L’après-crise : la visée communiste, un but et un chemin  de lutte

Les réactions diverses, entre favorables et sceptiques, au dernier texte intitulé “Le capital, obstacle à la transition sociale et écologique” témoignent du besoin de débattre des causes profondes des reculs de tous ordres qui n’ont pas attendu le covid-19 pas plus que l’on découvre les raisons de l’aggravation de l’état de la planète.  Il est temps de passer à autre chose qu’à la gestion des mêmes pour nous sortir de la crise sanitaire toujours très active, révélatrice de l’état de nos services de santé, notamment dans les grands pays d’Amérique et d’Europe, dont la France  ?

Nous sortons des dernières élections municipales boudées par les 2/3 de l’électorat, les 4/5è dans les quartiers populaires de nos villes. C’est dire à quel point s’exprime, en négatif, la condamnation d’un système politique dans lequel une majorité de Français n’a plus confiance.

Certes on peut regretter que le suffrage universel ne soit pas utilisé pour exprimer une opinion claire en faveur d’un(e) candidat mais c’est tout de même le signe d’un énorme malaise social et existentiel qui traduit la méfiance face à l’offre politique. Sans pour autant ouvrir la moindre perspective.

Qui a intérêt à discréditer la politique sinon celles et ceux qui en font carrière et qui, pour arriver à leurs fins, dissimulent leur engagement politique et présentent des listes soit-disant apolitiques, mais derrière eux, prétendant que gérer les communes ne serait pas d’ordre politique ?

Mais alors pourquoi Falco vient-il encore de prendre la présidence de l’association des maires du Var ? N’y avait-il pas un maire de sa mouvance très majoritaire capable d’animer cette association ?

C’est que les “sénatoriales” approchent…et les grands électeurs sont parmi les conseillers municipaux qui ne font pas de politique, c’est bien connu. Dans le Var, ils votent surtout à droite.

Cette situation illustre la difficulté des mobilisations sociales, certes fortes chez celles et ceux qui luttent mais qui ne reflètent pas la multitude des colères populaires. Toutes ne les rejoignent pas, d’autant que la monopolisation de la communication gouvernementale et la division syndicale servent bien les intérêts en jeu de ceux qui sont les maîtres de l’économie et donc, précisément, l’obstacle à surmonter.

Pourquoi se le cacher, nombreux sont celles et ceux, directement victimes des politiques d’austérité infligées par les “libéraux”partout dans le monde depuis les années 80. Pour eux, le capitalisme est capable de nous sortir de cette crise, une de plus depuis plus de deux siècles, et que, de toute manière, il n’y a aucune solution de rechange… Autant se contenter de demander au gouvernement ou au chef d’entreprise, bien gentiment, d’être plus social et plus écologique et se féliciter de ses promesses, plutôt que de se lancer dans l’inconnu.

L’écologie sensibilise de plus en plus de monde, du moins dans certaines catégories sociales essentiellement urbaines. Elle transcenderait la politique ? Tous écolos ! C’est si vrai que le nouveau premier ministre et son ministre des finances viennent de lancer un appel dans le cadre de leur plan de communication,  à parler d’écologie et de relance verte, d’économie sociale et solidaire aussi et même de réouverture des lignes ferrées abandonnées, de reconquérir le frêt.

On se réjouit de l’engouement justifié pour l’écologie, apparue depuis des décennies et qui réussit à capter l’intérêt des jeunes décidés à sauver la planète. Mais ce n’est pas une auberge espagnole. C’est un combat qui relève de la lutte de classes, d’une urgence absolue qui n’a de chance de réussir que si l’on change les finalités de nos sociétés engluées dans la course aux profits maximum pour quelques-uns, contrariées par les conséquences économiques et sociales de la pandémie déjà considérables.

Encore faut-il être convaincu de la responsabilité du système capitaliste dans l’état des lieux, de la planète et des hommes et désirer en finir pour changer de cap et construire une société de partage et de coopérations fondée sur la justice sociale et les urgences écologiques car il y en a beaucoup.

Encore faut-il que l’on s’en donne la force collective et qu’on ait une perspective d’avenir de long terme, potentiellement majoritaire. Qu’on sache où l’on va et pourquoi on se bat.

Il ne suffit pas de répéter “grève générale”, “Macron démission”, “démocratie directe”, “insurrection citoyenne”…on verra après ?

S’il y a beaucoup de convergences et de sympathie avec les motivations d’une partie du mouvement citoyen, hostile à toute centralisation du pouvoir, rejetant le politique, sans distinction, ne faut-il pas prendre la mesure de l’adversaire qui domine le monde, même s’il est fragilisé comme jamais par le rejet de ses politiques et des institutions qui les imposent.

Comment laisser dans le flou le projet politique et les institutions nouvelles à concevoir par le débat démocratique le plus large ?  Quel contenu garantissant la souveraineté du peuple sur les moyens à mettre oeuvre si l’on veut changer de base et de logique et construire la société de demain émancipée de toutes ses aliénations, de toute exploitation qui mutile l’Homme et la Planète ? (1)

La visée communiste, une contribution révolutionnaire (2)

 Rien que le vocable “communiste” pourra à certains paraître désuet, voire provocateur, tellement la notion a  été combattue, dénaturée, caricaturée, diabolisée à un point extrême. l’UE en a même fait, récemment, le pendant du nazisme ! L’URSS y a laissé 20 à 25 millions de morts, près de la moitié du total des victimes de la seconde guerre mondiale. La chute du mur de Berlin saluée comme la “fin du communisme et de l’histoire” ! Comme si le communisme, dans l’acception de  Marx et d’Engels, avait existé quelque part sur la planète.

Aujourd’hui la Chine est devenue à son tour l’objet d’un dénigrement systématique non seulement de Trump qui la menace journellement mais de “l’occident” qui relaie tout ce qui peut se dire ou s’inventer contre la première puissance économique dont ils font un épouvantail. Chassez le naturel !

Il faut bien faire oublier les -32% au premier semestre du PIB aux Etats-Unis, -13,8% en France. En Chine, la croissance réduite reste positive.

Cette audace du PCF lors de son 38è congrès ne relève pas d’une obsession d’un parti politique aujourd’hui très affaibli, nostalgique du temps de sa grande popularité en France et dans le monde et que la droite, mais pas que…voudrait bien voir disparaître plutôt que de lui laisser reprendre des couleurs et redonner tout son sens à la lutte de classes en France, qui avait beaucoup inspiré les auteurs du Manifeste. Le PCF n’est pas le seul, loin de là, à parler de leur apport exceptionnel à la compréhension du monde à partir des rapports sociaux. Et pas seulement à la gauche de la gauche.

On ne compte plus l’intérêt que de nombreuses personnalités se réclamant d’un libéralisme raisonnable reconnaissent à Karl Marx et à son oeuvre, comme Patrick Artus, l’économiste en chef de Natixis, produisant en 2009 à La Découverte, “le capitalisme est en train de s’autodétruire…et si Marx avait raison ? Ou le prix Nobel américain d’économie Joseph Stiglitz, à travers plusieurs ouvrages dont  “Quand le capitalisme perd la tête“. Ou encore Jacques Attali, en 2005, “Karl Marx, l’esprit du monde” sur l’actualité de sa pensée, en “livre de poche”. Ils ne sont pas devenus des disciples pour autant.

Chez les intellectuels de tous pays, pas nécessairement marxistes ou marxiens, les ouvrages consacrés à Marx et à Engels sont légion et ont tendance à se multiplier. En dresser la liste serait en oublier beaucoup.

Un tel engouement, 150 ans après sa mort et après celle, annoncée, du communisme avec l’éclatement de l’ex-URSS, tend à prouver un regain d’intérêt pour son oeuvre qui, du lendemain de la Révolution française  à la veille de la révolution russe de 1917 et de la prise du pouvoir par les communistes, a dynamisé tout au long du XXè siècle, le mouvement ouvrier mondial et les mouvements de libération nationale mettant fin au colonialisme originel. Pas à leur dépendance politique et économique.

Ce que l’on comprend mieux aujourd’hui c’est que la pensée de Marx était plus complexe, en perpétuelle évolution et qu’il n’avait pas conçu le communisme comme un programme politique achevé, bon partout et en toutes circonstances mais comme un processus, une visée, “le mouvement qui abolit l’ordre ancien” et qui ouvre la voie à une société de progrès social et humain, sans aliénation ni exploitation de l’homme et de la nature tout en libérant la créativité de chacun, en développant les forces productives et en cultivant la paix…

Les enjeux d’aujourd’hui

Le Parti communiste français se prépare à marquer le 100è anniversaire de sa naissance à Tours, en décembre 1920. Il ne sous-estime pas sa perte d’influence politique qui remonte aux années Mitterrand et au tournant de 1983 vers l’austérité, avec le renoncement aux nationalisations, à la lutte des classes, pour l’économie de marché, puis vers le libéralisme…Il avait promis d’affaiblir le PCF en signant le programme commun…L’analyse figure dans le document du 38è congrès, du 23 au 25 novembre 2017.

Ce congrès du renouveau a adopté, à plus de 87%, un “Manifeste du Parti communiste du XXIè siècle” qui se situe dans le prolongement du célèbre appel de Marx et Engels de 1847 lancé aux “prolétaires de tous les pays, unissez-vous” qui n’a pas pris une ride sur le fond.

Cette audace est fondée sur une analyse rigoureuse de la période historique dans laquelle nous sommes, caractérisée par “une exploitation sans limite des êtres humains et des ressources naturelles qui minent les bases mêmes d’une civilisation humaine...

Le communisme est le processus par lequel les hommes et les femmes dépassent le capitalisme, nourri de luttes quotidiennes, sociales, politiques, sociétales et de rassemblements politiques construits sur des perspectives partagées par le plus grand nombre

 Il vise une transformation radicale de notre société pour une société de partages des richesses mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles : une société sans classes, sans guerres, dépassant les nations, une société où exploitation et aliénations sont abolies.

 Le communisme est à la fois l’objectif et le chemin menant à une société dont le but et le moyen deviennent progressivement le développement émancipé de chacune et de chacun…

 Le communisme est donc inséparable d’objectifs sociaux et écologiques, de pouvoirs démocratiques inédits, de moyens financiers nouveaux qui dessinent des avancées émancipatrices vers une tranformation radicale de civilisation…

Tout le système d’actuelle délégation de pouvoir doit être dépassé comme y invite la profonde crise de la démocratie parlementaire mais aussi l’étouffement de la créativité des salariés.es par le monopole des pouvoirs patronaux…

 …Pour nous le communisme n’est pas un projet de société figé et achevé que nous aurions seulement et par notre seule volonté à faire partager. Il est un mouvement réel pour l’émancipation de chacun et de toute la société. Il est, à la fois, un but et un chemin de lutte et de transformation.

 Ces quelques extraits vous auront-ils convaincus de l’originalité de cet apport, à l’heure où les regards sont tournés vers les spéculations politiques des uns et des autres pour chercher le leader le plus populaire pour rassembler “plus large” et se qualifier pour la finale ? Pour le contenu, on lui fait confiance ? Les sondages d’abord ! Non, les luttes, les enjeux politiques et les réponses, dont celles des communistes.

La période estivale et la pandémie ne simplifient pas les mobilisations sociales innombrables que le gouvernement de combat pour Macron suscite et voudrait réduire, dans une seule perpective : 2022.

Malgré la sécheresse, il y a du grain à moudre.

René Fredon

(1) Frédéric Lordon “Vivre sans” (institutions, police, travail, argent) ed. La Fabrique oct 2019

(2) https://enavantlemanifeste.fr/2020/03/18/pour-un-manifeste-du-parti-communiste-du-xxie-siecle-2/