L’Europe dehors, les subventions dedans
À La Seyne, il semble que le drapeau européen et le drapeau seynois aient disparu du fronton de la mairie à l’occasion du 9 mai, Journée de l’Europe. Si ce constat se confirme, le symbole mérite d’être regardé en face.
Le 9 mai n’est pas une journée décorative. C’est la date qui rappelle la déclaration Schuman, la volonté de reconstruire une paix durable après les ruines de la guerre, et l’idée qu’un continent ravagé par les nationalismes pouvait choisir autre chose que la revanche, la frontière et le ressentiment.
Nous pouvons critiquer l’Union européenne. Nous pouvons dénoncer ses choix libéraux, ses lenteurs, ses hypocrisies sociales, son incapacité trop fréquente à protéger les peuples contre les logiques de marché. Mais critiquer l’Europe pour la transformer n’a rien à voir avec effacer son symbole pour flatter une vieille tentation nationaliste.
Et surtout, il y a les faits.
À La Seyne, l’Europe n’est pas seulement un drapeau. Elle finance des équipements, des services, des lieux utiles. La Métropole TPM indique que les fonds européens FEDER-ITI ont accompagné ou programmé 422 600 € pour la crèche des Colombes à Berthe, 301 202,56 € pour un laboratoire de production et d’insertion à Berthe, 194 000 € pour l’embarcadère Espace Marine, 1 035 700 € pour le tiers-lieu sportif Scaglia, et 217 000 € pour un tiers-lieu éducatif, scientifique et numérique dans les anciens locaux de la gare SNCF de La Seyne. Total identifié : 2 170 502,56 € de financements européens pour des projets seynois ou situés à La Seyne.
Alors regardons la contradiction en face : l’Europe serait indésirable sur le fronton de la mairie, mais bienvenue dans les dossiers de subvention ?
L’Europe invisible sur la façade, mais bien visible dans les lignes budgétaires : drôle de souveraineté.
Ce n’est pas un détail. C’est une méthode.
À Liévin, le nouveau maire RN a fait retirer des drapeaux alliés installés pour les cérémonies du 8-Mai. À Carpentras, le chant pétainiste Maréchal, nous voilà ! a été diffusé dans les haut-parleurs de la ville en marge des commémorations ; la mairie parle d’un accident et annonce une plainte contre la radio prestataire. À Vierzon, la nouvelle municipalité d’extrême droite a annulé la commémoration de l’abolition de l’esclavage, officiellement pour réaliser environ 1 500 € d’économie.
Drapeaux retirés. Mémoire triée. Syndicats poussés dehors. Cérémonies annulées. Europe effacée quand elle gêne, encaissée quand elle finance.
Voilà le fil.
Ils ne commencent pas toujours par casser la porte. Ils commencent par déplacer les repères. Un drapeau en moins. Une cérémonie jugée coûteuse. Un contre-pouvoir prié d’aller voir ailleurs. Une mémoire réduite à ce qui arrange. Et quand nous protestons, ils répondent : “Vous exagérez.”
Non. Nous observons.
Nous observons que la République ne s’abîme pas seulement dans les grands discours de rupture. Elle peut aussi se défaire par petits gestes, par décisions de façade, par arbitrages budgétaires, par effacements symboliques, par choix administratifs présentés comme neutres.
Une ville ne bascule pas toujours dans le fracas.
Parfois, elle bascule dans le rangement.
On décroche ce qui dérange.
On annule ce qui rappelle.
On finance ce qui flatte.
On assèche ce qui résiste.
Puis on appelle cela “remettre de l’ordre”.
Et puisque nous parlons d’Europe, parlons aussi de l’argent européen.
Le RN aime dénoncer Bruxelles en meeting. Mais son histoire avec le Parlement européen est beaucoup moins propre que ses affiches bleu-blanc-rouge.
Dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN/RN, Marine Le Pen a été condamnée en première instance, le 31 mars 2025, pour détournement de fonds publics. Elle a fait appel, la procédure continue, mais le jugement existe. Il ne s’agit donc pas d’une rumeur lancée entre deux cafés au comptoir : c’est une décision de justice de première instance.
Et voici qu’une nouvelle affaire surgit. Le parquet européen enquête désormais sur des soupçons de fraude liés à des dépenses de media training qui auraient bénéficié notamment à Jordan Bardella.
Selon les éléments publiés par la presse, plus de 130 000 € issus de fonds européens auraient servi à perfectionner ses prestations médiatiques en amont de la campagne présidentielle de 2022. Le RN conteste, la justice fera son travail. Mais le symbole est savoureux : ceux qui dénoncent l’Europe à longueur de discours se retrouvent encore une fois sous le regard des enquêteurs pour l’usage de l’argent européen.
Il faut donc résumer leur grand numéro.
L’Europe, ils la retirent du fronton quand il faut flatter les instincts nationalistes.
L’Europe, ils l’acceptent quand elle finance les équipements locaux.
L’Europe, ils l’utilisent quand elle donne des sièges, des moyens, des assistants, des tribunes.
Et quand les juges s’en mêlent, ils crient au complot.
Beaucoup de posture. Beaucoup de communication. Beaucoup de drapeaux quand il faut faire campagne. Beaucoup moins de pudeur quand l’argent public européen passe par les caisses.
Et que dire de Jordan Bardella, champion des vidéos léchées et des mentons levés ? Ses soutiens aiment mettre en avant sa présence lors des votes en séance plénière.
Mais le travail parlementaire ne se résume pas à appuyer sur un bouton quand la caméra n’est jamais très loin. TF1 Info rappelait en 2024 que Manon Aubry lui reprochait 21 amendements déposés depuis 2019, contre plus de 3 000 pour elle, tout en précisant que ce chiffre, à lui seul, ne suffit pas à juger l’ensemble d’un mandat. Traduction politique : beaucoup de plateau télé, beaucoup de communication, mais une production parlementaire qui ne donne pas exactement le vertige.
À La Seyne, cette contradiction doit être dite.
Notre ville n’est pas une abstraction administrative. C’est une ville portuaire, populaire, ouvrière, méditerranéenne, traversée par des histoires de travail, de migrations, de luttes, de culture et de solidarité. Une ville comme celle-là ne devrait pas se réduire à une mise en scène nationale raide, froide, fermée.
Le drapeau seynois rappelle une histoire locale.
Le drapeau européen rappelle une paix construite contre les nationalismes.
Le drapeau français rappelle la République.
Ces symboles ne s’annulent pas. Ils se répondent. Ils disent qu’une commune peut être à la fois locale, nationale, européenne et ouverte au monde. C’est peut-être cela qui gêne : une identité vivante, multiple, populaire, impossible à enfermer dans un slogan.
La vraie fidélité à la République ne consiste pas à multiplier les poses martiales devant les monuments. Elle consiste à respecter toute l’histoire, y compris celle qui dérange. La Résistance. La Libération. L’abolition de l’esclavage. Les luttes ouvrières. Les droits sociaux. Les coopérations européennes. Les solidarités locales.
Quand l’extrême droite touche aux symboles, elle ne fait jamais seulement du protocole. Elle prépare une manière de gouverner.
À nous de répondre sans panique, mais sans naïveté. Avec des faits. Avec de la mémoire. Avec de l’organisation. Avec du lien. Avec cette vigilance calme qui ne crie pas plus fort que les autres, mais qui refuse de détourner le regard.
Parce qu’une ville qui oublie devient plus facile à tenir.
Et une ville qui se souvient reste plus difficile à mettre au pas.
Si ce texte vous parle, aimez, partagez, discutez autour de vous. La bataille démocratique ne se gagnera pas seulement dans les grands discours nationaux.
Elle se gagnera ici, dans nos rues, nos associations, nos écoles, nos cérémonies, nos conversations, et bientôt dans nos votes.
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#LaSeyne #République #Mémoire #Europe #FrontRépublicain
- Une ville ne perd pas sa mémoire d’un seul coup. Elle la perd quand nous acceptons qu’un drapeau disparaisse, qu’une cérémonie s’efface, qu’un contre-pouvoir se taise, qu’un symbole soit vidé de son sens. C’est précisément là qu’il faut rester debout.
Image générée par intelligence artificielle à des fins d’illustration politique et symbolique. Elle ne représente pas une scène documentaire réelle.





