Pour un droit à la fraicheur
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Il paraît qu’on n’arrête pas le progrès !
De jour en jour on ne sait plus où nous allons, comment éviter le pire et pour quel avenir…en entendant ou lisant les déclarations de ces messieurs et de quelques dames qui occupent le haut des Etats de l’occident, mis devant le fait accompli d’un énergumène d’extrême-droite.
Tous plus libéraux les uns que les autres qui se font de larges sourires de circonstance pour nous rappeler qu’ils ont besoin les uns des autres ( droite et extrême droite) pour essayer de garder leurs pouvoirs et leur domination sur le reste du monde qui lui échappe de plus en plus.
Le plus fort se croyant tout permis et se permettant, jour après jour, de taper sur la table si bien qu’il l’a cassée et ne cesse de confirmer qu’il est le chef et que les autres doivent le suivre même s’il dit tout et son contraire d’un jour à l’autre.
Il a même trouvé le moyen de braquer sa préférée, la présidente du gouvernement italien sa plus proche partenaire, admiratrice de Mussolini, Georgia Méloni dont le parti MSI, mouvement social italien, se veut l’héritier du Parti national fasciste de Benito Mussolini.
Jeudi à Antibes, au 36è congrès franco-italien, Macron et Méloni, élue en 2022, ont affiché leur très bonne entente, ils se sont fait la bise pour bien marquer leur proximité y compris politique, donc leur vision du monde et de l’Europe.
« Que ferait l’Europe sans l’union de l’Italie et de la France ? » ont-ils souligné en chœur, sans oublier les antimissiles européens pour entourer et pénétrer en Russie et les projets publics qui intéressent le privé…Ils parleront, peut-être un jour, du climat, de la décarbonations, du social et de la haute main des milliardaires sur la finance comme de leur captation des fruits du travail humain qui pèse sur le quotidien des classes populaires et moyennes…
Macron n’a pas hésité à offrir à Trump un somptueux dîner au château de Versailles à nos frais, bien entendu, il est question de 600 000 euros : quelle courbette, quelle hypocrisie devant un type de cet acabit.

C’est ainsi que Macron et sa gestion très libérale ont permis au RN, qu’il a toujours banalisé, de devenir le parti le plus influent de France, encore plus exigeant pour liquider tous les acquis des luttes populaires et politiques d’après la seconde guerre mondiale, il y a 80 ans.
Sécurité sociale étatisée, durée du travail rallongée, licenciements à la hausse, des congés payés menacés, égalité hommes-femmes non résolue, services publics, logements sociaux essorés, droit du travail mis en cause, nationalisations évaporées, pas pour tout le monde…universités de plus en plus chère…le tout sur fond de racisme, de xénophobie, d’homophobie : « les étrangers dehors » ! La liste serait longue. « Sécurité et immigration d’abord ! »
On se demande comment des partis d’extrême-droite, certains ouvertement néo-fascistes, salut compris, peuvent séduire une forte partie des classes populaires, dans l’absorption d’une partie de la droite, 81 ans après la capitulation nazie le 8 mai 1945 ? Au point d’être donné, en France, en tête des sondages du 1er tour à la présidentielle, ce qui ne veut pas dire gagnant au second. La menace est réelle, elle ne part pas d’aujourd’hui.
Certes, la sanction attendue début juillet sur le jugement contesté d’il y a une quinzaine d’années concernant un détournement substantiel de fonds collectifs au détriment du parlement européen, peut modifier les rapports de force.
Rien n’est joué mais le nombre de candidats qui se dessine de tous les côtés laisse perplexe. Je n’ai pas vocation à faire des pronostics, d’autant que ce qui peut changer la donne c’est le mouvement social et populaire des villes et des campagnes, face à des restrictions qui n’ont rien de fatal tout en gonflant les profits des plus riches ! Ce que le RN ne veut surtout pas changer.
Me revient à l’esprit « notre » Internationale parce que née en France d’un poète et chansonnier montmartrois et communard, Eugène Pottier dès les lendemains de la « semaine sanglante » en 1871 et de Pierre Degeyter pour la musique. Elle ne fut publiée que 16 ans plus tard avant d’être adoptée par tous les dominés, dans tous les pays dominants.
Je ne vous apprendrai rien, le deuxième couplet nous dit :
« Il n’est pas de sauveurs suprêmes
Ni dieu, ni César, ni tribuns
Travailleurs sauvons-nous nous-mêmes
Travaillons au salut commun
Pour que les voleurs rendent gorge… »
Pour tirer l’esprit du cachot
Allumons notre grande forge
Battons le fer quand il est chaud … »
Si ce n’est un extrait de la main d’Eugène Pottier et la force d’un tel contenu que d’aucuns rêvent de faire disparaître +150 ans après, il n’a pas pris une ride, -je voudrais bien en dire autant- et fier en même temps que les mots commune, commun, communard, communiste…aient pris leur source dans notre France révolutionnaire.
Karl Marx en avait compris la portée, ses œuvres en témoignent et restent très inspirantes.
René Fredon
L’argent magique, c’est pour les armées D’un côté, un budget de l’État où Lecornu cherche à faire des milliards d’économies et qui n’investit ni dans l’école, ni dans la santé, ni dans l’écologie. De l’autre, une rallonge de 36 milliards sur la loi de programmation militaire votée en catimini par 7 députés et 7 sénateurs. Là, l’argent coule à flot. Emmanuel Macron espère pouvoir le promulguer en grande pompe avant le 14-Juillet : le budget alloué aux armées va être augmenté de 36 milliards d’ici à 2030. L’objectif est d’atteindre les 76,3 milliards d’euros annuels, soit 2,5% du PIB. Encore un petit effort et la France atteindra l’objectif de 5% fixé par Donald Trump ! L’armée doit-elle voir son budget augmenter ? C’est un débat légitime. Le problème, c’est que cette rallonge intervient alors que le gouvernement fait des annonces concernant le budget de la France : pas moins de 6 milliards d’économie, dont 2 sur la Sécu. Il rogne sur le budget de la recherche, de la justice et sur le fond vert. Avoir une telle vista, n’est pas donné à tout le monde. Le ministre des comptes publics, David Amiel, se veut radical : « Pour toute dépense supplémentaire qui serait engagée, il y aura à l’euro près l’annulation d’une autre dépense qui était prévue ». Ça rabote partout. En l’espèce, il y a un sérieux problème de méthode. Cette hausse du budget des armées s’est décidée en commission mixte paritaire (CMP), par sept députés et sept sénateurs. C’est réglementairement admis mais cela n’en demeure pas moins un fonctionnement anormal du Parlement : une manière de faire qui devient la règle là où elle devrait être l’exception. Le recours à la CMP permet d’établir des majorités nettes, de droite. Le fait que cette loi de programmation militaire ne suscite aucun débat national est un vrai problème. Quelle stratégie de défense pour la France ? Là est la question. Les dernières guerres nous informent des transformations de cet « art » particulier. Le progrès technologique, l’irruption du numérique et des drônes changent profondément la donne et il faut l’intégrer. Ainsi, la France est d’ores et déjà la cible de cyberattaques, notamment dans les hôpitaux. La Russie en pointe dans le domaine – acteurs étatiques et privés – est mise en cause par les autorités françaises. Les drônes viennent perturber les systèmes de défense traditionnelle sur de nombreux fronts (de l’Ukraine à l’Iran). La loi prévoit une redirection en ce sens. Enfin, il y a l’arrivée massive de l’IA dans le domaine militaire avec des enjeux éthiques redoublés : peut-on laisser les armes tuer sans humains pour décider ? Toutes ces transformations justifient une réflexion et une réorientation de nos armées. La représentation nationale doit les piloter. Le député LFI Aurélien Saintoul interrogeait à la tribune de l’Assemblée en avril : à quelle stratégie industrielle est adossé ce budget militaire ? L’affaiblissement du tissu industriel pose la question de notre dépendance. C’est d’ailleurs aussi le pari de Donald Trump : les États-Unis, premier producteur mondial d’armes et de munitions, tireront bénéfice d’une augmentation des budgets de défense. Pis, pour certaines armes (notamment les avions), Washington peut en limiter l’usage et conserve le contrôle de toute la chaîne d’éléments indispensables à leur fonctionnement : maintenance, pièces détachées, logiciels, mises à jour ou données de ciblage. Enfin, il y a l’enjeu européen : après l’échec du SCAF, l’avion de combat lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, le char européen MGCS pourrait-il subir le même sort, comme l’avait annoncé le chancelier ? Cet échec met en lumière les divergences de stratégies militaires entre une puissance nucléaire comme la France et une puissance continentale comme l’Allemagne. Cerise sur le gâteau des impensés et des non-dits : que devient une stratégie de défense européenne quand les vents de l’extrême droite progressent partout sur le Vieux Continent ? On est ok pour un débat sur la défense nationale. Mais un vrai. En attendant, ce chèque en blanc n’a aucun sens. Ou plutôt si : il nous empêche de faire face à la bombe climatique qui advient. Loïc Le Clerc site REGARDS |
Le Parlement européen crache une sombre morve
Au cours de sa session de Strasbourg, cette semaine, la majorité fusionnelle des droites et des extrêmes droites de l’assemblée européenne a voté des textes bien éloignés des prétendues « valeurs européennes », de la souveraineté des pays et des peuples, des conventions internationales.
Sombre semaine ! le parlement européen entérine un accord de soumission au capital nord-américain, vote un texte abject contre les droits des migrants, et relance les manipulations génétiques sur les plantes en vue d’aller toujours plus loin dans le brevetage du vivant. Par contre, dans l’enceinte européenne, toujours aucun geste envers les Palestiniens violentés, massacrés, volés, occupés, emprisonnés. Aucune discussion sur l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne.
– À l’instant même où le président Trump menaçait d’imposer des tarifs douaniers de 100 % sur le vin français, la majorité du Parlement européen votait les fameux « accords » négociés par Mme von der Leyen sur le green de golf de M. Trump en Écosse.
L’Union européenne accepte donc de supprimer ses droits de douane sur la plupart des produits agricoles et industriels en provenance des États-Unis et se verra imposer une taxe de 15 % sur ses exportations vers les États-Unis. Le plus incroyable est que les défenseurs du texte ont argué de la nécessité de rassurer « les ménages et les entreprises » qui n’auraient ainsi pas à souffrir d’une escalade tarifaire avec les États-Unis. Au nom de ce sinistre mensonge, l’Europe cède à une considérable extorsion de fonds sur les ménages et les secteurs économiques européens.
– Le second forfait concerne un règlement scélérat imposé aux États visant l’expulsion des migrants déboutés du droit d’asile. Celui-ci permet à chaque pays de conclure des accords pour éjecter des migrants venus en Europe pour les parquer dans des centres de rétention en dehors de l’Union européenne. Les initiateurs de cet insupportable méfait ont trouvé un nom bien marketé pour leur sale opération : « hubs de retour ». Ces pays n’auront aucun rapport avec le lieu d’origine de la personne migrante. Celle-ci n’aura aucune garantie de traitement humain, respectueux des conventions internationales. Le Rwanda, l’Ouganda, le Kazakhstan, le Ghana, l’Égypte, l’Ouzbékistan, le Sénégal, la Tunisie n’ont pas une réputation de terres d’asile, havre d’humanisme. Voici donc le modèle de la protofasciste G. Meloni, présidente du Conseil italien, copié par les institutions européennes. Cela fait déjà des mois qu’elle a fait construire des « camps de rétention » en Albanie. La presse de droite s’est félicitée que ce vote ait été l’occasion pour le chef de file des députés de droite français F-X. Bellamy de nouer un pacte avec Bardella et son groupe.
– Le troisième texte diabolique est un revirement. Jusque là l’assemblée parlementaire avait refusé de voter en faveur des « nouvelles techniques génomiques » (NGT). Elle vient de le faire mardi 16 juin, sous la pression des firmes semencières et de l’agrochimie. Alors que les organismes génétiquement modifiés(OGM) étaient jusque-là encadrés au sein de l’Union européenne, le Parlement européen vient donc de décider de permettre la modification du génome d’une plante à la demande des firmes comme Bayer, Corteva, Syngenta, BASF et de quelques start-up à l’affût d’accumulation de capitaux. Ces multinationales pourront commercialiser des plantes ayant subi moins de vingt modifications génétiques sans aucune obligation d’étiquetage et de traçabilité. Les risques de contamination générale des cultures sont grands, alors que les firmes pourront instaurer un régime de brevet sur les plantes qu’elles obtiendront par NGT. Quelques firmes vont donc pouvoir privatiser le vivant et faire main basse sur la souveraineté alimentaire contre les paysans et l’ensemble des citoyens. Les droites, extrême droite et extrême centre, ont voté ensemble ce texte. Un mouvement citoyen d’ampleur pourrait faire annuler ces décisions donnant le champ libre aux grandes firmes de l’agrochimie et des semences.
Oui, sombre semaine au Parlement européen.
Un conseil : occupons-nous des politiques européennes pour sortir de la soumission à Trump et aux grandes firmes capitalistes et pour faire prévaloir le droit international et les droits humains.
Le 19 juin 2026
Patrick LE HYARIC

«Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ?» C’était la question faussement débile et réellement provocatrice prononcée par Emmanuel Macron le 31 décembre 2022, lors de son discours de fin d’année, après une vague d’incendies sans précédent.
Nous sommes trois ans et demi plus tard. Nous entrons, avant même le début officiel de l’été, dans la deuxième vague de canicule de l’année. Certaines prévisions anticipent des pics de température jusqu’à 45°C dans le Sud Ouest, et un thermomètre au dessus de 40°C sur la majeure partie du pays. Des records absolus, inédits dans les annales météorologiques, risquent d’être battus, avec la journée de lundi qui pourrait compter parmi les plus chaudes jamais observées en France. L’anomalie thermique moyenne des 7 prochains jours pourrait atteindre 9°C de plus que les normales de saison.
Pire encore, ces chaleurs extrêmes risquent de durer plusieurs jours d’affilée, sans doute au-delà d’une semaine avec des températures au dessus de 30°C. C’est donc un événement qui aura des conséquences catastrophiques pour la vie animale et végétale. La terre et les plantes vont sécher, les animaux souffrir, et le risque d’incendies sera très élevé.
Alors que nous n’avons quasiment pas connu un seul été sans canicule depuis 10 ans, aucun protocole de protection n’est mis en place pour les enfants dans les écoles, pour les nouveaux nés, pour les personnes âgées, pour les travailleurs manuels. Les boulangers, travailleurs du BTP, restaurateurs, ouvriers en usines et dans les entrepôts risquent tout simplement leur vie ces prochains jours s’ils vont travailler. Lors de la précédente vague de chaleur il y a trois semaines, Daniel, 19 ans, est décédé dans la Drôme après avoir travaillé pendant des heures sur un toit, alors qu’il faisait 31°C à l’ombre. Ces prochains jours, il fera 10°C de plus. À combien de morts doit-on s’attendre ?
Et les millions d’habitant·es vivant dans des tours de béton, dont les appartements se transforment en fours et dont la température peine à retomber la nuit ? Oublié·es aussi.
La chaleur prévue par les météorologues pourrait être plus élevée que la grande canicule de 2003, celle qui avait choqué le pays. Un décompte de l’Inserm avait calculé une surmortalité de 19.490 personnes en France cet été là, et 70.000 en Europe. Des corps avaient du être entreposés dans des chambres froides du marché de Rungis, et les hôpitaux avaient été saturés. En 2003, la canicule avait eu lieu en août, et pas dès le mois de juin. Nous sommes 23 ans plus tard, et rien n’a été fait. Alors, «qui aurait pu prédire» ? Tout le monde.
– Dès 1972, le Rapport Meadows du Club de Rome alerte sur la croissance, l’épuisement des ressources et la pollution.
– À partir des années 1970, des Sommets de la Terre sont organisées par l’ONU et réunissent les dirigeants du monde entier pour parler du réchauffement climatique et de la biodiversité.
– En 1979, le scientifique Haroun Tazieff parle à la télévision d’un «effet de serre général avec un réchauffement de 2 ou 3 degrés de la température de l’atmosphère».
– En 1990 le GIEC, groupe de scientifiques du monde entier, publie son premier Rapport d’évaluation sur le réchauffement climatique. 6 rapports sont parus à ce jour.
– Depuis 1995 des COP sont organisées chaque année, et réunissent les dirigeants mondiaux pour parler du climat. Il y en a donc eu 31. Sans résultat.
– En 2002, lors d’un Sommet de la Terre, Jacques Chirac déclare : «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. Le changement climatique nous menace d’une tragédie planétaire. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !»
– En 2018 Macron fanfaronne devant le congrès américain : «Make our planet great again».
– En février 2022, le GIEC écrivait qu’il était encore possible de s’adapter au changement climatique «à condition que le réchauffement climatique soit limité à 1,5 ou 2°C».
– En 2023 le ministre de la transition écologique, Christophe Béchu, déclare qu’il faut «se préparer au pire», c’est-à-dire «préparer notre pays à quatre degrés» de réchauffement, «ça veut dire anticiper beaucoup de changements».
Tout le monde sait depuis plus de 50 ans. Et nos dirigeants ont laissé faire. Pire, ils ont accéléré la fuite en avant. La firme française Total, soutenue par l’État français, poursuit sa recherche de pétrole et ses projets de pipelines, tout en recevant 400 millions d’euros d’aides publiques.
Les 65 plus grosses banques mondiales ont accordé 750 milliards d’euros de financement aux entreprises du pétrole, du gaz et du charbon en 2024, contre 612 milliards d’euros en 2023, et plus encore l’an dernier.
Tout le monde pouvait prédire, mais il sera bientôt trop tard pour se soulever.
Par Guy CALMES …
Trump à Versailles : beaucoup de dorures, peu de victoire
Hier, Donald Trump était reçu à Versailles avec tous les honneurs.
Galerie des Glaces, palais du Roi Soleil, protocole impeccable, caméras du monde entier : la mise en scène était grandiose. C’est également hier qu’a été annoncé l’accord conclu avec l’Iran.
Et c’est précisément ce contraste qui m’interpelle.
Car derrière les dorures de Versailles et les déclarations triomphales, que reste-t-il réellement de cette séquence ?
Un accord présenté comme historique mais qui ressemble davantage à un armistice qu’à une paix durable. Des milliers de morts, une région toujours aussi instable, une économie mondiale secouée par les tensions énergétiques, un droit international et un droit maritime une nouvelle fois malmenés.
Et surtout un constat difficile à contourner : aucun des objectifs spectaculaires annoncés au début du conflit ne semble avoir été atteint.
Le régime iranien est toujours là. Ses dirigeants sont toujours là. Le pays est toujours là. Et l’équilibre régional demeure profondément fragile.
À voir les images de Versailles, j’ai parfois eu le sentiment d’assister à une cérémonie de victoire dont la victoire elle-même restait à démontrer.
Je repense alors à cette première rencontre entre Trump et Macron. Cette poignée de main interminable devant les caméras du monde entier. Cette démonstration de force soigneusement mise en scène. Cette manière très trumpienne de vouloir montrer qui était le patron.
Depuis, les épisodes de mépris, les petites humiliations publiques, les provocations et les remarques désobligeantes se sont multipliés. On peut apprécier ou non Emmanuel Macron. Là n’est pas la question. Lorsqu’un président français est publiquement rabaissé, c’est aussi l’image de la France qui est atteinte.
Mais au fond, Trump n’est pas le véritable sujet. Le véritable sujet, c’est nous.
Car lorsque l’on regarde froidement le résultat de cette guerre, une question s’impose : tout cela pour quoi ?
Des milliers de morts, des populations civiles plongées dans l’angoisse, une région davantage déstabilisée. Et à l’arrivée ?
Le régime des mollahs n’a pas disparu. Certains observateurs considèrent même qu’il pourrait sortir politiquement renforcé de cette épreuve. Israël demeure engagé dans une logique d’affrontement permanent avec son environnement régional. L’économie mondiale a subi de nouvelles secousses liées aux tensions énergétiques. Le droit international et la liberté de circulation maritime ont été une nouvelle fois malmenés. Et les États-Unis, après l’Afghanistan, ont donné l’image d’une puissance immense sur le plan militaire mais incapable d’imposer durablement un règlement politique conforme à ses objectifs initiaux.
Trump peut bien bomber le torse, multiplier les déclarations triomphales et se présenter comme l’artisan de la paix.
Chacun jugera. Mais il est difficile de parler de victoire lorsque les objectifs proclamés au départ n’ont pas été atteints.
Quant à Benjamin Netanyahou, qui a déjà laissé entendre que cet accord ne l’engageait pas pleinement, il conserve certes une supériorité militaire incontestable au Liban, à Gaza ou en Cisjordanie. Mais cette stratégie ressemble de plus en plus à une fuite en avant.
À court terme, elle produit des résultats militaires. À long terme, elle risque d’accentuer l’isolement diplomatique d’Israël. Or aucune nation, même la plus puissante militairement, ne peut durablement vivre contre une partie croissante de l’opinion mondiale et contre un nombre grandissant de partenaires internationaux.
Et c’est précisément ce qui me conduit à une réflexion plus large.
Dans un an à peine, les Français auront à choisir leur prochain président de la République puis les députés qui composeront la future majorité parlementaire. Et une question me paraît essentielle : qui est aujourd’hui capable de représenter la France dans le monde qui vient ?
Qui possède la stature, l’expérience, la culture politique, le sang-froid et la solidité nécessaires pour dialoguer d’égal à égal avec les dirigeants des grandes puissances ?
Mais la question ne s’arrête pas à l’élection présidentielle.
Dans le cadre actuel de la Cinquième République, aucun président ne gouverne seul. Derrière la fonction présidentielle, il y a aussi une majorité parlementaire capable – ou incapable – de traduire une vision en actes.
La question est donc double : qui peut incarner la France dans le monde qui vient ? Et quelle majorité politique sera capable de soutenir cette orientation, de voter les réformes nécessaires, de défendre les intérêts du pays et de préparer les transformations démocratiques dont notre République a besoin ?
Pour ma part, je reste convaincu que l’avenir passe par une majorité issue de la gauche de rupture, une gauche à la fois républicaine, sociale, écologique et profondément démocratique. Une gauche capable de répondre aux urgences sociales sans céder au libéralisme économique qui a largement montré ses limites. Une gauche capable de défendre la souveraineté populaire sans sombrer dans le nationalisme. Une gauche capable de porter une ambition européenne sans accepter la soumission aux logiques du marché.
Et surtout une gauche capable d’engager, le plus rapidement possible, la transition vers une Sixième République.
Car beaucoup des blocages que nous connaissons aujourd’hui trouvent leur origine dans l’épuisement progressif des institutions de la Cinquième République : concentration excessive du pouvoir, présidentialisation permanente de la vie politique, affaiblissement du Parlement, sentiment d’éloignement entre les citoyens et leurs représentants.
La France a besoin d’une présidence forte face aux puissances étrangères. Mais elle a tout autant besoin d’une démocratie plus forte face à elle-même.
C’est pourquoi la question de 2027 ne se résume pas au choix d’un président.
Elle pose également celle de la majorité politique qui l’accompagnera et du projet démocratique qu’elle portera pour le pays.
Le monde est en train de changer.
Les rapports de force reviennent au premier plan. Les tensions géopolitiques s’accumulent. Face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à la Turquie, à l’Inde et aux nouvelles puissances émergentes, la France ne peut pas se contenter d’avoir un bon gestionnaire ou un excellent communicant. Elle a besoin d’une voix forte, respectée et crédible.
Et je vais peut-être en froisser quelques-uns, mais tant pis.
Le prochain président ou la prochaine présidente de la République ne pourra pas être un simple gestionnaire, ni une personnalité effacée, ni un tapis sur lequel les grandes puissances du monde viendraient s’essuyer les pieds. La fonction exige du caractère, de l’épaisseur politique, une vision et une capacité à tenir tête lorsque les intérêts de la France sont en jeu.
C’est précisément pour cette raison que je regarde avec beaucoup de scepticisme un certain nombre de candidatures qui pourraient émerger dans les mois à venir.
D’abord celles qui s’inscrivent clairement dans la continuité du macronisme. Qu’il s’agisse de Gabriel Attal, de Bruno Le Maire ou d’autres figures issues du pouvoir actuel, je ne vois là qu’une promesse de continuité. Changer les visages pour ne rien changer au fond. Poursuivre, sous une autre forme, une politique dont les résultats économiques, sociaux, démocratiques et écologiques sont aujourd’hui largement contestés.
Viennent ensuite les représentants d’une social-démocratie ou d’un centre gauche qui, selon moi, n’ont toujours pas tiré toutes les leçons des trente dernières années. Qu’il s’agisse de François Hollande, d’Olivier Faure, de Raphaël Glucksmann, de Carole Delga ou de Bernard Cazeneuve, je ne retrouve pas dans leurs propositions la rupture politique, économique et institutionnelle que j’estime désormais nécessaire.
Et puis il y a l’extrême droite. Là, la question est différente. Concernant Jordan Bardella, mon inquiétude n’est pas d’abord celle de la continuité, mais celle du projet lui-même.
Je vois un responsable politique dont l’image occupe souvent davantage l’espace que l’expérience des responsabilités exécutives. Mais surtout, je ne peux dissocier sa candidature de l’idéologie portée par le Rassemblement national, une idéologie que je combats depuis toujours et que je considère profondément dangereuse pour notre République.
Pour des raisons différentes, aucune de ces options ne me paraît aujourd’hui répondre aux défis considérables qui attendent notre pays.
La France mérite mieux qu’un duel entre des gestionnaires sans souffle et des marchands de colère. Elle mérite une personnalité capable de rassembler, de comprendre la complexité du monde et de défendre les intérêts du pays avec fermeté, sans céder ni à la soumission ni aux passions identitaires.
Attention : je ne parle pas d’autoritarisme. Je ne parle pas de chercher un Trump français. Je ne parle pas davantage d’un chef providentiel. Je parle d’une personnalité capable de défendre les intérêts de notre pays sans agressivité inutile mais sans faiblesse non plus.
Regardons le Canada. Son dirigeant n’est ni un dictateur ni un va-t-en-guerre. Pourtant, lorsqu’il s’agit de répondre à Donald Trump, il sait le faire avec fermeté, calme et détermination.
C’est peut-être cela que nous devrions rechercher : un homme ou une femme capable de dialoguer avec les grandes puissances sans se coucher devant elles, quelqu’un qui sache négocier quand c’est nécessaire, résister quand c’est indispensable et rappeler que la France n’est pas une puissance secondaire condamnée à commenter l’histoire écrite par les autres.
Parce que le monde qui se dessine sera probablement plus dur, plus instable et plus dangereux que celui que nous avons connu.
Et dans ce concert géostratégique où chacun cherche à faire entendre sa partition, la France aura besoin d’une voix claire, d’une voix qui ne tremble pas, d’une voix respectée et d’une voix digne de ce que notre pays représente encore dans le monde.
💬 Et vous, quelle personnalité et quelle majorité parlementaire vous paraissent aujourd’hui capables de porter ce projet de transformation démocratique, sociale et républicaine tout en défendant la place de la France dans le monde ?
🎵 La chanson du jour : Résiste – France Gall. « Résiste, prouve que tu existes…”
👉 Rejoignez le groupe Pour un front républicain seynois et participez au débat citoyen.
#PourUnFrontRépublicainSeynois #France #Trump #Versailles #Iran #Présidentielle2027 #Législatives2027 #SixièmeRépublique #GaucheDeRupture
Par Guy CALMES ..
COLÈRES RÉELLES, PEURS ENTRETENUES : LE GRAND TOUR DE PASSE-PASSE DU RN
Il faut commencer par une évidence : toutes les colères sur lesquelles prospère le Rassemblement national ne sont pas imaginaires. Beaucoup sont réelles, profondes et parfaitement légitimes.
La colère de celles et ceux qui voient leur pouvoir d’achat reculer alors que les grandes fortunes continuent de prospérer. La colère des habitants de territoires abandonnés, confrontés à la fermeture des services publics, à la disparition des commerces de proximité ou à l’éloignement des soins. La colère des familles qui peinent à se loger, des salariés qui travaillent dur sans parvenir à vivre dignement de leur travail, des retraités qui voient chaque année leur budget se réduire. La colère aussi face à l’insécurité, aux trafics, aux violences et aux incivilités qui dégradent la vie quotidienne de nombreux Français.
Toutes ces colères existent. Les nier serait une faute.
Mais reconnaître ces difficultés ne signifie pas accepter les fausses solutions qui sont proposées.
Car la méthode du RN est toujours la même : prendre un problème complexe, désigner un coupable facile, puis prétendre que tout ira mieux une fois ce coupable écarté.
Le pouvoir d’achat ? Ce serait l’immigration. La crise des services publics ? Encore l’immigration. Le logement ? L’immigration. L’hôpital ? L’immigration. Les difficultés de l’école ? Toujours l’immigration.
Comme si des décennies de désindustrialisation, de dérégulation économique, de concentration des richesses, de recul des services publics ou d’abandon de certains territoires pouvaient s’expliquer par une seule et même cause.
La réalité est beaucoup moins simple.
On ne créera pas davantage de médecins en désignant des boucs émissaires. On ne construira pas davantage de logements en opposant les pauvres entre eux. On ne réduira pas les inégalités en détournant le regard des véritables mécanismes qui concentrent les richesses au sommet. On ne restaurera pas la sécurité sans une police mieux dotée, une justice disposant enfin des moyens nécessaires et une politique de prévention digne de ce nom.
Le RN prospère également sur des peurs parfois légitimes, parfois largement entretenues.
La peur du déclassement social. La peur de voir ses enfants vivre moins bien que soi. La peur de perdre son emploi. La peur du changement. La peur de l’insécurité culturelle. La peur du chaos politique.
Mais au lieu de rassembler les Français pour affronter ces défis, il préfère les opposer les uns aux autres : Français contre étrangers, salariés contre allocataires, habitants des centres-villes contre habitants des quartiers populaires, fonctionnaires contre travailleurs du privé.
Pendant que les plus fragiles se disputent les miettes, les véritables gagnants du système continuent tranquillement leurs affaires.
Et c’est peut-être là le plus grand paradoxe.
Car ceux qui prétendent parler au nom du peuple ne sont jamais très loin des affaires politico-financières qui ont régulièrement accompagné l’histoire de leur mouvement. Ceux qui dénoncent les privilèges des autres se montrent souvent beaucoup plus discrets lorsqu’il s’agit de l’utilisation de l’argent public ou des avantages procurés par le pouvoir.
Mais leur dernière escroquerie est peut-être moins financière que morale.
D’un côté, ils prétendent représenter les ouvriers, les employés, les retraités modestes et les oubliés de la mondialisation.
De l’autre, ils cherchent à nous vendre une sorte de roman people permanent où l’on devrait s’enthousiasmer pour les aventures sentimentales d’un petit parvenu politique façonné par les plateaux de télévision et d’une influenceuse issue de l’aristocratie européenne dont la principale activité semble consister à exposer son train de vie sur les réseaux sociaux.
Le contraste est saisissant.
Pendant que des millions de Français s’interrogent sur leur avenir, leur retraite, leur logement ou celui de leurs enfants, certains voudraient nous distraire avec un conte de fées mondain digne de la presse people.
La France mérite mieux qu’un feuilleton.
Elle mérite un projet.
Un projet qui traite les causes plutôt que de désigner des coupables. Un projet qui rassemble plutôt qu’il ne divise. Un projet qui protège réellement les plus fragiles au lieu d’exploiter leurs inquiétudes.
Parce qu’au fond, le RN ne résout pas les problèmes : il les utilise.
Et pendant qu’on regarde le doigt qui accuse, on oublie souvent la main qui fait les poches.
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🎵 La chanson du jour : Tout va très bien, Madame la Marquise de Ray Ventura
💬 Phrase du jour :
“Une République forte n’a pas besoin de désigner des ennemis intérieurs ; elle a besoin de réduire les injustices qui fragilisent ses citoyens.”
🤝 Parce que la colère mérite mieux que des boucs émissaires. Parce que la peur mérite mieux que des marchands d’illusions. Parce que la France mérite mieux que des divisions entretenues à des fins électorales.
par guy CALMES
#FrontRépublicain #JusticeSociale #Démocratie #CitoyennetéActive #SolidaritéRépublicaine #RésistanceDémocratique
Raphaël Glucksmann : le retour de la gauche qui a déjà échoué…
Depuis quelques semaines, certains présentent Raphaël Glucksmann comme le renouveau de la gauche française. Pourtant, à observer ses soutiens, son discours et son projet, il apparaît davantage comme l’héritier d’une social-démocratie qui a déjà gouverné la France que comme le représentant d’une véritable gauche de transformation.
Son premier grand meeting présidentiel en est une illustration frappante.
On y retrouvait de nombreux anciens responsables du Parti socialiste, plusieurs figures du hollandisme et des personnalités issues du macronisme en rupture avec Emmanuel Macron.
Difficile d’y voir une rupture. Plus facile d’y reconnaître la tentative de reconstituer ce que certains appellent encore une « gauche de gouvernement ».
Le problème est que cette gauche a déjà exercé le pouvoir. Et les résultats sont connus.
François Hollande est le seul président de la Ve République à avoir renoncé à se représenter pour un second mandat. Non parce qu’il l’avait librement choisi, mais parce que sa popularité s’était effondrée à un niveau jamais atteint par un président sortant. Son propre camp doutait de ses chances de qualification au second tour.
Ce renoncement n’est pas un détail de l’histoire politique française. Il symbolise la rupture profonde qui s’est produite entre une partie du peuple de gauche et une social-démocratie qui avait promis de s’attaquer à la finance avant d’accompagner des politiques largement inspirées par les logiques libérales : Pacte de responsabilité, CICE, loi Travail, reculades écologiques, sentiment d’abandon des catégories populaires et des territoires.
Aujourd’hui, Raphaël Glucksmann critique le libre-échange généralisé, les délocalisations et certains excès de la mondialisation.
Mais ces discours rappellent étrangement ceux que l’on entendait déjà il y a quinze ans. Comme François Hollande avant lui, il dénonce certaines conséquences du système sans réellement remettre en cause ses fondements.
La différence est là.
La gauche de rupture considère que les inégalités ne sont pas un accident de parcours mais le résultat logique d’un système économique organisé autour de la concentration des richesses, de la concurrence généralisée et de la domination de la finance sur les choix politiques.
Elle défend une transformation profonde de la fiscalité, du partage des richesses, du fonctionnement de l’Union européenne, de la place des services publics et du rapport entre le capital et le travail.
Or ces questions apparaissent étonnamment secondaires dans le projet porté par Raphaël Glucksmann. Les enjeux liés à la taxation des grandes fortunes, aux héritages, à la réduction des inégalités patrimoniales ou encore à la remise en cause du pouvoir des marchés financiers restent largement absents ou relégués au second plan.
Même sur les questions internationales, certains silences interrogent.
Lors de ce meeting consacré en partie aux risques de guerre et aux enjeux géopolitiques, pas un mot ou presque sur la Palestine, pourtant au cœur de l’actualité mondiale et des préoccupations d’une grande partie de la gauche.
Personne ne conteste que Raphaël Glucksmann soit un homme de gauche. La question est plutôt de savoir quelle gauche il représente.
Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’une gauche de rupture mais d’une tentative de reconstruction de la social-démocratie telle qu’elle existait avant l’effondrement du quinquennat Hollande : une gauche qui corrige les excès du marché sans remettre en cause les mécanismes qui les produisent.
Or la situation sociale, écologique et démocratique du pays exige davantage qu’une simple alternance de gestion.
La France n’a pas besoin d’un nouveau François Hollande plus jeune, plus médiatique ou plus européen. Elle a besoin d’un projet capable de s’attaquer aux causes profondes des fractures qui traversent notre société.
La rupture n’est pas une posture.
C’est la volonté de changer les règles du jeu plutôt que d’administrer celles qui nous ont conduits dans l’impasse actuelle.
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🎵 La chanson du jour : Ils ont partagé le monde – Tiken Ja Fakoly.
Une chanson qui rappelle que les rapports de domination économique et politique ne sont jamais le fruit du hasard, mais de choix bien réels.
💬 Question du jour : La gauche peut-elle retrouver la confiance populaire en revenant aux recettes de la social-démocratie des années 2000-2010, ou doit-elle inventer un autre chemin ?
#Gauche #JusticeSociale #République #Démocratie #FrontRépublicainSeynois
Par Guy CALMES avec l’accord de christian barlo
Je dois vous faire un aveu. Lorsque je publie une caricature de Jordan Bardella, de Marine Le Pen, d’Emmanuel Macron ou d’une autre personnalité politique, les réactions affluent. Les commentaires se multiplient. Les partages aussi.
Lorsque je parle de la Justice, de ses difficultés, de ses moyens insuffisants ou de ses dysfonctionnements, l’écho est déjà plus discret.
Mais lorsque le sujet concerne les enfants victimes d’inceste, de viols ou d’agressions sexuelles, lorsque des professionnels viennent expliquer devant une commission parlementaire que des enquêtes prennent des mois, parfois des années, que des enfants attendent, que des familles s’effondrent, alors le silence devient presque assourdissant.
Et cela m’interroge.
Je continuerai à dénoncer les dérives, les incohérences ou les fautes du personnel politique. C’est nécessaire. Les élus exercent le pouvoir ; ils doivent rendre des comptes. Mais à quoi sert de commenter avec passion les joutes politiques quotidiennes si nous détournons le regard lorsque sont évoqués des sujets aussi fondamentaux que la protection des enfants ?
Ces derniers jours, j’ai écouté l’audition de l’avocat marseillais Michel Amas devant la commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses commises contre les enfants.
Ce que j’y ai entendu n’était ni une querelle partisane, ni un débat idéologique, ni une bataille électorale. C’était le récit d’enfants qui parlent et qui attendent. Le récit de procédures qui s’enlisent. Le récit d’institutions débordées. Le récit d’une société qui affirme que les enfants sont sa priorité mais qui peine encore à leur apporter la protection qu’ils sont en droit d’attendre.
Maître Michel Amas ne dit pas seulement que la Justice dysfonctionne. Il dit quelque chose de plus terrible : les lois existent déjà. Les dispositifs existent. Les procédures existent. Ce qui manque, ce sont les moyens humains pour les faire vivre.
Il manque des juges. Il manque des greffiers. Il manque des enquêteurs spécialisés. Il manque des policiers formés à l’écoute de la parole des enfants. Il manque des salles adaptées. Il manque du temps. Il manque de la coordination. Il manque cette attention concrète qui transforme une promesse républicaine en protection réelle.
On peut toujours inaugurer des palais de justice. C’est beau, un palais. Cela se photographie bien. Cela alimente les discours officiels. Mais un palais sans personnels suffisants n’est qu’une façade derrière laquelle s’accumulent les dossiers et les retards.
Et pendant ce temps, des enfants attendent.
Certains attendent des mois avant d’être entendus. Certains voient leur parole fragilisée par la lenteur même de la procédure. Certains sont ballotés entre enquête pénale, protection de l’enfance, expertises et placements. Certains voient même le parent qui tente de les protéger devenir à son tour objet de suspicion.
Alors on ajoute de la douleur à la douleur. On ajoute du soupçon au traumatisme. On ajoute de l’administration à l’effondrement.
Il ne s’agit pas ici d’accuser indistinctement les magistrats, les policiers, les greffiers, les éducateurs, les avocats ou les travailleurs sociaux. Beaucoup accomplissent leur mission avec courage et dévouement malgré des conditions devenues indignes de l’importance de leur tâche.
Mais justement : que dit une République lorsqu’elle demande à ses serviteurs de protéger les enfants sans leur donner les moyens suffisants de le faire ? Que dit une société lorsqu’elle proclame que l’inceste est un crime abominable mais laisse les procédures s’étirer jusqu’à l’épuisement des victimes ? Que vaut notre indignation si elle ne survit pas au-delà d’un fait divers, d’un discours ministériel ou d’une séquence médiatique ?
La protection de l’enfance ne devrait pas être un sujet secondaire. Elle devrait être un test moral. Un test politique. Un test démocratique.
Car une société ne se juge pas seulement à la fermeté de ses discours ou à la solennité de ses cérémonies. Elle se juge à la manière dont elle protège ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls.
Un enfant qui parle devrait être immédiatement entendu. Un enfant qui révèle un inceste, un viol ou une agression sexuelle ne devrait jamais avoir à traverser un labyrinthe institutionnel pour espérer être cru, protégé et accompagné.
Alors oui, je continuerai sans doute à publier des caricatures politiques. Il faut parfois mettre des visages sur les responsabilités. Mais aujourd’hui, je voudrais que nous regardions ailleurs. Pas vers ceux qui occupent les plateaux de télévision. Pas vers ceux qui monopolisent les réseaux sociaux.
Pas vers ceux qui vivent de la polémique permanente. Je voudrais que nous regardions vers ceux que l’on n’entend presque jamais : les enfants qui parlent trop bas pour les algorithmes, les enfants dont les dossiers ne font pas exploser les compteurs, les enfants dont la souffrance ne produit ni buzz, ni punchline, ni petite phrase. Ils ne demandent ni compassion de façade, ni émotion passagère.
Ils demandent simplement une Justice qui fonctionne. Et dans une démocratie digne de ce nom, ce n’est pas une exigence excessive. C’est le minimum.
Source : audition de Maître Michel Amas, avocat au barreau de Marseille, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses commises contre les enfants, 8 avril 2026.
Compte rendu officiel :
https://www.assemblee-nationale.fr/…/CRCANR5L17S2026PO8…
QUI VEUT VRAIMENT UNE JUSTICE EFFICACE ?
À chaque affaire judiciaire qui bouleverse le pays, le même scénario se répète. L’émotion est immense, la colère est légitime, les questions fusent : pourquoi cette personne n’était-elle pas en prison ? Pourquoi cette plainte n’a-t-elle pas été traitée plus vite ?
Pourquoi cette victime n’a-t-elle pas été davantage protégée ? Puis viennent les coupables désignés : le juge, le procureur, le greffier, le magistrat qui aurait commis une erreur. Et bien sûr, les éternels « juges rouges » que certains responsables politiques ressortent régulièrement du placard dès qu’une décision ne leur convient pas.
Pourtant, derrière chaque défaillance individuelle éventuelle, une question bien plus dérangeante se pose : dans quelles conditions la justice française exerce-t-elle aujourd’hui ses missions ? Car il est toujours facile d’accuser une institution que l’on prive depuis des années des moyens nécessaires à son fonctionnement.
Depuis longtemps, les gouvernements successifs multiplient les annonces, les plans d’action, les circulaires et les priorités affichées. À chaque drame, une nouvelle urgence est proclamée : violences intrafamiliales, protection des femmes, protection des enfants, narcotrafic, sécurité routière…
Priorité à ceci, priorité à cela. Mais une priorité sans moyens supplémentaires n’est souvent qu’une ligne de plus dans une circulaire. Lorsqu’un magistrat, un procureur ou un greffier gère déjà des centaines de dossiers, lui annoncer cinq nouvelles priorités ne crée pas une sixième journée dans la semaine.
La réalité est têtue. La France consacre environ 0,20 % de son PIB à la justice, contre 0,28 % en médiane européenne. Elle compte 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre 11,2 en médiane européenne. Elle compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 21,9 en moyenne européenne. Autrement dit, nous exigeons de notre justice qu’elle soit plus rapide, plus présente, plus protectrice, plus réactive que jamais, tout en lui donnant des moyens qui restent nettement inférieurs à ceux de nombreux pays comparables.
Oui, le budget de la justice a augmenté ces dernières années. Mais cette hausse a surtout permis de rattraper une partie du retard accumulé au fil des décennies, notamment après les années Sarkozy, pourtant souvent présentées comme celles de l’autorité et du respect de l’institution judiciaire. La France demeure encore loin des standards européens.
Et sur le terrain, les chiffres budgétaires abstraits ne changent rien lorsque les effectifs restent insuffisants, que les audiences s’accumulent et que les dossiers s’empilent.
Les conséquences sont visibles partout : aux prud’hommes, des salariés attendent parfois plus d’un an avant qu’une affaire soit tranchée ; dans les affaires familiales, certaines décisions concernant des enfants, des pensions alimentaires ou des séparations conflictuelles mettent des mois à arriver ; les juges des enfants, chargés des situations les plus sensibles, travaillent eux aussi sous tension ; au pénal, victimes et prévenus attendent parfois très longtemps avant qu’un dossier soit examiné ; dans les juridictions commerciales, certaines procédures peuvent s’enliser pendant des années.
Et chez nous, dans le Var, cette réalité n’a rien d’abstrait. À Toulon, le palais de justice attend depuis des années une rénovation et une extension devenues indispensables. Les juridictions demeurent réparties sur plusieurs sites et les locaux actuels sont eux-mêmes décrits officiellement comme vétustes et dysfonctionnels.
Pourtant, malgré tout cela, le système tient encore grâce à l’engagement quotidien de magistrats, de greffiers, d’éducateurs, d’avocats et de personnels administratifs qui tentent de faire fonctionner la machine judiciaire dans des conditions souvent difficiles.
Alors oui, il existe parfois des erreurs individuelles ; oui, certaines décisions peuvent être contestées ; oui, certaines fautes doivent être reconnues et sanctionnées. Mais réduire les difficultés de la justice française à quelques individus désignés à la vindicte publique relève de la facilité politique.
Et il y a dans tout cela une contradiction assez spectaculaire. Certains responsables politiques se présentent comme les plus ardents défenseurs de l’autorité, de l’ordre et de la Justice avec un grand J. Pourtant, les mêmes nous offrent régulièrement un concert de casseroles judiciaires : emplois fictifs, financements douteux, conflits d’intérêts, détournements de fonds publics, affaires de favoritisme ou de corruption. Quand la justice poursuit leurs adversaires, elle est exemplaire. Quand elle s’intéresse à eux ou à leurs proches, elle devient soudainement partiale, idéologique ou politique.
Cette conception variable de l’État de droit n’est pas celle de la République.
Une démocratie solide ne se construit pas contre la justice. Elle se construit avec une justice forte, indépendante, respectée et correctement dotée. La sécurité n’est pas seulement une affaire de discours. C’est aussi une affaire de magistrats, de procureurs, de greffiers, d’éducateurs, de personnels administratifs, de locaux adaptés et de délais raisonnables.
Une République qui veut réellement protéger ses citoyens doit donner à sa justice les moyens de rendre la justice. Le reste n’est souvent que communication.
Pour un front républicain seynois
https://www.facebook.com/…/pourunfrontrepublicainseynois
🎵 Chanson du jour : Les Copains d’abord — Georges Brassens.
Parce qu’à force de voir certains politiques protéger les leurs avant de défendre la justice, le choix s’imposait presque.