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Var - La Seyne sur MER

La restauration scolaire doit être un bien commun de service public ..

Depuis hier, le repas à 1 euro est enfin accessible à tous les étudiants dans les restaurants universitaires Crous, sans condition de ressources. Ce n’est plus seulement une aide réservée aux boursiers ou aux étudiants identifiés comme précaires : c’est désormais une mesure générale.

Et il faut rappeler d’où vient cette mesure. Le repas à 1 euro pour tous les étudiants n’a pas été porté par la droite, ni par l’extrême droite. Il vient d’une proposition de loi déposée par plusieurs députés de gauche, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 23 janvier 2025.

Ce n’est pas un détail.

 

Derrière cette mesure, il y a une philosophie très simple : quand un besoin est vital, nous ne devons pas commencer par trier, contrôler, soupçonner, compliquer, humilier. Manger, se nourrir, ce n’est pas un confort. Ce n’est pas une récompense. Ce n’est pas une faveur accordée après examen du dossier. C’est la base.

 

Un étudiant qui saute un repas n’a pas seulement “un problème de budget”. Il a faim. Et il faut rappeler ce qu’est souvent la vie étudiante : un jeune en pleine construction, qui apprend à vivre seul, à gérer ses études, son argent, son logement, son avenir, parfois loin de sa famille. Ses journées sont souvent lourdes : cours, transports, travaux à rendre, révisions, examens, démarches administratives, inquiétudes financières. Beaucoup ajoutent à cela un job d’appoint, le soir, le week-end, parfois avec des horaires qui grignotent le sommeil et l’énergie. Alors quand ce jeune-là doit encore calculer s’il peut vraiment s’offrir un repas complet, nous ne sommes plus dans le détail. Nous sommes au cœur du problème. On ne construit pas sereinement son avenir avec le ventre vide.

 

Les Restos du Cœur rappellent eux aussi l’ampleur de cette réalité : sur la campagne 2024-2025, l’association indique avoir distribué 161 millions de repas à 1,3 million de personnes, dont 110 000 bébés de 0 à 3 ans. Les Restos font un travail immense. Heureusement qu’ils sont là. Mais quarante ans après leur création, leur nécessité permanente devrait nous alerter autant qu’elle nous émeut. Quand une association née dans l’urgence devient indispensable année après année, ce n’est pas seulement une belle histoire de solidarité. C’est aussi le signe qu’un pays n’a pas réglé un problème essentiel.

 

Au niveau national, le repas étudiant à 1 euro dit donc quelque chose de fort : la puissance publique peut décider de garantir, au lieu de trier. Et la même logique vaut pour les enfants.

Certaines communes ont déjà choisi d’aller plus loin en rendant la cantine scolaire gratuite. À Saint-Denis, par exemple, la ville indique que la cantine est 100 % gratuite pour l’ensemble des élèves scolarisés en écoles maternelles et élémentaires, avec réservation obligatoire pour limiter le gaspillage et organiser l’encadrement.

 

Ce choix coûte de l’argent, bien sûr. Mais tout coûte de l’argent. L’inaction aussi. La précarité, les enfants fatigués, les familles sous pression, les inégalités qui se creusent : tout cela a un coût. Simplement, celui-là est moins souvent présenté dans les beaux tableaux budgétaires.

Le vrai sujet est donc simple : qu’est-ce qu’une commune considère comme prioritaire ? La communication ? Les caméras ? Les grands événements ? Ou le fait qu’un enfant mange correctement le midi ?

 

Et maintenant, revenons à La Seyne.

 

À La Seyne-sur-Mer, le tarif de la cantine est déjà modulé selon les revenus. La Ville indique que le repas est facturé aux familles entre 1,50 € et 4,20 €, selon le quotient familial, pour un coût réel annoncé de 13,43 € par repas pour la collectivité. Cela signifie qu’un effort public existe déjà. Il faut le dire honnêtement.

Mais le sujet n’est pas de prétendre que rien n’existe. Le sujet est de se demander si ce qui existe suffit.

Quand les prix augmentent, quand les familles modestes et les classes moyennes comptent chaque euro, quand des enfants peuvent dépendre fortement du repas de midi, nous avons le droit de poser une réflexion simple : peut-on aller plus loin ? Peut-on imaginer une première tranche gratuite ? Peut-on tendre vers un repas à 1 euro pour les familles les plus modestes ? Peut-on construire progressivement une cantine réellement accessible à tous ?

 

D’autant que, dans notre ville, nous avons aussi connu une autre logique. Il y a quelques années, à La Seyne, certains voulaient choisir quels enfants pouvaient manger à la cantine. Les enfants de parents sans emploi étaient invités, en clair, à rester chez eux.

 

Comme si le chômage d’un parent devait devenir une sanction pour l’enfant. Comme si la cantine était une faveur accordée aux familles jugées “utiles”, et non un service public destiné aux enfants.

Nous étions plusieurs à l’avoir dénoncé publiquement à l’époque, notamment lors d’une conférence de presse. Et il fallait le faire. Parce que ce genre de décision n’est jamais seulement technique. Elle révèle une vision de la société.

 

Nous avons aussi connu les assiettes et les gobelets en carton pour des enfants. On dira peut-être que ce n’était “qu’un détail”. Mais dans une école, les détails parlent. Une assiette en carton, ce n’est pas seulement une assiette. C’est parfois une manière de dire : “On fait comme on peut, ce n’est pas si grave.” Mais pour un enfant, tout compte : la place à table, le repas, la manière dont il est accueilli, servi, considéré.

 

Et il faut dire autre chose, que l’on oublie trop souvent : le repas scolaire n’est pas seulement un moment où l’on nourrit les enfants. C’est aussi un temps éducatif. Les plus jeunes y apprennent à goûter, à découvrir des aliments, à comprendre ce qu’est un repas équilibré. Ils apprennent aussi à attendre leur tour, à parler moins fort, à écouter les autres, à partager une table, à respecter celles et ceux qui servent, accompagnent, nettoient, encadrent. La cantine, ce n’est pas seulement “manger vite entre deux leçons”. C’est une petite société en miniature.

 

Je peux en parler très concrètement. Pendant mes années d’enseignant, très souvent en ZEP, j’ai longuement “surveillé les cantines”, comme on disait. Le mot était pauvre, presque administratif. En réalité, c’était beaucoup plus que cela.

On y voyait des enfants fatigués, des enfants qui arrivaient avec une faim réelle, des enfants qui découvraient certains aliments pour la première fois, des enfants qui avaient besoin d’être rassurés, cadrés, accompagnés. Pour certains, ce repas était parfois le moment le plus stable, le plus complet, le plus calme de la journée.

Surveiller une cantine, ce n’était pas seulement vérifier que personne ne renversait son verre ou ne lançait une boulette de pain en orbite basse. C’était observer, aider, apaiser, expliquer, encourager. C’était faire de l’éducation, tout simplement.

 

Voilà pourquoi la cantine scolaire n’est pas un luxe municipal. C’est un service public d’éducation, de santé et d’égalité. Alors, à La Seyne, la bonne approche ne consiste pas à lancer une promesse magique du jour au lendemain.

La vraie démarche consiste à poser les choses publiquement : combien coûte réellement la restauration scolaire ? Combien de familles limitent ou renoncent à l’inscription ? Combien coûterait une première tranche gratuite ? Combien coûterait un repas à 1 euro pour les familles modestes ? Combien coûterait une progression vers une cantine réellement accessible à tous ?

Voilà du concret. Pas du slogan. Pas de la posture. Pas de la charité municipale distribuée à la tête du client. Une politique publique.

 

Parce qu’une ville se juge aussi à midi, dans une école, quand un enfant s’assoit à table. Il mange. Il reprend des forces. Il apprend aussi à vivre avec les autres. Il retourne ensuite en classe. Il n’a pas à porter sur ses épaules la situation sociale de ses parents.

 

Voilà la philosophie. La dignité ne devrait jamais être une exception. À La Seyne, nous avons connu des choix qui allaient dans le mauvais sens. Nous pouvons maintenant exiger l’inverse : une ville qui ne trie pas les enfants, mais qui les protège.

Par guy CALMES de L’APRES 

https://l-apres.fr

 

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En mars 2026, il faudra voter, faire voter, convaincre autour de nous et refuser l’abstention. Une ville ne change pas toute seule. Elle change quand ses habitants décident que le quotidien vaut mieux que les slogans.

#LaSeyne #CantineScolaire #RepasÀ1Euro #JusticeSociale #Dignité

HUMANITE :Repas à 1 euro : une mesure contre la précarité des étudiants… qui risque de l’aggraver

À première vue, la mise en place, ce lundi, du repas à 1 euro pour tous les étudiants apparaît comme une bonne nouvelle. Mais, à y regarder de plus près, les syndicats s’inquiètent : et si cette mesure créait plus de précarité ?

https://www.humanite.fr/social-et-economie/crous/nous-naurons-pas-a-manger-pour-tout-le-monde-pourquoi-le-repas-crous-a-1-euro-pour-tous-pourrait-creer-plus-de-precarite

Actualités

À Paris, ils parlent de milliards. À La Seyne, cela se traduit par une porte qui ferme plus tôt.
À Paris, ils parlent de milliards. À La Seyne, cela se traduit par une porte qui ferme plus tôt.
Dans les discours nationaux, l’austérité porte souvent des noms très propres : redressement des comptes publics, effort nécessaire, responsabilité, maîtrise de la dépense. Des mots raisonnables, presque rassurants. Mais quand ces décisions arrivent jusqu’aux communes, elles changent de visage. Elles deviennent une école qui attend, une association qui hésite, un service qui réduit sa présence, une famille qui renonce, un quartier qui se sent un peu plus seul.
Voilà le vrai terrain. Pas celui des visites officielles, des photos bien cadrées et des poignées de main. Le vrai terrain, c’est l’endroit où les habitants vivent les conséquences des choix politiques, parfois sans même savoir d’où elles viennent.
On le voit déjà avec les carburants. Quand les prix remontent, le pouvoir national avance à petits pas, à la petite cuillère, en parlant d’aides ciblées, de surplus fiscal éventuellement redistribué, de pression polie sur TotalEnergies. Le gouvernement dit ne fermer aucune porte, mais il évite soigneusement les vraies portes qui grincent : le blocage durable des prix, la taxation ferme des superprofits, ou la mise à contribution réelle des grands groupes pétroliers. TotalEnergies, de son côté, annonce ses propres plafonnements temporaires dans ses stations, comme si la solidarité nationale devait dépendre de la bonne volonté d’un géant privé.
Et pendant ce temps, certains qui prétendent parler au nom du peuple proposent surtout de baisser les taxes sur les carburants. Le Rassemblement national défend notamment une TVA réduite de 20 % à 5,5 % sur les carburants, le fioul et le gaz. C’est séduisant à la pompe, bien sûr. Mais politiquement, cela revient à appauvrir encore l’État, donc à fragiliser davantage les services publics, les collectivités, les communes, tout ce qui permet justement aux habitants de ne pas être seuls face aux crises. On évite de fâcher les grandes compagnies, et l’on prépare ensuite le discours habituel : “il n’y a plus d’argent”. Vieille recette, emballage populaire.
La même logique frappe les collectivités locales. Pour le budget 2026, les communes, départements et régions sont une nouvelle fois appelés à contribuer au redressement des comptes publics. Le gouvernement avait évoqué une ponction de plusieurs milliards sur les collectivités, tandis que les débats parlementaires ont vu surgir des amendements visant à raboter fortement la dotation globale de fonctionnement. En janvier 2026, l’Assemblée nationale a même voté un amendement réduisant de près de 5 milliards d’euros la DGF, avec le soutien du Rassemblement national, provoquant l’indignation de nombreux élus locaux.
Voilà le cœur du problème. Au niveau national, la droite et l’extrême droite prétendent souvent défendre les “vrais gens”. Mais quand il s’agit de choisir entre les grands groupes et les finances publiques, entre l’affichage immédiat et la protection durable, le réflexe revient toujours : moins d’impôts, moins de dotations, moins de moyens publics. Et ensuite, dans nos villes, il faudrait faire croire que les difficultés locales tombent du ciel, comme la pluie sur un marché mal couvert.
Mais l’austérité nationale ne reste jamais à Paris. Elle descend.
Elle descend dans les communes, dans les écoles, dans les équipements publics, dans les associations, dans les services de proximité. Elle descend jusqu’aux gens. Elle arrive sans bruit, parfois même avec des mots raisonnables. On ne dit pas toujours que l’on renonce. On dit que l’on priorise. On ne dit pas toujours que l’on coupe. On dit que l’on ajuste. On ne dit pas toujours que l’on abandonne. On dit que ce n’est pas possible cette année.
À La Seyne-sur-Mer, comme ailleurs, le budget municipal devient donc un moment essentiel. Non parce qu’il faudrait contester chaque dépense par réflexe. Une commune doit être gérée sérieusement. Mais la vraie discussion commence lorsque les moyens se resserrent : que choisissons-nous de protéger d’abord ?
C’est là que se révèle une vision politique. Protéger une ville, ce n’est pas seulement réparer l’urgence visible ou remettre de l’ordre là où cela déborde. C’est aussi empêcher que cela déborde. C’est soutenir ce qui relie, ce qui accompagne, ce qui apaise. Dans une ville populaire, une association, un club, une médiathèque, une maison de quartier ne sont pas des ornements municipaux. Ce sont des lieux où une ville tient debout.
Lorsque le commun recule, les plus favorisés trouvent toujours une solution. Ils paient, se déplacent, compensent. Les autres attendent. Ou renoncent.
Voilà pourquoi la gauche doit parler clairement de budget. Pas pour défendre la dépense pour la dépense. Pas pour nier les contraintes. Mais pour rappeler qu’une bonne gestion ne se juge pas seulement à la propreté d’un tableau Excel.
Elle se juge à ce qu’elle protège, à ce qu’elle maintient vivant, à ce qu’elle refuse d’abandonner.
Un budget n’est jamais neutre. Il dit ce qu’une ville considère comme urgent. Il dit qui elle protège d’abord. Il dit parfois aussi qui elle accepte de laisser au bord du chemin.
À La Seyne, nous devons donc regarder les choix municipaux avec calme, mais avec exigence. Quand l’État réduit les marges des collectivités, une municipalité peut gérer la pénurie comme une fatalité. Elle peut aussi faire de chaque euro un acte politique : protéger l’école, bien sûr, mais aussi le lien social, la culture, les solidarités, les services de proximité, tout ce qui empêche une ville de se fissurer.
Le vrai terrain, ce n’est pas seulement celui où l’on promet de remettre de l’ordre. C’est celui où nous évitons que des vies se désordonnent.
C’est là que commence une politique de gauche : dans la dignité concrète, la présence humaine, le refus tranquille de laisser les plus fragiles devenir la variable d’ajustement.
🎵 “Les Mains d’or” – Bernard Lavilliers
📌 Quand nous parlons de budget, nous ne parlons pas seulement de chiffres. Nous parlons de ce qui permet à une ville populaire de rester humaine : ses écoles, ses associations, ses services publics, sa culture, ses solidarités. Derrière chaque ligne budgétaire, il y a des vies concrètes. C’est cela qu’il faut regarder de près.
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Image générée par IA à des fins d’illustration.
Par M. Guy CALMES de L’APRES 

Actualités

Il y a une manière très simple de juger une ville : se demander si elle nous permet encore de nous arrêter.
« Où est-ce que je m’assois ? »
Il y a une manière très simple de juger une ville : se demander si elle nous permet encore de nous arrêter.
Pas seulement circuler.
Pas seulement consommer.
Pas seulement passer d’un point à un autre.
Mais s’arrêter.
S’asseoir. Regarder. Attendre quelqu’un.
Reprendre souffle. Parler sans avoir besoin d’acheter un café. Rester là, simplement, sans être de trop.
Cela paraît modeste. Presque secondaire. Et pourtant, c’est immense.
Une ville dit beaucoup de choses par ses bancs, ses arbres, ses coins d’ombre, ses trottoirs, ses places, ses arrêts de bus. Elle dit à certains : « Vous êtes attendus ici. » Et parfois, sans le dire ouvertement, elle dit à d’autres : « Circulez. Ne restez pas. Vous n’avez pas vraiment votre place. »
L’espace public agit sur nous plus profondément qu’on ne le croit. Une rue trop dure, trop minérale, trop bruyante, trop hostile, finit par produire de la fatigue. Une place sans ombre produit de l’évitement. Un arrêt de bus sans abri produit de l’humiliation silencieuse. Une ville où l’on ne peut pas s’asseoir gratuitement produit une forme de solitude.
À l’inverse, un banc bien placé, un arbre, un point d’eau, une école plus fraîche, un chemin praticable, une place où l’on peut rester sans être suspecté de gêner : tout cela apaise. Tout cela dit quelque chose de très simple à chacun d’entre nous : vous comptez.
Et c’est peut-être là que commence une politique municipale vraiment humaine.
Pas dans les grands mots.
Pas dans les effets d’annonce.
Pas dans la mise en scène permanente de l’autorité.
Mais dans cette attention aux vies ordinaires.
Car une ville n’est pas seulement un décor. Elle nous forme. Elle nous calme ou nous tend. Elle nous relie ou nous isole. Elle nous invite à lever les yeux ou nous oblige à regarder nos pieds. Elle peut encourager la rencontre, ou organiser l’indifférence.
À La Seyne, comme ailleurs, nous parlons souvent de sécurité. Très bien. Mais une ville sûre n’est pas seulement une ville surveillée. C’est aussi une ville où l’on se sent reconnu, accueilli, respecté dans son corps, dans son âge, dans sa fatigue, dans sa fragilité.
Une ville sûre, c’est une ville où une personne âgée peut marcher sans angoisse de ne pas trouver où se reposer.
Où un enfant peut attendre sans cuire au soleil.
Où un adolescent peut exister dans l’espace public sans être immédiatement perçu comme un problème.
Où celui qui n’a pas les moyens de consommer peut quand même avoir droit à une place.
Le climat, les budgets, les mobilités, les services publics, la métropole, la commune : tout cela peut sembler technique. Mais au bout du compte, la vraie mesure est presque intime.
Est-ce que cette ville me permet de respirer ?
Est-ce qu’elle me donne envie de sortir ?
Est-ce qu’elle me fait sentir que j’ai ma place ?
Est-ce qu’elle prend soin de ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens pour se protéger seuls ?
Voilà pourquoi les petits aménagements ne sont jamais de “petits sujets”.
Un banc, ce n’est pas seulement un banc.
Un arbre, ce n’est pas seulement un arbre.
Un arrêt de bus abrité, ce n’est pas seulement du mobilier urbain.
Ce sont des signes.
Des signes de considération. Des signes de civilisation. Des signes d’une ville qui ne voit pas ses habitants comme des flux à gérer, mais comme des présences à accueillir.
Et peut-être que notre vigilance citoyenne doit aussi commencer là : dans cette attention au presque invisible.
Non pas seulement demander : “Combien cela coûte ?” Mais aussi : “Qu’est-ce que cela répare ?” « Qui cela protège ?” « Qui cela oublie ?” « Quel sentiment de ville cela fabrique en nous ?”
Parce qu’une politique locale finit toujours par entrer dans nos corps et dans nos esprits. Elle devient fatigue ou confiance. Méfiance ou apaisement. Solitude ou rencontre. Dureté ou hospitalité.
La Seyne mérite d’être plus qu’une ville que l’on traverse, que l’on contrôle ou que l’on anime par épisodes.
Elle mérite d’être une ville où l’on peut tenir debout. Et parfois, justement, s’asseoir.
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🎵 La tendresse — Bourvil
Par GUY Calmes  de L’APRES 

Actualités

A La Seyne le 1er adjoint Thierry Tidona                                                                                   agite le drapeau gaulliste ?

 

                                                                                                                    A La Seyne le 1er adjoint Thierry Tidona agite le drapeau gaulliste ?

 

Un mois après le séisme politique qui a traversé la deuxième ville du Var, dirigée depuis le front populaire par le PCF et des majorités de gauche, avant que la droite y mette fin, dans les années 1980 alors que la France basculait à gauche sous la présidence de Mitterrand. En même temps que la désindustrialisation se poursuivait, sonnant ici le glas des chantiers navals et des services publics privatisés à grande échelle. Les quatre ministres communistes quittant le gouvernement deux ans après leur entrée.

 

Qui, dans cette ville ouvrière très réactive à toutes les revendications, sociales et sociétales, aurait pensé qu’un jour l’extrême-droite pourrait s’installer à l’hôtel de ville ? Du moins à gauche car sous la houlette de la droite la sociologie de  la ville a beaucoup changé au détriment des classes populaires.

 

En 2014, la gauche unie derrière le socialiste Marc Vuillemot avait été élue en triangulaire avec 11 511 voix (40,14%) et 65,69% de votants. Le FN (Guttierez) faisait déjà 8716 voix et 30,40% devant la droite unie (Vitel) 8 444 voix et 29,45%. (La division de la gauche mérite une approche approfondie sur le plan national et local qui s’avère complexe et nécessaire)

 

Six ans plus tard, il n’y avait plus que 35,65% de votants ! Le maire sortant de gauche ne fait plus au second tour que 5 429 voix et 33,44% des exprimés, moins de la moitié des voix six ans après ! Luc Patentreger candidat écologique obtenant au 1er tour 2 130 voix et 13,84%, sans désistement officiel. Quatre listes de droite dont celle de Nathalie Bicais 3 358 voix et 21,82% et celle de Dorian Munoz, 2 402 voix et 15,61% perdant près de 700 voix pour faire gagner N. Bicais.

 

Une droite qui va d’entrée se déchirer en public jusqu’au bout, ce qui va faire l’affaire du candidat RN, conseiller municipal sortant pour récupérer une grande partie des électeurs.ices de droite, écoeurés.es de cette gestion conservatrice fébrile sanctionnée par l’inéligibilité de la maire en fin de mandat.

 

Le maire RN n’a pas raté l’occasion, mettant l’accent sur sa liste « large et plurielle » à droite, une liste qui se veut « apolitique ». La preuve ? le 1er adjoint sera un gaulliste  toujours membre des LR en pleine décomposition où l’on compte une bonne demi-douzaine de candidats à la présidentielle. Leur ancien président, Ciotti, étant devenu maire de Nice avec le soutien du RN dont on connait les méthodes, les buts et les modèles tels que Trump, Orban, Méloni et compagnie.

 

Le 1er adjoint, Thierry Tidona a longuement été interviewé pour justifier sa présence à ce poste  et aussi pour rendre hommage au maire qui l’a nommé, Dorian Munoz, « quelqu’un qui a une ambition pour la ville et dispose d’une vraie capacité de travail, sa jeunsse est une force, il est aussi très ouvert… » L’ancien pilote d’hélicoptère et ses neufs ans d’armée en font un fidèle soldat doublé d’un entrepreneur dans l’assurance.

 

« Je pense que c’est dû à ma forte personnalité ainsi qu’à ma rigueur et à ma capacité de diriger quand le maire n’est pas disponible… » Rien que ça, dit-il modestement, il lui sera fidèle.

 

Tout ça pour dire aux Seynois.es que le couple maire-1er adjoint ne ressemble pas à celui de la précédente municipalité LR Bicais-Colin lamentable ! Faudrait-il le croire sur parole, ce gaulliste qui se met au service du RN lequel n’a nullement coupé avec le fondateur du FN, Le Pen père, dont la plupart des dirigeants, jeunes et moins jeunes, se réclament, tout en voulant donner le change.

 

Ce militant qui se dit « gaulliste de toujours » aurait-il perdu la mémoire : le fondateur du FN-RN, J-M Le Pen  avait tenté d’assassiner le Gl de Gaulle au Petit-Clamart au sud de Paris le 22 août 1962 ? Chirac disait ne pas pouvoir laisser le RN banaliser la haine et l’intolérance, il refusait de débattre avec Le Pen père. Il rejetait toute alliance avec l’extrême-droite.

 

Depuis, le RN a réussi à trouver des partenaires qui l’ont aidé à sortir de l’isolement et à  prétendre défendre le peuple en même temps que soutenir les milliardaires qu’il ne veut pas taxer. Total-Energie peut doubler ses gains au premier trimestre : 5,1 mds tout de même, véritable scandale permanent, tandis que les énergies deviennent de plus en plus chers pour les classes populaires.

 

Le RN soigne son rapprochement avec le patronat, en osmose avec les très riches. Quant au surarmement en cours, l’argent se trouve facilement, ce qui n’indigne pas le RN dont ses modèles sont aux manettes des guerres qui n’en finissent pas, qui sèment la mort, les génocides et accentuent les inégalités sociales et les dérèglements climatiques.

 

Concernant leur liste RN à La Seyne, le quotidien Libération avait identifié plusieurs élus .es partageant sur deux plates-formes (facebook et twitter) des contenus racistes, homophobes, conspirationnistes, anti-IVG…rien de bien nouveau malgré les invitations de leur hiérarchie à ne pas se laisser aller. En pure perte, leur idéologie est ancrée dans l’histoire .

Ils feront tout pour  saborder les cérémonies et initiatives concernant notamment le 1er mai et l’anniversaire  du Front populaire.

 

 

 

René Fredon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Actualités

M. MUNOZ , Maire de la seyne sur mer : Ce qu’il ne dit pas !
Dans le nouveau La Seyne Mag’, l’interview de Dorian Munoz mérite d’être lue attentivement. Non parce qu’elle révèle une orientation nouvelle, mais parce qu’elle confirme, presque mot pour mot, celle de la campagne.
Pour celles et ceux qui ont pris le temps de lire les programmes, de comparer les propositions, d’écouter les prises de parole, rien ne surprend. Le texte reste celui d’un candidat victorieux plus que celui d’un maire entré pleinement dans l’exercice du mandat : sécurité, terrain, fermeté, propreté, attractivité, conflit avec la Métropole.
La campagne continue. Elle porte simplement l’écharpe tricolore.
Tout est soigneusement installé : la photo au port, le costume, le sourire, la formule familiale : « Je suis un maire de terrain, qui continue de conduire son fils tous les jours à l’école. » C’est humain, sympathique, efficace. Mais une ville de 64 000 habitants ne se gouverne pas seulement à hauteur de cartable. Elle se gouverne avec une vision, une méthode, des priorités hiérarchisées, des moyens clairement identifiés, des contre-pouvoirs respectés et des habitants réellement associés aux décisions.
C’est là que les silences deviennent les plus intéressants.
La sécurité occupe naturellement une place centrale : police municipale sous autorité directe du maire, consignes de fermeté, contrôles sur le terrain, présence annoncée 24h/24, lutte contre les incivilités, les trafics, l’insécurité routière. La tranquillité publique est un besoin réel. Personne ne conteste que les habitants aient droit à une ville apaisée.
Mais une ville apaisée ne se construit pas seulement par la surveillance. Où sont la prévention, la médiation, l’accompagnement des jeunes, le travail avec les associations, les éducateurs, les enseignants, les parents, les travailleurs sociaux ? Où est l’idée qu’une politique de sécurité durable suppose aussi de recréer du lien, de l’écoute, de la confiance, de la présence humaine dans les quartiers ? Sans cela, la fermeté risque de devenir un réflexe, pas une réponse.
Les écoles sont évoquées, mais essentiellement sous l’angle du rafraîchissement des classes et des cours. C’est évidemment nécessaire. Aucun parent ne regrettera qu’un enfant ait moins chaud en juin ; nous ne lancerons pas ici la grande bataille idéologique contre le ventilateur.
Mais l’école ne se réduit pas à un bâtiment à rendre plus supportable en période de chaleur. Elle est un lieu d’émancipation, d’égalité, de culture, de socialisation. Où est le projet éducatif global ? Où sont les temps périscolaires, l’accès aux pratiques artistiques et sportives, le soutien aux familles, la place des enfants dans la ville ?
L’attractivité est également mise en avant : commerçants, artisans, image de la ville, rayonnement régional ou national, investisseurs, emplois. Rien d’illégitime là non plus. Une ville doit vivre, travailler, accueillir, entreprendre. Mais l’attractivité ne peut pas devenir le joli mot qui remplace toutes les politiques sociales absentes.
Car les préoccupations majeures des habitants ne disparaissent pas parce qu’elles sont peu présentes dans un programme. Pouvoir d’achat, logement, accès aux soins, mobilités du quotidien, inégalités sociales, éducation, environnement, fonctionnement démocratique : ces sujets sont au cœur des inquiétudes exprimées dans les grandes enquêtes d’opinion, notamment celles du CEVIPOF. Ils étaient pourtant largement absents ou secondaires dans le programme du nouveau maire, et cette interview ne vient pas combler le vide.
Même constat pour l’écologie. Il est question de propreté, de dépôts sauvages, de cadre de vie. Très bien. Mais une ville propre n’est pas nécessairement une ville écologique. Où sont la végétalisation, les îlots de fraîcheur, la sobriété énergétique, les mobilités douces, la protection du littoral, l’adaptation au réchauffement climatique, la biodiversité urbaine ? Une ville peut avoir des trottoirs nets et continuer à préparer l’asphyxie de demain. Avec une balayeuse en renfort, certes, mais ce n’est pas exactement une politique de transition.
Et puis vient la formule attendue : être « le maire de tous les Seynois. Sans distinction. Sans exclusion. Sans division. »
Elle est belle. Elle est aussi ultra galvaudée. N’importe quel élu fraîchement installé, en manque d’inspiration ou en excès de solennité, s’empresse de la répéter au soir d’une victoire, souvent sans en mesurer le poids.
Être le maire de tous, ce n’est pas une phrase. C’est une méthode.
Cela signifie écouter aussi celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui. Cela signifie donner une vraie place aux oppositions, aux associations, aux quartiers, aux collectifs, aux habitants engagés. Cela signifie accepter la contradiction sans la transformer aussitôt en mauvaise foi ou en obstruction. Cela signifie organiser des débats publics réels, pas des réunions d’explication où tout est déjà décidé.
Si Dorian Munoz veut être le maire de tous les Seynois, il doit organiser une véritable démocratie locale participative. Pas un décor participatif. Pas une boîte à idées posée dans un coin. Une méthode durable : consultations citoyennes, conseils de quartier réels, budgets participatifs, transparence des arbitrages, suivi public des engagements, association des habitants aux grands projets.
Le terrain, ce n’est pas seulement serrer des mains.
Le terrain, ce n’est pas seulement se montrer accessible.
Le terrain, c’est partager une part du pouvoir de décider.
Or, dans cette interview, rien de précis n’apparaît sur ce point. Beaucoup de proximité personnelle, très peu de démocratie organisée. Beaucoup de présence du maire, très peu de place donnée aux citoyens. Beaucoup de récit incarné, très peu de mécanismes collectifs.
Voilà le cœur du problème.
Ce texte confirme une hiérarchie politique : sécurité, autorité, attractivité, gestion, communication. Il dit beaucoup moins la justice sociale, le logement, la culture, la transition écologique, la solidarité concrète, la démocratie locale, la vie associative, les services publics, les quartiers populaires, la jeunesse autrement que sous l’angle du contrôle ou de l’équipement.
Ce n’est pas un détail. Une interview officielle dans un magazine municipal n’est jamais neutre. Elle installe un récit. Elle choisit ce qui mérite d’être mis en avant. Elle choisit aussi ce qui peut rester dans l’ombre.
Et ici, les absences parlent fort.
Elles dessinent une ville que nous voulons tenir, fluidifier, surveiller, rendre attractive. Mais elles disent beaucoup moins la ville que nous voulons émanciper, associer, protéger, cultiver, faire respirer.
Nous ne jugerons pas ce mandat sur une interview. Mais nous pouvons déjà lire ce qu’elle annonce : le passage presque intact du discours de campagne au discours institutionnel. La communication change de support, pas encore de nature.
Un magazine municipal peut fabriquer une image. Une démocratie locale se construit par des actes.
Et si le maire veut réellement être celui de tous les Seynois, alors il devra faire plus que répéter une formule usée jusqu’à la corde. Il devra donner à tous les habitants une voix réelle, y compris quand elle dérange. Il devra regarder en face les sujets que sa campagne a laissés dans l’ombre. Il devra passer du « je suis sur le terrain » au « nous décidons ensemble ».
C’est là que nous l’attendrons.
Sans procès d’intention.Sans caricature.Mais sans naïveté.
📌 Être « le maire de tous », ce n’est pas occuper seul le terrain médiatique. C’est organiser la participation, partager les choix, rendre les décisions lisibles, respecter les contre-pouvoirs et traiter enfin les priorités que les habitants vivent chaque jour : logement, santé, pouvoir d’achat, écoles, climat, culture, services publics et dignité.

Ecrit par Guy Calmes

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🎵 Le Temps des cerises — parce qu’une ville populaire ne devrait jamais oublier ce que veulent dire espérance, mémoire et dignité.

— perplexe, à La Seyne-Sur-Mer.

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Marine Le Pen remet les pendules à l’heure!

 

Marine Le Pen remet les pendules à l’heure

La cheffe de l’extrême droite ne veut pas d’une « élection de rejet » face à Mélenchon. Elle préfère une victoire politique face au macronisme, où le RN incarnerait la rupture. Osé ? Pas tant que ça.

Ce mardi 28 avril, Marine Le Pen a donné un entretien à l’AFP. Celle qui a peu de chance de représenter l’extrême droite en 2027 continue de se poser en stratège. Elle expose les conditions pour que le RN puisse non seulement être élu, mais mettre en œuvre sa politique. Elle « souhaite un second tour face au bloc central » pour « avoir la force d’une élection de choix » plutôt qu’une « élection de rejet » en cas de duel face à Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen tire les leçons des blocages liés à l’élection du président par rejet de son adversaire. Par deux fois en 2017 et en 2022, Emmanuel Macron a été élu grâce au front républicain qui sut se mobiliser contre l’extrême droite. Avoir le RN comme adversaire au second tour était devenu une sorte d’assurance. Ce fut la stratégie délibérée d’Emmanuel Macron, au moins pour sa seconde élection. Combinée à son refus de mener campagne au prétexte du déclenchement de la guerre en Ukraine, ce mandat fut de bout en bout impossible et le pays conduit dans l’impasse. Jamais Emmanuel Macron n’a eu la légitimité politique de changement structurel. De cela Marine Le Pen ne veut pas.

Se fiant aux sondages, elle pense que le rejet de Jean-Luc Mélenchon est désormais plus vif que le rejet du RN. Et dit ne pas vouloir d’une élection par choix du moindre mal. Elle veut gagner une bataille politique. Elle se choisit l’adversaire théoriquement le plus difficile, un candidat venu de la droite qui, de surcroît selon elle, « plaît à la gauche, en tout cas il ne la dérange pas ». Bravache, elle dit pouvoir et vouloir affronter un nouveau front républicain. Et cette fois, le vaincre.

En désignant Édouard Philippe comme son adversaire de choix, elle choisirait la pente escarpée. Peut-être pas. La droitisation de la droite adoucit les angles de confrontation, désarme ce camp au point de souvent légitimer les sujets portés par le RN. Dernier en date : la remise en cause des accords de 1968 avec l’Algérie – promue par le RN, elle est désormais défendue par Horizons et Les Républicains. La capacité d’Édouard Philippe à mener une campagne qui démonte la logique du RN reste à vérifier.

Marine Le Pen pense aussi que face à un « candidat du parti unique », le RN aurait plus de chance de faire valoir son attrait, la promesse de rupture. Il faut bien entendre ce discours. Le RN ne veut pas faire du « conservatisme libéral » comme Jordan Bardella semble l’incarner. Ses orientations seront réaffirmées dans les prochains mois. D’ores et déjà, il faut les écouter à l’Assemblée et les observer dans les municipalités. Il faut se souvenir du plan que le RN avait produit en 2022 pour les 100 premiers jours à l’Élysée. Rien n’est venu le contredire. Il s’agissait d’un plan vigoureux de renversement de l’État de droit, de remise en cause d’institutions comme le Conseil d’État, du retrait de la France de conventions européennes comme celle sur les droits de l’homme, de l’installation d’une politique discriminatoire et d’affirmation de la préférence nationale notamment pour l’emploi, le logement, les aides sociales et médicales. Le RN promet la mise à bas du service public de l’audiovisuel et des attaques contre les syndicats et les associations qui lui déplaisent. Le parti d’extrême droite veut enclencher des cliquets qui rendent le chemin arrière très difficile.

Marine Le Pen a aussi en tête les élections législatives. Comme on l’a vu en 2022, sans élan, une victoire à la présidentielle n’entraîne pas nécessairement une majorité aux législatives suivantes. Et l’éclatement du parlement bloquerait les transformations radicales qu’elle souhaite entreprendre.

Marine Le Pen vient redire à tous qu’il ne faut pas s’illusionner : les lunettes de Jordan Bardella, ses déjeuners au Medef et ses amours princiers n’y changent rien. Le RN est un parti de rupture, pas d’accommodement. Elle espère une confrontation avec le camp de la continuité, parce qu’elle sait pouvoir la gagner. La gauche seule peut opposer une alternative qui réponde aux défis de l’époque qui ne soit pas des mesurettes ridicules : piquer dans les poches du plus grand nombre, supprimer des jours fériés, réduire les congés maladies, les indemnités chômage et autres méchancetés sans effet structurant. La gauche peut porter une ambition alternative à l’enfoncement lent. Sera-t-elle là ?

Catherine Tricot

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Audiovisuel public : qui raconte le pays ?

🗞️ Cette semaine, en Une du JDNews, je vous dévoile les ...

 

                                                              LE JDD de vincent BOlloré avec le deputé  M. ALLONCLE  qui veut TUER le service public audiovisuel . 

                                                              Audiovisuel public : qui raconte le pays ?

Le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public illustre une dérive bien connue : réduire le service public à une querelle sur sa neutralité politique et le prétendre obèse financièrement. Ici se joue une part du récit collectif de notre démocratie.

Ce lundi 27 avril, les députés membres de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public ont bien adopté le rapport du député UDR Charles Alloncle, grâce à l’abstention des macronistes. La gauche a voté contre un texte jugé truffé d’approximations, de contre-vérités et de fausses informations. Le service public de l’audiovisuel méritait un temps de travail des députés et ces auditions. Il mérite qu’on parle du fond : pourquoi une démocratie a besoin d’un audiovisuel public fort.

Rappelons un fait : l’audiovisuel public français coûte moins cher que celui de plusieurs de nos voisins européens. En 2025, sa dotation publique représente environ 4 milliards d’euros, soit 130 à 150 euros par foyer et par an. Au Royaume-Uni, la licence de la BBC atteint l’équivalent de 200 euros. En Allemagne, la contribution audiovisuelle dépasse 220 euros par foyer. Présenter France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde ou l’INA comme un luxe extravagant relève du slogan.

L’une des principales questions soulevées par la commission d’enquête portait sur les flux financiers : comment sont utilisés ces 4 milliards ? France Télévisions est-il vraiment ce « système mafieux » peuplé de « gens qui s’en mettent plein les poches », pour reprendre les outrances de la galaxie Bolloré ? La sous-traitance croissante à de grands groupes de production interroge. Elle appauvrit les savoir-faire internes et fait disparaître des métiers et des technicités précieuses. Oui aussi, la starification de certains animateurs, qui pousse les employeurs publics à s’aligner sur les logiques salariales du privé, déséquilibre l’ensemble. Et derrière, un service public sous pression, des rédactions en tension, des budgets contraints, des suppressions de postes, des émissions pourtant essentielles qui disparaissent et des professionnels sommés de faire davantage avec moins.

La commission conduite par le député d’extrême droite s’est focalisée sur une obsession : les journalistes du service public sont-ils vraiment « neutres » ? Comprendre ici : luttent-ils contre l’extrême droite ? Sont-ils « de gauche » ? Pour les auditeurs attentifs… la réponse serait pour le moins nuancée. Il n’y a aucun journaliste proche des insoumis ou du RN parmi ceux qui font des chroniques et des éditos politiques. On peut, sans se tromper, dire qu’ils font partie du « cercle de la raison », bien répartis entre gauche et droite. C’est cette exigence de représentation de la plus grande diversité des opinions qui conduit France Info à élargir ses invités en plateaux. Est-ce suffisant ?

Et surtout, qui peut penser que l’audiovisuel public se réduit aux discours politiques ? Sa mission d’information est de rendre compte de la société par l’enquête, par le reportage, par le documentaire. Elle doit aussi raconter, former, divertir par la fiction, par la création culturelle, par la diffusion de spectacles vivants, par les émissions jeunesse, par la retransmission de grandes compétitions sportives accessibles à tous. Il s’agit de faire exister un espace commun qui ne soit pas gouverné par la rentabilité. France Télévisions et Radio France sont une part essentielle de cette fabrique.

Qui raconte le pays ? Qui décide de ce qui mérite d’être vu, entendu, discuté ? Qui façonne notre manière de comprendre le monde ? L’audiovisuel public constitue l’un des rares lieux capables de rivaliser avec des empires médiatiques privés et concentrés. Entre un média financé collectivement et un média dépendant des intérêts d’un grand groupe industriel ou financier, la gauche doit savoir, sans hésiter, de quel côté se tenir. Défendre l’audiovisuel public, ce n’est pas défendre l’État, c’est défendre un espace où l’information et la culture peuvent encore échapper, au moins partiellement, à la loi du marché.

À quelques exceptions près, la défense de l’audiovisuel public n’est pourtant pas le grand combat de la gauche. Trop souvent, elle a laissé prospérer l’idée qu’il s’agissait d’une forteresse corporatiste ou d’un vieux réflexe étatiste. Elle a parfois accompagné les logiques de rationalisation, les fusions et les restrictions budgétaires plutôt que d’inventer un projet ambitieux. C’est une erreur politique majeure. L’audiovisuel public n’est pas une institution figée ; il est la possibilité d’un imaginaire commun, d’une information indépendante des puissances d’argent, d’une culture accessible à tous. On ne peut pas abandonner ce front sans abandonner une part essentielle du projet démocratique.

Pablo Pillaud-Vivien du journal REGARDS 

 

 

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Économiser sans pensée n’est que ruine de larmes

débrief

 

                                                                                                                 “Économiser sans pensée n’est que ruine de larmes”

6 milliards de coupes budgétaires ont été annoncées hier par le gouvernement. 4 dans le budget de l’État et 2 dans celui de la sécurité sociale. Malgré des annonces d’aides ciblées, une vieille antienne se réinstalle : la France est trop endettée – et c’est vrai – et il faut raboter les dépenses sociales. À un an des présidentielles, les macronistes marquent le terrain. C’est reparti mon kiki.

Il y a, dans cette lettre d’une page envoyée par Sébastien Lecornu à ses ministres, ce que l’époque produit de plus médiocre : une politique économique à courte vue, arrimée aux crises internationales, et incapable de penser autre chose que la réduction des dépenses d’égalité comme horizon. 

Six milliards d’euros seraient le prix de la guerre au Moyen-Orient pour les finances publiques françaises. La mécanique bien huilée des petites économies sans stratégie se met en route. Avec une question soigneusement éludée : mais où donc vont-ils ratiboiser ?

Derrière cette annonce se cache un angle mort : on nous explique que la crise est extérieure, qu’elle s’impose à nous, qu’elle contraint nos marges de manœuvre. Admettons. Mais pourquoi, dans ce cas, la réponse est-elle toujours la même ? Pourquoi ce sont systématiquement les dépenses publiques, les services, la protection sociale qui doivent encaisser le choc ?

Parmi les décideurs, qui interroge les choix stratégiques des gouvernements successifs, leur volonté constante de protéger les grands groupes français, au premier rang desquels TotalEnergies ? L’idée selon laquelle cette multinationale incarnerait les intérêts de la France, et qu’il faudrait donc la préserver – la libérer même – de toute contrainte, n’a rien d’une évidence. Elle est même profondément discutable. TotalEnergies était, il y a 35 ans encore, une entreprise publique, un outil de la politique énergétique. Mais « on » (notamment Édouard Balladur) a cru bon de la privatiser. Bonne idée vu son niveau de bénéfices ! Au moment où se pose de manière pressante le passage accéléré à l’électrification, rien n’interdit de rouvrir le débat sur la taxation de ces marges dont nous avons besoin pour aider les Français au bon niveau pour cette transition énergétique. 

Pour l’instant, ces 6 milliards d’euros restent une abstraction. On sait qu’il faudra « faire des économies », mais on ne sait ni où, ni comment. Quels services seront amputés ? Quelles prestations réduites ? Quels investissements reportés ? Cette opacité est en elle-même un problème démocratique.

On ne peut pas continuer à naviguer à vue, à couper dans telle ou telle « dépense » en fonction de ce que l’on estime être les urgences du moment. Ce pilotage à l’aveugle traduit l’incapacité de penser les crises non pas comme des accidents, mais comme des manifestations structurelles de notre modèle économique. Crises énergétiques, géopolitiques, climatiques : elles ne sont plus exceptionnelles, elles sont devenues la norme. Agir au coup par coup, sans horizon, traduit un malaise grandissant et un manque de profondeur politique.

Le gouvernement tente d’amortir le choc à coups de dispositifs ciblés : aides annoncées pour près de 3 millions de travailleurs modestes dépendants de leur véhicule, accompagnement des « grands rouleurs », renforcement des soutiens pour les pêcheurs et les agriculteurs. Des mesures qui répondront sans doute à des urgences bien réelles mais qui posent une question : que valent des aides temporaires quand les coupes budgétaires, elles, s’annoncent durables ?

Face aux derniers sursauts de notre monde en crise, la réponse ne peut se limiter à amortir le choc. Bloquer les prix, par exemple, peut être une mesure d’urgence, nécessaire, mais insuffisante si l’on refuse de s’attaquer aux racines du problème. Les milliards captés par les grands groupes et les logiques de rente doivent être repris. Le véritable enjeu est de les réorienter vers la transition écologique, vers des infrastructures soutenables, vers une transformation profonde de notre système productif. 

En somme, la question n’est pas seulement de savoir comment combler un trou de 6 milliards. Elle est de savoir si l’on se donne enfin les moyens de reprendre la main sur notre économie, finance comprise. 

Pablo Pillaud-Vivien

 

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Pourquoi la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France!

 FRANCE INFO :Pourquoi la guerre au Moyen-Orient pourrait coûter 6 milliards d’euros à la France (et comment le gouvernement veut le compenser)

En marge d’une réunion d’un comité d’alerte mardi, Sébastien Lecornu a détaillé les conséquences du conflit pour les finances publiques, et a demandé à son gouvernement de trouver comment réaliser des économies “à hauteur de ce choc”.

 

                                                                                                                                                         Par L ‘HUMANITE 

Avant même le début du comité d’alerte des finances publiques convoqué mardi 21 avril au matin, le premier ministre a pris la plume pour annoncer la couleur. Évoquant les répercussions sur la croissance et l’inflation de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran« le coût total de cette crise pourrait représenter au moins 6 milliards d’euros », a écrit Sébastien Lecornu dans un message adressé à l’ensemble de ses ministres et consultés par Le Monde. Il y présente une nouvelle vague d’austérité sobrement baptisée « mesures de précaution à la hauteur de ce choc sur les dépenses de l’État et des administrations de sécurité sociale ».

Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a confirmé à l’issue de la réunion que « 6 milliards d’euros de dépenses pourraient être stoppées ». Le budget de l’État pourrait être amputé de 4 milliards d’euros et celui de la Sécurité sociale de 2 milliards, a-t-il précisé. « On est dans une logique de précaution : on ne va rien annuler mais on peut être amenés à prendre des mesures de précaution. On gèle des dépenses, on peut les dégeler si cela va mieux… On va mettre en place ces mesures de précaution et c’est ce que l’on va annoncer aux parlementaires », avait tenté de rassurer le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans la matinée sur RTL.

Mais ce « gel » se transforme régulièrement en surpression pure et simple de crédits, oublie de préciser le ministre qui ferme en revanche une nouvelle fois la porte à une contribution des grandes fortunes ou des compagnies pétrolières qui tirent des surprofits de la crise.

« C’est injuste et stupide économiquement »

« On n’est pas un pays producteur de pétrole, on ne va pas avoir d’ardoise magique pour effacer les effets de la crise. Imaginer que l’on va régler le problème de la crise iranienne par un prélèvement supplémentaire, je pense qu’on se met le doigt dans l’œil », a argué le ministre alors que les géants pétrogaziers européens auraient encaissé, selon une étude de Greenpeace, 2,5 milliards supplémentaires sur le seul mois de mars en raison de l’envolée des prix du carburant. Mais la recette du gouvernement, pourtant en échec, ne change pas plus que ses objectifs, à savoir un déficit public à 5 % du PBI en 2026 et sous les 3 % en 2029.

« En soi, faire baisser le déficit n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il y a deux façons de procéder : en baissant les dépenses ou en augmentant les recettes. Le gouvernement n’utilise que le premier levier car il se refuse à mettre les plus riches à contribution », analyse l’économiste Éric Berr dans les colonnes de l’Humanité.

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Convié à la réunion du comité d’alerte des finances – tout comme le rapporteur général du budget Philippe Juvin (LR), des représentants d’élus locaux, de la Sécurité sociale, ou des syndicats – le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, l’insoumis Éric Coquerel, a mis en garde contre de nouvelles coupes budgétaires. « Un effet récessif garanti sur l’économie, la croissance et les rentrées fiscales. C’est injuste et stupide économiquement », a-t-il alerté sur X quand certains de ses collègues de gauche mettent sur la table la nécessité d’un budget rectificatif afin que le parlement ne soit pas une nouvelle fois mis sur la touche par l’exécutif.

Pour tenter de faire passer la pilule, le gouvernement assortit la facture qu’il entend présenter aux Français, de nouvelles mesures de soutien face à la montée des prix à la pompe. Le premier ministre a annoncé, mardi dans la soirée, le prolongement et le renforcement de dispositifs déjà en place – jusque-là 70 millions pour aider transporteurs, pêcheurs et agriculteurs, et 60 millions pour renforcer le chèque énergie. Il a aussi mis sur la table une réduction moyenne de 20 centimes d’euros par litre, à destination « des travailleurs modestes » et « peut-être d’autres idées », qui devrait selon Matignon concernée quelque trois millions de « grands rouleurs ».

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Mais d’ores et déjà, le locataire de Bercy a prévenu que « toute dépense publique nouvelle qui pourrait être rendue nécessaire par la crise » énergétique entraînerait « une annulation d’une dépense qui était prévue, à l’euro près », afin de « tenir (les) objectifs pour 2026 ». Ni justice sociale, ni justice fiscale à l’horizon.

 

 

https://www.humanite.fr/social-et-economie/austerite/6-milliards-deuros-deconomie-comment-lecornu-veut-nous-faire-payer-la-facture-de-la-guerre-en-iran

 

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Vivre dignement de son travail plutôt que survivre comme assisté

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L’« État social » construit au milieu du siècle dernier ne parvient plus à protéger des millions de nos concitoyens des fléaux du capitalisme en crise. C’est désormais le dépassement du capitalisme lui-même qui vient à l’ordre du jour.

 

Pour éviter tout malentendu, soulignons d’emblée que face à la violence des attaques du capital et ses défenseurs libéraux contre les conquis sociaux, mais aussi compte tenu des conditions difficiles des millions de concitoyens, il est indispensable de soutenir tout dispositif de nature sociale, comme le RSA, qui procure aux bénéficiaires une somme d’argent, quoique largement insuffisante pour assurer une vie décente. Ceci étant posé, cette affirmation ne nous empêche pas d’interroger ces dispositifs sous l’angle des enjeux fondamentaux tels que le travail et sa place dans la société. Une lutte de classes L’émergence et l’évolution de l’« État social » sont le fruit des luttes et des rapports de forces entre le travail et le capital. Ainsi, la Sécurité sociale est-elle la traduction institutionnelle des conquêtes historiques d’une classe ouvrière solidement organisée et représentée (notamment par la CGT et le PCF). Pour cette même raison, ce conquis social fait l’objet d’attaques permanentes du capital pour « regagner le terrain perdu ». À présent, pour attaquer ces conquis, le capital tire profit de trois processus majeurs et interconnectés :

1) la crise profonde, systémique du capitalisme, caractérisée, entre autres, par le chômage massif et persistant et la précarité ;

2) les mutations technologiques qui affectent, entre autres, le travail et le processus de travail;

3) la mondialisation et la financiarisation de l’économie fondées sur la mise en concurrence des systèmes socio-productifs et sur la recherche de rentabilité maximale du capital à court terme comme l’unique objectif de l’activité économique.

Voilà qui explique pourquoi en France depuis plusieurs décennies maintenant, la précarité se développe et quelque six millions d’individus sont en permanence exclus du travail « pour des raisons économiques », c’est-à-dire parce que les chefs d’entreprises et les acteurs financiers jugent qu’ils ne sont pas suffisamment rentables, qu’ils coûtent trop cher eu égard à leur « productivité ».

Nasser Mansouri-Guilani, économiste, membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental Vivre dignement de son travail plutôt que survivre comme assisté L’« État social » construit au milieu du siècle dernier ne parvient plus à protéger des millions de nos concitoyens des fléaux du capitalisme en crise.

C’est désormais le dépassement du capitalisme lui-même qui vient à l’ordre du jour. Les libéraux véhiculent un discours triomphant qui s’appuie, chronologiquement, sur l’échec des politiques keynésiennes appliquées au sortir de la seconde Guerre mondiale, puis sur l’effondrement des régimes soviétiques. Ils prônent le développement du capitalisme débridé, tirent sur les conquis sociaux et préconisent la déréglementation, la privatisation et la marchandisation de tout, y compris la protection sociale. La « loi El Khomri » – dont l’architecte principal était Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Économie –, la récente « réforme de l’assurance chômage » et la future « réforme des retraites » s’inspirent de cette logique. En schématisant, en face, deux approches se présentent: réformiste ou sociale-démocrate et radicale ou communiste. L’approche sociale-démocrate ne remet pas en cause le capitalisme et cherche à remédier aux insuffisances du système.

D’où un amalgame de politiques qui tantôt vont dans le sens d’un certain « État social », tantôt dans celui des libéraux. Ainsi, historiquement, parallèlement à l’instauration du RMI par un gouvernement socialiste, nous assistons aux privatisations tous azimuts (les privatisations réalisées sous le gouvernement Jospin étaient plus importantes que celles réalisées par les gouvernements de droite) et aux premiers pas vers l’affaiblissement du système d’assurance chômage et de retraite par répartition, franchis par les gouvernements socialistes.

À l’inverse, l’approche radicale milite pour sortir du capitalisme et soutient le développement du secteur et des services publics et la mise en sécurité sociale des travailleurs et des citoyens. En même temps, sans négliger l’intérêt des dispositifs de nature sociale pour les bénéficiaires, elle rappelle les insuffisances et l’ambivalence de ces dispositifs. Un changement de paradigme Affichant l’objectif d’aider les travailleurs les plus en difficulté, des dispositifs comme le RSA témoignent d’un aveu d’impuissance des décideurs politiques enfermés dans le système capitaliste face à l’incapacité du capitalisme fi- Économie et politique • novembre – décembre 2022/ 820•821 40 dossier •••••••••••••••••••••••••••• nanciarisé de créer suffisamment d’emplois pour résorber le chômage. La fameuse formule e François Mitterrand traduit bien cet aveu d’impuissance : « dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé. »

Pour les libéraux, le chômage est volontaire et le droit du travail constitue un obstacle à l’emploi; en particulier, le SMIC empêche de recruter les travailleurs réputés à faible productivité. L’approche sociale-démocrate s’oppose généralement à cette présentation, mais en dernière instance, elle rejoint les libéraux quand elle reconnaît qu’il faut « réformer » le droit du travail dans un sens favorable au patronat. Ainsi, l’État doit assumer une partie du salaire des travailleurs réputés non qualifiés (par exemple par des exonérations de cotisations sociales) et se charger de ceux qui sont exclus par le « marché du travail », c’est-à-dire par les patrons.

Il convient d’insister sur le fait qu’une telle prise en charge des exclus se fait en dehors du processus de travail, et donc en dehors du mécanisme de salaire socialisé, de sécurité sociale, d’assurance chômage ; elle relève de la « solidarité nationale », financée par les impôts. Il s’agit bien là d’un changement de paradigme : on passe d’une mise en sécurité sociale fondée sur le travail, à une sorte d’assistanat, de charité dépendant du bon vouloir de l’État.

D’où l’ambivalence et la délicatesse du sujet. D’une part, un dispositif comme le RSA comporte un intérêt certain pour des centaines de milliers de travailleurs exclus du travail et privés de ressources, même si la modestie de son montant ne préserve pas les bénéficiaires de la pauvreté : le montant du RSA pour une personne seule est de 598 euros ; le seuil de pauvreté pour un individu seul est de 1102 euros. D’autre part, un tel dispositif ne remet pas en cause le mécanisme fondamental qui produit l’exclusion, c’est-à-dire l’exploitation des travailleurs dans le cadre d’un système et d’une organisation de travail qui visent avant tout à maximiser la rentabilité du capital à court terme.

Sortir du capitalisme Sortir de cette impasse implique de dépasser le capitalisme. Il s’agit de placer l’activité économique, et avec elle le travail, dans une optique de réponse aux besoins socioéconomiques ; besoins qui intègrent, de façon croissante, une dimension immatérielle (santé, éducation, recherche, culture…) et qui s’expriment de plus en plus dans un cadre mondial. Une telle perspective met en avant « l’utilité sociale du travail accompli » au lieu et à la place du culte de productivité et son corollaire, la rentabilité maximale du capital à court terme. Il s’agit que chaque individu puisse se réaliser à travers une activité choisie et utile pour le collectif, lui permettant de vivre dignement de son travail soit par un emploi stable, soit par une formation qualifiante, les deux bien rémunérés.

En quelque sorte, en reprenant une idée de Marx et en la développant, il s’agit de rendre la « force de travail » vraiment libre, de telle sorte que son détenteur puisse mettre ses capacités au service du collectif et que le collectif en profite pleinement dans l’intérêt de toutes et tous, et non uniquement dans l’intérêt égoïste d’une minorité, c’est-àdire les détenteurs de capitaux et des moyens de production.

Ce schéma est nettement plus prometteur que la situation actuelle. En effet, juridiquement, sous le capitalisme, la force de travail est censée être libre ; mais en réalité pour subvenir à ses besoins, le travailleur – qui est « propriétaire » de cette force de travail – est obligé de la vendre au détenteur du capital, au propriétaire des moyens de production. Ainsi, la force de travail dans sa globalité est mise à la merci du capital et de la façon il organise le procès de travail; d’où, entre autres, le couple « chômage – précarité » qui menace en permanence le monde du travail. Pour cette même raison, ce schéma est nettement plus prometteur que celui d’un RSA qui a de nombreux défauts, précisément parce qu’il ne remet pas en cause le mécanisme du marché du travail organisé selon les intérêts du capital. En effet, contrairement aux promesses, « l’accès à l’emploi reste difficile pour les bénéficiaires du RSA ». Sept ans après l’entrée au RSA d’une cohorte, « seuls 34 % sont en emploi et parmi ceux-ci seul un tiers ont un emploi de façon stable ». Dans les cinq ans qui suivent la sortie du RSA, « deux-tiers changent de situation en moyenne 3,8 fois, ce qui équivaut à deux allers-retours entre emploi et non-emploi en cinq ans ».41 % des allocataires reviennent au RSA après en être sortis. (Cour des Comptes, Le revenu de solidarité active, 2022).

Qui plus est, la propagande libérale donne un statut dévalorisé aux bénéficiaires du RSA, les stigmatise, voire les culpabilise. Ceci explique d’ailleurs pourquoi une partie des bénéficiaires potentiels de ce dispositif refuse d’y recourir. La complexité de la procédure d’accès et la multiplicité des intervenants sont aussi des facteurs dissuasifs. Au total, un tiers des bénéficiaires potentiels ne recourt pas à ce dispositif (Cour des comptes, op. cit.).

On pourra nous objecter que notre projet est peu crédible, utopique et irréalisable. Horizon crédible ? Oui, comme le prouve le confinement, ce qui compte est bien l’utilité sociale du travail accompli. En effet, des métiers tant méprisés par les libéraux s’avèrent utiles, indispensables. Utopique ? Non, compte tenu du gigantesque potentiel des nouvelles technologies pour établir une civilisation de partage, de solidarité et de fraternité. Irréalisable ?

Non, si on met fin au gaspillage d’énormes ressources humaines, naturelles, financières mobilisées actuellement au service du capital sans résultats probants ni pour les travailleurs, ni pour la collectivité, ni pour l’environnement. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple, l’ensemble des ressources financières mobilisées par l’État au service des entreprises s’élève à 159 milliards d’euros en 2019 selon l’étude du CLERSÉ, Un capitalisme sous perfusion, 2022. C’est en réalité le premier poste des dépenses de l’État, de loindevant le budget de l’éducation nationale par exemple !

 

Nasser Mansouri-Guilani, économiste, membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental