QUI VEUT VRAIMENT UNE JUSTICE EFFICACE ?

À chaque affaire judiciaire qui bouleverse le pays, le même scénario se répète. L’émotion est immense, la colère est légitime, les questions fusent : pourquoi cette personne n’était-elle pas en prison ? Pourquoi cette plainte n’a-t-elle pas été traitée plus vite ?

Pourquoi cette victime n’a-t-elle pas été davantage protégée ? Puis viennent les coupables désignés : le juge, le procureur, le greffier, le magistrat qui aurait commis une erreur. Et bien sûr, les éternels « juges rouges » que certains responsables politiques ressortent régulièrement du placard dès qu’une décision ne leur convient pas.

Pourtant, derrière chaque défaillance individuelle éventuelle, une question bien plus dérangeante se pose : dans quelles conditions la justice française exerce-t-elle aujourd’hui ses missions ? Car il est toujours facile d’accuser une institution que l’on prive depuis des années des moyens nécessaires à son fonctionnement.

Depuis longtemps, les gouvernements successifs multiplient les annonces, les plans d’action, les circulaires et les priorités affichées. À chaque drame, une nouvelle urgence est proclamée : violences intrafamiliales, protection des femmes, protection des enfants, narcotrafic, sécurité routière…

Priorité à ceci, priorité à cela. Mais une priorité sans moyens supplémentaires n’est souvent qu’une ligne de plus dans une circulaire. Lorsqu’un magistrat, un procureur ou un greffier gère déjà des centaines de dossiers, lui annoncer cinq nouvelles priorités ne crée pas une sixième journée dans la semaine.

La réalité est têtue. La France consacre environ 0,20 % de son PIB à la justice, contre 0,28 % en médiane européenne. Elle compte 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre 11,2 en médiane européenne. Elle compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre 21,9 en moyenne européenne. Autrement dit, nous exigeons de notre justice qu’elle soit plus rapide, plus présente, plus protectrice, plus réactive que jamais, tout en lui donnant des moyens qui restent nettement inférieurs à ceux de nombreux pays comparables.

Oui, le budget de la justice a augmenté ces dernières années. Mais cette hausse a surtout permis de rattraper une partie du retard accumulé au fil des décennies, notamment après les années Sarkozy, pourtant souvent présentées comme celles de l’autorité et du respect de l’institution judiciaire. La France demeure encore loin des standards européens.

Et sur le terrain, les chiffres budgétaires abstraits ne changent rien lorsque les effectifs restent insuffisants, que les audiences s’accumulent et que les dossiers s’empilent.

Les conséquences sont visibles partout : aux prud’hommes, des salariés attendent parfois plus d’un an avant qu’une affaire soit tranchée ; dans les affaires familiales, certaines décisions concernant des enfants, des pensions alimentaires ou des séparations conflictuelles mettent des mois à arriver ; les juges des enfants, chargés des situations les plus sensibles, travaillent eux aussi sous tension ; au pénal, victimes et prévenus attendent parfois très longtemps avant qu’un dossier soit examiné ; dans les juridictions commerciales, certaines procédures peuvent s’enliser pendant des années.

Et chez nous, dans le Var, cette réalité n’a rien d’abstrait. À Toulon, le palais de justice attend depuis des années une rénovation et une extension devenues indispensables. Les juridictions demeurent réparties sur plusieurs sites et les locaux actuels sont eux-mêmes décrits officiellement comme vétustes et dysfonctionnels.

Pourtant, malgré tout cela, le système tient encore grâce à l’engagement quotidien de magistrats, de greffiers, d’éducateurs, d’avocats et de personnels administratifs qui tentent de faire fonctionner la machine judiciaire dans des conditions souvent difficiles.

Alors oui, il existe parfois des erreurs individuelles ; oui, certaines décisions peuvent être contestées ; oui, certaines fautes doivent être reconnues et sanctionnées. Mais réduire les difficultés de la justice française à quelques individus désignés à la vindicte publique relève de la facilité politique.

Et il y a dans tout cela une contradiction assez spectaculaire. Certains responsables politiques se présentent comme les plus ardents défenseurs de l’autorité, de l’ordre et de la Justice avec un grand J. Pourtant, les mêmes nous offrent régulièrement un concert de casseroles judiciaires : emplois fictifs, financements douteux, conflits d’intérêts, détournements de fonds publics, affaires de favoritisme ou de corruption. Quand la justice poursuit leurs adversaires, elle est exemplaire. Quand elle s’intéresse à eux ou à leurs proches, elle devient soudainement partiale, idéologique ou politique.

Cette conception variable de l’État de droit n’est pas celle de la République.

Une démocratie solide ne se construit pas contre la justice. Elle se construit avec une justice forte, indépendante, respectée et correctement dotée. La sécurité n’est pas seulement une affaire de discours. C’est aussi une affaire de magistrats, de procureurs, de greffiers, d’éducateurs, de personnels administratifs, de locaux adaptés et de délais raisonnables.

Une République qui veut réellement protéger ses citoyens doit donner à sa justice les moyens de rendre la justice. Le reste n’est souvent que communication.

Pour un front républicain seynois

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🎵 Chanson du jour : Les Copains d’abord — Georges Brassens.

 

Parce qu’à force de voir certains politiques protéger les leurs avant de défendre la justice, le choix s’imposait presque.

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QUI VEUT VRAIMENT UNE JUSTICE EFFICACE ?