Depuis le 2 mai, l’enquête publique relative à la grande jetée -dont le ministère des Armées est propriétaire- est ouverte. Et vous n’avez qu’un mois pour exprimer votre opinion.

Sa réfection peut paraître indépendante du projet d’amènagement d’un quai de croisières car il s’agit de dégradations qui la rendent submersible et donc ne lui permettent plus d’être un brise-houle efficace. Difficile de s’opposer à des travaux de réparations d’une jetée plus que centenaire !

Mais on conviendra de la coïncidence avec le projet d’amènagement de la rade, toujours à l’ordre du jour, qui continue de susciter beaucoup de questions : sur l’opportunité économique car le projet est axé sur l’accueil des super-paquebots de croisières et des plus grands yachts privés, et sur les conséquences en termes de pollutions de l’air et de l’eau, compte tenu, qui plus est, de la proximité des habitations jouxtant le port encastré dans la ville adossée au Faron

TPM a essuyé une avalanche de protestations inquiètes des habitants, de leurs CIL et des associations de protection de l’environnement qui craignent le pire en matière de pollutions et qui ne sont pas rassurés par le fait que le projet initial a changé quelque peu la configuration depuis que la Marine a cédé un terrain sur la mer de 36 000 m2 au Mourillon.

Le quai de 422 m n’est pas abandonné. L’enquête publique a été suspendue. Il serait déplacé, il changerait peut-être d’orientation mais il ferait toujours autour de 400 m…avait précisé le 1er adjoint, Robert Cavanna. Son éloignement des habitations resterait très relatif. Il convenait que “l’ancienne configuration était très contrainte et dans un espace difficilement manoauvrable...” Ce qui n’avait pas empêché qu’ils nous vendent le projet en l’état comme très fonctionnel et respectueux des normes environnementales.

C’est que le président de TPM et maire de Toulon a la fâcheuse tendance de faire de toute remarque, de toute interrogation, de toute argumentation…une opposition politique de principe. Il veut faire de chacune de ses propositions d’amènagement un plébiscite clivant, appelant ses électeurs à lui faire confiance puisqu’il a été élu pour appliquer son programme.

Il sait pourtant très bien que parmi les habitants qui ne voient pas le projet du futur amènagement du quai de croisières d’un très bon oeil, il y a forcément nombre de ses électeurs !

Ils s’interrogent sur ce que cela suppose de nuisances dans leur vie quotidienne et d’atteintes possibles sinon probables à leur santé, si les retombées économiques supposées doivent primer sur toute autre considération, si les garanties ne sont pas données concernant la qualité de vie pas seulement des riverains mais de la population des villes concernées ?

Le projet n’est donc pas remis en cause dans son principe. TPM l’a revu et a nommé un comité de pilotage avec pour fonction de rédiger d’ici fin 2018, le cahier des charges du concours international d’architectes. Après quoi TPM présentera le lauréat du concours et le projet qui sera présenté aux Toulonnais.

La concertation, c’est pour quand ?

La boucle est bouclée. Les Toulonnais seront informés du détail du projet retenu…après, sans avoir été associés à son contenu en amont et sans que les élus n’aient pu -ou voulu- répondre à toutes les questions que se pose une population sommée d’attendre la fin d’un processus qui la concerne au premier chef. On nous demande, en fait, de ne pas douter du bien-fondé de ce qui se prépare dans le secret des institutions. Pourtant, “le diable est dans les détails…” dit-on. Ce n’est pas qu’une question de méthode.

La démarche est effectivement très…politique, dans le vrai sens du terme : se mêler de ses affaires, de celles de sa cité, surtout quand il s’agit d’investissements publics lourds, susceptibles de convenir à leurs bénéficiaires représentant un tourisme haut-de-gamme mais dont les contribuables risquent de devoir durablement subir les conséquences si toutes les données n’ont pas été prises en compte. A commencer par l’étude d’impact.

Et l’on sait que la pollution de l’air et de l’eau, (que cette dernière soit consommable ou utilisée comme poubelle, ce qui est le cas de la Méditerrannée et des ports), devient une préoccupation écologique et sanitaire de très grande acuité. La situation s’aggrave en France et dans le monde.

Les normes évoluent -très lentement– vers une plus grande exigence sans que les mesures et les contrôles soient satisfaisants. Il n’y a même pas de capteurs dans la rade et ce qui se passe au sein de la base navale est d’une totale opacité. On nous dit que les nouveaux navires (de croisières) auront recours au gaz naturel liquéfié ? Est-ce à dire que les navires actuels, notamment les géants des mers, qui naviguent avec du fuel lourd  -acheté au moindre prix- plus ou moins chargé en soufre, seront interdits à Toulon ?

Il ne s’agit pas de geler tout projet permettant à Toulon et aux autres communes de développer l’activité du port de commerce même s’il est fortement contraint par l’existence de la 1ère base navale française, commandant toute la Méditerranée.

Ses arsenaux d’Etat sont en train de péricliter sous l’effet des politiques de défense qui en privatisent les activités même celles d’entretien et de réparations, pour partie et font une place grandissante aux fournisseurs privés d’armes, d’équipements et de matériels, il s’agit de veiller à rendre compatible ce développement avec l’activité industrielle existante et avec l’environnement très urbanisé de ce secteur à la recherche d’emplois pérennes plutôt que de vouloir concurrencer les ports de haute plaisance très nombreux à proximité et sur l’arc méditerranéen.

Les huit ports de petite et moyenne plaisance de l’aire toulonnaise proposent une capacité d’accueil de 4 000 places. Là on change de catégorie en espérant jouer dans la cour des grands qui est très pleine, de Menton à Cerbères et plus encore si on ajoute l’Espagne et l’Italie. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir depuis des siècles la base navale commandant la Méditerranée et les opérations au-delà…on vient d’en vivre un épisode.

Elle occupe beaucoup d’espace même si elle vend en ce moment pas mal de sites  (Gassin, La Londe, Cuers (?), Le Mourillon…). Toulon ne serait pas ce qu’elle est devenue sans la Marine et ses arsenaux, tout le monde en est convaincu.

On ne peut tout avoir.

 

René Fredon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TOULON :Travaux sur la jetée : l’enquête publique est ouverte…Et le quai ?

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