CGT et gilets jaunes côte à côte…Macron en campagne !

 

Première convergence ce 5 février à l’occasion de l’appel lancé par la CGT, rejointe par la FSU, Sud Solidaires et…les gilets jaunes -du moins celles et ceux qui prennent conscience de la nécessité de conjuguer leurs actions visant à peser encore plus fort face à un pouvoir qui reste droit dans ses bottes et qui a pris l’initiative d’occuper le terrain et de mettre le projecteur médiatique sur ce qu’il a dire tout en organisant un faux débat.

En France et dans quelques 160 villes, grandes et moyennes, cette mobilisation est une double réussite à la fois par le nombre (300 000 participants aux cortèges, 40 à 50 000 à Marseille, 2 500 à 3 000 à Toulon, 2 100 selon la police) et, pour la première fois par la présence de forts groupes de gilets jaunes distincts qui partageaient les mêmes urgences sociales portant sur les salaires, le Smic, les retraites et minimas sociaux relevés, plus de justice fiscale et de services publics, d’égalité entre territoires…

Une journée revendicative qui en appelle d’autres jusqu’à réunir les conditions d’une grève générale qui ne se décrète pas mais découle de la détermination des salariés, des chômeurs, des précaires, des retraités, des jeunes en galère, de tous ceux dont le pouvoir d’achat et les conditions de vie régressent et, pour des millions, sont indignes, comme vient encore de le souligner la fondation abbé Pierre dans son 24è rapport sur le mal-logement, grand oublié du “grand” débat avec la transition écologique, rien que ça !

Pendant ce temps, Macron bat la campagne et fait le modeste, ce qui ne lui est pas très naturel. Il “consulte” les Français(es) et leur parle beaucoup pour tenter de faire oublier le fossé qui s’est creusé en moins de 18 mois et qui appelle des réponses urgentes portées par des luttes syndicales incessantes et un mouvement social puissant et original : les Gilets jaunes. Un mouvement de nature à contrarier son programme et sa vision de la société qui révèle une fracture sociale d’ampleur dont il veut nous faire croire qu’il a les “bonnes” solutions pour l’éradiquer, prétend-il, alors qu’il ne fait que l’aggraver !

Une première

50 députés de sa propre majorité osent s’abstenir, le même jour  sur le projet de loi liberticide visant à dissuader les manifestations -singulièrement celles des gilets jaunes- à propos de la loi anti-casseurs qui va jusqu’à donner aux préfets des pouvoirs judiciaires. C’est dire combien le doute s’installe même si la fronde n’a pas été jusqu’à voter contre le projet de loi. Un député LREM a cependant démissionné.

La députée toulonnaise LREM, Cécile Muschotti, fait partie des abstentionnistes. Valérie Gomez-Bassac, du même groupe, n’a pas pris part au vote. Les quatre autres députés LREM ont voté POUR : Sereine Mauborgne, P-M Kleisbauer, Emilie Guerel et Fabien Matras, ainsi que les deux députés LR, Geneviève Lévy et Jean-Louis Masson…sans surprise.

Macron n’en a cure, il est en campagne électorale en vue des Européennes et se demande comment il va pouvoir remonter la pente de son impopularité et empêcher que cette élection soit un échec pour plusieurs raisons : il craint vraiment qu’elle se transforme en référendum contre sa politique perçue comme favorable aux très riches, aux premiers de cordée, ce qui est difficilement contestable…

Ensuite, L’Europe libérale -dont il se voit le leader- et qui se prétend “protectrice”, est vécue par les peuples comme un accélérateur des inégalités sociales sur fond de pertes de

souveraineté dans tous les domaines. Le fédéralisme que veut nous imposer sa majorité de droite ne passe plus, ni son mode de fonctionnement technocratique au service d’objectifs   financiers qui ne servent qu’à renforcer la domination des multinationales et la cupidité de leurs actionnaires. Tout va très bien…merci pour eux !

Mais il trouve que les APL, les indemnités chômage, les alloc, les aides sociales “ça coûte un pognon de dingue”! Donc supprimons l’ISF…telle est sa logique, de classe.

Il se permet même, dans un twett à la Trump, de donner des leçons de légitimité à un chef d’Etat au Vénézuéla que son mentor américain ultra-conservateur a décidé de déstabiliser après l’avoir étouffé financièrement…en toute indépendance ??? Sans en parler au parlement, sans le moindre débat public, Macron décide aussitôt du soutien à un président auto-proclamé à la remorque de Washington. Si ce n’est pas le comble de la…”démocratie”, le mot le plus galvaudé qui soit, surtout par ceux qui parlent en son nom et engagent tout un pays dans une croisade dont on ne sait pas jusqu’où elle peut aller !

Le droit international est violé…qu’importe et il nous parle de respect des lois ? Dans un monde où règne la dictature de la finance ? Et la corruption qui lui est consubstantielle. Où 26 milliardaires possèdent autant de richesses que la moitié de la planète ??

Soyons assurés que si le Vénézuéla n’avait pas les réserves de pétrole que l’on sait, il n’intéresserait personne. Mais, en plus, il a un gouvernement qui résiste au détournement de ses richesses et à la spéculation de La “grande” puissance (la plus endettée) qui veut faire respecter la force de sa monnaie chancelante et menace de déployer sa force militaire, s’il le faut !!!

Heureusement une majorité d’Etats dans le monde s’oppose à ce coup de force à l’issue encore incertaine.

Comme on le voit, les institutions ne permettent pas de corriger ce qui s’avère insupportable à une partie des citoyens, à l’évidence majoritaires. C’est d’ailleurs sur l’expression de la rue que s’appuie Macron pour tenter de justifier son ingérence au Vénézuéla. Mais en France, il s’évertue à dissuader les manifestations, à utiliser des armes reconnues très dangereuses – qui font leurs preuves- et à interdire, sur décision administrative, aux supposés perturbateurs de participer aux manifestations.

Le ministère de l’Intérieur a pourtant tout ce qu’il faut comme renseignements  pour mettre les “casseurs” hors d’état de nuire, qui n’ont rien à faire dans les manifestations, sinon les discréditer.

En attendant, monsieur le Président accumule des heures de campagne électorale qui, “démocratiquement”, ne seront pas décomptées de celles qui vont venir juste après dans le cadre des Européennes. Comme disait Coluche : “on est tous égaux mais certains plus d’autres !”

Son ballon d’essai d’un référendum à sa convenance le même jour que l’élection européenne ne suscite pas du tout d’enthousiasme dans ses propres rangs. Quant à son détournement du “débat public” tout le monde comprend qu’il n’a pas l’intention de changer de cap et que ce n’est que le rapport de forces dans les entreprises et dans la rue qui le fera changer d’avis.

Il n’est pas en train de rassembler les Français (es) en campant sur ses positions idéologiques, il les braque, il les divise, il les pousse à agir contre la politique libérale en échec partout qu’il nous impose dans toute sa violence sociale accumulée.

Il occulte le véritable débat sur la finalité du travail et de la production capitaliste incompatible avec la transition écologique et les urgences sociales, si l’on n’en change pas le contenu, la répartition par la maîtrise de la finance et le partage des pouvoirs y compris au sein des entreprises…pour mettre le génie et le travail des hommes au service de l’épanouissement de tous et de la sauvegarde de la planète.

René Fredon

 

 

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