— Mais bien sûr, Albert, t’as raison. On nous ment. Le dérèglement climatique, c’est une invention. D’ailleurs, la preuve : l’autre matin, il faisait froid.
— Voilà.
— Imparable. Donc si je comprends bien, quand il fait chaud plusieurs années de suite, ce n’est pas une preuve ; quand les records tombent, ce n’est pas une preuve ; quand les glaciers reculent, ce n’est pas une preuve ; quand les sécheresses s’allongent, ce n’est pas une preuve ; quand les incendies se multiplient, ce n’est pas une preuve ; quand les inondations ravagent des villages, ce n’est pas une preuve ; quand les agriculteurs voient les saisons se décaler, ce n’est pas une preuve. Mais si Albert a mis un pull un jeudi matin, alors là, toute la climatologie mondiale s’effondre.
— Exactement.
— C’est beau, la méthode scientifique en charentaises. Mais tu sais, Albert, c’est justement pour cela qu’on parle de plus en plus de dérèglement climatique, pas seulement de réchauffement. Parce que le problème, ce n’est pas qu’il fasse chaud tous les jours, partout, tout le temps. Le problème, c’est que les équilibres se cassent, que les extrêmes deviennent plus violents, plus fréquents, plus imprévisibles. Des canicules ici, des pluies torrentielles là, des sécheresses ailleurs, des incendies, des sols épuisés, des cours d’eau à sec, des récoltes abîmées. Sur la planète, en France, dans le Sud, dans le Var aussi. Mais bien sûr, Albert, si un matin de janvier il faut gratter le pare-brise, c’est que tout cela n’existe pas.
— Tu vois.
— Je vois surtout que c’est pratique. Dès qu’un fait dérange, on le transforme en anecdote. Dès qu’une tendance apparaît, on cherche une exception. Dès qu’un scientifique parle, on dégaine un cousin qui “a toujours connu des étés chauds”. Dès qu’un graphique montre une évolution, on répond : “Moi, je regarde par ma fenêtre.” C’est vrai qu’une fenêtre, Albert, c’est plus fiable que des satellites, des stations météo, des relevés océaniques et des décennies de recherche. Surtout si la fenêtre donne sur Facebook.
— On nous manipule.
— Mais évidemment. Les scientifiques mentent, les universités mentent, les satellites mentent, les stations météo mentent, les océans mentent, les glaciers mentent, les agriculteurs mentent, les pompiers mentent, les assureurs mentent. Des pays qui ne sont d’accord sur presque rien auraient donc réussi à s’entendre parfaitement sur un gigantesque mensonge climatique mondial. Sans fuite majeure. Sans preuve solide. Sans qu’aucun rival n’ait intérêt à tout révéler. Impressionnant.
— Voila
— Et puisque ce complot est aussi puissant, Albert, j’ai une inquiétude. S’ils contrôlent les scientifiques, les gouvernements, les médias, les satellites et les relevés de température, comment peux-tu être sûr qu’ils ne truquent pas aussi les élections ? La présidentielle, par exemple. Franchement, à ta place, je ne prendrais aucun risque : n’allez plus voter. Si le complot mondial connaît la température moyenne des océans, il connaît sûrement déjà ton bulletin avant même que tu arrives au bureau.
— …
— Tu vois, Albert, le problème des théories du complot, c’est qu’au début elles prétendent expliquer un détail. Puis elles doivent expliquer une contradiction. Puis une autre. Puis encore une autre. Et à chaque étape, il faut ajouter de nouveaux mensonges, de nouveaux complices, de nouvelles manipulations. Jusqu’au moment où il devient plus simple de croire que le monde entier ment que d’accepter qu’on puisse s’être trompé. Et quand on en arrive là, ce n’est plus la réalité qu’on remet en cause. C’est la possibilité même de la reconnaître.
📌 Albert peut toujours nier la météo. Pas sûr que la météo lui demande son avis.
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#Climat #DérèglementClimatique #Écologie #République #LaSeyne
🎵 Tryo — L’Hymne de nos campagnes
Illustration générée avec l’aide de l’IA.
Par Guy CALMES avec l’accord de Christian BARLO


