L’HUMANITÉ: Invasion terrestre, passage en force du détroit d’Ormuz…
Invasion terrestre, blocus, passage en force du détroit d’Ormuz… Donald Trump veut mettre un terme à la guerre en Iran selon ses conditions
Le président des États-Unis est prêt à l’escalade militaire avec l’Iran malgré les risques sécuritaires et économiques mondiaux. Le site Axios indique le milliardaire pourrait envisager une opération contre l’île stratégique de Kharg. Une fuite en avant inquiétante.
Quatre sources proches du dossier expliquent que Donald Trump « ne peut pas mettre fin à la guerre, du moins selon ses propres conditions, tant qu’il n’aura pas brisé l’emprise de l’Iran sur le trafic maritime dans le détroit » alors les prix mondiaux de l’énergie ne cessent d’augmenter.
© Aaron Schwartz – Pool via CNP/ZUMA-READonald Trump s’entête dans sa guerre au Moyen-Orient. Lancé dans un engrenage avec le bombardement mercredi 18 mars, du gisement gazier offshore de South Pars, partagé entre Téhéran et le Qatar, le président des États-Unis et le premier ministre israélien laissent planer le doute sur une possible invasion terrestre. Le milliardaire républicain et son administration envisageraient d’occuper ou de bloquer l’île de Kharg, en Iran, afin de faire pression sur ce pays pour qu’il rouvre le détroit d’Ormuz.
Le site d’information Axios révèle cette hypothèse, ce vendredi. Quatre sources proches du dossier expliquent que Donald Trump « ne peut pas mettre fin à la guerre, du moins selon ses propres conditions, tant qu’il n’aura pas brisé l’emprise de l’Iran sur le trafic maritime dans le détroit » alors les prix mondiaux de l’énergie ne cessent d’augmenter. Pour un haut responsable de l’administration à Axios, « S’il doit s’emparer de l’île de Kharg pour y parvenir, cela se fera. S’il décide de mener une invasion côtière, cela se fera. Mais cette décision n’a pas encore été prise ».
Ciblé l’île de Kharg
De nombreux militaires restent sceptiques sur une telle opération. À environ 25 kilomètres au large des côtes iraniennes et une cinquantaine de la ville de Bouchehr, l’île est lieu stratégique pour Téhéran car elle constitue son principal terminal pétrolier avec de grands réservoirs et des installations portuaires reliés aux champs pétroliers du sud-ouest du pays. 90 % des barils de bruts iraniens transitent par Kharg pour être exportés majoritairement en direction de la Chine.
Une telle opération ne serait pas lancée immédiatement et nécessiterait davantage de troupes. L’arrivée de deux groupes d’assaut amphibies, et celle, très probable, au Koweït, d’au moins une brigade d’assaut aérien de l’US Army indique que le scénario est clairement envisagé. « Il nous faut environ un mois pour affaiblir davantage les Iraniens par des frappes, prendre l’île et s’en servir pour les négociations », a déclaré une source proche de la Maison Blanche.
Le général Olivier Kempf pointe les risques d’un tel choix : « les côtes iraniennes, montagneuses, permettent de se cacher facilement. L’armée peut lancer des drones aérien et naval, des micro-vedettes extrêmement rapides, des mini-sous-marins, des missiles antinavires. Téhéran a disséminé des capacités de tir à travers un territoire qui est immense et ils disposent encore des stocks de missiles et de dizaines de milliers de drones qui leur permettent de tenir dans la durée. Le régime iranien joue sa survie, s’est préparé à cette guerre ».
Le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery interrogé par Axios, se pose la question de la pertinence d’une telle opération. cette mission pourrait « exposer les troupes américaines à un niveau de risque inutile compte tenu des avantages incertains. Si nous saisissons l’île de Kharg, ils fermeront le robinet de l’autre côté. Ce n’est pas comme si nous contrôlions leur production pétrolière », note-t-il. Trois sources ont également précisé qu’une autre option pourrait consister à imposer un blocus naval et à empêcher les pétroliers d’atteindre l’île. Les juristes du Pentagone auraient même été « consultés pour donner leur avis sur la légalité de telles mesures potentielles », explique Axios.
Trump s’en prend à l’Otan
Trois semaines après le début de l’offensive illégale d’Israël et des États-Unis en Iran, Donald Trump semble prêt à tout pour débloquer le détroit d’Ormuz. Le dirigeant s’en est pris une nouvelle fois aux membres de l’Alliance atlantique qui refusent de rejoindre sa coalition. Le milliardaire a critiqué les membres de l’Otan pour ne pas avoir proposé de navires de guerre afin d’aider à patrouiller cette voie navigable stratégique. Dans un nouveau message publié, vendredi, sur les réseaux sociaux, il a déclaré : « Sans les États-Unis, l’OTAN N’EST QU’UN TIGRE DE PAPIER ! (…) ils se plaignent des prix élevés du pétrole qu’ils sont contraints de payer, mais ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d’Ormuz, une simple manœuvre militaire qui est la seule raison de ces prix élevés. C’est si facile pour eux, avec si peu de risques. LÂCHES, et nous nous en SOUVIENDRONS ! ».
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Lors du sommet européen qui a débuté jeudi 19 mars, le président Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d’un « cadre onusien » pour une future mission visant à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz une fois que les armes se seront tues, estimant que cela « pourrait aider ».
Devant cette escalade majeure et le risque sécuritaire mondial, la diplomatie française a démontré encore ses limites. Plutôt que de condamner l’engrenage et la guerre illégale menée par Washington et Tel-Aviv en Iran et au Liban, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a appelé « le régime iranien doit se résoudre à des concessions majeures et à un changement radical de posture permettant (…) la coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional ».
Lors d’un échange téléphonique, entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi et Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président français Emmanuel Macron, Pékin a interpellé la France pour « travailler ensemble » à une résolution du conflit. « Malgré les difficultés, la voie juste pour sortir de la crise reste le dialogue et la négociation. », a affirmé Wang Yi.
Publié le 20 mars 2026 Vadim Kamenka par L’Humanité
Invasion terrestre, blocus, passage en force du détroit d’Ormuz…

