Municipales sur fond d’abstention historique..

Débâcle présidentielle, percée verte et gauche, LR sauve les meubles perd Marseille et gagne La Seyne en région

L’observation la plus attendue qui se dessinait dès midi, confirmait l’ampleur historique de l’abstention de ce 2ème tour au plan national soit 59,5% à 60% soit 20 points de plus quen 2014, pratiquement autant qu’au 1er tour de 2020, c’est-à-dire, énorme  !

Phénomène politique le plus important car il concerne désormais toutes les élections et affecte la crédibilité des élus à tous les niveaux, représentant désormais une très faible minorité des citoyens. Et donc la crédibilité de nos institutions et de la démocratie elle-même, si peu représentative.

On attendait un sursaut de participation après le déconfinement, il ne s’est pas produit bien que les conditions du vote paraissaient plus rassurantes sur le plan de la sécurité santiaire. La cause est donc plus profonde.

Ce constat devait très vite passer au second plan tant les résultats étaient attendus dans la plupart des grandes villes en ballotage dont les trois plus grandes étaient à hauts risques pour les sortants.

Le suspens devait être de courte durée : à Paris, Anne Hidalgo à la tête d’une liste gauche et écologistes approchait les 50% et laissait Rachida Dati à près de 20 points derrière, Agnès Buzyn ne parvenant pas à devenir conseillère municipale. A Marseille, Michelle Rubirola et ses alliés écologistes et de la gauche unie, arrivent en tête. Les têtes de liste LR et RN sont battus dans leur propre secteur. A Lyon, le candidat écologiste, Grégory Doucet et ses alliés ont été élus battant la Liste LR qu’avait rallié l’ancien ministre de l’intérieur socialiste Gérard Collomb !

Le festival ne devait pas s’arrêter là : à Strasbourg, Jeanne Barsghian liste EELV-PCF s’impose contre le maire sortant LR et la liste PS de Catherine Trautmann. A Montpellier, Mickaël Delafosse (PS et gauche unie) reprend la ville, à Bordeaux, Pierre Hurmic (EELV et ses alliés de gauche) s’imposent face à la droite. Ainsi qu’à Besançon, Annecy… Il s’en est fallu d’un cheveu à Lille que la liste verte souffle la victoire à Martine Aubry qui aura une opposition constructive écologique exigeante.

Globalement, il est indéniable qu’une “poussée verte” s’est manifestée nettement parmi l’électorat actif et que, associée aux partis de gauche, elle a modifié de manière spectaculaire la carte politique des plus grandes villes au détriment de LREM et des LR, ces derniers restant néanmoins majoritaires dans les villes moyennes.

Au Havre, Edouard Philippe a conservé son siège de maire et, du coup, sa validité de Premier ministre possiblement renouvelable. A par ça, c’eût été la catastrophe quant à l’implantation de LREM au plan local, qui n’a pu faire mieux que permettre, ici et là, à LR de conserver quelques fiefs, comme cela fut le cas dans le Var dès le 1er tour.

La Seyne, dernier bastion de la gauche dans le Var, a été perdue au bénéfice d’une des deux candidates LR, Nathalie Bicais pourtant en concurrence avec Sandra Torres (LR). Par ailleurs, la députée Emilie Guerrel (LREM), candidate à Bandol sur une liste de droite n’aura pas ménagé son influence pour contribuer à ce résultat assez surprenant. Il tient aussi à une mobilisation très insuffisante, trop personnalisée et trop peu politique ainsi qu’à un bouleversement complet de la liste entre les deux tours. Ajoutons-y 633 voix RN qui ont changé de candidat au deuxième tour…

A Hyères, le maire sortant LR, JP Giran, en ballotage au 1er tour, a sauvé son siège sans atteindre 50%, convoité à droite, ainsi que JL Masson (lui aussi à moins de 50%) à La Garde, face au candidat LREM qui espérait quelques voix de gauche sous prétexte qu’il fut socialiste…

Chaque camp voulait y trouver des motifs de satisfaction, comme d’habitude, dans les commentaires qui ont suivi pour accentuer ou atténuer les résultats exprimés et y voir le renouveau ou l’amorce d’un renouveau politique dans un contexte complètement occulté ou presque.

A savoir, l’angoisse et l’incertitude dans laquelle vivent les citoyens, en pleine crise sanitaire, sociale et écologique qui attendent des mesures d’urgences qui ne viennent pas. Ils voient leur quotidien s’assombrir, les mauvaises nouvelles économiques et sociales s’accumuler, sans réponses réelles et encore moins de dispositions concrètes autres que les vieilles recettes libérales nous enferment dans l’austérité.

Une élection sans débat réel et sérieux, déconnectée des véritables questions de société, évoquées superficiellement pour mieux se donner bonne conscience et en masquer les enjeux politiques  que constitue la transition écologique et sociale à entreprendre.  Non pas pour préserver les intérêts qui dominent et pervertissent l’économie mais pour en transformer radicalement la gestion…au profit de l’Humain et de la planète d’abord.

Cela passe par le combat social et politique le plus large et le plus déterminé.

René Fredon