France / Espagne : le match n’est pas gagné !
Et si, pour une fois, nous regardions simplement ce qui fonctionne…
Quand votre voisin obtient de meilleurs résultats que vous, deux attitudes sont possibles. La première consiste à expliquer qu’il a simplement eu de la chance ou que la comparaison n’est pas pertinente. La seconde est plus exigeante : chercher à comprendre ce qui explique cette réussite.
Depuis plusieurs années, l’Espagne affiche une croissance plus soutenue que la plupart des grandes économies européennes. Aujourd’hui encore, alors que la France et l’Allemagne revoient leurs prévisions à la baisse, elle relève la sienne à 2,6 %.
Bien sûr, personne ne devrait présenter l’Espagne comme un paradis. Le chômage y reste plus élevé qu’en France, les tensions sur le logement sont réelles dans plusieurs métropoles, les inégalités n’ont pas disparu et l’inflation demeure une préoccupation.
Mais ces difficultés ne doivent pas empêcher de regarder une réalité : l’économie espagnole affiche aujourd’hui un dynamisme que beaucoup de pays européens lui envient.
Pourquoi ?
La réponse est sans doute multiple.
Le pays a largement mobilisé les financements européens pour investir dans ses infrastructures, la numérisation et la transition énergétique. Il a développé les énergies renouvelables, ce qui a renforcé sa résilience face aux crises énergétiques.
Il est intervenu pour amortir les effets de la hausse des prix sur les ménages et les entreprises. Il a aussi cherché à répondre au vieillissement de sa population active en régularisant une partie de travailleurs déjà présents sur son territoire afin de répondre à des besoins économiques identifiés.
On peut discuter chacune de ces décisions. Mais il est difficile de nier qu’elles s’inscrivent dans une stratégie cohérente.
Cette comparaison m’amène surtout à une réflexion sur la France. Depuis plusieurs décennies, notre pays a connu des gouvernements de sensibilités différentes.
Pourtant, sur bien des sujets économiques, les orientations ont souvent convergé : priorité donnée à la compétitivité, recherche d’une baisse du coût du travail, ouverture des marchés, réduction de certaines dépenses publiques et confiance importante accordée aux mécanismes du marché.
Les partisans de ces politiques soulignent qu’elles favorisent l’investissement, l’emploi et l’attractivité économique.
Leurs critiques estiment, au contraire, qu’elles n’ont pas permis d’enrayer suffisamment la désindustrialisation, qu’elles ont fragilisé certains services publics et qu’elles ont contribué à accroître les inégalités.
Ce débat mérite mieux que des slogans.
Il en va de même pour l’immigration.
Réduire toutes les difficultés françaises à cette seule question me paraît être une simplification excessive. À l’inverse, nier les défis que peut poser une immigration insuffisamment organisée ne me semble pas davantage correspondre à la réalité.
L’exemple espagnol rappelle qu’une politique migratoire peut aussi être pensée en lien avec les besoins économiques, démographiques et sociaux d’un pays.
Pour ma part, cette comparaison conforte une conviction. Je considère que la social-démocratie peut parfois corriger certains excès du libéralisme et obtenir des résultats plus équilibrés. L’exemple espagnol montre qu’une politique plus volontariste peut produire des effets positifs.
Mais je pense également que les défis auxquels nous sommes confrontés – urgence climatique, montée des inégalités, affaiblissement des services publics, partage de la valeur créée, transition industrielle – appellent des transformations encore plus profondes.
C’est pourquoi je me sens davantage en accord avec l’idée d’une gauche de transformation qui place la justice sociale, la transition écologique, la démocratie et les services publics au cœur de son projet, tout en assumant la nécessité d’une économie créatrice de richesses.
Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir quel pays aurait raison contre un autre. Elle est de nous demander si nous sommes encore capables, en France, d’observer avec lucidité ce qui fonctionne ailleurs, d’en débattre sereinement et d’en tirer les enseignements qui pourraient être utiles à notre propre avenir.
L’intelligence collective commence souvent par une forme d’humilité : reconnaître que personne ne détient seul toutes les réponses.
Et vous, quels enseignements la France devrait-elle, selon vous, tirer des expériences menées chez ses voisins européens ?
Parce qu’un pays avance rarement en cultivant la résignation. Il progresse lorsqu’il retrouve le goût de construire ensemble. Et si cette réflexion vous interpelle, n’hésitez pas à la partager autour de vous afin d’enrichir le débat. Les échanges respectueux et argumentés sont souvent plus utiles que les certitudes assénées.
(Illustration réalisée avec l’aide d’une IA.)
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https://www.humanite.fr/en-debat/espagne/lespagne-de-pedro-sanchez-lhonneur-de-leurope
Par Guy CALMES


