Les États-Unis ont tout à gagner de la guerre en Iran et d’une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz. Malgré les sanctions, l’Europe et l’Asie pourraient aussi se tourner vers la Russie.
Comme au Venezuela, la Maison-Blanche ne refuserait pas de mettre la main sur les stocks de Téhéran, d’autant que 80 % de l’or noir iranien est exporté à prix réduit vers le rival chinois. © Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
Comme d’autres avant et après lui, Lénine pourfendait dès 1917 « la guerre provoquée par le conflit entre les rapaces à la chasse de profits ». Le peuple iranien n’y échappe pas, bombardé depuis dix jours par le zélote du capital occidental qu’est Donald Trump.
Économiquement, le président états-unien n’a pas beaucoup à perdre dans ce conflit : Washington est excédentaire en gaz naturel et en pétrole, dont il n’achète qu’une petite portion aux pays du golfe Persique. La hausse du cours du baril est « un très petit prix à payer pour la sécurité et la paix des États-Unis et du monde », reconnaît-il sur ses réseaux sociaux. Il a par contre beaucoup à y gagner.
Comme au Venezuela, la Maison-Blanche ne refuserait pas de mettre la main sur les stocks de Téhéran, d’autant que 80 % de l’or noir iranien est exporté à prix réduit vers le rival chinois, qui aimerait ouvrir le détroit d’Ormuz à ses pétroliers.
Une domination énergétique
Mais le milliardaire partisan de la « paix par la force » orchestre aussi le marché à coups de missiles. La suspension de production de gaz naturel liquéfié (GNL) par le Qatar et les pétroliers bloqués dans le Golfe sont autant d’aubaines pour les producteurs américains, qui pourraient gagner des centaines de millions de dollars de marges supplémentaires, et fournissent déjà 60 % des besoins européens en GNL.
La dépendance du Vieux Continent en serait aggravée si ce dernier ne se tourne pas vers la Norvège, l’Afrique du Nord ou l’Azerbaïdjan. « Les effets secondaires de la campagne militaire correspondent tout à fait au programme de domination énergétique de Trump », affirme Seb Kennedy, rédacteur du site Energy Flux, qui la définit comme « un appareil de politique étrangère qui orchestre la pénurie, instrumentalise les chaînes d’approvisionnement et exploite les rentes d’un monde qu’il a contribué à déstabiliser ».
Le Japon, qui se fournit en pétrole à 90 % au Moyen-Orient, se tournerait également vers l’allié états-unien. Mais l’archipel possède plusieurs mois de réserve qu’il peut débloquer pour éviter une flambée des prix. L’Inde, quant à elle, continue de se fournir en pétrole russe mais est menacée par les sanctions de l’administration Trump. Cette dernière a d’ailleurs accordé une « dérogation » de trente jours au gouvernement de Narendra Modi, ce que le peuple indien considère comme une nouvelle preuve de sa vassalisation. Ce geste est cependant intéressé : « New Delhi intensifiera ses achats de pétrole américain », assure le secrétaire au Trésor Scott Bessent.
La Russie opportuniste
La Russie, elle, pourrait paradoxalement profiter de cette « violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international » par les États-Unis, que vilipende Vladimir Poutine. Lors d’une réunion gouvernementale consacrée à la situation sur le marché des hydrocarbures, le président russe a ainsi assuré être prêt à fournir les pays européens en pétrole et gaz s’ils se déclarent en faveur d’une « collaboration durable et stable ».
Malgré les sanctions internationales, les pays d’Asie et d’Europe pourraient ainsi se tourner vers les raffineries et les unités de liquéfaction russes, au moins dans un premier temps. « Notre pétrole est très demandé, s’est sobrement félicité le ministre de l’Énergie Alexander Novak. S’il y a des acheteurs, nous vendrons. » À la Chine, notamment.
En plein vote du prochain plan quinquennal, l’Assemblée nationale populaire y a d’ores et déjà intégré deux projets de gazoducs en provenance de Russie, dont l’un pourrait être le « Power of Siberia 2 », projet relancé en septembre par Vladimir Poutine et Xi Jinping.
Publié le 9 mars 2026 Axel Nodinot par L’HUmanité


