Quelle étrange contradiction !
Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de connaissances scientifiques, d’autant de moyens technologiques, d’autant de capacités pour comprendre ce qui l’attend. Et pourtant, rarement nous aurons autant donné l’impression de courir après les événements.
Les canicules succèdent aux sécheresses. Les incendies ravagent des milliers d’hectares. Les inondations deviennent plus brutales. Les ressources en eau se tendent. Nos littoraux évoluent. Notre agriculture doit déjà s’adapter.
La biodiversité s’appauvrit. Aucun de ces phénomènes n’est véritablement nouveau. Ce qui change, c’est leur fréquence, leur intensité et leur accumulation.
Pendant trop longtemps, nous avons abordé ces questions par le petit bout de la lorgnette. Pour faire simple, les uns ont voulu réduire l’écologie à une succession d’interdictions ou de contraintes. Les autres ont préféré repousser les décisions en expliquant que le problème serait traité plus tard, ou qu’il finirait bien par se résoudre de lui-même grâce au progrès technique.
Ces deux attitudes ont un point commun : elles nous ont fait perdre un temps considérable.
Le véritable défi n’est pas de choisir entre l’économie et l’écologie, entre le pouvoir d’achat et la planète, entre la protection de l’environnement et le développement des territoires. Cette opposition est devenue stérile. Le défi consiste désormais à réinventer un modèle de développement capable de répondre simultanément à ces exigences.
Adapter nos villes aux fortes chaleurs. Renaturer les espaces urbains. Réduire l’artificialisation des sols. Préserver la ressource en eau. Moderniser nos infrastructures. Soutenir une agriculture plus résiliente. Accélérer la rénovation énergétique des bâtiments. Miser massivement sur la recherche, l’innovation et les nouvelles technologies. Former les générations qui auront à vivre dans ce monde nouveau.
Tout cela ne relève plus de l’écologie au sens étroit du terme. Il s’agit désormais d’un véritable projet de société.
Car derrière le climat se cachent des questions beaucoup plus vastes : la santé publique, la souveraineté alimentaire, l’indépendance énergétique, l’aménagement du territoire, la justice sociale, l’emploi, l’industrie, la sécurité civile, la cohésion nationale.
Une République forte ne se contente pas de réparer les dégâts après chaque catastrophe. Elle les anticipe. Elle investit. Elle planifie. Elle protège. Elle prépare l’avenir.
Or c’est précisément ce qui nous a le plus manqué depuis plusieurs décennies.
Combien de rapports, de plans, de conventions, de stratégies, d’annonces et de promesses se sont succédé ? Combien de fois avons-nous entendu que « cette fois-ci », les choses allaient réellement changer ? Pendant ce temps, les retards se sont accumulés, les investissements ont souvent été insuffisants, les politiques publiques ont changé au gré des alternances, sans jamais donner au pays une direction stable et lisible.
Le changement climatique n’est pourtant ni de droite, ni de gauche. Il ne connaît ni les échéances électorales ni les clivages partisans. Il nous oblige simplement à retrouver ce que la politique devrait toujours être : la capacité de penser plus loin que le prochain scrutin.
À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, cette question devrait d’ailleurs être au cœur du débat démocratique.
Non pas pour savoir quel candidat saura prononcer les plus beaux discours sur l’écologie, mais lequel proposera une vision cohérente de la France des trente prochaines années. Une France capable de produire, d’innover, de protéger, d’éduquer, de préserver ses ressources et de garantir à chacun des conditions de vie dignes malgré les bouleversements qui s’annoncent.
Les Français auront un choix à faire.
Celui de poursuivre les hésitations, les demi-mesures, les promesses sans lendemain et les oppositions artificielles qui nous ont déjà fait perdre tant de temps.
Ou celui d’exiger enfin une République stratège, humaniste et ambitieuse, capable de réconcilier l’exigence écologique, la justice sociale, le développement économique et l’intérêt général.
Le climat, lui, n’attendra pas 2032.
Les générations qui nous suivront non plus.
En 2027, nous ne voterons pas seulement pour un programme ou pour une personnalité. Nous choisirons la manière dont la France décidera — ou non — de préparer son avenir.
Et cette fois, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.
Par Guy CALMES


