Retraites : E. Philippe joue le pourrissement , AUGMENTONS LA PRESSION

La perche tendue par la CFDT et l’UNSA au gouvernement de renoncer -du moins provisoirement- à ce fumeux “âge d’équilibre de 64 ans” a été prise par le 1er ministre, comme on le sentait venir.

Rien à voir avec un compromis sur le fond du projet. C’est exactement l’inverse. Philippe le dit dans sa lettre : il ne renonce ni au projet de la réforme à points, ni à l’âge-pivot ! Il ne fait que surseoir quelques mois, autrement dit gagner un peu de temps pour trouver un moyen de financement (ce n’est pas ce qui manque) autre que de prolonger la durée du temps travaillé.

Ce n’est donc pas du fond de la réforme pour une retraite à points qu’il propose pour ce qu’il appelle “une négociation entre partenaires sociaux” mais des modalités de son financement, sachant que les deux syndicats sont très proches du projet du gouvernement et ne s’en cachent pas.

Ils devront s’en expliquer auprès de leur base qui vit très difficilement ce coup de pouce à un pouvoir des riches aligné sur le MEDEF lequel, depuis longtemps, s’est positionné pour en finir avec le modèle social français issu de la Résistance.

Ce  n’est donc pas un compromis mais un traquenard ! Les grévistes qui se battent par millions pour le retrait du projet à points, avec le soutien d’une majorité de Français(es) n’ont pas besoin qu’on leur fasse un dessin. Le gouvernement ne fait aucune concession, si ce n’est de temps. Il s’appuie sur deux syndicats réformistes qui vont se réjouir de l’abandon de l’âge d’équilibre : c’est faux ! Philippe ne l’a pas retiré, il l’a mis entre parenthèses, le temps d’obtenir un consensus sur le fond que deux syndicats de salariés semblent prêts à cautionner et non plus seulement le MEDEF ?

Une situation pas vraiment confortable pour les deux syndicats en question. Quant aux syndicats dans l’action avec les grévistes, ils n’ont pas l’intention d’abandonner le combat et de renoncer à obtenir le retrait du projet gouvernemental. La manipulation ne fait que renforcer leur détermination, malgré le poids des sacrifices financiers auxquels ils doivent faire face.

Car, au point 4 de la lettre de Philippe, il est écrit que “le projet de loi prévoira que le futur  système universel comporte un âge d’équilibre…” et au point 7 , au cas où aucun accord ne pouvait intervenir : “le gouvernement prendra par ordonnances les mesures nécessaires pour atteindre l’équilibre en 2027″

Si le pouvoir compte diviser les salariés et jouer sur le pourrissement de leurs luttes pour l’avenir de nos retraites, il se trompe. Il faut améliorer notre système par répartition tout en réduisant le temps de travail, vu les montagnes de fric qui ruissellent dans le camp des premiers de cordée.

Dès samedi soir, l’intersyndicale CGT, FO, FSU, SUD, CFE-CGC a maintenu son appel à deux journées de grève annoncées pour  les 14 et 15 janvier ainsi qu’une journée de grève et de manifestations le 16.

Non seulement le danger du basculement vers un système de retraite à points reste intact avec toutes les inconnues que l’on sait et toutes les certitudes que l’on a de travailler plus pour une retraite moindre. Mais le recours aux ordonnances en dit long sur les intentions du pouvoir qui a déjà rétabli 9 systèmes qu’il a baptisé de “spécifiques” alors qu’il voulait unifier les 43 caisses de retraites complémentaires ? Cela veut dire que s’il le faut, il passera en force !Les Français sont devant une véritable escroquerie. Le retrait du projet dans son ensemble ne peut qu’être l’objectif du puissant mouvement social en cours.

Et si conférence il doit y avoir, qu’elle porte sur l’amélioration du système existant affaibli par les réformes successives que libéraux et sociaux-libéraux ont imposé sans jamais toucher aux dividendes, par un prélèvement sur les profits faramineux qu’on nous brandit sous les yeux, par la fin des privilèges fiscaux, par la lutte contre la fraude fiscale et sociale estimée autour de 200 mds par an ! Avec des exonérations pour les entreprises qui créent de l’emploi, donc de la cotisation pour la sécu ! Et par la fin du “pas plus de 14% du PIB pour les retraites“. Au nom de quel dogme ?

Au lieu de cela, la loi PACTE invente un nouveau PER pour inciter les hauts salaires à capitaliser davantage en vue de leurs retraites, le MEDEF refusant toute augmentation des cotisations patronales, pour assécher le budget de la sécu en criant “elle est déficitaire…on en veut une autre “. Et la CFDT se prête à cette mascarade ?

La piste du progrès et d’une véritable justice sociale passe par le retrait pur et simple du projet gouvernemental.

René Fredon