Il y a une manière très simple de juger une ville : se demander si elle nous permet encore de nous arrêter.




A La Seyne le 1er adjoint Thierry Tidona agite le drapeau gaulliste ?
Un mois après le séisme politique qui a traversé la deuxième ville du Var, dirigée depuis le front populaire par le PCF et des majorités de gauche, avant que la droite y mette fin, dans les années 1980 alors que la France basculait à gauche sous la présidence de Mitterrand. En même temps que la désindustrialisation se poursuivait, sonnant ici le glas des chantiers navals et des services publics privatisés à grande échelle. Les quatre ministres communistes quittant le gouvernement deux ans après leur entrée.
Qui, dans cette ville ouvrière très réactive à toutes les revendications, sociales et sociétales, aurait pensé qu’un jour l’extrême-droite pourrait s’installer à l’hôtel de ville ? Du moins à gauche car sous la houlette de la droite la sociologie de la ville a beaucoup changé au détriment des classes populaires.
En 2014, la gauche unie derrière le socialiste Marc Vuillemot avait été élue en triangulaire avec 11 511 voix (40,14%) et 65,69% de votants. Le FN (Guttierez) faisait déjà 8716 voix et 30,40% devant la droite unie (Vitel) 8 444 voix et 29,45%. (La division de la gauche mérite une approche approfondie sur le plan national et local qui s’avère complexe et nécessaire)
Six ans plus tard, il n’y avait plus que 35,65% de votants ! Le maire sortant de gauche ne fait plus au second tour que 5 429 voix et 33,44% des exprimés, moins de la moitié des voix six ans après ! Luc Patentreger candidat écologique obtenant au 1er tour 2 130 voix et 13,84%, sans désistement officiel. Quatre listes de droite dont celle de Nathalie Bicais 3 358 voix et 21,82% et celle de Dorian Munoz, 2 402 voix et 15,61% perdant près de 700 voix pour faire gagner N. Bicais.
Une droite qui va d’entrée se déchirer en public jusqu’au bout, ce qui va faire l’affaire du candidat RN, conseiller municipal sortant pour récupérer une grande partie des électeurs.ices de droite, écoeurés.es de cette gestion conservatrice fébrile sanctionnée par l’inéligibilité de la maire en fin de mandat.
Le maire RN n’a pas raté l’occasion, mettant l’accent sur sa liste « large et plurielle » à droite, une liste qui se veut « apolitique ». La preuve ? le 1er adjoint sera un gaulliste toujours membre des LR en pleine décomposition où l’on compte une bonne demi-douzaine de candidats à la présidentielle. Leur ancien président, Ciotti, étant devenu maire de Nice avec le soutien du RN dont on connait les méthodes, les buts et les modèles tels que Trump, Orban, Méloni et compagnie.
Le 1er adjoint, Thierry Tidona a longuement été interviewé pour justifier sa présence à ce poste et aussi pour rendre hommage au maire qui l’a nommé, Dorian Munoz, « quelqu’un qui a une ambition pour la ville et dispose d’une vraie capacité de travail, sa jeunsse est une force, il est aussi très ouvert… » L’ancien pilote d’hélicoptère et ses neufs ans d’armée en font un fidèle soldat doublé d’un entrepreneur dans l’assurance.
« Je pense que c’est dû à ma forte personnalité ainsi qu’à ma rigueur et à ma capacité de diriger quand le maire n’est pas disponible… » Rien que ça, dit-il modestement, il lui sera fidèle.
Tout ça pour dire aux Seynois.es que le couple maire-1er adjoint ne ressemble pas à celui de la précédente municipalité LR Bicais-Colin lamentable ! Faudrait-il le croire sur parole, ce gaulliste qui se met au service du RN lequel n’a nullement coupé avec le fondateur du FN, Le Pen père, dont la plupart des dirigeants, jeunes et moins jeunes, se réclament, tout en voulant donner le change.
Ce militant qui se dit « gaulliste de toujours » aurait-il perdu la mémoire : le fondateur du FN-RN, J-M Le Pen avait tenté d’assassiner le Gl de Gaulle au Petit-Clamart au sud de Paris le 22 août 1962 ? Chirac disait ne pas pouvoir laisser le RN banaliser la haine et l’intolérance, il refusait de débattre avec Le Pen père. Il rejetait toute alliance avec l’extrême-droite.
Depuis, le RN a réussi à trouver des partenaires qui l’ont aidé à sortir de l’isolement et à prétendre défendre le peuple en même temps que soutenir les milliardaires qu’il ne veut pas taxer. Total-Energie peut doubler ses gains au premier trimestre : 5,1 mds tout de même, véritable scandale permanent, tandis que les énergies deviennent de plus en plus chers pour les classes populaires.
Le RN soigne son rapprochement avec le patronat, en osmose avec les très riches. Quant au surarmement en cours, l’argent se trouve facilement, ce qui n’indigne pas le RN dont ses modèles sont aux manettes des guerres qui n’en finissent pas, qui sèment la mort, les génocides et accentuent les inégalités sociales et les dérèglements climatiques.
Concernant leur liste RN à La Seyne, le quotidien Libération avait identifié plusieurs élus .es partageant sur deux plates-formes (facebook et twitter) des contenus racistes, homophobes, conspirationnistes, anti-IVG…rien de bien nouveau malgré les invitations de leur hiérarchie à ne pas se laisser aller. En pure perte, leur idéologie est ancrée dans l’histoire .
Ils feront tout pour saborder les cérémonies et initiatives concernant notamment le 1er mai et l’anniversaire du Front populaire.
René Fredon


Ecrit par Guy Calmes
— perplexe, à La Seyne-Sur-Mer.

La cheffe de l’extrême droite ne veut pas d’une « élection de rejet » face à Mélenchon. Elle préfère une victoire politique face au macronisme, où le RN incarnerait la rupture. Osé ? Pas tant que ça.
Ce mardi 28 avril, Marine Le Pen a donné un entretien à l’AFP. Celle qui a peu de chance de représenter l’extrême droite en 2027 continue de se poser en stratège. Elle expose les conditions pour que le RN puisse non seulement être élu, mais mettre en œuvre sa politique. Elle « souhaite un second tour face au bloc central » pour « avoir la force d’une élection de choix » plutôt qu’une « élection de rejet » en cas de duel face à Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen tire les leçons des blocages liés à l’élection du président par rejet de son adversaire. Par deux fois en 2017 et en 2022, Emmanuel Macron a été élu grâce au front républicain qui sut se mobiliser contre l’extrême droite. Avoir le RN comme adversaire au second tour était devenu une sorte d’assurance. Ce fut la stratégie délibérée d’Emmanuel Macron, au moins pour sa seconde élection. Combinée à son refus de mener campagne au prétexte du déclenchement de la guerre en Ukraine, ce mandat fut de bout en bout impossible et le pays conduit dans l’impasse. Jamais Emmanuel Macron n’a eu la légitimité politique de changement structurel. De cela Marine Le Pen ne veut pas.
Se fiant aux sondages, elle pense que le rejet de Jean-Luc Mélenchon est désormais plus vif que le rejet du RN. Et dit ne pas vouloir d’une élection par choix du moindre mal. Elle veut gagner une bataille politique. Elle se choisit l’adversaire théoriquement le plus difficile, un candidat venu de la droite qui, de surcroît selon elle, « plaît à la gauche, en tout cas il ne la dérange pas ». Bravache, elle dit pouvoir et vouloir affronter un nouveau front républicain. Et cette fois, le vaincre.
En désignant Édouard Philippe comme son adversaire de choix, elle choisirait la pente escarpée. Peut-être pas. La droitisation de la droite adoucit les angles de confrontation, désarme ce camp au point de souvent légitimer les sujets portés par le RN. Dernier en date : la remise en cause des accords de 1968 avec l’Algérie – promue par le RN, elle est désormais défendue par Horizons et Les Républicains. La capacité d’Édouard Philippe à mener une campagne qui démonte la logique du RN reste à vérifier.
Marine Le Pen pense aussi que face à un « candidat du parti unique », le RN aurait plus de chance de faire valoir son attrait, la promesse de rupture. Il faut bien entendre ce discours. Le RN ne veut pas faire du « conservatisme libéral » comme Jordan Bardella semble l’incarner. Ses orientations seront réaffirmées dans les prochains mois. D’ores et déjà, il faut les écouter à l’Assemblée et les observer dans les municipalités. Il faut se souvenir du plan que le RN avait produit en 2022 pour les 100 premiers jours à l’Élysée. Rien n’est venu le contredire. Il s’agissait d’un plan vigoureux de renversement de l’État de droit, de remise en cause d’institutions comme le Conseil d’État, du retrait de la France de conventions européennes comme celle sur les droits de l’homme, de l’installation d’une politique discriminatoire et d’affirmation de la préférence nationale notamment pour l’emploi, le logement, les aides sociales et médicales. Le RN promet la mise à bas du service public de l’audiovisuel et des attaques contre les syndicats et les associations qui lui déplaisent. Le parti d’extrême droite veut enclencher des cliquets qui rendent le chemin arrière très difficile.
Marine Le Pen a aussi en tête les élections législatives. Comme on l’a vu en 2022, sans élan, une victoire à la présidentielle n’entraîne pas nécessairement une majorité aux législatives suivantes. Et l’éclatement du parlement bloquerait les transformations radicales qu’elle souhaite entreprendre.
Marine Le Pen vient redire à tous qu’il ne faut pas s’illusionner : les lunettes de Jordan Bardella, ses déjeuners au Medef et ses amours princiers n’y changent rien. Le RN est un parti de rupture, pas d’accommodement. Elle espère une confrontation avec le camp de la continuité, parce qu’elle sait pouvoir la gagner. La gauche seule peut opposer une alternative qui réponde aux défis de l’époque qui ne soit pas des mesurettes ridicules : piquer dans les poches du plus grand nombre, supprimer des jours fériés, réduire les congés maladies, les indemnités chômage et autres méchancetés sans effet structurant. La gauche peut porter une ambition alternative à l’enfoncement lent. Sera-t-elle là ?
Catherine Tricot
Site de REGARD
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“Économiser sans pensée n’est que ruine de larmes”
6 milliards de coupes budgétaires ont été annoncées hier par le gouvernement. 4 dans le budget de l’État et 2 dans celui de la sécurité sociale. Malgré des annonces d’aides ciblées, une vieille antienne se réinstalle : la France est trop endettée – et c’est vrai – et il faut raboter les dépenses sociales. À un an des présidentielles, les macronistes marquent le terrain. C’est reparti mon kiki.
Il y a, dans cette lettre d’une page envoyée par Sébastien Lecornu à ses ministres, ce que l’époque produit de plus médiocre : une politique économique à courte vue, arrimée aux crises internationales, et incapable de penser autre chose que la réduction des dépenses d’égalité comme horizon.
Six milliards d’euros seraient le prix de la guerre au Moyen-Orient pour les finances publiques françaises. La mécanique bien huilée des petites économies sans stratégie se met en route. Avec une question soigneusement éludée : mais où donc vont-ils ratiboiser ?
Derrière cette annonce se cache un angle mort : on nous explique que la crise est extérieure, qu’elle s’impose à nous, qu’elle contraint nos marges de manœuvre. Admettons. Mais pourquoi, dans ce cas, la réponse est-elle toujours la même ? Pourquoi ce sont systématiquement les dépenses publiques, les services, la protection sociale qui doivent encaisser le choc ?
Parmi les décideurs, qui interroge les choix stratégiques des gouvernements successifs, leur volonté constante de protéger les grands groupes français, au premier rang desquels TotalEnergies ? L’idée selon laquelle cette multinationale incarnerait les intérêts de la France, et qu’il faudrait donc la préserver – la libérer même – de toute contrainte, n’a rien d’une évidence. Elle est même profondément discutable. TotalEnergies était, il y a 35 ans encore, une entreprise publique, un outil de la politique énergétique. Mais « on » (notamment Édouard Balladur) a cru bon de la privatiser. Bonne idée vu son niveau de bénéfices ! Au moment où se pose de manière pressante le passage accéléré à l’électrification, rien n’interdit de rouvrir le débat sur la taxation de ces marges dont nous avons besoin pour aider les Français au bon niveau pour cette transition énergétique.
Pour l’instant, ces 6 milliards d’euros restent une abstraction. On sait qu’il faudra « faire des économies », mais on ne sait ni où, ni comment. Quels services seront amputés ? Quelles prestations réduites ? Quels investissements reportés ? Cette opacité est en elle-même un problème démocratique.
On ne peut pas continuer à naviguer à vue, à couper dans telle ou telle « dépense » en fonction de ce que l’on estime être les urgences du moment. Ce pilotage à l’aveugle traduit l’incapacité de penser les crises non pas comme des accidents, mais comme des manifestations structurelles de notre modèle économique. Crises énergétiques, géopolitiques, climatiques : elles ne sont plus exceptionnelles, elles sont devenues la norme. Agir au coup par coup, sans horizon, traduit un malaise grandissant et un manque de profondeur politique.
Le gouvernement tente d’amortir le choc à coups de dispositifs ciblés : aides annoncées pour près de 3 millions de travailleurs modestes dépendants de leur véhicule, accompagnement des « grands rouleurs », renforcement des soutiens pour les pêcheurs et les agriculteurs. Des mesures qui répondront sans doute à des urgences bien réelles mais qui posent une question : que valent des aides temporaires quand les coupes budgétaires, elles, s’annoncent durables ?
Face aux derniers sursauts de notre monde en crise, la réponse ne peut se limiter à amortir le choc. Bloquer les prix, par exemple, peut être une mesure d’urgence, nécessaire, mais insuffisante si l’on refuse de s’attaquer aux racines du problème. Les milliards captés par les grands groupes et les logiques de rente doivent être repris. Le véritable enjeu est de les réorienter vers la transition écologique, vers des infrastructures soutenables, vers une transformation profonde de notre système productif.
En somme, la question n’est pas seulement de savoir comment combler un trou de 6 milliards. Elle est de savoir si l’on se donne enfin les moyens de reprendre la main sur notre économie, finance comprise.
Pablo Pillaud-Vivien
En marge d’une réunion d’un comité d’alerte mardi, Sébastien Lecornu a détaillé les conséquences du conflit pour les finances publiques, et a demandé à son gouvernement de trouver comment réaliser des économies “à hauteur de ce choc”.
Par L ‘HUMANITE
Avant même le début du comité d’alerte des finances publiques convoqué mardi 21 avril au matin, le premier ministre a pris la plume pour annoncer la couleur. Évoquant les répercussions sur la croissance et l’inflation de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, « le coût total de cette crise pourrait représenter au moins 6 milliards d’euros », a écrit Sébastien Lecornu dans un message adressé à l’ensemble de ses ministres et consultés par Le Monde. Il y présente une nouvelle vague d’austérité sobrement baptisée « mesures de précaution à la hauteur de ce choc sur les dépenses de l’État et des administrations de sécurité sociale ».
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a confirmé à l’issue de la réunion que « 6 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppées ». Le budget de l’État pourrait être amputé de 4 milliards d’euros et celui de la Sécurité sociale de 2 milliards, a-t-il précisé. « On est dans une logique de précaution : on ne va rien annuler mais on peut être amenés à prendre des mesures de précaution. On gèle des dépenses, on peut les dégeler si cela va mieux… On va mettre en place ces mesures de précaution et c’est ce que l’on va annoncer aux parlementaires », avait tenté de rassurer le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans la matinée sur RTL.
Mais ce « gel » se transforme régulièrement en surpression pure et simple de crédits, oublie de préciser le ministre qui ferme en revanche une nouvelle fois la porte à une contribution des grandes fortunes ou des compagnies pétrolières qui tirent des surprofits de la crise.
« On n’est pas un pays producteur de pétrole, on ne va pas avoir d’ardoise magique pour effacer les effets de la crise. Imaginer que l’on va régler le problème de la crise iranienne par un prélèvement supplémentaire, je pense qu’on se met le doigt dans l’œil », a argué le ministre alors que les géants pétrogaziers européens auraient encaissé, selon une étude de Greenpeace, 2,5 milliards supplémentaires sur le seul mois de mars en raison de l’envolée des prix du carburant. Mais la recette du gouvernement, pourtant en échec, ne change pas plus que ses objectifs, à savoir un déficit public à 5 % du PBI en 2026 et sous les 3 % en 2029.
« En soi, faire baisser le déficit n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il y a deux façons de procéder : en baissant les dépenses ou en augmentant les recettes. Le gouvernement n’utilise que le premier levier car il se refuse à mettre les plus riches à contribution », analyse l’économiste Éric Berr dans les colonnes de l’Humanité.
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Convié à la réunion du comité d’alerte des finances – tout comme le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR), des représentants d’élus locaux, de la Sécurité sociale, ou des syndicats – le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’insoumis Éric Coquerel, a mis en garde contre de nouvelles coupes budgétaires. « Un effet récessif garanti sur l’économie, la croissance et les rentrées fiscales. C’est injuste et stupide économiquement », a-t-il alerté sur X quand certains de ses collègues de gauche mettent sur la table la nécessité d’un budget rectificatif afin que le parlement ne soit pas une nouvelle fois mis sur la touche par l’exécutif.
Pour tenter de faire passer la pilule, le gouvernement assortit la facture qu’il entend présenter aux Français, de nouvelles mesures de soutien face à la montée des prix à la pompe. Le premier ministre a annoncé, mardi dans la soirée, le prolongement et le renforcement de dispositifs déjà en place – jusque-là 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Il a aussi mis sur la table une réduction moyenne de 20 centimes d’euros par litre, à destination « des travailleurs modestes » et « peut-être d’autres idées », qui devrait selon Matignon concernée quelque trois millions de « grands rouleurs ».
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Mais d’ores et déjà, le locataire de Bercy a prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ». Ni justice sociale, ni justice fiscale à l’horizon.
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L’« État social » construit au milieu du siècle dernier ne parvient plus à protéger des millions de nos concitoyens des fléaux du capitalisme en crise. C’est désormais le dépassement du capitalisme lui-même qui vient à l’ordre du jour.
Pour éviter tout malentendu, soulignons d’emblée que face à la violence des attaques du capital et ses défenseurs libéraux contre les conquis sociaux, mais aussi compte tenu des conditions difficiles des millions de concitoyens, il est indispensable de soutenir tout dispositif de nature sociale, comme le RSA, qui procure aux bénéficiaires une somme d’argent, quoique largement insuffisante pour assurer une vie décente. Ceci étant posé, cette affirmation ne nous empêche pas d’interroger ces dispositifs sous l’angle des enjeux fondamentaux tels que le travail et sa place dans la société. Une lutte de classes L’émergence et l’évolution de l’« État social » sont le fruit des luttes et des rapports de forces entre le travail et le capital. Ainsi, la Sécurité sociale est-elle la traduction institutionnelle des conquêtes historiques d’une classe ouvrière solidement organisée et représentée (notamment par la CGT et le PCF). Pour cette même raison, ce conquis social fait l’objet d’attaques permanentes du capital pour « regagner le terrain perdu ». À présent, pour attaquer ces conquis, le capital tire profit de trois processus majeurs et interconnectés :
1) la crise profonde, systémique du capitalisme, caractérisée, entre autres, par le chômage massif et persistant et la précarité ;
2) les mutations technologiques qui affectent, entre autres, le travail et le processus de travail;
3) la mondialisation et la financiarisation de l’économie fondées sur la mise en concurrence des systèmes socio-productifs et sur la recherche de rentabilité maximale du capital à court terme comme l’unique objectif de l’activité économique.
Voilà qui explique pourquoi en France depuis plusieurs décennies maintenant, la précarité se développe et quelque six millions d’individus sont en permanence exclus du travail « pour des raisons économiques », c’est-à-dire parce que les chefs d’entreprises et les acteurs financiers jugent qu’ils ne sont pas suffisamment rentables, qu’ils coûtent trop cher eu égard à leur « productivité ».
Nasser Mansouri-Guilani, économiste, membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental Vivre dignement de son travail plutôt que survivre comme assisté L’« État social » construit au milieu du siècle dernier ne parvient plus à protéger des millions de nos concitoyens des fléaux du capitalisme en crise.
C’est désormais le dépassement du capitalisme lui-même qui vient à l’ordre du jour. Les libéraux véhiculent un discours triomphant qui s’appuie, chronologiquement, sur l’échec des politiques keynésiennes appliquées au sortir de la seconde Guerre mondiale, puis sur l’effondrement des régimes soviétiques. Ils prônent le développement du capitalisme débridé, tirent sur les conquis sociaux et préconisent la déréglementation, la privatisation et la marchandisation de tout, y compris la protection sociale. La « loi El Khomri » – dont l’architecte principal était Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Économie –, la récente « réforme de l’assurance chômage » et la future « réforme des retraites » s’inspirent de cette logique. En schématisant, en face, deux approches se présentent: réformiste ou sociale-démocrate et radicale ou communiste. L’approche sociale-démocrate ne remet pas en cause le capitalisme et cherche à remédier aux insuffisances du système.
D’où un amalgame de politiques qui tantôt vont dans le sens d’un certain « État social », tantôt dans celui des libéraux. Ainsi, historiquement, parallèlement à l’instauration du RMI par un gouvernement socialiste, nous assistons aux privatisations tous azimuts (les privatisations réalisées sous le gouvernement Jospin étaient plus importantes que celles réalisées par les gouvernements de droite) et aux premiers pas vers l’affaiblissement du système d’assurance chômage et de retraite par répartition, franchis par les gouvernements socialistes.
À l’inverse, l’approche radicale milite pour sortir du capitalisme et soutient le développement du secteur et des services publics et la mise en sécurité sociale des travailleurs et des citoyens. En même temps, sans négliger l’intérêt des dispositifs de nature sociale pour les bénéficiaires, elle rappelle les insuffisances et l’ambivalence de ces dispositifs. Un changement de paradigme Affichant l’objectif d’aider les travailleurs les plus en difficulté, des dispositifs comme le RSA témoignent d’un aveu d’impuissance des décideurs politiques enfermés dans le système capitaliste face à l’incapacité du capitalisme fi- Économie et politique • novembre – décembre 2022/ 820•821 40 dossier •••••••••••••••••••••••••••• nanciarisé de créer suffisamment d’emplois pour résorber le chômage. La fameuse formule e François Mitterrand traduit bien cet aveu d’impuissance : « dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé. »
Pour les libéraux, le chômage est volontaire et le droit du travail constitue un obstacle à l’emploi; en particulier, le SMIC empêche de recruter les travailleurs réputés à faible productivité. L’approche sociale-démocrate s’oppose généralement à cette présentation, mais en dernière instance, elle rejoint les libéraux quand elle reconnaît qu’il faut « réformer » le droit du travail dans un sens favorable au patronat. Ainsi, l’État doit assumer une partie du salaire des travailleurs réputés non qualifiés (par exemple par des exonérations de cotisations sociales) et se charger de ceux qui sont exclus par le « marché du travail », c’est-à-dire par les patrons.
Il convient d’insister sur le fait qu’une telle prise en charge des exclus se fait en dehors du processus de travail, et donc en dehors du mécanisme de salaire socialisé, de sécurité sociale, d’assurance chômage ; elle relève de la « solidarité nationale », financée par les impôts. Il s’agit bien là d’un changement de paradigme : on passe d’une mise en sécurité sociale fondée sur le travail, à une sorte d’assistanat, de charité dépendant du bon vouloir de l’État.
D’où l’ambivalence et la délicatesse du sujet. D’une part, un dispositif comme le RSA comporte un intérêt certain pour des centaines de milliers de travailleurs exclus du travail et privés de ressources, même si la modestie de son montant ne préserve pas les bénéficiaires de la pauvreté : le montant du RSA pour une personne seule est de 598 euros ; le seuil de pauvreté pour un individu seul est de 1102 euros. D’autre part, un tel dispositif ne remet pas en cause le mécanisme fondamental qui produit l’exclusion, c’est-à-dire l’exploitation des travailleurs dans le cadre d’un système et d’une organisation de travail qui visent avant tout à maximiser la rentabilité du capital à court terme.
Sortir du capitalisme Sortir de cette impasse implique de dépasser le capitalisme. Il s’agit de placer l’activité économique, et avec elle le travail, dans une optique de réponse aux besoins socioéconomiques ; besoins qui intègrent, de façon croissante, une dimension immatérielle (santé, éducation, recherche, culture…) et qui s’expriment de plus en plus dans un cadre mondial. Une telle perspective met en avant « l’utilité sociale du travail accompli » au lieu et à la place du culte de productivité et son corollaire, la rentabilité maximale du capital à court terme. Il s’agit que chaque individu puisse se réaliser à travers une activité choisie et utile pour le collectif, lui permettant de vivre dignement de son travail soit par un emploi stable, soit par une formation qualifiante, les deux bien rémunérés.
En quelque sorte, en reprenant une idée de Marx et en la développant, il s’agit de rendre la « force de travail » vraiment libre, de telle sorte que son détenteur puisse mettre ses capacités au service du collectif et que le collectif en profite pleinement dans l’intérêt de toutes et tous, et non uniquement dans l’intérêt égoïste d’une minorité, c’est-àdire les détenteurs de capitaux et des moyens de production.
Ce schéma est nettement plus prometteur que la situation actuelle. En effet, juridiquement, sous le capitalisme, la force de travail est censée être libre ; mais en réalité pour subvenir à ses besoins, le travailleur – qui est « propriétaire » de cette force de travail – est obligé de la vendre au détenteur du capital, au propriétaire des moyens de production. Ainsi, la force de travail dans sa globalité est mise à la merci du capital et de la façon il organise le procès de travail; d’où, entre autres, le couple « chômage – précarité » qui menace en permanence le monde du travail. Pour cette même raison, ce schéma est nettement plus prometteur que celui d’un RSA qui a de nombreux défauts, précisément parce qu’il ne remet pas en cause le mécanisme du marché du travail organisé selon les intérêts du capital. En effet, contrairement aux promesses, « l’accès à l’emploi reste difficile pour les bénéficiaires du RSA ». Sept ans après l’entrée au RSA d’une cohorte, « seuls 34 % sont en emploi et parmi ceux-ci seul un tiers ont un emploi de façon stable ». Dans les cinq ans qui suivent la sortie du RSA, « deux-tiers changent de situation en moyenne 3,8 fois, ce qui équivaut à deux allers-retours entre emploi et non-emploi en cinq ans ».41 % des allocataires reviennent au RSA après en être sortis. (Cour des Comptes, Le revenu de solidarité active, 2022).
Qui plus est, la propagande libérale donne un statut dévalorisé aux bénéficiaires du RSA, les stigmatise, voire les culpabilise. Ceci explique d’ailleurs pourquoi une partie des bénéficiaires potentiels de ce dispositif refuse d’y recourir. La complexité de la procédure d’accès et la multiplicité des intervenants sont aussi des facteurs dissuasifs. Au total, un tiers des bénéficiaires potentiels ne recourt pas à ce dispositif (Cour des comptes, op. cit.).
On pourra nous objecter que notre projet est peu crédible, utopique et irréalisable. Horizon crédible ? Oui, comme le prouve le confinement, ce qui compte est bien l’utilité sociale du travail accompli. En effet, des métiers tant méprisés par les libéraux s’avèrent utiles, indispensables. Utopique ? Non, compte tenu du gigantesque potentiel des nouvelles technologies pour établir une civilisation de partage, de solidarité et de fraternité. Irréalisable ?
Non, si on met fin au gaspillage d’énormes ressources humaines, naturelles, financières mobilisées actuellement au service du capital sans résultats probants ni pour les travailleurs, ni pour la collectivité, ni pour l’environnement. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple, l’ensemble des ressources financières mobilisées par l’État au service des entreprises s’élève à 159 milliards d’euros en 2019 selon l’étude du CLERSÉ, Un capitalisme sous perfusion, 2022. C’est en réalité le premier poste des dépenses de l’État, de loindevant le budget de l’éducation nationale par exemple !
Nasser Mansouri-Guilani, économiste, membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental
Quand l’anticommunisme remplace la pensée
Il y a des mots qui dépassent de très loin la simple brutalité d’un échange politique. Il y a des mots qui révèlent un fond. Quand un maire d’extrême droite, agacé par la contradiction, renvoie à des élus de gauche « des millions » ou « cent millions de morts sur les mains », il ne dérape pas seulement. Il montre sa matrice. Il ne débat plus, il excommunie. Il ne répond plus à des arguments, il ressort l’arsenal le plus grossier d’un anticommunisme primaire suranné, celui qui dispense de réfléchir, celui qui évite d’avoir à discuter du réel.
Car enfin, de quoi parlait-on ? D’une ville. D’un budget. Et voilà qu’au lieu de répondre sur le fond, on convoque les fantômes du XXe siècle comme une massue verbale. Ce procédé est ancien : quand on ne peut pas contester sérieusement, on accuse symboliquement son adversaire de tous les crimes de l’Histoire. C’est commode. Et c’est intellectuellement misérable.
Comment est-il raisonnablement possible d’accuser aujourd’hui des représentants de la citoyenneté seynoise de crimes commis ailleurs, dans d’autres contextes, il y a des décennies ? Nous ne sommes plus dans la polémique, mais dans l’absurdité pure. À ce compte-là, plus personne ne débat : chacun devient comptable, par étiquette, de tout ce que l’Histoire a produit de pire.
Faudrait-il, par la même logique, lui répondre qu’il serait le fils d’Hitler ou le filleul de Goebbels ? Ce serait grotesque. Et c’est précisément le problème : ce type d’amalgame n’a aucune valeur. Sinon, la partie de ping-pong peut continuer à l’infini : un coup droit de Mao, un revers de Mussolini… et plus personne ne parle ni de La Seyne, ni des écoles, ni des services publics.
Je ne suis pas communiste. Je ne l’ai jamais été. Mais précisément pour cette raison, je me sens libre de dire ceci : assimiler aujourd’hui des élus locaux, des citoyens engagés, ou des militants du Parti communiste français à des crimes commis ailleurs, dans d’autres temps, relève d’une faute intellectuelle grave. Le Parti communiste français d’aujourd’hui agit dans un cadre démocratique, participe aux institutions républicaines, et ses références internationales n’ont rien à voir avec les fantasmes que certains agitent. Le lien mécanique que l’on voudrait établir ne tient tout simplement pas. Seule une inculture politique et historique peut expliquer cette simplification extrême.
Et surtout, ici, à La Seyne, cette confusion devient une insulte. Une insulte à la mémoire des chantiers navals. Une insulte à cette histoire ouvrière qui a façonné la ville. Pendant des décennies, des milliers d’ouvriers ont travaillé, vécu, lutté ici, et le Parti communiste, comme la CGT, ont été des composantes fortes de cette réalité sociale et politique. Cette histoire-là n’a rien à voir avec les caricatures brandies aujourd’hui. Elle parle de travail, de solidarité, de dignité, de conquêtes sociales. Elle parle aussi d’engagement, y compris dans les heures les plus sombres de notre histoire, lorsque des femmes et des hommes issus de ces milieux ont pris part à la Résistance, parfois au prix de leur vie. Comment peut-on sérieusement mettre sur le même plan cette mémoire locale, concrète, vécue, avec les dérives tragiques de régimes étrangers aujourd’hui disparus ? Ce n’est pas seulement faux. C’est profondément irrespectueux. Nous le savons très bien, il y a dans les rangs du RN des personnes qui ont voté par le passé pour le PC. Il y a des parents et des grands parents seynois, anciens des Chantiers, aucun ne mérite l’insulte de cet amalgame.
Il y a aussi, dans cette scène, quelque chose d’étrangement adolescent. Transformer un refus supposé de poignée de main en « crachat à la gueule », c’est moins la réaction d’un responsable public que celle d’un tempérament qui vit toute contradiction comme une humiliation. Un maire n’est pas là pour être validé. Il est là pour encaisser, pour répondre, pour tenir.
C’est peut-être cela qui commence déjà à apparaître. Le vernis se fissure. Dès qu’il est contredit, il s’emballe, il dramatise, il déforme. Ce n’est pas un détail : c’est un indice. Car que se passera-t-il lorsque, mois après mois, le réel viendra contredire les promesses ? Quand les résultats ne suivront pas ? Les pouvoirs fragiles ont leurs réflexes : détourner l’attention, fabriquer des polémiques, désigner des coupables.
Et puisqu’il aime tant convoquer l’Histoire, encore faudrait-il le faire avec un minimum d’honnêteté. Dans son propre univers politique, certaines références ont été associées à des lieux où furent diffusés des ouvrages négationnistes. Et sans remonter si loin, rappelons que le président du Front national avait lui-même qualifié les chambres à gaz de « détail » de l’histoire. Un peu de mémoire ne nuirait pas avant de distribuer des leçons.
Quel spectacle veut-on offrir aux Seynois ? Après le goût pour le catch et les compétitions Red Bull, faudrait-il ajouter ce numéro d’histoire de comptoir ? Est-ce cela, l’horizon proposé : du bruit, de la caricature, de l’excitation permanente ?
La Seyne mérite mieux. Elle mérite de la tenue, de la pensée, du respect. Une démocratie locale commence par là : dans les mots que l’on accepte.
Parce qu’au fond, c’est très simple : quand un élu ne sait plus répondre, il insulte.
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Par guy CALMES ..
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