Le “frigo de Falco” objet d’une enquête de la PJ..

On croyait enterrée l’affaire du frigo du conseil départemental du Var soulevée fin 2019 et qui avait eu les honneurs du Canard Enchaîné suite à un signalement au parquet financier d’une fonctionnaire territoriale par ailleurs syndicaliste, cela dans le cadre de l’article 40 du code de procédure pénale. (1)

Comparée au procès Guerini qui vient de s’ouvrir à Marseille après 12 ans d’enquête sur les mœurs du notable socialiste, longtemps homme fort des Bouches-du-Rhône, l’utilisation d’un frigo par l’ancien président du conseil général, devenu l’homme fort du Var, pourrait paraître assez dérisoire.

Hubert Falco n’a pas apprécié les accusations de “détournement de fonds publics” pour avoir simplement déjeuné au siège du conseil départemental auquel il n’appartenait plus. Il avait pris l’initiative, en octobre 2019, d’une plainte pour “dénonciation calomnieuse” à laquelle son avocat se réfère pour s’attribuer le mérite du déclenchement de la perquisition qui vient d’avoir lieu le 9 mars au siège du conseil départemental !

L’affaire n’est certes pas jugée mais elle n’est pas classée et c’est en raison du signalement initial qu’elle suit son cours. La stratégie du maire, réélu dès le 1er tour puis devenu président de l’association des maires du Var tout en restant président de la métropole TPM, le pousse à considérer qu’il est solidement installé et apte à dissuader toute velléité de contestation.

A plus forte raison, de mise en cause quelconque de ses actes, fort de la confiance que lui apportent les électeurs. Ces, à l’exception des opposants et des abstentionnistes de plus en plus nombreux et même très majoritaires (69,33% au 1er tour des municipales de mars 2021 !)

Constater des pratiques douteuses au sein de l’assemblée départementale comme il est reproché à l’ancien président par sa fréquentions assidue de la cafétéria, ne lui est pas supportable. Que des fonctionnaires saisissent la justice pour qu’elle dise si c’est tolérable ou condamnable, c’est lui faire un affront personnel alors que c’est surtout le président du conseil départemental qui porte la responsabilité éventuelle du délit supposé.

Mais, ça tombe mal, le président Giraud va avoir à répondre devant le tribunal correctionnel de Toulon de ses actes antérieurs à sa présidence lorsqu’il était maire de Carqueiranne où il lui est reproché des emplois fictifs !

Et de plus, il ne s’agit pas, selon les plaignants, de visites ponctuelles et espacées à la cafétéria mais de pratiques courantes, y compris les week-ends, apparus comme des prestations consistantes qui ne laissaient aucune trace comptable.

Ce dont avait témoigné le chef du service cuisine entendu par les enquêteurs et qui, après avoir renoncé à son poste, s’est donné la mort en mars 2020.

L’enquête préliminaire qui a débuté par la perquisition, a remis en lumière ce qui apparaissait comme anecdotique, presque pagnolesque…”le frigo de Falco” révélant de “petits” privilèges camouflés derrière une association ad hoc “l’entraide des anciens conseillers départementaux” censés bénéficier des mêmes faveurs d’un accueil convivial au siège des Lices à Toulon.

L’avocat d’Hubert Falco met l’accent sur son ascétisme et sur la rapidité de ses déjeuners vu qu’il est un bourreau de travail…est-ce vraiment le sujet ? Egalement sur le fait que son client n’a pas l’exclusivité d’être l’invité du conseil départemental qu’il a servi depuis si longtemps. Rien n’empêche qu’il soit le plus assidu et que ça ne passe pas inaperçu ?

L’avocat des plaignants se réjouit que la justice avance…”Il appartient aujourd’hui à la justice saisie de ces faits, de les instruire et de les qualifier, le cas échéant, pénalement. C’est dorénavant au Procureur de la République de se prononcer sur le sort qu’il entend réserver aux faits qui ont été légitimement portés à sa connaissance contre Monsieur Hubert Falco”.

Y a-t-il eu, oui ou non, détournement de fonds publics ? C’est la seule question attendue de la justice. Soit elle dédouanera H. Falco de tout soupçon soit elle reconnaîtra sa culpabilité. Ainsi que celle de l’actuel président à la tête du département qui n’a cessé de justifier les actes de son prédécesseur.

Inutile de dire que la décision de justice, quelle qu’elle soit, aura des répercussions politiques énormes.

René Fredon

(1) “Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs“.