Grandeur et décadence , L’ex-roi d’Espagne Juan Carlos contraint à l’exil  

Après 40 ans de règne, juste après la dictature de Franco, celui qui se laissait appeler “le roi de la démocratie” Juan Carlos, quitte l’Espagne comme un voleur pris la main dans le sac non sans avoir pris le temps de passer la main à son fils Félipe 6, censé faire oublier les frasques de papa.

Que voulez-vous 192 000 euros par an de pension aux frais des sujets du royaume d’Espagne, 18 000 euros par mois, ça ne suffisait pas à sa majesté pour élever ses trois enfants dont le cadet, seul garçon, Félipe, intronisé roi d’Espagne depuis le 19 juin 2014.

Début février 2014, la fille du très populaire “roi de la démocratie” comparaissait devant le juge pour une sombre affaire de fraude fiscale reprochée à son mari portant sur une somme de 6 milliards opération qu’elle était censée connaître, selon le juge ! Absolument pas, plaida-t-elle avant de perdre son titre de duchesse.

Le parquet avait voulu annuler l’instruction un an auparavant. En 2012, le roi lui-même s’était fait épingler par la justice pour une chasse à l’éléphant au Botsanna aux frais de la…princesse “démocratie”, une activité par ailleurs assez provocatrice. Cette année-là ce pays avait renoncé à délivrer des permis de chasse à cette espèce très protégée. Ce qui n’avait pas empêché le roi de se casser la hanche mais pas la tête !

Coïncidence… peu après Juan Carlos abdiquait en faveur de son fils. Pour mieux protéger la royauté…démocratique.

Et voilà que, au mois de juin 2020, la cour suprême ouvre une enquête à propos d’éventuels et substantiels pots-de-vin qu’aurait perçu Juan Carlos d’un autre souverain, musulman celui-là, l’Arabie Saoudite lors de l’attribution d’un marché concernant un TGV destiné à relier Medine à la Mecque. Déjà fragilisé, le roi ne s’amuse plus du tout et choisit -ou accepte- l’exil pour se faire oublier…un peu.

D’autant que, pas”fan” du tout de ce qui arrive aux reines et aux rois, aux stars du show-biz et de la “haute” société en général, on se rend compte que Juan Carlos -il n’est pas le seul- avait aussi un compte en Suisse et n’aimait pas la solitude, ce que les Espagnols.es savent depuis longtemps. Le Figaro-madame et Paris-Match étaient plus discrets…

Le fiston aux manettes royales et démocratiques s’est empressé de sucrer les royalties du père corrompu et de déclarer qu’il renonçait à tout héritage du susdit. C’est le moins qu’il pouvait faire.

Voilà qui en dit long sur les scandales qui éclaboussent la monarchie très catholique espagnole, pas le peuple lui-même victime et conscient de la corruption qui règne en haut-lieu et gangrène toute la société.

Ce qui n’a pas offusqué outre mesure les gouvernements libéraux qui la pratiquent à grande échelle à travers un systèmé économique fondé sur l’exploitation du travail salarié, la course au profit maximum et son corollaire, les inégalités et la sur-abondance pour les privilégiés de la fortune.

On ne peut que s’interroger sur le nombre d’Etats, à nos frontières, qui continuent d’être flanqués de souverains(es) même sans pouvoirs politiques, juste pour continuer l’histoire et les traditions ?

Ce n’est pas une raison, certes, d’en faire la clé de nos problèmes mais tout de même, il serait bien que, là où la tradition continue, de présenter la note exacte de ce que coûte aux contribuables l’entretien d’une cour -non pas des bâtiments- mais du fonctionnement assumé depuis tant d’années.

Ce qui ne s’oppose pas à la prise de conscience de ce que coûte le capital à l’échelle de chaque pays pour satisfaire, non les besoins sociaux les plus urgents, mais les exigences de rentabilité pour quelques milliers d’actionnaires.

Il ne faut surtout pas compter sur les rois pour cela. Ils n’ont pas qu’une fonction symbolique.

 

René Fredon