Trump à Versailles : beaucoup de dorures, peu de victoire
Hier, Donald Trump était reçu à Versailles avec tous les honneurs.
Galerie des Glaces, palais du Roi Soleil, protocole impeccable, caméras du monde entier : la mise en scène était grandiose. C’est également hier qu’a été annoncé l’accord conclu avec l’Iran.
Et c’est précisément ce contraste qui m’interpelle.
Car derrière les dorures de Versailles et les déclarations triomphales, que reste-t-il réellement de cette séquence ?
Un accord présenté comme historique mais qui ressemble davantage à un armistice qu’à une paix durable. Des milliers de morts, une région toujours aussi instable, une économie mondiale secouée par les tensions énergétiques, un droit international et un droit maritime une nouvelle fois malmenés.
Et surtout un constat difficile à contourner : aucun des objectifs spectaculaires annoncés au début du conflit ne semble avoir été atteint.
Le régime iranien est toujours là. Ses dirigeants sont toujours là. Le pays est toujours là. Et l’équilibre régional demeure profondément fragile.
À voir les images de Versailles, j’ai parfois eu le sentiment d’assister à une cérémonie de victoire dont la victoire elle-même restait à démontrer.
Je repense alors à cette première rencontre entre Trump et Macron. Cette poignée de main interminable devant les caméras du monde entier. Cette démonstration de force soigneusement mise en scène. Cette manière très trumpienne de vouloir montrer qui était le patron.
Depuis, les épisodes de mépris, les petites humiliations publiques, les provocations et les remarques désobligeantes se sont multipliés. On peut apprécier ou non Emmanuel Macron. Là n’est pas la question. Lorsqu’un président français est publiquement rabaissé, c’est aussi l’image de la France qui est atteinte.
Mais au fond, Trump n’est pas le véritable sujet. Le véritable sujet, c’est nous.
Car lorsque l’on regarde froidement le résultat de cette guerre, une question s’impose : tout cela pour quoi ?
Des milliers de morts, des populations civiles plongées dans l’angoisse, une région davantage déstabilisée. Et à l’arrivée ?
Le régime des mollahs n’a pas disparu. Certains observateurs considèrent même qu’il pourrait sortir politiquement renforcé de cette épreuve. Israël demeure engagé dans une logique d’affrontement permanent avec son environnement régional. L’économie mondiale a subi de nouvelles secousses liées aux tensions énergétiques. Le droit international et la liberté de circulation maritime ont été une nouvelle fois malmenés. Et les États-Unis, après l’Afghanistan, ont donné l’image d’une puissance immense sur le plan militaire mais incapable d’imposer durablement un règlement politique conforme à ses objectifs initiaux.
Trump peut bien bomber le torse, multiplier les déclarations triomphales et se présenter comme l’artisan de la paix.
Chacun jugera. Mais il est difficile de parler de victoire lorsque les objectifs proclamés au départ n’ont pas été atteints.
Quant à Benjamin Netanyahou, qui a déjà laissé entendre que cet accord ne l’engageait pas pleinement, il conserve certes une supériorité militaire incontestable au Liban, à Gaza ou en Cisjordanie. Mais cette stratégie ressemble de plus en plus à une fuite en avant.
À court terme, elle produit des résultats militaires. À long terme, elle risque d’accentuer l’isolement diplomatique d’Israël. Or aucune nation, même la plus puissante militairement, ne peut durablement vivre contre une partie croissante de l’opinion mondiale et contre un nombre grandissant de partenaires internationaux.
Et c’est précisément ce qui me conduit à une réflexion plus large.
Dans un an à peine, les Français auront à choisir leur prochain président de la République puis les députés qui composeront la future majorité parlementaire. Et une question me paraît essentielle : qui est aujourd’hui capable de représenter la France dans le monde qui vient ?
Qui possède la stature, l’expérience, la culture politique, le sang-froid et la solidité nécessaires pour dialoguer d’égal à égal avec les dirigeants des grandes puissances ?
Mais la question ne s’arrête pas à l’élection présidentielle.
Dans le cadre actuel de la Cinquième République, aucun président ne gouverne seul. Derrière la fonction présidentielle, il y a aussi une majorité parlementaire capable – ou incapable – de traduire une vision en actes.
La question est donc double : qui peut incarner la France dans le monde qui vient ? Et quelle majorité politique sera capable de soutenir cette orientation, de voter les réformes nécessaires, de défendre les intérêts du pays et de préparer les transformations démocratiques dont notre République a besoin ?
Pour ma part, je reste convaincu que l’avenir passe par une majorité issue de la gauche de rupture, une gauche à la fois républicaine, sociale, écologique et profondément démocratique. Une gauche capable de répondre aux urgences sociales sans céder au libéralisme économique qui a largement montré ses limites. Une gauche capable de défendre la souveraineté populaire sans sombrer dans le nationalisme. Une gauche capable de porter une ambition européenne sans accepter la soumission aux logiques du marché.
Et surtout une gauche capable d’engager, le plus rapidement possible, la transition vers une Sixième République.
Car beaucoup des blocages que nous connaissons aujourd’hui trouvent leur origine dans l’épuisement progressif des institutions de la Cinquième République : concentration excessive du pouvoir, présidentialisation permanente de la vie politique, affaiblissement du Parlement, sentiment d’éloignement entre les citoyens et leurs représentants.
La France a besoin d’une présidence forte face aux puissances étrangères. Mais elle a tout autant besoin d’une démocratie plus forte face à elle-même.
C’est pourquoi la question de 2027 ne se résume pas au choix d’un président.
Elle pose également celle de la majorité politique qui l’accompagnera et du projet démocratique qu’elle portera pour le pays.
Le monde est en train de changer.
Les rapports de force reviennent au premier plan. Les tensions géopolitiques s’accumulent. Face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à la Turquie, à l’Inde et aux nouvelles puissances émergentes, la France ne peut pas se contenter d’avoir un bon gestionnaire ou un excellent communicant. Elle a besoin d’une voix forte, respectée et crédible.
Et je vais peut-être en froisser quelques-uns, mais tant pis.
Le prochain président ou la prochaine présidente de la République ne pourra pas être un simple gestionnaire, ni une personnalité effacée, ni un tapis sur lequel les grandes puissances du monde viendraient s’essuyer les pieds. La fonction exige du caractère, de l’épaisseur politique, une vision et une capacité à tenir tête lorsque les intérêts de la France sont en jeu.
C’est précisément pour cette raison que je regarde avec beaucoup de scepticisme un certain nombre de candidatures qui pourraient émerger dans les mois à venir.
D’abord celles qui s’inscrivent clairement dans la continuité du macronisme. Qu’il s’agisse de Gabriel Attal, de Bruno Le Maire ou d’autres figures issues du pouvoir actuel, je ne vois là qu’une promesse de continuité. Changer les visages pour ne rien changer au fond. Poursuivre, sous une autre forme, une politique dont les résultats économiques, sociaux, démocratiques et écologiques sont aujourd’hui largement contestés.
Viennent ensuite les représentants d’une social-démocratie ou d’un centre gauche qui, selon moi, n’ont toujours pas tiré toutes les leçons des trente dernières années. Qu’il s’agisse de François Hollande, d’Olivier Faure, de Raphaël Glucksmann, de Carole Delga ou de Bernard Cazeneuve, je ne retrouve pas dans leurs propositions la rupture politique, économique et institutionnelle que j’estime désormais nécessaire.
Et puis il y a l’extrême droite. Là, la question est différente. Concernant Jordan Bardella, mon inquiétude n’est pas d’abord celle de la continuité, mais celle du projet lui-même.
Je vois un responsable politique dont l’image occupe souvent davantage l’espace que l’expérience des responsabilités exécutives. Mais surtout, je ne peux dissocier sa candidature de l’idéologie portée par le Rassemblement national, une idéologie que je combats depuis toujours et que je considère profondément dangereuse pour notre République.
Pour des raisons différentes, aucune de ces options ne me paraît aujourd’hui répondre aux défis considérables qui attendent notre pays.
La France mérite mieux qu’un duel entre des gestionnaires sans souffle et des marchands de colère. Elle mérite une personnalité capable de rassembler, de comprendre la complexité du monde et de défendre les intérêts du pays avec fermeté, sans céder ni à la soumission ni aux passions identitaires.
Attention : je ne parle pas d’autoritarisme. Je ne parle pas de chercher un Trump français. Je ne parle pas davantage d’un chef providentiel. Je parle d’une personnalité capable de défendre les intérêts de notre pays sans agressivité inutile mais sans faiblesse non plus.
Regardons le Canada. Son dirigeant n’est ni un dictateur ni un va-t-en-guerre. Pourtant, lorsqu’il s’agit de répondre à Donald Trump, il sait le faire avec fermeté, calme et détermination.
C’est peut-être cela que nous devrions rechercher : un homme ou une femme capable de dialoguer avec les grandes puissances sans se coucher devant elles, quelqu’un qui sache négocier quand c’est nécessaire, résister quand c’est indispensable et rappeler que la France n’est pas une puissance secondaire condamnée à commenter l’histoire écrite par les autres.
Parce que le monde qui se dessine sera probablement plus dur, plus instable et plus dangereux que celui que nous avons connu.
Et dans ce concert géostratégique où chacun cherche à faire entendre sa partition, la France aura besoin d’une voix claire, d’une voix qui ne tremble pas, d’une voix respectée et d’une voix digne de ce que notre pays représente encore dans le monde.
💬 Et vous, quelle personnalité et quelle majorité parlementaire vous paraissent aujourd’hui capables de porter ce projet de transformation démocratique, sociale et républicaine tout en défendant la place de la France dans le monde ?
🎵 La chanson du jour : Résiste – France Gall. « Résiste, prouve que tu existes…”
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Par Guy CALMES ..


