Depuis hier, le repas à 1 euro est enfin accessible à tous les étudiants dans les restaurants universitaires Crous, sans condition de ressources. Ce n’est plus seulement une aide réservée aux boursiers ou aux étudiants identifiés comme précaires : c’est désormais une mesure générale.
Et il faut rappeler d’où vient cette mesure. Le repas à 1 euro pour tous les étudiants n’a pas été porté par la droite, ni par l’extrême droite. Il vient d’une proposition de loi déposée par plusieurs députés de gauche, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 23 janvier 2025.
Ce n’est pas un détail.
Derrière cette mesure, il y a une philosophie très simple : quand un besoin est vital, nous ne devons pas commencer par trier, contrôler, soupçonner, compliquer, humilier. Manger, se nourrir, ce n’est pas un confort. Ce n’est pas une récompense. Ce n’est pas une faveur accordée après examen du dossier. C’est la base.
Un étudiant qui saute un repas n’a pas seulement “un problème de budget”. Il a faim. Et il faut rappeler ce qu’est souvent la vie étudiante : un jeune en pleine construction, qui apprend à vivre seul, à gérer ses études, son argent, son logement, son avenir, parfois loin de sa famille. Ses journées sont souvent lourdes : cours, transports, travaux à rendre, révisions, examens, démarches administratives, inquiétudes financières. Beaucoup ajoutent à cela un job d’appoint, le soir, le week-end, parfois avec des horaires qui grignotent le sommeil et l’énergie. Alors quand ce jeune-là doit encore calculer s’il peut vraiment s’offrir un repas complet, nous ne sommes plus dans le détail. Nous sommes au cœur du problème. On ne construit pas sereinement son avenir avec le ventre vide.
Les Restos du Cœur rappellent eux aussi l’ampleur de cette réalité : sur la campagne 2024-2025, l’association indique avoir distribué 161 millions de repas à 1,3 million de personnes, dont 110 000 bébés de 0 à 3 ans. Les Restos font un travail immense. Heureusement qu’ils sont là. Mais quarante ans après leur création, leur nécessité permanente devrait nous alerter autant qu’elle nous émeut. Quand une association née dans l’urgence devient indispensable année après année, ce n’est pas seulement une belle histoire de solidarité. C’est aussi le signe qu’un pays n’a pas réglé un problème essentiel.
Au niveau national, le repas étudiant à 1 euro dit donc quelque chose de fort : la puissance publique peut décider de garantir, au lieu de trier. Et la même logique vaut pour les enfants.
Certaines communes ont déjà choisi d’aller plus loin en rendant la cantine scolaire gratuite. À Saint-Denis, par exemple, la ville indique que la cantine est 100 % gratuite pour l’ensemble des élèves scolarisés en écoles maternelles et élémentaires, avec réservation obligatoire pour limiter le gaspillage et organiser l’encadrement.
Ce choix coûte de l’argent, bien sûr. Mais tout coûte de l’argent. L’inaction aussi. La précarité, les enfants fatigués, les familles sous pression, les inégalités qui se creusent : tout cela a un coût. Simplement, celui-là est moins souvent présenté dans les beaux tableaux budgétaires.
Le vrai sujet est donc simple : qu’est-ce qu’une commune considère comme prioritaire ? La communication ? Les caméras ? Les grands événements ? Ou le fait qu’un enfant mange correctement le midi ?
Et maintenant, revenons à La Seyne.
À La Seyne-sur-Mer, le tarif de la cantine est déjà modulé selon les revenus. La Ville indique que le repas est facturé aux familles entre 1,50 € et 4,20 €, selon le quotient familial, pour un coût réel annoncé de 13,43 € par repas pour la collectivité. Cela signifie qu’un effort public existe déjà. Il faut le dire honnêtement.
Mais le sujet n’est pas de prétendre que rien n’existe. Le sujet est de se demander si ce qui existe suffit.
Quand les prix augmentent, quand les familles modestes et les classes moyennes comptent chaque euro, quand des enfants peuvent dépendre fortement du repas de midi, nous avons le droit de poser une réflexion simple : peut-on aller plus loin ? Peut-on imaginer une première tranche gratuite ? Peut-on tendre vers un repas à 1 euro pour les familles les plus modestes ? Peut-on construire progressivement une cantine réellement accessible à tous ?
D’autant que, dans notre ville, nous avons aussi connu une autre logique. Il y a quelques années, à La Seyne, certains voulaient choisir quels enfants pouvaient manger à la cantine. Les enfants de parents sans emploi étaient invités, en clair, à rester chez eux.
Comme si le chômage d’un parent devait devenir une sanction pour l’enfant. Comme si la cantine était une faveur accordée aux familles jugées “utiles”, et non un service public destiné aux enfants.
Nous étions plusieurs à l’avoir dénoncé publiquement à l’époque, notamment lors d’une conférence de presse. Et il fallait le faire. Parce que ce genre de décision n’est jamais seulement technique. Elle révèle une vision de la société.
Nous avons aussi connu les assiettes et les gobelets en carton pour des enfants. On dira peut-être que ce n’était “qu’un détail”. Mais dans une école, les détails parlent. Une assiette en carton, ce n’est pas seulement une assiette. C’est parfois une manière de dire : “On fait comme on peut, ce n’est pas si grave.” Mais pour un enfant, tout compte : la place à table, le repas, la manière dont il est accueilli, servi, considéré.
Et il faut dire autre chose, que l’on oublie trop souvent : le repas scolaire n’est pas seulement un moment où l’on nourrit les enfants. C’est aussi un temps éducatif. Les plus jeunes y apprennent à goûter, à découvrir des aliments, à comprendre ce qu’est un repas équilibré. Ils apprennent aussi à attendre leur tour, à parler moins fort, à écouter les autres, à partager une table, à respecter celles et ceux qui servent, accompagnent, nettoient, encadrent. La cantine, ce n’est pas seulement “manger vite entre deux leçons”. C’est une petite société en miniature.
Je peux en parler très concrètement. Pendant mes années d’enseignant, très souvent en ZEP, j’ai longuement “surveillé les cantines”, comme on disait. Le mot était pauvre, presque administratif. En réalité, c’était beaucoup plus que cela.
On y voyait des enfants fatigués, des enfants qui arrivaient avec une faim réelle, des enfants qui découvraient certains aliments pour la première fois, des enfants qui avaient besoin d’être rassurés, cadrés, accompagnés. Pour certains, ce repas était parfois le moment le plus stable, le plus complet, le plus calme de la journée.
Surveiller une cantine, ce n’était pas seulement vérifier que personne ne renversait son verre ou ne lançait une boulette de pain en orbite basse. C’était observer, aider, apaiser, expliquer, encourager. C’était faire de l’éducation, tout simplement.
Voilà pourquoi la cantine scolaire n’est pas un luxe municipal. C’est un service public d’éducation, de santé et d’égalité. Alors, à La Seyne, la bonne approche ne consiste pas à lancer une promesse magique du jour au lendemain.
La vraie démarche consiste à poser les choses publiquement : combien coûte réellement la restauration scolaire ? Combien de familles limitent ou renoncent à l’inscription ? Combien coûterait une première tranche gratuite ? Combien coûterait un repas à 1 euro pour les familles modestes ? Combien coûterait une progression vers une cantine réellement accessible à tous ?
Voilà du concret. Pas du slogan. Pas de la posture. Pas de la charité municipale distribuée à la tête du client. Une politique publique.
Parce qu’une ville se juge aussi à midi, dans une école, quand un enfant s’assoit à table. Il mange. Il reprend des forces. Il apprend aussi à vivre avec les autres. Il retourne ensuite en classe. Il n’a pas à porter sur ses épaules la situation sociale de ses parents.
Voilà la philosophie. La dignité ne devrait jamais être une exception. À La Seyne, nous avons connu des choix qui allaient dans le mauvais sens. Nous pouvons maintenant exiger l’inverse : une ville qui ne trie pas les enfants, mais qui les protège.
Par guy CALMES de L’APRES
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