Quai de croisières : toujours des questions ?

 

Le projet d’amènagement du port continue d’inquiéter les Toulonnais.es et plus largement les habitants de la métropole. Il ne s’agit pas d’une hostilité de principe.

Développer l’activité portuaire -passagers, croisièristes et marchandises- la réponse ne peut être que positive…si elle vise la création d’emplois pérennes. A condition que cet amènagement se traduise par “zéro nuisance” et réponde aux normes les plus récentes concernant la pollution de l’air et de l’eau. Le littoral devant rester accessible au public jusqu’à la Tour royale.

S’il s’agit d’investir nos deniers publics en partie pour huit quais pour milliardaires exhibant leurs yachts démesurés, comme leur fortune, pour en faire une attraction…c’est inutile. Il y a déjà ce qu’il faut face à l’hôtel de ville pour recevoir les grands yachts de luxe, les vieux gréements et les voiliers de compétition.

S’adressant, en octobre 2017, à 160 acteurs des croisières, Hubert Falco avait déclaré : “Nous amorçons la réalisation, en cœur de ville, d’un môle de 422 mètres de long, 24 mètres de large et 11 mètres de tirant d’eau qui nous permettra de faire accoster les navires de la classe Oasis, les plus grands du monde”. Un investissement de 35 millions d’euros rendu possible par un partenariat entre les grands acteurs publics du territoire que sont la Ville, TPM, le Département et la Région…Curieusement ni l’Etat ni l’Europe ne sont sollicités !

Il est vrai que le budget de Toulon, plus gros contributeur de TPM, dément les tirades les plus alarmistes et s’avère plutôt aisé, si l’on en croit le dernier conseil municipal du 16 novembre. Le maire s’est plu à souligner “le niveau élevé de l’épargne, un faible endettement, des dépenses de gestion contenues, les taux d’impôts qui n’évoluent pas et des investissements de l’ordre de 45 millions en 2019“. Sans parler des 840 millions du premier budget de TPM aux compétences très étendues, au détriment de l’autonomie des communes. Même si elles ont été volontaires pour créer la métropole.

La ville, nous dit-on, va donc pouvoir facilement rester dans les limites fixées par l’Etat pour ses dépenses de fonctionnement. Mais alors de quoi se plaint-on ? Ou le maire est un prestidigitateur ou il critique à tort l’Etat qui contraint les collectivités territoriales à faire des coupes sombres dans les dépenses publiques. On ne sait toujours pas comment il va compenser la suppression de la taxe d’habitation ! Il dit entendre les colères mais garde le cap : austérité pour tout le monde…sauf pour les très riches !

Raison de plus pour être exigeants quant aux nuisances de l’amènagement du port qui ne concerne pas que les Toulonnais mais toute la rade de Hyères à Six-Fours. Les riverains du Mourillon ont été assez surpris d’entendre, lors de l’assemblée générale de leur CIL réunifié du 9 novembre, Gilles Vincent, responsable de l’environnement à TPM dire “qu’il n’y avait jamais eu de mesures de pollution des bateaux dans le port de Toulon et que AtmoSud fera des relevés l’année prochaine !”

 Il n’est jamais trop tard mais on reste pantois, depuis que le projet est lancé, d’apprendre que l’on n’avait pas encore pensé à travailler sur du concret, ne serait-ce que par souci de transparence, ce qui préoccupe légitimement la population, à plus forte raison les riverains. Comment s’étonner que cela engendre colère et suspicion ?

Ce que l’on connaît, c’est la pollution de l’air, comme dans toutes les grandes agglomérations, y compris du Sud, qui rivalisent, comme Toulon, avec les grandes villes de France plus au Nord. Que ce soit en teneur en dioxyde de carbone, en ozone et en particules fines. Des taux variables au jour le jour et pas forcément en même temps pour chaque élément de pollution. (1)

Gilles Vincent s’est encore illustré en trouvant “ridicule d’électrifier le quai prévu…si les bateaux ne sont pas en mesure de se brancher !!!” Autant dire qu’ils devront alors produire leur électricité et faire tourner les turbines nuit et jour ? Hypothèse absolument impensable car source énorme de pollution ! Il semblerait que les violons soient mal accordés. On en est encore à “la mise en place d’un comité de pilotage qui doit définir un cahier des charges avant de lacer un appel à projet” a précisé Yannick Chenevard, en charge des transports.

Rude concurrence

 Autre élément, le contexte de la concurrence intra-européenne qui voit nos ports méditerranéens délaissés dans une proportion inquiétante estimée à 50% par les professionnels de l’entretien et de la réparation.

C’est ce que vient de constater la commission européenne qui a adressé une mise en demeure à l’Italie le 8 novembre pour qu’elle mette fin aux exonérations de taxes sur les carburants qu’elle pratique dans ses ports, histoire d’attirer les yachts de plaisance (2). Son gouvernement d’extrême-droite  n’a pas du tout la même sollicitude pour accueillir les migrants…

L’UE permet cette exonération aux compagnies qui ont un objet commercial, pas aux usagers d’un yacht privé. L’Italie a deux mois pour mettre fin à cette pratique, sinon ce sera…la cour de justice européenne. En attendant la concurrence déloyale se poursuivra.

Renault Muselier s’est félicité de cette initiative tandis que le gouvernement italien en fera un argument contre l’Europe qui pénalise les Etats, organisant le dumping social et les privilèges fiscaux…ce que le gouvernement italien fait aussi pour attirer les riches !

En août 2017, le même Renault Muselier, en compagnie de Christian Estrosi, Eric Pauget, député des A.M et Hubert Falco avaient alerté Macron sur cette désaffection des yachts fuyant les ports de la région au premier semestre, conséquence de la distorsion des prix du carburant pratiqués notamment par l’Espagne et l’Italie.

Ils y ajoutaient les distorsions de charges sociales des équipages qui séjournent partiellement en France et qui sont embarqués sur des navires sous pavillons étrangers  hors UE, ce qui pénalise un peu plus les ports français.

Comme s’ils découvraient les bienfaits de “la concurrence libre et non faussée” qui met les pays en compétition les uns contre les autres, y compris au sein de l’UE pour le seul profit des actionnaires…dont les propriétaires privés de yachts qui choisiront toujours les moins-disant pour séjourner et se ravitailler en toutes choses, quitte à utiliser des pavillons de complaisance. C’est aussi connu que les paradis fiscaux toujours aussi fréquentés.

Quand on se réclame du libéralisme, il faut en assumer toutes les conséquences, y compris les guerres commerciales entre Etats partisans du même modèle économique et dont les peuples sont toujours les seuls perdants. La transition écologique attendra.

C’est dans ce contexte de course au rendement des capitaux, de compétitivité, de rentabilité pour les actionnaires des entreprises privées de travaux publics, s’agissant de l’amènagement du port et de l’espace public autour, que les citoyens-contribuables appelées à financer ces travaux doivent bien en mesurer l’intérêt public en termes de développement économique, d’emplois durables, de santé publique et de respect de l’environnement.

René Fredon

(1) https://www.atmosud.org/monair/commune/83137

(2) https://www.econostrum.info/Bruxelles-accuse-les-ports-de-plaisance-italiens-de-distorsion-de-concurrence_a24946.html

 

 

 

 

Laisser un commentaire