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La Seyne : gagner une élection n’efface pas les promesses!

 

 

                                                                      La Seyne : gagner une élection n’efface pas les promesses

Six mois se sont écoulés. La rentrée est effectuée, le premier conseil municipal de septembre également, le bulletin municipal n.3 est paru… Fort bien…

L’opposition sera-t-elle autorisée par les soutiens zélés de notre maire à questionner l’avenir de notre ville ?

« Vous avez perdu, taisez-vous. » On connaît déjà la réplique. Elle arrivera, peut-être assortie du mot « revanchards », dès que l’on demandera des comptes à la nouvelle municipalité. Mais une élection ne donne pas à ses vainqueurs six années de tranquillité, pas plus qu’elle ne retire aux autres habitants leur droit de parler.

La démocratie ne consiste pas à déposer un bulletin dans l’urne tous les six ans, puis à regarder gouverner en silence. Elle suppose un débat continu, une opposition qui travaille, des citoyens qui questionnent et des élus qui répondent. Demander au maire ce qu’il fait de ses engagements n’est pas contester le résultat du scrutin : c’est prendre ce résultat assez au sérieux pour examiner le mandat qu’il a reçu.

 

En mai et en juin, une autre réponse revenait : « Laissez-leur le temps, ils viennent d’arriver. » Elle pouvait s’entendre. Personne n’exigeait de rouvrir Aquasud en quinze jours ou de reconvertir les Ateliers mécaniques en un trimestre. Mais Dorian Munoz a été élu fin mars et près de six mois ont passé. On ne réclame toujours pas des chantiers achevés : on demande des décisions, des coûts, des études accessibles et des calendriers. Le maire, d’ailleurs, ne découvrait pas les affaires communales en entrant dans son bureau.

Il siégeait au conseil municipal depuis 2020. Les contraintes qu’il invoque aujourd’hui méritent donc d’être comparées à ce qu’il promettait hier.[1]

Le tunnel sous le port en est l’exemple le plus saisissant. Sa brochure électorale promettait de faire passer les voitures sous le port afin de libérer 14 000 m² d’esplanade piétonne, puis de soumettre le projet à référendum. Pendant la campagne, Stéphane Sacco et son équipe ont détaillé les obstacles à sa réalisation. M. Munoz a maintenu sa proposition.

 

Si l’on nous explique désormais que de nouvelles études sont nécessaires, la question n’a rien d’insolent : sur quoi reposait la promesse soumise aux électeurs ? Un référendum peut trancher un choix politique. Il ne peut ni financer un ouvrage ni abolir ses contraintes techniques.[2]

Même interrogation sur la corniche de Tamaris. Combattre le sens unique plaisait à une partie des riverains.

 

Mais le projet porté par TPM, sa longue préparation et le sens unique partiel envisagé n’étaient pas des secrets de dernière minute. Si le maire accepte désormais une solution pour que les travaux avancent, il doit l’assumer devant ceux auxquels il disait le contraire. Changer d’avis peut être raisonnable ; faire comme si les éléments décisifs n’étaient apparus qu’après l’élection l’est beaucoup moins.[3]

 

Quant au « stop au béton », le slogan évitait soigneusement la question qui fâche : où construire des logements sociaux, pour quels ménages et avec quelle solidarité entre communes ? Le budget prévisionnel de La Seyne inscrit un million d’euros de pénalités au titre de la loi SRU pour 2026. En septembre, la majorité a validé les opérations d’Altavilla et d’Eugénie-Cotton, en invoquant notamment ces pénalités et la nécessité de préserver la rénovation urbaine. Ce sont des réalités qu’un candidat ayant siégé six ans au conseil municipal pouvait mettre sur la table avant le vote.[4] Plus préoccupant encore : selon les éléments présentés lors du conseil, les 26 logements prévus à Eugénie-Cotton ne seraient plus répartis entre 16 logements très sociaux et 10 logements sociaux, mais deviendraient 26 logements PLS, destinés à des ménages disposant de ressources plus élevées. Si les contraintes financières imposent ce choix, qu’on nous en montre précisément les raisons et qu’on dise ce qu’il advient des familles les plus modestes.[5]

On objectera peut-être que les communes voisines ne font pas mieux. Ce n’est pas une excuse, c’est un appel à agir ensemble. À Six-Fours, désormais dirigée par Frédéric Boccaletti, élu RN, le budget 2026 prévoyait lui aussi une pénalité SRU de 600 000 euros. Dorian Munoz a donc un voisin et allié politique avec lequel porter, au sein de la métropole, une meilleure répartition de l’effort de logement social. La solidarité territoriale ne devrait pas s’arrêter au panneau d’entrée de chaque commune.[6]

 

Pendant ce temps, quel projet est réellement retenu pour Aquasud ? À son installation, le maire faisait de la réouverture de la piscine couverte une priorité des prochains mois et évoquait une mutualisation métropolitaine. Une piste d’investissement privé, mêlant piscine et activités commerciales, a ensuite été avancée. Laquelle est aujourd’hui poursuivie ?

 

Avec quel financement, quels travaux et quelle échéance ? Et comment les enfants apprennent-ils à nager en attendant ? Aux Ateliers mécaniques, que reste-t-il du vaste projet annoncé pendant la campagne, avec sa Cité de la mer, sa galerie et son multiplexe d’au moins six salles ? Les séances payantes de cinéma en plein air de cet été ne répondent pas à la question d’un cinéma ouvert toute l’année. Le plein air, au demeurant, avait déjà été proposé gratuitement à La Seyne en 2022.[7]

Il ne s’agit pas de prétendre que « rien n’a été fait ».

 

Il s’agit de constater que des objections connues avant le scrutin deviennent aujourd’hui des contraintes à étudier, et que des projets spectaculaires ne sont toujours pas accompagnés d’un cap public suffisamment précis. Aux soutiens du maire qui voudraient clore la discussion au motif qu’il a gagné, répondons simplement ceci : précisément parce qu’il a gagné, ses promesses engagent désormais la ville.

 

Il lui appartient de dire lesquelles il maintient, lesquelles il abandonne, lesquelles il transforme — et pourquoi. Le vote a désigné un maire. Il n’a pas suspendu la démocratie jusqu’en 2032.

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[1] Résultats des municipales de 2020, ministère de l’Intérieur. (archives-resultats-elections.interieur.gouv.fr)

[2] Brochure électorale de Dorian Munoz, 13 janvier 2026, p. 6. Les objections de Stéphane Sacco et de son équipe sont rapportées ici comme leur position de campagne ; leur dossier technique reste à joindre pour en citer le détail. (jcautran.fr)

[3] Projet de corniche publié par la Ville et documents de concertation de TPM. (la-seyne.fr, metropoletpm.fr)

[4] Présentation municipale du budget prévisionnel 2026 et compte rendu des décisions du conseil de septembre. (la-seyne.fr, journalfr.com)

[5] Modifications rapportées pour Eugénie-Cotton et catégories de logements sociaux présentées par le ministère chargé du logement. (journalfr.com, ecologie.gouv.fr)

[6] Résultat électoral à Six-Fours et note de synthèse de son budget primitif 2026. (resultats-elections.interieur.gouv.fr, ville-six-fours.fr)

[7] Discours d’installation du maire, brochure de campagne, communications sur les Ateliers et le cinéma en plein air, programme municipal de mai 2022. (la-seyne.fr, jcautran.fr, la-seyne.fr, la-seyne.fr, laseyne.info)

Stéphane Sacco, Flo Guad, Cédric Turco, Brigitte Cheinet Brès

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