Coronavirus : accélération globale de la pandémie

Le continent américain creuse l’écart

Au 8è mois de son apparition, la pandémie se répand pour atteindre des niveaux  inquiétants. Plus de 20 millions de cas contagieux et 727 000 morts au 9 août 2020. Au 2 juillet, il y en avait 517 000, soit une progression de 205 000, de l’ordre de +40%, le nombre de contagieux a pratiquement doublé en cinq semaines !! De 10,7 millions à 20,1.

Sur les 727 000 morts, les Etats-Unis en comptent 162 000 (22%), le Brésil 100 000 (13,5%), le Mexique dépasse les 50 000 victimes. Le continent américain nord et sud concentre à ce jour plus de la moitié de l’ensemble des décès et des contaminés ! Et la progression -si l’on peut dire- continue d’y être très soutenue ainsi que dans d’autres pays notamment en Amérique du sud. (1)

 

Du coup l’Europe, très touchée à partir de mars-avril, concentrait dans quelques pays le plus grand nombre des victimes, Royaume-Uni, Italie, Espagne, France, Belgique, Pays-Bas, Suède approchant les 420 millions d’habitants, sans compter l’Allemagne (83 millions) moins affectée.

L’Europe reste en tête si l’on compare le nombre des décès en fonction du nombre d’habitants, ce qui est le plus rigoureux. C’est toujours la Belgique proportionnellement la plus touchée, devant le Royaume-Uni, le Perou, l’Espagne, l’Italie et la Suède. Etats-Unis, Brésil et France venant juste après.

Depuis la mi-avril, la France a réussi à stabiliser l’évolution de la crise sanitaire qui nous a amenés à 30 000 décès aujourd’hui, nombre qui n’évolue que très lentement. D’où le feu vert au déconfinement, ce qui ne saurait effacer les débordements de notre système de santé publique et les causes des manquements que l’on sait en termes de matériels (masques, tests, respirateurs…), de moyens d’accueil et de personnels qui ne se contenteront pas de quelques gestes et d’éloges verbaux.

Car la pandémie est loin d’être maîtrisée et pas seulement pour des raisons de saison et d’indiscipline des plus jeunes, mais parce que, en l’absence de traitement et de vaccin, il va falloir vivre plus longtemps que prévu avec un virus actif qui s’étend de plus en plus sur tous les continents. La Russie vient de déclarer qu’elle avait trouvé le premier vaccin opérationnel, baptisé  “Spoutnik V”. Trop tôt pour se prononcer : l’OMS est là pour ça.

De même, les statistiques sont sujettes à caution : on peut en contester le décalage avec la réalité, la fiabilité de la “comptabilité” dans certains pays selon la méthode choisie pour authentifier les décès dûs au covid-19…Elles auraient tendance à être en deça de la réalité.

On peut aussi s’interroger sur le rapport qu’il y a entre le positionnement autiste des dirigeants des deux pays “vedettes”, Etats-Unis et Brésil et leur hostilité à engager leur pays dans une stratégie sanitaire qui freine la transmission du virus plutôt qu’à prôner le contraire au nom des impératifs économiques. Trump est parti dans une nouvelle guerre froide avec la Chine dont il ferait mieux de s’inspirer en matière de maîtrise sanitaire notamment.

Ces deux “dirigeants” ultra-libéraux font la démonstration de leur niveau très élevé d’irresponsabilité. Les conséquences de leur incurie n’en sont que plus fortes sur le plan économique et social déjà très perturbé par la récession en cours, d’ampleur historique. Elle ne peut que pénaliser encore plus les catégories populaires, une grande partie des classes moyennes et des petits épargnants qui subissent les solutions libérales de réduction du pouvoir d’achat, de l’emploi, de notre protection sociale, de nos services publics…qu’ils prévoient d’accentuer.

Ils persistent à nous faire avaler que nous n’aurions pas d’autre choix, tout en omettant de nous parler des puissantes multinationales qui pratiquent “l’évitement fiscal” en transférant une partie de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux. Histoire d’alléger leurs impôts sur les sociétés. Plusieurs milliards par an n’entrent pas dans nos caisses mais restent dans les leurs ! Sans parler des grandes fortunes et patrimoines qui ont progressé à vive allure depuis la crise de 2008.

On sait à quoi s’en tenir chez nous, dès la rentrée, avec le gouvernement Castex. Il ne s’agit pas de négliger les menaces sanitaires qui sont toujours devant nous mais de tout faire pour ne pas être, éventuellement, dépassé par une résurgence du virus. Le conseil scientifique juge, ces derniers jours, “hautement probable une seconde vague à l’automne.

Cela passe par un renforcement urgent des effectifs et des moyens à engager dans les hôpitaux publics et les EPHAD sans oublier de revaloriser les salaires reconnus insuffisants et donc arrêter les “réorganisations” qui continuent et dont on connait la finalité.

 

Bien sûr, la période estivale incite à des rassemblements divers, propices à la propagation du virus car le public, trop nombreux rassemblé, y est très mal voire pas du tout protégé. C’est aux maires et aux préfets à veiller au respect des décisions prises dans l’intérêt même des fêtards, surtout de ceux qui perdent un peu vite leur lucidité et n’éprouvent pas le besoin de se protéger pour protéger aussi les autres.

Par ailleurs, le contrôle aux aéroports, inexistant début juillet, s’avère très insuffisant et difficile à harmoniser en Europe, or c’est une exigence absolue pour réduire la propagation du virus. Ainsi que les tests pour un dépistage plus efficace.

Comment ignorer que la pandémie frappe d’abord et encore plus fort, les populations les plus précaires. Ce n’est pas un hasard si la population de la Seine-Saint-Denis est la plus exposée à la précarité, au logement insalubre, aux inégalités d’accès aux soins…et à une surmortalité, comme le montre une étude toute récente de l’INED (institut national d’études démographiques) (2)

Une rentrée sociale qui s’annonce dynamique

Chacun sent bien que, dans ce contexte, la rentrée scolaire de septembre ne sera pas, dans le Var non plus, une rentrée “normale”. Castex n’en a pas encore parlé. Il a confirmé qu’il fallait étendre le port du masque dans l’espace public et maintenir jusqu’à fin octobre la restriction à 5 000 personnes dans les stades et les salles de concerts. Le respect des gestes barrière constituant la base de la prévention. Pas d’allusion à la rentrée scolaire. On se souvient que le plan mis en oeuvre au moment du confinement, avec maintien à domicile d’une partie des élèves relevait de l’illusion et ne pouvait atteindre l’objectif proclamé de limiter le retard pour les enfants en difficulté.

Il faut du temps pour augmenter les surfaces d’accueil scolaire, permettant de recevoir tous les élèves tout en respectant les contraintes exigées pour leur sécurité. Les communes régissent les locaux des maternelles et du primaire. Elles attendent les décisions nationales à ce propos qui mériteraient d’être soumises au corps enseignant, aux parents d’élèves et aux parlementaires.

A  moins de rétablir l’état d’urgence, on ne voit pas comment éviter un étalement qui tienne compte d’abord de la sécurité sanitaire des élèves.

La rentrée sociale sera concomitante et face à une situation particulièrement dégradée, en termes d’emplois et de pouvoir d’achat très menacés et à une échelle plus étendue alors que le pouvoir maintient ses projets liquidateurs de notre système de retraite et d’assurance-chômage en plus de la crise sanitaire qui s’étend !

Se pose en grand la question qui fâche : nous vivons sous la dictature d’un système qui met l’homme au service de l’économie. Le moment n’est-il pas venu de mettre l’économie au service des hommes qui aspirent à coopérer pour maîtriser leur vie, pas de se faire la guerre pour posséder les richesses des autres et leur imposer la loi des plus forts.

En même temps, nous ne pouvons laisser la planète se consumer sous l’effet des émissions de G.E.S que nous n’arrivons pas à réduire à cause des impératifs de rentabilité des “maîtres de l’économie”. C’est tout cela qui est devenu anachronique.

Le mouvement social a la force potentielle d’imposer d’autres valeurs progressistes et universalistes. A condition de les faire partager et de rassembler pour ouvrir un autre avenir de paix, de justice sociale et d’essor partagé.

René Fredon

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie_de_Covid-19_par_pays_et_territoire

(2) https://www.vie-publique.fr/en-bref/275595-covid-19-pourquoi-une-surmortalite-en-seine-saint-denis#xtor=EPR-696