Eh toi… tu l’as entendue, la chronique de Nora Hamadi hier matin ?Elle parlait d’immigration.
Pas avec les gros sabots habituels. Pas avec les cris, les fantasmes, les mines graves de plateau télé. Elle parlait des faits. De l’enquête Trajectoires et Origines, menée par l’Ined et l’Insee. Une enquête sérieuse, patiente, documentée. Le genre de travail qui dérange un peu les marchands de peur, parce qu’un chiffre solide fait souvent plus de dégâts qu’un grand discours avec menton levé.
Et ce que disent les faits est simple : la France n’est pas “envahie” par l’immigration. Elle est traversée, construite, transformée par des histoires migratoires.
Environ un tiers de la population française a un lien avec l’immigration sur trois générations. Et la majorité des petits-enfants d’immigrés se déclarent uniquement français.
Autrement dit : ceux que certains continuent de regarder comme “venus d’ailleurs” sont, depuis longtemps, d’ici.
Alors regarde La Seyne.
Une ville de mer, de chantiers, d’ouvriers, de familles italiennes, portugaises, maghrébines, arméniennes, espagnoles, comoriennes, et de tant d’autres histoires mêlées. Des gens venus travailler, construire, réparer, souder, enseigner, soigner, tenir boutique, élever des enfants, faire vivre des quartiers, des associations, des écoles, des clubs, des chorales, des fêtes, des solidarités.
La Seyne n’a jamais été une ville “pure”. Heureusement. Les villes pures, en général, ça sent vite le formol.
Elle a été une ville populaire, portuaire, ouvrière, traversée par les départs, les arrivées, les espoirs, les blessures, les langues qu’on parlait à la maison et le français qu’on apprenait à l’école. Une ville où l’on pouvait porter un nom venu d’ailleurs et finir par dire, sans même y penser : “je suis de La Seyne”.
C’est cela, l’intégration réelle. Pas un slogan. Pas une cérémonie. Pas une injonction permanente à prouver qu’on mérite d’être là. C’est le temps long. Le travail. L’école. Les enfants. Les voisins. Les mariages. Les enterrements. Les colères partagées. Les luttes communes. Le pain acheté au même endroit. Le bus pris aux mêmes heures. La vie, quoi. Cette chose modeste que les plateaux télé connaissent assez mal.
Et pourtant, dans le Var, ce territoire bâti par les migrations devient peu à peu un laboratoire municipal de l’extrême droite. La Seyne, Six-Fours, Fréjus… Trois villes, trois histoires, un même glissement : faire peur avec ce qui nous a pourtant construits.
Voilà le paradoxe.
Nous marchons sur les traces de ceux qui furent traités d’étrangers hier, tout en désignant d’autres étrangers aujourd’hui. Nous célébrons l’histoire ouvrière, mais nous oublions les mains venues d’ailleurs. Nous parlons d’identité locale, mais nous effaçons ceux qui l’ont fabriquée. Nous aimons les façades repeintes de la mémoire, mais nous supportons mal d’ouvrir les caves où dorment les vérités moins confortables.
Car l’histoire de La Seyne n’est pas celle d’un village immobile protégé du monde. C’est celle d’une ville ouverte par nécessité, par travail, par mer, par industrie, par pauvreté aussi, par courage souvent. Une ville qui n’a pas demandé aux hommes d’où ils venaient avant de leur demander ce qu’ils savaient faire. Une ville qui s’est construite avec des bras, des savoir-faire, des solidarités, des conflits sociaux, des mélanges populaires.
Alors quand certains nous parlent aujourd’hui d’identité comme d’un coffre-fort, il faut répondre tranquillement : notre identité locale ressemble plutôt à un chantier naval. Ça tape, ça frotte, ça assemble, ça grince, ça soude. Et à la fin, si le travail est bien fait, quelque chose tient debout.
La chronique d’hier matin rappelait une chose essentielle : la France intègre majoritairement. Le vrai problème n’est pas l’immigration en soi. Le vrai problème, ce sont les discriminations qui persistent, les quartiers populaires abandonnés, les services publics qui reculent, les loyers qui étranglent, le travail qui abîme, l’école qu’on laisse trop souvent seule, la santé qui s’éloigne, la culture qu’on traite comme une décoration alors qu’elle est un ciment.
Le problème, c’est aussi la peur organisée.
Car la peur est devenue un outil politique. On la répète, on la chauffe, on la simplifie, on lui donne un visage, un prénom, une origine supposée. Puis on explique aux gens que leurs difficultés viennent de là. Pas des choix économiques. Pas de la casse des services publics. Pas des inégalités. Pas des renoncements politiques. Non : de l’autre. Toujours l’autre. C’est vieux comme le monde, et ça marche encore. Preuve que l’humanité a parfois une mémoire de poisson rouge avec carte d’électeur.
Mais il faut entendre aussi ce que dit ce vote.
Pas l’excuser. Pas le banaliser. L’entendre. Le vote d’extrême droite prospère quand des habitants se sentent abandonnés, méprisés, invisibles. Quand les fins de mois deviennent impossibles. Quand les centres-villes se vident. Quand les services publics ferment. Quand les écoles fatiguent. Quand les élus parlent trop loin, trop haut, trop abstrait. Quand la gauche elle-même oublie parfois de parler simplement à ceux qu’elle prétend défendre.
Et c’est là que nous avons notre responsabilité.
À La Seyne, une ville ne se reconstruira pas en triant ses habitants selon leurs origines supposées. Elle se reconstruira avec des écoles dignes, des logements accessibles, des associations respectées, une culture vivante, des services publics solides, des quartiers écoutés, une sécurité pensée avec prévention, présence humaine et justice sociale. Elle se reconstruira avec du commun, pas avec du soupçon.
La France sans immigrés ? Ce serait une France amputée d’elle-même.
Et La Seyne sans ses histoires venues d’ailleurs ? Ce serait une ville sans une grande partie de son âme, de sa mémoire, de ses ouvriers, de ses familles, de ses chansons, de ses cuisines, de ses accents, de ses visages, de ses combats.
La vraie fidélité à l’histoire locale, ce n’est pas de figer La Seyne dans une image ancienne et bien repassée. C’est de reconnaître ce qui l’a faite : le travail, le brassage, la solidarité, la dignité populaire. Et de comprendre que ce qui fut vrai hier peut encore nous guider aujourd’hui.
L’histoire locale n’est pas un musée. C’est une boussole.
Encore faut-il arrêter de marcher dans le brouillard en accusant ceux qui tiennent la lampe.
À partager, à discuter, à contredire même : mais sur des faits, pas sur des peurs.
Par Guy CALMES avec l ‘accord de Christian Barlo
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