Dans le nouveau La Seyne Mag’, l’interview de Dorian Munoz mérite d’être lue attentivement. Non parce qu’elle révèle une orientation nouvelle, mais parce qu’elle confirme, presque mot pour mot, celle de la campagne.
Pour celles et ceux qui ont pris le temps de lire les programmes, de comparer les propositions, d’écouter les prises de parole, rien ne surprend. Le texte reste celui d’un candidat victorieux plus que celui d’un maire entré pleinement dans l’exercice du mandat : sécurité, terrain, fermeté, propreté, attractivité, conflit avec la Métropole.
La campagne continue. Elle porte simplement l’écharpe tricolore.
Tout est soigneusement installé : la photo au port, le costume, le sourire, la formule familiale : « Je suis un maire de terrain, qui continue de conduire son fils tous les jours à l’école. » C’est humain, sympathique, efficace. Mais une ville de 64 000 habitants ne se gouverne pas seulement à hauteur de cartable. Elle se gouverne avec une vision, une méthode, des priorités hiérarchisées, des moyens clairement identifiés, des contre-pouvoirs respectés et des habitants réellement associés aux décisions.
C’est là que les silences deviennent les plus intéressants.
La sécurité occupe naturellement une place centrale : police municipale sous autorité directe du maire, consignes de fermeté, contrôles sur le terrain, présence annoncée 24h/24, lutte contre les incivilités, les trafics, l’insécurité routière. La tranquillité publique est un besoin réel. Personne ne conteste que les habitants aient droit à une ville apaisée.
Mais une ville apaisée ne se construit pas seulement par la surveillance. Où sont la prévention, la médiation, l’accompagnement des jeunes, le travail avec les associations, les éducateurs, les enseignants, les parents, les travailleurs sociaux ? Où est l’idée qu’une politique de sécurité durable suppose aussi de recréer du lien, de l’écoute, de la confiance, de la présence humaine dans les quartiers ? Sans cela, la fermeté risque de devenir un réflexe, pas une réponse.
Les écoles sont évoquées, mais essentiellement sous l’angle du rafraîchissement des classes et des cours. C’est évidemment nécessaire. Aucun parent ne regrettera qu’un enfant ait moins chaud en juin ; nous ne lancerons pas ici la grande bataille idéologique contre le ventilateur.
Mais l’école ne se réduit pas à un bâtiment à rendre plus supportable en période de chaleur. Elle est un lieu d’émancipation, d’égalité, de culture, de socialisation. Où est le projet éducatif global ? Où sont les temps périscolaires, l’accès aux pratiques artistiques et sportives, le soutien aux familles, la place des enfants dans la ville ?
L’attractivité est également mise en avant : commerçants, artisans, image de la ville, rayonnement régional ou national, investisseurs, emplois. Rien d’illégitime là non plus. Une ville doit vivre, travailler, accueillir, entreprendre. Mais l’attractivité ne peut pas devenir le joli mot qui remplace toutes les politiques sociales absentes.
Car les préoccupations majeures des habitants ne disparaissent pas parce qu’elles sont peu présentes dans un programme. Pouvoir d’achat, logement, accès aux soins, mobilités du quotidien, inégalités sociales, éducation, environnement, fonctionnement démocratique : ces sujets sont au cœur des inquiétudes exprimées dans les grandes enquêtes d’opinion, notamment celles du CEVIPOF. Ils étaient pourtant largement absents ou secondaires dans le programme du nouveau maire, et cette interview ne vient pas combler le vide.
Même constat pour l’écologie. Il est question de propreté, de dépôts sauvages, de cadre de vie. Très bien. Mais une ville propre n’est pas nécessairement une ville écologique. Où sont la végétalisation, les îlots de fraîcheur, la sobriété énergétique, les mobilités douces, la protection du littoral, l’adaptation au réchauffement climatique, la biodiversité urbaine ? Une ville peut avoir des trottoirs nets et continuer à préparer l’asphyxie de demain. Avec une balayeuse en renfort, certes, mais ce n’est pas exactement une politique de transition.
Et puis vient la formule attendue : être « le maire de tous les Seynois. Sans distinction. Sans exclusion. Sans division. »
Elle est belle. Elle est aussi ultra galvaudée. N’importe quel élu fraîchement installé, en manque d’inspiration ou en excès de solennité, s’empresse de la répéter au soir d’une victoire, souvent sans en mesurer le poids.
Être le maire de tous, ce n’est pas une phrase. C’est une méthode.
Cela signifie écouter aussi celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui. Cela signifie donner une vraie place aux oppositions, aux associations, aux quartiers, aux collectifs, aux habitants engagés. Cela signifie accepter la contradiction sans la transformer aussitôt en mauvaise foi ou en obstruction. Cela signifie organiser des débats publics réels, pas des réunions d’explication où tout est déjà décidé.
Si Dorian Munoz veut être le maire de tous les Seynois, il doit organiser une véritable démocratie locale participative. Pas un décor participatif. Pas une boîte à idées posée dans un coin. Une méthode durable : consultations citoyennes, conseils de quartier réels, budgets participatifs, transparence des arbitrages, suivi public des engagements, association des habitants aux grands projets.
Le terrain, ce n’est pas seulement serrer des mains.
Le terrain, ce n’est pas seulement se montrer accessible.
Le terrain, c’est partager une part du pouvoir de décider.
Or, dans cette interview, rien de précis n’apparaît sur ce point. Beaucoup de proximité personnelle, très peu de démocratie organisée. Beaucoup de présence du maire, très peu de place donnée aux citoyens. Beaucoup de récit incarné, très peu de mécanismes collectifs.
Voilà le cœur du problème.
Ce texte confirme une hiérarchie politique : sécurité, autorité, attractivité, gestion, communication. Il dit beaucoup moins la justice sociale, le logement, la culture, la transition écologique, la solidarité concrète, la démocratie locale, la vie associative, les services publics, les quartiers populaires, la jeunesse autrement que sous l’angle du contrôle ou de l’équipement.
Ce n’est pas un détail. Une interview officielle dans un magazine municipal n’est jamais neutre. Elle installe un récit. Elle choisit ce qui mérite d’être mis en avant. Elle choisit aussi ce qui peut rester dans l’ombre.
Et ici, les absences parlent fort.
Elles dessinent une ville que nous voulons tenir, fluidifier, surveiller, rendre attractive. Mais elles disent beaucoup moins la ville que nous voulons émanciper, associer, protéger, cultiver, faire respirer.
Nous ne jugerons pas ce mandat sur une interview. Mais nous pouvons déjà lire ce qu’elle annonce : le passage presque intact du discours de campagne au discours institutionnel. La communication change de support, pas encore de nature.
Un magazine municipal peut fabriquer une image. Une démocratie locale se construit par des actes.
Et si le maire veut réellement être celui de tous les Seynois, alors il devra faire plus que répéter une formule usée jusqu’à la corde. Il devra donner à tous les habitants une voix réelle, y compris quand elle dérange. Il devra regarder en face les sujets que sa campagne a laissés dans l’ombre. Il devra passer du « je suis sur le terrain » au « nous décidons ensemble ».
C’est là que nous l’attendrons.
Sans procès d’intention.Sans caricature.Mais sans naïveté.
📌 Être « le maire de tous », ce n’est pas occuper seul le terrain médiatique. C’est organiser la participation, partager les choix, rendre les décisions lisibles, respecter les contre-pouvoirs et traiter enfin les priorités que les habitants vivent chaque jour : logement, santé, pouvoir d’achat, écoles, climat, culture, services publics et dignité.

Ecrit par Guy Calmes

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🎵 Le Temps des cerises — parce qu’une ville populaire ne devrait jamais oublier ce que veulent dire espérance, mémoire et dignité.

— perplexe, à La Seyne-Sur-Mer.

M. MUNOZ , Maire de la seyne sur mer : Ce qu’il ne dit pas !