cinq mois pour qu’apparaisse une première fissure sérieuse dans la majorité municipale de Frédéric Boccaletti à Six-Fours. Et pas n’importe laquelle : Carolyn Salva, sa première adjointe, chargée notamment des affaires sociales et des solidarités, quitte ses fonctions. Le conseil municipal doit désormais lui trouver un remplaçant.

On pourrait considérer cela comme une péripétie de la vie municipale. Des désaccords dans une majorité, il y en a partout. Des adjoints qui partent, des délégations redistribuées, des ambitions contrariées, rien de bien révolutionnaire sous le soleil varois.
Sauf qu’ici, il existe un nombre qui change complètement la dimension de l’affaire : 21.

Frédéric Boccaletti a remporté l’élection municipale de Six-Fours avec 9 440 voix contre 9 419 à Jean-Sébastien Vialatte. Vingt et une voix d’avance sur 18 859 suffrages exprimés. 50,06 % contre 49,94 %. À l’échelle d’une ville de près de 37 000 habitants, ce n’est plus une marge : c’est une poignée de voisins dans une rue. Les résultats ont d’ailleurs été suffisamment serrés pour que Jean-Sébastien Vialatte dépose un recours devant le tribunal administratif.

Voilà pourquoi le départ de Carolyn Salva mérite davantage qu’un entrefilet dans la chronique municipale.
Car Carolyn Salva n’était pas une personnalité totalement inconnue des Six-Fournais. Elle préside Attrap’Rêves, association reconnue d’intérêt général qui œuvre auprès des enfants malades, handicapés ou accueillis dans des structures sociales.

La ville elle-même la répertorie comme présidente de cette association, dont l’objet est notamment de réaliser des rêves d’enfants malades ou handicapés, d’aider les établissements qui les accueillent et d’améliorer leur bien-être. Autrement dit, elle possédait avant même son entrée en politique une visibilité, une activité et vraisemblablement un capital de sympathie propres dans la commune.
Et c’est là que la question devient politiquement intéressante.

Combien d’électeurs ont voté pour la liste Boccaletti parce qu’elle ne leur apparaissait précisément pas comme une liste composée exclusivement de cadres historiques du RN ? Combien ont été rassurés par la présence de personnalités issues de la société civile ? Combien se sont dit qu’après tout, avec des femmes et des hommes connus pour leur engagement associatif, social ou local, cette équipe représentait peut-être autre chose que l’image traditionnellement attachée à l’extrême droite ?
Nous ne savons évidemment pas combien. Et il serait malhonnête d’inventer le chiffre.

Mais nous savons une chose : il aurait suffi que onze électeurs passent d’un camp à l’autre pour inverser le résultat. Onze.
Alors la question devient parfaitement légitime : si les divergences qui opposent aujourd’hui Carolyn Salva au maire avaient été connues avant le scrutin, le résultat aurait-il été identique ? Si elle n’avait pas figuré sur cette liste, certains électeurs auraient-ils voté autrement ? Son engagement associatif a-t-il contribué à rassurer des Six-Fournais qui n’auraient peut-être pas voté spontanément pour une liste conduite par un responsable historique du Rassemblement national ?

Personne ne peut répondre à leur place. Mais avec 21 voix d’écart, personne ne peut non plus balayer ces interrogations d’un revers de main.
Et il faudra surtout écouter Carolyn Salva elle-même. Selon La Marseillaise, elle annonce qu’elle expliquera publiquement les raisons de son départ à son retour de vacances, le 29 août. Attendons donc ses explications avant de lui prêter des désaccords précis qu’elle n’a pas encore publiquement détaillés.

Ce sera infiniment plus intéressant que les commentaires et les procès d’intention.

Car si ses explications devaient faire apparaître un désaccord profond sur la conception de l’action sociale, de la solidarité, de l’inclusion, du handicap ou simplement sur la manière d’exercer le pouvoir municipal, alors l’affaire changerait encore de nature.
Il faudrait alors se demander si la présence de personnalités issues de la société civile sur certaines listes RN constitue réellement l’ouverture politique annoncée ou si elle sert aussi à présenter aux électeurs une façade plus consensuelle avant que les différences idéologiques ne réapparaissent une fois les élections passées.

Et puisque nous parlons de démocratie, il existe une autre curiosité six-fournaise qui mérite quelques explications.
Frédéric Boccaletti est aujourd’hui présenté officiellement par la ville comme « Monsieur le Maire – Député du Var – Conseiller métropolitain ».
Or le Code électoral est très clair : le mandat de député est incompatible avec la fonction de maire. Ce n’est pas une appréciation politique, c’est l’article LO 141-1 du Code électoral.

Pourquoi Frédéric Boccaletti exerce-t-il donc actuellement les deux fonctions ?

Parce qu’il existe une particularité juridique importante : lorsqu’une élection est contestée, le délai prévu pour faire cesser cette incompatibilité court à partir du moment où le jugement confirmant l’élection est devenu définitif. L’article LO 151 prévoit normalement un délai de trente jours. Or l’élection municipale de Six-Fours fait précisément l’objet d’un recours déposé après ce résultat extraordinaire de 21 voix d’écart.

La situation actuelle peut donc être juridiquement expliquée. Mais elle est provisoire.

Si l’élection municipale est définitivement confirmée, la question ne sera plus : « Frédéric Boccaletti peut-il être député et maire ? » La réponse sera non. Il devra mettre fin à l’incompatibilité conformément au Code électoral.

Et ce sera alors une autre question politique qui se posera aux habitants de la circonscription : lorsqu’ils ont élu leur député, imaginaient-ils qu’il pourrait quitter l’Assemblée nationale quelques années plus tard pour conserver une mairie remportée de 21 voix ? Et lorsqu’ils ont élu leur maire, savaient-ils exactement quelles conséquences cette victoire aurait sur la représentation de leur circonscription à l’Assemblée ?

Tout cela ne signifie évidemment pas que l’élection de Frédéric Boccaletti serait illégitime parce qu’elle s’est jouée à 21 voix. Une victoire d’une voix reste une victoire, tant qu’elle est définitivement validée par le juge électoral. C’est précisément cela, la démocratie.
Mais la démocratie fonctionne dans les deux sens.

Plus une majorité est étroite, plus celui qui la détient devrait mesurer la fragilité du mandat qui lui a été confié. 50,06 %, ce n’est pas un blanc-seing. Ce n’est pas une ville conquise. Ce n’est certainement pas l’autorisation de considérer que Six-Fours aurait soudainement basculé tout entière dans un camp politique.
C’est une ville coupée pratiquement en deux.

Et lorsqu’une première adjointe issue de la société civile quitte l’exécutif cinq mois seulement après l’élection, il ne suffit pas de remplacer son nom sur l’organigramme municipal et de poursuivre comme si rien ne s’était passé.
Il faut expliquer.

Expliquer ce qui s’est rompu. Expliquer pourquoi. Expliquer ce qui opposait réellement le maire à celle qu’il avait lui-même choisie comme première adjointe. Expliquer aux Six-Fournais si ces divergences existaient déjà avant l’élection ou si elles sont apparues dans l’exercice du pouvoir.

Parce qu’à Six-Fours, désormais, chaque fois qu’un événement politique important se produira, un nombre reviendra inévitablement hanter les débats : 21.

Vingt et une voix.
Et parfois, en démocratie, vingt et une voix obligent à beaucoup plus d’humilité que trente sièges au conseil municipal. 

 

Par Guy CALMES 

SIX-FOURS : QUAND 21 VOIX CHANGENT UNE VILLE… ET QU’UNE PREMIÈRE ADJOINTE CLAQUE DÉJÀ LA PORTE