
Il y a un chiffre qui devrait nous arrêter deux minutes. Pas un chiffre spectaculaire. Pas un chiffre qui hurle. Un chiffre presque discret, comme ces signaux d’alarme que nous préférons parfois ne pas entendre parce qu’ils dérangent un peu trop.
En 2025, moins d’un Français sur deux a fait un don à une association. 47 %. Et le montant moyen des dons baisse lui aussi.
Alors évidemment, nous pourrions sortir le commentaire facile : “Les gens sont devenus plus individualistes.” Ce serait confortable. Ce serait pratique. Ce serait même parfait pour ceux qui aiment expliquer la société avec trois idées toutes faites et un vieux tournevis rouillé.
Mais ce serait faux.
Parce que ce que dit le baromètre Ipsos / Apprentis d’Auteuil, ce n’est pas que les Français ne voient plus la misère, la précarité, les enfants en difficulté, les familles qui décrochent, les associations qui tiennent à bout de bras des morceaux entiers de solidarité.
Ils les voient.
Mais ils ont peur. Peur du pouvoir d’achat qui serre. Peur de l’avenir. Peur de l’instabilité politique. Peur de ne plus pouvoir faire face eux-mêmes demain.
Quand une société inquiète ses citoyens en permanence, elle affaiblit aussi leur capacité à être généreux.
La solidarité n’est pas une jolie décoration morale que nous sortons les jours de discours. Elle a besoin d’air, de confiance, de services publics solides, d’associations soutenues, de salaires décents, de politiques publiques qui ne transforment pas chaque fin de mois en petit exercice de survie.
Bien sûr, il y a les Restos du Cœur. Il y a le Téléthon. Il y a les grandes collectes, les appels aux dons, les concerts solidaires, les tombolas associatives, les paniers alimentaires, les coups de main discrets. Il y a toutes ces actions admirables, très grandes ou toutes petites, très visibles ou presque anonymes, qui disent quelque chose de magnifique de notre société.
Mais il faut aussi regarder l’autre face de cette beauté-là : ces solidarités prospèrent souvent là où l’État se montre défaillant. Elles réparent, elles compensent, elles amortissent. Elles empêchent parfois le pire. Mais elles ne devraient jamais devenir le substitut permanent d’une politique publique qui se retire.
Et pendant ce temps, nous endormons les citoyens avec la dette. La dette partout. La dette comme début, milieu et fin de toute pensée économique. La dette comme alpha, oméga, catéchisme et punition collective. Mais nous parlons beaucoup moins des recettes possibles. Pas des chimères. Pas des lunes roses en papier crépon. Des recettes réelles : justice fiscale, lutte contre l’évasion, contribution des patrimoines les plus élevés, partage plus équitable de l’effort national.
Seulement voilà : la solidarité des très riches, il ne faudrait surtout pas trop en parler. “Allons, taisez-vous, vous n’y connaissez rien.” La charité, oui, éventuellement. Une belle photo, un gala, un chèque symbolique, un sourire. La solidarité organisée, durable, démocratique ? Là, soudain, les mines se ferment et les experts froncent les sourcils.
En revanche, la solidarité des plus modestes, elle, est magnifiée. Un reportage au journal de 20h, une caméra sur une collecte alimentaire, une larme dans les chaumières, et tout le monde trouve cela très beau. Puis, cinq minutes plus tard, les éditorialistes se relaient pour dénoncer le “fléau de l’assistanat”. Comment ne pas avoir les bras qui tombent ? À ce niveau-là, ce n’est plus une contradiction, c’est un numéro de contorsionniste.
Nous ne pouvons pas, d’un côté, réduire les moyens publics, fragiliser les collectivités, pressurer les associations, laisser grimper les inégalités, et de l’autre nous étonner que les dons reculent. Quand la coque sociale se fissure, les citoyens peuvent bien écoper avec leurs petits seaux de générosité : à un moment, il faut aussi arrêter de faire des trous dans le bateau.
Et cela nous parle directement ici, à La Seyne. Derrière ces chiffres nationaux, il y a notre vie locale. Les associations qui accompagnent, nourrissent, éduquent, font chanter, jouer, apprendre, respirer. Les bénévoles qui tiennent encore debout des activités que la puissance publique ne devrait jamais abandonner. Les familles qui auraient besoin d’aide mais qui n’osent plus toujours la demander. Les enfants, les jeunes, les anciens, les personnes seules, celles et ceux que les grands discours oublient dès que les micros s’éteignent.
Et là, je ne parle pas d’une idée abstraite. Je parle aussi de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu, de ce que beaucoup d’entre nous connaissent ici : des femmes et des hommes qui donnent du temps, de l’énergie, de la patience, parfois bien plus qu’ils ne devraient, pour que quelque chose continue à tenir debout.
Dans l’éducation, dans la culture, dans les associations, dans les collectifs locaux, nous savons très bien ce que cela veut dire : préparer, organiser, accompagner, accueillir, rassurer, transmettre, souvent avec peu de moyens et beaucoup de bonne volonté. Et quand cette bonne volonté s’épuise, ce n’est pas seulement une activité qui disparaît. C’est un lien qui casse.
Une ville ne tient pas seulement avec des caméras, des arrêtés, des effets d’annonce et trois animations bien emballées.
Elle tient quand ses liens tiennent. Quand ses associations respirent. Quand ses habitants ne sont pas mis en concurrence entre eux. Quand la solidarité n’est pas traitée comme une variable d’ajustement ou une gentille activité du dimanche après-midi.
La baisse des dons n’est pas une petite information économique. C’est un thermomètre social. Et le thermomètre dit ceci : les gens ne sont pas devenus moins humains. Ils sont devenus plus inquiets.
Alors, localement, la vraie responsabilité politique n’est pas de faire semblant de découvrir que les associations sont utiles quand elles compensent les dégâts. C’est de les soutenir avant qu’elles ne s’épuisent. C’est de défendre les services publics avant qu’ils ne craquent. C’est de reconstruire de la confiance avant que chacun ne se replie sur son petit radeau personnel.
Mais cette affaire dépasse largement La Seyne. Elle nous parle du pays que nous sommes en train de devenir.
Dans quelques mois, la présidentielle ouvrira une séquence décisive. Derrière elle viendra la bataille législative, celle qui déterminera concrètement quelle majorité fera les lois, votera les budgets, décidera des moyens donnés — ou retirés — aux services publics, aux collectivités, aux associations, à l’école, à la santé, à la jeunesse, à la culture.
Voilà pourquoi ce chiffre de 47 % n’est pas anecdotique. Il raconte une France qui voudrait encore être solidaire, mais qui doute de pouvoir tenir. Une France où les besoins augmentent pendant que les moyens reculent. Une France où l’État demande trop souvent à la générosité privée de réparer ce que les politiques publiques abîment.
Et quand la peur s’installe, nous savons très bien ce qui peut arriver. L’extrême droite arrive toujours avec la même vieille recette : désigner des coupables au lieu de reconstruire des protections. Opposer les pauvres aux plus pauvres. Transformer la colère sociale en méfiance généralisée. Faire croire que la solidarité serait un luxe, alors qu’elle est l’une des dernières digues qui nous empêche de sombrer chacun dans notre coin.
C’est précisément pour cela que nous devons déjà regarder vers la présidentielle et les législatives. Pas avec des slogans creux. Pas avec des querelles d’appareils. Pas avec des ego qui se disputent le micro pendant que le pays se fatigue. Mais avec une idée simple : si nous voulons une société encore capable de solidarité, il faudra une gauche capable de gouverner, de protéger, de rassembler et de redonner confiance.
Une gauche qui parle du pouvoir d’achat sans oublier les associations. Une gauche qui parle de sécurité sans oublier la sécurité sociale, humaine, éducative, culturelle. Une gauche qui ne se contente pas de dénoncer l’extrême droite, mais qui reconstruit concrètement les raisons d’espérer.
Je n’ai pas envie de vivre dans un pays où chacun baisse les yeux, serre son portefeuille et espère simplement ne pas être le prochain à tomber. Je préfère encore croire à une France où l’on protège mieux, où l’on partage mieux, où l’on ne demande pas aux associations de réparer seules ce que les politiques publiques ont laissé se défaire.
La solidarité ne tiendra pas toute seule. Elle aura besoin de voix. Elle aura besoin de votes. Elle aura besoin d’une majorité. Et cela commence maintenant, ici, dans nos discussions, nos partages, nos engagements, nos refus de céder à la résignation.
Parce qu’une société solidaire ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se finance. Elle s’organise. Et surtout, elle se protège des politiques qui confondent la solidarité avec une rustine.
Rejoignez-nous, discutez, partagez, invitez autour de vous. Plus nous serons nombreux à reconstruire une gauche utile, concrète et populaire, moins la résignation aura de place.
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Par Guy CALMES de l’Apres (avec l’accord de M. BARLO christian responsable du Blog )

