FRANCE INFO :Pourquoi la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France (et comment le gouvernement veut le compenser)

En marge d’une réunion d’un comité d’alerte mardi, Sébastien Lecornu a détaillé les conséquences du conflit pour les finances publiques, et a demandé à son gouvernement de trouver comment réaliser des économies “à hauteur de ce choc”.

 

                                                                                                                                                         Par L ‘HUMANITE 

Avant même le début du comité d’alerte des finances publiques convoqué mardi 21 avril au matin, le premier ministre a pris la plume pour annoncer la couleur. Évoquant les répercussions sur la croissance et l’inflation de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran« le coût total de cette crise pourrait représenter au moins 6 milliards d’euros », a écrit Sébastien Lecornu dans un message adressé à l’ensemble de ses ministres et consultés par Le Monde. Il y présente une nouvelle vague d’austérité sobrement baptisée « mesures de précaution à la hauteur de ce choc sur les dépenses de l’État et des administrations de sécurité sociale ».

Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a confirmé à l’issue de la réunion que « 6 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppées ». Le budget de l’État pourrait être amputé de 4 milliards d’euros et celui de la Sécurité sociale de 2 milliards, a-t-il précisé. « On est dans une logique de précaution : on ne va rien annuler mais on peut être amenés à prendre des mesures de précaution. On gèle des dépenses, on peut les dégeler si cela va mieux… On va mettre en place ces mesures de précaution et c’est ce que l’on va annoncer aux parlementaires », avait tenté de rassurer le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans la matinée sur RTL.

Mais ce « gel » se transforme régulièrement en surpression pure et simple de crédits, oublie de préciser le ministre qui ferme en revanche une nouvelle fois la porte à une contribution des grandes fortunes ou des compagnies pétrolières qui tirent des surprofits de la crise.

« C’est injuste et stupide économiquement »

« On n’est pas un pays producteur de pétrole, on ne va pas avoir d’ardoise magique pour effacer les effets de la crise. Imaginer que l’on va régler le problème de la crise iranienne par un prélèvement supplémentaire, je pense qu’on se met le doigt dans l’œil », a argué le ministre alors que les géants pétrogaziers européens auraient encaissé, selon une étude de Greenpeace, 2,5 milliards supplémentaires sur le seul mois de mars en raison de l’envolée des prix du carburant. Mais la recette du gouvernement, pourtant en échec, ne change pas plus que ses objectifs, à savoir un déficit public à 5 % du PBI en 2026 et sous les 3 % en 2029.

« En soi, faire baisser le déficit n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il y a deux façons de procéder : en baissant les dépenses ou en augmentant les recettes. Le gouvernement n’utilise que le premier levier car il se refuse à mettre les plus riches à contribution », analyse l’économiste Éric Berr dans les colonnes de l’Humanité.

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Convié à la réunion du comité d’alerte des finances – tout comme le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR), des représentants d’élus locaux, de la Sécurité sociale, ou des syndicats – le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’insoumis Éric Coquerel, a mis en garde contre de nouvelles coupes budgétaires. « Un effet récessif garanti sur l’économie, la croissance et les rentrées fiscales. C’est injuste et stupide économiquement », a-t-il alerté sur X quand certains de ses collègues de gauche mettent sur la table la nécessité d’un budget rectificatif afin que le parlement ne soit pas une nouvelle fois mis sur la touche par l’exécutif.

Pour tenter de faire passer la pilule, le gouvernement assortit la facture qu’il entend présenter aux Français, de nouvelles mesures de soutien face à la montée des prix à la pompe. Le premier ministre a annoncé, mardi dans la soirée, le prolongement et le renforcement de dispositifs déjà en place – jusque-là 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Il a aussi mis sur la table une réduction moyenne de 20 centimes d’euros par litre, à destination « des travailleurs modestes » et « peut-être d’autres idées », qui devrait selon Matignon concernée quelque trois millions de « grands rouleurs ».

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Mais d’ores et déjà, le locataire de Bercy a prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ». Ni justice sociale, ni justice fiscale à l’horizon.

 

 

https://www.humanite.fr/social-et-economie/austerite/6-milliards-deuros-deconomie-comment-lecornu-veut-nous-faire-payer-la-facture-de-la-guerre-en-iran

 

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