Bonnes gens ,dormez bien !

Dans le silence de ma nuit, j’entends autre chose que le grésillement habituel des chaînes d’info. J’entends un mouvement plus profond, plus discret, plus organisé.

Quelque chose qui ne se présente jamais franchement comme un projet politique, mais qui avance pourtant dans l’édition, la télévision, la radio, le cinéma, les manuels scolaires, les gares, les aéroports, les réseaux d’influence, les lieux de convivialité et jusque dans les imaginaires.

De quoi est-ce le nom ?

Quand des auteurs quittent Grasset après l’éviction d’Olivier Nora, quand des centaines de professionnels du cinéma signent contre l’emprise de Vincent Bolloré et que Canal+ laisse entendre qu’il pourrait ne plus travailler avec eux, nous ne sommes plus dans le simple désaccord.
Nous sommes devant une alerte démocratique : que devient la liberté de créer, de publier, de filmer ou simplement de travailler quand quelques puissances privées peuvent peser à la fois sur les contenus, les financements et les carrières ?
Avec CNews et Europe 1, le phénomène devient encore plus visible. Des journalistes, des sociétés de rédacteurs, des universitaires, des juristes, l’ARCOM elle-même à travers les débats qu’elle suscite : tout cela raconte une inquiétude sur le pluralisme. La question n’est pas de savoir si une chaîne a le droit d’avoir une couleur éditoriale.

La question est de savoir à partir de quel moment une puissance médiatique cesse d’informer pour installer, jour après jour, un climat, des obsessions, une vision du monde.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’audiovisuel public reçoit à son tour ses coups de boutoir. Le rapport porté par Charles Alloncle député UDR, propose une transformation profonde du service public : suppression de France 4 et de France TV Slash, fusion de France 2 et France 5, refonte de Franceinfo télé et France 24, nouvelle gouvernance, réduction de certaines ambitions. Présenté comme une exigence de neutralité et d’efficacité, ce travail ressemble surtout à une instruction à charge.
Pendant que les grands groupes privés renforcent leur puissance dans l’information, l’édition et la culture, une partie de la droite et de l’extrême droite travaille à affaiblir le principal contrepoids public. Le hasard fait parfois bien les choses ; ici, il les fait surtout avec beaucoup d’insistance.

Le malaise devient encore plus profond quand Charles Alloncle se retrouve visé par une plainte pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence passif, après des révélations sur des questions transmises par Lagardère News à des membres de la commission d’enquête. Lagardère News appartient à l’ensemble contrôlé par Vincent Bolloré.
À ce niveau-là, ce n’est plus seulement un soupçon de mélange des genres : c’est une image assez nette de la manière dont les pouvoirs privés cherchent à peser jusque dans les lieux censés les contrôler.
Et ce qui inquiète le plus, ce n’est pas seulement ce qui se voit. C’est ce qui avance à pas feutrés. Hachette, ce sont aussi des manuels scolaires. L’école est un lieu trop essentiel pour que la formation des esprits dépende tranquillement d’un empire idéologique privé. Relay, ce sont les kiosques des gares et des aéroports, ces vitrines où l’on ne choisit pas seulement ce qu’on lit, mais où l’on découvre d’abord ce qui est placé sous nos yeux.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de produire des contenus : il s’agit aussi d’en contrôler une partie de la circulation.
À côté de cela, Pierre-Édouard Stérin avance avec une autre méthode. Avec Périclès, avec ses réseaux, avec le Canon français, avec des banquets, des lieux, des labels, des fêtes dites traditionnelles, on ne vend pas seulement des idées politiques. On fabrique une ambiance. Une nostalgie. Une appartenance.

C’est plus doux qu’un meeting, plus souriant qu’un tract, plus présentable qu’un slogan. Et parfois beaucoup plus efficace.
Alors oui, il faut parler du pouvoir d’achat, des salaires, de l’hôpital, de l’école, du logement, des services publics.
Mais il serait naïf d’oublier ce qui se joue en coulisses : la bataille pour décider quels mots seront répétés, quelles peurs seront amplifiées, quelles colères seront détournées, quelles œuvres seront visibles, quels livres seront promus, quelles voix seront marginalisées, quelle histoire sera racontée aux enfants, quelle information sera disponible dans les lieux de passage.
Pendant que certains regardent les marionnettes s’agiter sous les projecteurs, d’autres tiennent les fils. Et les manipulateurs aiment beaucoup voir le petit peuple rire, s’indigner ou se détester pendant qu’ils réorganisent tranquillement le décor derrière la scène.
De quoi est-ce le nom ?

C’est le nom d’une offensive culturelle. D’une stratégie d’influence. D’une tentative de faire paraître naturel ce qui devrait rester discutable. D’un moment où quelques fortunes privées ne se contentent plus de posséder des entreprises : elles veulent peser sur la manière dont un pays pense, lit, regarde, enseigne, vote et se raconte.

Dormez bien, bonnes gens…

Par GUY CALMES avec l’accord de Christian BARLO

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Bonnes gens , dormez bien   !