Trump nomme son ennemi : le communisme
Le 250ᵉ anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis aura été pour D. Trump l’occasion de dérouler le tapis chiffonné d’un roman national où ne figureraient que d’étincelants héros et un exceptionnalisme américain baigné dans les eaux saumâtres d’un nationalisme chrétien.
Aucune trace de l’esclavagisme, aucune mention de la ségrégation, du racisme ou du génocide de peuples autochtones.
Rien non plus sur la barbare peine de mort, la traque des immigrés et des opposants, la chasse aux mots dérangeants et aux sciences. Pas un mot, sur les bombes atomiques déversées sur Hiroshima et Nagasaki. Silence sur les guerres bruyantes et désastreuses menées en dehors du territoire nord-américain. Mutisme total sur celles menées sans aviation, sans chars, ni soldats : les blocus et sanctions économiques qui ont causé, ces cinquante dernières années, près de 28 millions de morts selon la revue « The Lancet ».
Un détail sans doute pour le roi de la Maison-Blanche, qui se souvient des crus mots de l’ancienne et cynique secrétaire d’État américaine, Mme Madeleine Albright, justifiant cette hécatombe à la chaîne CBS : « C’est un choix difficile, mais nous estimons que le jeu en vaut la chandelle »
Voilà le tableau du récit trumpiste : un conte de fées écrit à l’encre de la domination et du mépris.
Heureusement, le pape Léon XIV, à l’occasion de ce même anniversaire, a de nouveau employé des mots puissants contre les bombes, prononcé d’énergiques homélies contre les chasses aux migrants, appelé Trump à la « modération », « au respect des opinions contraires » et à la paix.
Après avoir fustigé celles et ceux qui veulent l’émancipation des femmes de toutes dominations et inégalités, dénigré les immigrés, stigmatisé les peuples indigènes, Trump a ciblé ceux qui colportent des « mensonges marxistes ».
Sur sa lancée, l’empereur du grand capital étasunien a déplié à plusieurs reprises dans chacun de ses discours le grand chiffon rouge :
« la menace communiste, notamment de la part de nouveaux arrivants dans notre pays qui adhèrent à des idées totalement opposées à notre mode de vie et à notre grande réussite ». Puis, plus précis, il a ajouté : « Il ne s’agit pas de simples désaccords politiques comme des divergences sur la fiscalité ou la réglementation. Le communisme est une menace morale pour la liberté américaine. C’est la plus grande menace qui pèse sur notre pays… » s’est-il écrié.
On le comprend ! Le porte-voix des forces du grand capital américain est fortement préoccupé par la progression des candidats « socialistes démocrates d’Amérique » (DSA) au sein du Parti démocrate et dans la société, après l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York.
Quel crime en effet, que de vouloir faire de l’Amérique un pays combattant la pauvreté, respectant les personnes noires et les métis, intégrant les sans-papiers, libérant les opprimés et les dépossédés, combattant les injustices, agissant contre les guerres et pour la libération des peuples !
Ainsi, le tout-puissant président de l’imperium, tout occupé à l’accélération sans limite d’un capitalisme protofasciste, avoue que sa grande entreprise, au milieu de ce clair-obscur, de cet entre-deux instable, se heurte au risque d’un processus communiste. C’est pour l’empêcher de se frayer un chemin qu’il convoque le monde aux obsèques du droit, de la culture et de la science ; qu’il théorise l’inégalité, vante le droit à la supériorité et la prééminence du « moi » royal-trumpiste. C’est pour cette raison que nous sommes invités à l’enterrement de la démocratie.
Voilà qui doit faire méditer, unir et agir toutes les militantes et tous les militants de la rupture avec le capitalisme, les colonialismes, le militarisme et l’impérialisme. Que le commandant en chef de « l’occidentalisme capitaliste » nomme lui-même « communisme» ce qui s’oppose à son projet doit nous mettre en éveil.
Sa lucidité l’oblige à constater qu’une part non négligeable du peuple américain et de la classe ouvrière prend conscience des impasses où il les conduit. C’est le peuple, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui paient au prix fort les guerres économiques et l’augmentation des droits de douane.
Les pays du Sud – qui n’incarnent pas toujours des alternatives au capitalisme – n’en sont pas moins en rébellion contre la prééminence du dollar, contre l’extraterritorialité du droit américain, contre l’Otan et les guerres pour s’accaparer les ressources rares et contre la négation des bouleversements climatiques.
Ainsi, la guerre américano-israélienne déclenchée le 28 février dernier est majoritairement désavouée par les populations américaines. Elles découvrent que l’autoproclamé « président de la paix » ne connaît que le langage des bombes et des sanctions, la furie de la prédation et de la force.
Et dans le monde entier, on se souvient des mensonges qui ont justifié le déclenchement de la guerre en Irak et de la débâcle. On se souvient quand, en août 2021, les militaires étatsuniens pliaient bagage après vingt années de guerre en Afghanistan. On se souvient du bourbier militaire et de la victoire du peuple vietnamien.
On sait qu’à chaque fois, ce sont les résistances des peuples, les solidarités internationalistes, qui ont permis l’arrêt des déluges de fer et de feu et les reculs de l’impérialisme.
Cela ne peut évidemment faire oublier l’effroyable prix payé par les populations, le sang et les larmes, le sacrifice de générations, les ruines et les paysages de cendres.
On ne peut s’abstraire non plus de l’immensité des dégâts que produit la guerre contre l’Iran et le crime de génocide en cours à Gaza.
Ils sont pourtant la source d’un tournant historique : les crimes à Gaza et l’annexion de la Palestine, soutenus par la quasi-totalité des pays occidentaux, voient s’opposer un inédit mouvement populaire planétaire de solidarité avec le peuple palestinien. La nature de l’État colonialiste israélien éclate aux yeux de tous sur la planète entière. Et les dirigeants de l’Occident capitaliste sont perçus comme ses complices.
Les crimes en Palestine sont devenus le miroir grossissant de l’hypocrisie occidentale. Chaque bombe qui tombe à Rafah ou à Beyrouth, chaque enfant enterré sous des décombres, chaque veto américain au Conseil de sécurité de l’ONU est un clou de plus dans le cercueil de la crédibilité morale de l’Occident capitaliste.
L’issue de la guerre contre l’Iran apparaît désormais comme une défaite de l’imperium et de son satellite israélien. Non seulement le peuple iranien n’a pas été libéré du joug de la théocratie, mais les négociations se font aujourd’hui sur la base des revendications des responsables iraniens, avec de nombreuses conséquences pour les familles populaires du monde entier.
Transformé du fait de cette guerre en une arme de pression considérable, le détroit d’Ormuz est utilisé par le régime iranien au service de son national-capitalisme.
Le fervent défenseur des stratégies de guerre et grand idéologue des forces conservatrices américaines, Robert Kagan, a prévenu de la gravité de ce qui se joue pour la direction américaine :
« … Les défaites au Vietnam et en Afghanistan ont été coûteuses, mais elles n’ont pas porté atteinte de manière durable à la position globale des États-Unis dans le monde, car elles étaient loin des théâtres d’opérations de la compétition mondiale. L’échec initial en Irak a été atténué par un changement de stratégie qui a finalement laissé l’Irak relativement stable et inoffensif pour ses voisins, tout en permettant aux États-Unis de conserver leur position dominante dans la région. Une défaite dans le conflit actuel avec l’Iran sera d’une nature tout à fait différente. Elle ne pourra être ni réparée, ni ignorée. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, ni de triomphe américain final qui permettrait d’effacer ou de surmonter le mal causé ». On ne peut mieux dire la nature de l’échec américano-israélien.
Le coût en vies humaines est effroyable, tragique, catastrophique, et l’affaiblissement de la direction américaine ne signifie pas la fin de l’empire et du colonialisme.
Cependant, la brèche est ouverte : la crédibilité du discours étatsunien et israélien s’effondre de par le monde.
Aucune puissance, aussi arrogante et armée soit-elle, ne peut résister aux idées qui s’emparent des peuples, aux énergies sociales pour la paix et la justice. C’est vrai au Moyen-Orient, à Cuba et dans toute l’Amérique latine comme en Ukraine ou en Russie.
La conjonction de ces mouvements ouvre sans attendre un espace pour des forces progressistes de rupture qui doivent elles-mêmes se coaliser, s’unir pour refuser la militarisation et l’économie de guerre.
Ces mouvements doivent éclairer la nature de l’alternative : soit l’Europe et la France persistent dans leur alignement servile sur Washington, soit elles osent enfin incarner l’ouverture vers les peuples du Sud, porter une audacieuse et déterminée diplomatie de paix conjuguée à une diplomatie pour le climat et la biodiversité.
L’union populaire doit porter une nouvelle alliance internationaliste faisant de l’Europe le fer de lance de nouveaux types de coopérations, de solidarité avec les peuples palestinien, libanais et ceux d’Iran pour leur émancipation, la fin des blocus et des sanctions, la protection de Cuba, la fin des pillages et de l’extractivisme capitaliste, l’arrêt des exécutions sommaires extraterritoriales, des guerres économiques asphyxiant les peuples.
La véritable sécurité ne se mesure pas aux stocks d’ogives nucléaires et autres engins de mort, mais par la réorientation des sommes ainsi dilapidées vers le vivant et l’humanité : les hôpitaux, les écoles, la bifurcation environnementale, la sécurité sociale, un nouveau déploiement de services publics démocratisés.
Dans ce cadre, la France devrait accomplir un geste fort en quittant le commandement intégré de l’OTAN et en militant pour sa dissolution en vue de la construction d’un système coopératif de sécurité commune européenne – voie de négociation pour faire cesser la guerre de la Russie contre le peuple ukrainien – et une charpente pour la sécurité commune mondiale sous l’égide des Nations unies. Sécurité qui devrait englober toutes les sécurités humaines : alimentaires, climatiques, sanitaires, sociales.
Nous ne parlons donc pas ici simplement d’un changement de pouvoir et de société, si indispensable soit-il, mais d’un projet civilisationnel. Celui que redoute Trump comme mandataire des capitalismes financier, numérique, militaro-industriel, pharmaceutique, agro-industriel.
En nommant « le communisme » et son processus populaire et démocratique comme son ennemi, Trump montre malgré lui la voie : L’unité des opprimés, des dominés, des dépossédés reprenant le pouvoir sur leurs vies, sur leur travail et productions et pour la grande paix universelle.
C’est la voie de l’empêchement du nouveau fascisme. Le nom de l’ennemi de Trump est, en vérité, l’immense défi à relever pour notre commune humanité.
6 juillet 2026
Par Patrick LE HYARIC


