La République ne s’applique pas à la carte. Elle ne peut pas être brandie !
Une telle annonce devrait nous interroger collectivement.
Car derrière ce qui pourrait apparaître comme un simple désaccord administratif entre l’État et certaines municipalités, il y a en réalité une question beaucoup plus concrète : celle de dizaines de milliers de familles qui cherchent aujourd’hui à se loger dignement.
Avant d’aller plus loin, une question mérite peut-être d’être posée.
Le préfet du Var serait-il devenu un dangereux révolutionnaire ? Un collectiviste forcené ? Un militant d’extrême gauche infiltré dans les services de l’État ?
Après tout, il ose défendre le logement social, rappeler l’existence de la loi SRU et envisager de faire respecter des obligations républicaines pourtant votées démocratiquement.
À moins que l’explication soit beaucoup plus simple.
À moins qu’il ne fasse tout simplement son travail de représentant de l’État.
À moins que le logement social ne soit pas une obsession de « gauchistes », mais un outil prévu par la loi de la République pour répondre à un besoin social bien réel.
À moins que les dizaines de milliers de demandes de logements en attente dans le Var finissent par constituer un problème suffisamment sérieux pour justifier autre chose que des slogans.
Dans le Var, près de 39 000 ménages attendent aujourd’hui un logement social. Des femmes seules avec enfants. Des retraités modestes. Des jeunes qui commencent leur vie active. Des salariés qui travaillent mais ne parviennent plus à suivre l’envolée des loyers du secteur privé. Des familles coincées dans des logements trop petits, trop chers, parfois indignes.
Et pourtant, malgré cette réalité, le logement social continue parfois d’être présenté comme un problème plutôt que comme une partie de la solution.
Il faut alors remettre quelques pendules à l’heure. Non, le logement social n’est pas synonyme d’immigration. Non, le logement social n’est pas synonyme de délinquance. Non, les habitants des logements sociaux ne sont pas des assistés, des profiteurs ou des menaces pour la société.
L’immense majorité des personnes qui vivent dans ces logements aspirent exactement à la même chose que tous les autres citoyens : travailler, élever leurs enfants, vivre paisiblement, participer à la vie de leur commune et disposer d’un logement adapté à leurs revenus.
Bien sûr qu’il existe des problèmes dans certains quartiers. Bien sûr qu’il existe des trafics, des violences, parfois des armes. Il serait absurde de le nier. Mais il est tout aussi absurde, et beaucoup plus dangereux politiquement, de faire croire que ces difficultés résument la réalité du logement social.
La réalité quotidienne, ce sont des enfants qui partent à l’école, des parents qui courent au travail, des personnes âgées qui comptent leur retraite, des jeunes qui essaient de prendre leur indépendance, des voisins qui s’entraident, des familles qui veulent simplement vivre normalement.
Et si l’on veut réellement lutter contre les difficultés, alors il faut faire exactement l’inverse de ce que proposent les marchands de peur.
Il faut rénover les logements dégradés. Il faut remettre de la présence humaine, du service public, de la médiation, de l’éducation populaire, de la culture, de la santé, des transports. Il faut cesser d’abandonner certains quartiers pendant des années pour venir ensuite expliquer, la main sur le cœur et le mégaphone dans l’autre, que « la République doit reprendre ses droits ».
La République ne revient pas seulement à coups de caméras, de coups de menton et de slogans sécuritaires. Elle se construit avec des logements dignes, des écoles dignes, des rues entretenues, des services publics accessibles, des associations soutenues et des habitants respectés.
La loi SRU impose à de nombreuses communes d’atteindre 20 ou 25 % de logements sociaux. Cette loi n’a pas été écrite pour punir les communes. Elle vise à éviter que certains territoires concentrent toutes les difficultés pendant que d’autres organisent tranquillement l’entre-soi social sous couvert de « cadre de vie ».
Et c’est là que l’on touche au comble.
Ce sont souvent les mêmes responsables politiques qui parlent sans cesse d’ordre, d’autorité, de République, de respect des règles et de fermeté. Mais lorsqu’il s’agit de respecter la loi sur le logement social, alors là, curieusement, la grande passion légaliste devient beaucoup plus souple.
La loi, oui. Mais surtout pour les autres.
Certaines communes préfèrent payer de lourdes pénalités plutôt que de respecter leurs obligations. Autrement dit, elles utilisent de l’argent public pour financer leur refus politique du logement social.
À La Seyne-sur-Mer, la situation n’est pas parfaite. La commune reste en dessous de l’objectif légal, avec environ 18,6 % de logements sociaux pour une obligation de 25 %. Mais elle est tout de même beaucoup plus proche de l’exigence républicaine que d’autres communes varoises.
À Six-Fours-les-Plages, le taux est voisin de 11 %. À La Valette-du-Var, il demeure également très inférieur à l’objectif légal. Et dans plusieurs communes de la ceinture toulonnaise, le retard accumulé n’est pas un détail : il pèse concrètement sur les familles qui cherchent un logement, sur les jeunes qui veulent rester vivre près de leur travail, sur les retraités modestes et sur les salariés que tout le monde applaudit lorsqu’ils rendent service à la société mais que l’on oublie lorsqu’il faut leur permettre de se loger dignement.
Soyons justes : à Six-Fours comme à La Valette, les nouvelles équipes municipales viennent d’arriver. Elles ne peuvent être tenues responsables à elles seules d’une situation héritée de plusieurs mandats.
Nous ne leur jetterons donc pas la pierre.
Bien au contraire.
Puisque leurs responsables se réclament régulièrement de l’ordre républicain, du respect des lois et de l’autorité de l’État, nous sommes certains qu’ils mettront toute leur énergie à rapprocher leurs communes des objectifs fixés par la loi SRU.
Nous ne doutons pas un instant que ces excellents républicains considéreront le respect d’une loi de la République avec la même exigence que celle qu’ils demandent aux autres citoyens.
Nous suivrons donc leurs résultats avec intérêt, curiosité… et, il faut bien l’avouer, une certaine impatience.
À La Seyne, nous avions déjà porté cette exigence dans nos publications et dans le programme Uni.e.s à gauche pour La Seyne-sur-Mer : produire du logement accessible, lutter contre l’habitat indigne, réhabiliter l’ancien plutôt que bétonner sans réfléchir, remettre sur le marché les logements vacants, favoriser la mixité sociale, protéger les espaces naturels et permettre à celles et ceux qui font vivre la ville d’y habiter encore.
Parce qu’une ville où seuls les plus aisés peuvent se loger n’est plus vraiment une ville. C’est une vitrine. Et une vitrine, c’est joli deux minutes, mais on ne vit pas derrière une vitre.
Le logement social n’est pas une faveur accordée à quelques-uns.
C’est un outil de justice sociale.
C’est ce qui permet à une aide-soignante, à un agent municipal, à une caissière, à un jeune apprenti, à une mère seule, à un retraité modeste, à un couple qui démarre dans la vie, de ne pas être expulsés symboliquement de leur propre territoire.
Et quand ces personnes peuvent vivre dans un logement digne, stable, adapté à leurs revenus, elles ne coûtent pas plus cher à la société. Elles y participent mieux. Elles travaillent mieux. Elles élèvent leurs enfants dans de meilleures conditions. Elles s’inscrivent dans la vie locale. Elles deviennent des voisins, des parents d’élèves, des bénévoles, des usagers des services publics, des citoyens à part entière.
Bref, elles font société.
Alors oui, parlons de sécurité.
Mais parlons aussi de cette sécurité fondamentale qui consiste à savoir que l’on pourra dormir ce soir dans un logement digne.
Parlons de la sécurité d’un enfant qui a une chambre pour faire ses devoirs.
Parlons de la sécurité d’une femme seule qui n’a pas à choisir entre payer son loyer et remplir le frigo.
Parlons de la sécurité d’un retraité qui n’est pas obligé de quitter la ville où il a vécu toute sa vie.
Parlons de la sécurité d’un jeune qui peut accepter un premier emploi sans être condamné à deux heures de trajet ou à un loyer impossible.
Le logement social n’est pas le problème.
Le problème, c’est le manque de logements accessibles.
Le problème, c’est la spéculation.
Le problème, c’est l’habitat indigne.
Le problème, c’est l’abandon de certains quartiers.
Le problème, c’est le discours de ceux qui transforment des familles modestes en boucs émissaires pour ne jamais parler des vrais choix politiques.
Une municipalité digne de ce nom ne trie pas ses habitants selon leurs revens les discours sur l’autorité et oubliée dès qu’elle impose un effort de solidarité.
Nous voulons une ville où l’on puisse vivre dignement, quel que soit son âge, son revenu, son quartier ou son parcours.
Une ville qui ne regarde pas les plus fragiles comme une gêne. Une ville qui comprend qu’aider les habitants à se loger, ce n’est pas faire preuve de faiblesse.
C’est faire preuve d’intelligence collective.
Et, accessoirement, de simple humanité.
🎵 « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers.
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Illustration réalisée à l’aide d’outils d’intelligence artificielle afin d’accompagner la réflexion proposée dans cette publication.
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