Falco brandit ses trophées !

Le “Mag” d’automne de Toulon est naturellement un outil de communication chargé de promouvoir l’activité du maire et de sa majorité. Plutôt bien fait au demeurant.

Dire qu’il ne se passe rien à Toulon relèverait de la mauvaise foi. La ville évolue, se transforme dans beaucoup de domaines et stagne dans d’autres. Le centre ancien se rénove, des quartiers naissent, les grues pullulent un peu partout, des projets se dessinent  du côté du port, la cité de la connaissance offrira des études supérieures de management à plus de 6 000 euros l’année…en même temps que, par milliers, se comptent les familles qui attendent un logement accessible, que la vie dans les quartiers populaires se dégrade, que les inégalités se creusent et que l’insécurité progresse. Sur fond de chômage persistant et de perte de pouvoir d’achat. Sauf pour les premiers de cordée.

La voirie ordinaire est à l’état d’abandon depuis des années, la vie associative se rétrécit, les parkings font peau neuve mais les tarifs flambent, les études après l’école sont devenues payantes, les APL baissent, les services publics sacrifiés, retraités et fonctionnaires se dressent contre ce qui les attend mais Falco vous dira qu’il n’y est pour rien, qu’il défend “son” territoire ?

A l’entendre et à le lire, Toulon est à la pointe de la lutte contre le chômage, crée le plus d’emplois, est un exemple de désendettement (4è ville de France ?), de rigueur de sa gestion, les taux d’imposition ne bougent pas et tout cela malgré les baisses des dotations de l’Etat. “Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles”, comme disait Pangloss dans le conte de Voltaire.

Modeste, Falco concède qu’il reste beaucoup à faire. Il a raison mais il veut de la reconnaissance pour ce qui a été fait “grâce à un combat quotidien qui lui a permis de rétablir, tout simplement, la confiance.” Et il illustre cette vitalité par le partenariat public-privé…”constructif et respectueux”.

 Là, il est gonflé quand on sait que ce recours à “l’aide” des très grosses entreprises du BTP notamment, qui règnent sur la ville et bien d’autres, comme Vinci et Bouygues, les deux leaders mondiaux du BTP, évite à la ville d’investir et de recourir aux marchés publics en choisissant des multinationales qui vont financer les projets, depuis les études jusqu’à la réalisation complète, maintenance comprise.

La ville paiera un loyer annuel pendant une longue durée, intégrant les intérêts généreux ce qui, au final lui reviendra beaucoup plus cher qu’un investissement traditionnel. Mais la somme ne figurera pas dans les investissements mais dans le fonctionnement. Le tour est joué. Une technique pour faire baisser l’endettement tout en augmentant la charge pour les contribuables qui n’iront pas chercher plus loin mais qui voient bien sur leurs feuilles d’impôt que le total à payer augmente.

C’est si vrai que le 20 mars dernier, la Cour des comptes européenne publiait un rapport mettant en garde les Etats membres contre le recours aux partenariats publics-privés (1)

Elle a dressé un tableau sombre de ces contrats de 2000 à 2014 et concluait “qu’ils ne pouvaient être considérés comme une option économiquement viable pour la fourniture d’infrastructures publiques”. Elle recommandait aux Etats “de ne pas promouvoir un recours accru et généralisé aux PPP tant que les problèmes relevés n’auront pas été résolus. Au vu de ce rapport, l’avenir des PPP semble assez compromis”.

Le même raisonnement vaut pour les collectivités locales et les chambres régionales sont confrontées à cette tendance à hauts risques pour les finances locales. Le Var y a beaucoup recours.

Les financeurs puissants y trouvent des compensations sonnantes et trébuchantes, comme Vinci qui a avancé les fonds pour le tunnel et obtenu un prolongement de la concession. Bouygues est très en vue sur les chantiers engagés à Toulon. Que devient la concurrence “libre et non faussée” ?

Plus fort encore, Toulon (ou TPM, en tous cas les contribuables ?) s’est payée une page dans VM le 27 octobre pour annoncer que la ville était classée deuxième meilleure station balnéaires au monde ! C’est la chaîne américaine CNBC qui l’a proclamé d’après, est-il dit, les résultats de différents rapports internationaux concernant 8500 villes hors Etats-Unis. C’est la consécration ! Après avoir répété tant de fois que “Toulon avait la plus belle rade d’Europe“…C’est vrai qu’elle est belle mais en bons provençaux on est plutôt dans l’excès que dans la retenue. Certains finissent par le croire mordicus.

Deuxième station balnéaire du monde…qui aurait osé l’affirmer ? D’accord, hors Etats-Unis ! La chaîne américaine ne va tout de même pas déposséder la super-puissance de son hégémonie balnéaire aussi. Le maire ne se sent plus de joie et pour nous la faire partager il ne recule devant aucun sacrifice : ça vaut bien une bonne page de pub !

D’accord, le critère principal c’est que Toulon “a tout le prestige de la French Riviera mais sans les tarifs excessifs…” On peut aussi traduire par “une destination pour budgets plus modestes ? “La chaîne spécialisée dans les informations financières en continu et donc très liée aux milieux d’affaires n’a par ailleurs rien d’un juge impartial mais des visée purement commerciales. Quitte à flatter quelques égos et se faire, en retour, un peu de pub gratuite !

Falco s’en est évidemment félicité et en a pris acte : “grâce à cette reconnaissance, gageons que notre territoire accueillera davantage de touristes américains et de bateaux de croisière venus des Etats-Unis”Ah ! les bateaux de croisière : il a même prévu des quais pouvant accueillir les plus grands, ça tombe bien !

On sent approcher les élections municipales -après les Européennes- et, vu la situation à droite et ce qui s’est passé aux législatives, l’UMP, plus divisée que jamais, se fait quelques soucis, même si la cote de Macron est au plus bas. Un certain nombre d’électeurs pourraient bien glisser plus à droite encore, avant que l’enjeu municipal ne prenne le relais.

René Fredon

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