L’écologie en miettes

Pendant la campagne, Dorian Munoz avait trouvé la formule : « stop au tout-béton ».

Très bien.

Mais maintenant que la campagne est terminée, que reste-t-il de cette promesse ? Où est la grande orientation écologique ? Où est la stratégie climatique ? Où est le projet global pour préparer La Seyne au monde qui vient ?

Pour l’instant, nous voyons surtout autre chose.

 

Dans le programme du candidat devenu maire, la colonne vertébrale était ailleurs : sécurité, ordre public, police municipale, vidéo protection, propreté, commerces, stationnement, attractivité, finances. L’écologie apparaissait, mais elle ne structurait pas l’ensemble. Elle passait dans le décor, comme une plante verte dans une salle de réunion.

Depuis l’installation de la nouvelle municipalité, même logique.

Le discours de départ a parlé du quotidien, de la sécurité, des écoles, des commerces, de la piscine, du centre-ville, des animations, de TPM. Tout cela compte, bien sûr. Mais le climat, lui, était où ?

 

Dans le budget primitif 2026, même photographie : priorité aux écoles et à la sécurité. Le document municipal parle d’ordre, de protection, de sécurisation des écoles, de recrutement de policiers municipaux, de rigueur budgétaire.

Nous y trouvons bien une mesure utile : la réimperméabilisation de l’école Rousseau.

Très bien.

Mais une mesure ne fait pas une politique. Une cour dés imperméabilisée ne suffit pas à transformer une ville en commune réellement préparée aux canicules, aux incendies, à la raréfaction de l’eau, aux sols bétonnés, aux quartiers étouffants, aux écoles surchauffées, aux personnes âgées vulnérables.

 

Et surtout, il y a un signe qui ne trompe pas : l’écologie est éclatée.

 

Un élu pour l’environnement, les déchets, l’eau, les espaces naturels et le développement durable.

Un autre pour la transition énergétique.

Un autre pour la sécurité civile, les risques et le débroussaillement.

Un autre pour la mer, la vie nautique et les ports.

Un autre pour le logement et la rénovation urbaine.

Une autre pour le plan de circulation et la mobilité.

En clair : chacun tient un morceau du puzzle.

Mais qui tient l’image d’ensemble ?

 

Face au dérèglement climatique, nous ne pouvons plus gérer l’écologie comme une addition de petits tiroirs administratifs. Un tiroir pour l’eau. Un tiroir pour les arbres. Un tiroir pour les déchets. Un tiroir pour les risques. Un tiroir pour l’énergie. Et, dans le dernier tiroir, la notice du meuble Ikea que personne ne retrouve.

Le climat n’est pas une compétence parmi d’autres.

Il traverse tout.

 

Quand nous parlons d’écoles, nous parlons aussi d’ombre, de fraîcheur, de cours végétalisées, de bâtiments adaptés.

 

Quand nous parlons de sécurité, nous parlons aussi d’incendies, de canicules, de risques naturels, de personnes isolées.

Quand nous parlons de logement, nous parlons aussi d’isolation, de précarité énergétique, de quartiers minéraux.

Quand nous parlons d’urbanisme, nous parlons aussi de béton, d’eau, de sols vivants, d’arbres, de respiration.

Quand nous parlons de mobilité, nous parlons aussi de pollution, de bruit, de chaleur, de santé publique.

Quand nous parlons de la mer, nous parlons aussi de Méditerranée fragilisée, de littoral, de biodiversité, de tourisme et de protection.

 

Voilà pourquoi les événements de sensibilisation, les ateliers, les fêtes autour de la forêt, de la mer, des abeilles ou des déchets verts sont utiles, mais ne suffisent pas.

Une ville ne devient pas écologique parce qu’elle organise quelques rendez-vous autour du vivant.

Elle ne le devient pas non plus en répétant aux habitants qu’ils doivent faire attention, faire un effort, faire leur part, faire mieux, faire moins, faire autrement.

 

Bien sûr que chacun peut faire sa part. Trier ses déchets, économiser l’eau, éviter le gaspillage, marcher davantage quand c’est possible, protéger la forêt, respecter le vivant : tout cela compte.

Mais à force de répéter aux habitants qu’ils doivent être de bons petits colibris, nous finissons parfois par leur demander d’éteindre l’incendie avec une goutte d’eau pendant que d’autres continuent tranquillement à vendre les allumettes, l’essence et les permis de construire.

 

Le petit colibri qui fait sa part est une belle image. Mais elle devient dangereuse quand elle sert à faire oublier la responsabilité des grands acteurs : l’État, les grandes entreprises, les aménageurs, les choix budgétaires, les politiques énergétiques, les décisions d’urbanisme, les logiques de profit, les renoncements publics.

 

Nous demandons aux citoyens de fermer le robinet pendant que certains organisent les fuites à grande échelle.

Nous demandons aux enfants de trier une barquette pendant que les industries produisent des montagnes d’emballages.

 

Nous demandons aux habitants de supporter la chaleur pendant que nous continuons parfois, collectivement, à bétonner, artificialiser, minéraliser, couper les arbres, repousser les décisions difficiles.

 

La responsabilité individuelle existe. Mais elle ne doit jamais devenir l’alibi commode de l’irresponsabilité collective organisée.

 

Une écologie sérieuse ne culpabilise pas les habitants pour mieux dédouaner ceux qui ont le pouvoir d’agir.

 

Elle dit clairement les choses : chacun peut contribuer, mais ce sont d’abord les décisions publiques, les règles imposées aux entreprises, les investissements collectifs et les choix municipaux qui changent réellement l’échelle du problème.

Et il faut aller encore plus loin.

 

 

Une écologie qui ne remet jamais en cause le système libéral reste souvent une écologie de surface : gestes individuels, affiches vertes, petits ateliers, pots de fleurs, nudges citoyens, culpabilité douce et bonne conscience municipale.

 

En clair : sans remise en cause du système qui produit l’épuisement du vivant, l’écologie finit par devenir du jardinage.

 

Et le jardinage, c’est très bien.

Mais quand la maison brûle, il faut autre chose qu’un arrosoir.

Le problème n’est pas seulement que des habitants oublient parfois d’éteindre la lumière ou de trier correctement un emballage.

 

Le problème, c’est un système qui transforme tout en marchandise : les sols, l’eau, l’énergie, le logement, les mobilités, les paysages, parfois même le silence, l’ombre et le temps long.

Le libéralisme économique a une obsession : faire croire que le marché finira par réparer les dégâts qu’il a lui-même organisés.

 

C’est un peu comme demander à un pyromane de gérer la caserne des pompiers. Avec un beau logo vert, évidemment.

Voilà pourquoi l’écologie municipale ne peut pas se limiter à accompagner les comportements individuels.

Elle doit interroger les choix d’aménagement, les logiques de bétonisation, les partenariats privés, la pression foncière, les choix budgétaires, le rapport aux grandes entreprises, les priorités d’investissement, la place donnée au vivant face à la rentabilité immédiate.

 

À La Seyne comme ailleurs, l’écologie sérieuse commence quand nous cessons de traiter le climat comme un décor et le vivant comme une variable d’ajustement.

Une commune écologique le devient quand chaque décision municipale se demande : est-ce que cela protège mieux les habitants dans le monde qui vient ?

 

Est-ce que cela protège les enfants dans les écoles ?

Est-ce que cela protège les anciens pendant les fortes chaleurs ?

Est-ce que cela protège les quartiers populaires, souvent les plus exposés ?

Est-ce que cela protège Janas, Fabrégas, le littoral, les sols, l’eau, les arbres ?

Est-ce que cela évite de continuer à bétonner ce qui devrait respirer ?

C’est là que le bât blesse.

 

Pour l’instant, nous voyons une écologie en miettes : quelques mots dans le programme, quelques événements utiles, quelques délégations dispersées, quelques mesures ponctuelles.

Mais nous ne voyons pas encore une boussole.

Or La Seyne n’a pas besoin d’une écologie décorative. Elle a besoin d’une écologie de protection, de transformation et de justice. Une écologie populaire, concrète, municipale, sociale. Une écologie qui ne parle pas seulement aux convaincus, mais aux familles, aux enfants, aux retraités, aux habitants des immeubles mal isolés, aux quartiers sans ombre, aux personnes qui n’ont pas les moyens de compenser par la climatisation, la résidence arborée ou la maison bien placée.

Planter trois fleurs ne suffira pas.

 

Dire « stop au tout-béton » pendant la campagne ne suffira pas non plus.

Maintenant, il faut des actes cohérents.

Une ville comme La Seyne devrait avoir une stratégie climatique lisible : écoles fraîches, cours végétalisées, plan arbres, fontaines, ombrières, protection des massifs, désimperméabilisation des sols, lutte contre les îlots de chaleur, mobilité apaisée, rénovation énergétique, accès à la fraîcheur, soutien aux associations environnementales, préservation du littoral, préparation réelle aux risques.

Pas un saupoudrage.

Une direction.

 

Le climat ne doit pas être rangé dans une case du conseil municipal. Il doit devenir une manière de gouverner.Parce qu’une ville qui traite l’écologie en petits morceaux finit toujours par laisser les habitants affronter seuls les grands chocs.

Et les chocs arrivent.

 

Aimez, partagez, discutez : La Seyne mérite mieux qu’une écologie d’affichage. Elle mérite une écologie de courage, de justice et de protection.

 

Le sujet n’est pas de nier les actions environnementales existantes. Le sujet est de savoir si elles forment une véritable stratégie. Aujourd’hui, entre le programme, les premières décisions municipales et la répartition des délégations, nous voyons surtout une écologie dispersée. Or le climat n’attendra pas que chaque tiroir administratif ait retrouvé sa clé.

Rejoignez-nous pour continuer à construire une alternative locale, sociale, écologique et démocratique :

 

Par Guy CALMES  avec l’accord de Christian BARLO

 

https://www.facebook.com/share/g/1C5rLyJ4Mu/?mibextid=wwXIfr

#LaSeyneSurMer #ÉcologiePopulaire #Climat #Janas #JusticeSociale

 

 

L’écologie en miettes!