Toulon  : reconsidérer le projet du port

L’actualité demeure entièrement sujette aux aléas du covid 19 qui connaît une persistance très inquiétante à l’échelle planétaire. Pas question d’attiser les peurs, cependant le bilan sanitaire est lourd et ne paraît pas en passe d’être maîtrisé de sitôt même si des dizaines de pays annoncent de proches vaccins et traitements…

Les conséquences de la pandémie sont multiples et profondes : économiques, sociales, écologiques,  politiques, révélant les failles des sociétés qui se réclament du libéralisme déjà en crise dont les choix productivistes pèsent lourdement sur le réchauffement climatique et la protection de notre environnement. Cela affecte très directement le niveau de vie des peuples et plonge dans la pauvreté les plus démunis. Provoquant une forte angoisse mêlée de colère, face à l’incertitude du lendemain et aux suppressions d’emplois qui se multiplient au fil des jours.

Mais on sera contents d’apprendre que la fortune des milliardaires se porte au mieux. Elle vient de franchir les 10 000 milliards de dollars, selon une étude de la banque suisse UBS, record au-delà du pic de 2017 à 8 900 milliards alors que l’économie mondiale est en panne ! Après une chute au début de la pandémie, les mouvements  boursiers rebondissaient de 27,5% en avril et juillet 2020. Pas pour tous : le secteur boursier de la santé…oui, il s’est accru de 50% ! D’autres ont été moins chanceux.

Justement, ces richissimes personnages font partie des privilégiés de l’amènagement du port de Toulon qui se poursuit dans la tranquillité puisque H. Falco l’avait fait adopter dans son programme et qu’on en est à la phase active et même aux passations de marché du moins pour l’électrification des quais…Il y en a pour trois ans.

Huit quais rien que pour eux et leurs grands yachts privés pouvant atteindre plus de 100  m  ! Histoire de saliver devant leur patrimoine marin, leur faire de la pub et de la place…c’est nous qui payons. Si c’est pour concurrencer Monaco, Cannes, St Tropez, Marseille…  

De grands travaux inutiles

Certes il y aura un grand quai de 400 m, pour accueillir les géants des croisières et les ferries tournés vers la Corse et l’Italie surtout l’été.

Un argument plaide pour une révision du projet et singulièrement pour une transformation de l’espace maritime occupé par les huit quais en le destinant à la petite plaisance familiale et à la pêche en train de péricliter si elle ne permet pas à de nouveaux pêcheurs d’en vivre et d’approvisionner les marchés et les restaurants de Toulon notamment.

Autre argument : notre économie -quoiqu’en dise le gouvernement- est lourdement handicapée et pour longtemps. D’autant que les remèdes qui sont mis en oeuvre reposent pour l’essentiel sur la dépense publique au secours des entreprises en pertes de recettes et des aberrations, comme le sort réservé aux hôpitaux publics à nouveau saturés. Le plan gouvernemental qui s’applique ne crée pas d’emplois ni de lits, il en supprime et ne tient pas ses promesses aux soignants concernant les salaires et les conditions de travail. Les personnels n’en peuvent plus.

Ce sont tous nos services publics qui sont voués au même “traitement” de dégraissage et de privatisation, par idéologie et dogmatisme. Nous pouvons surmonter la crise globale que nous traversons à condition de nous appuyer sur des services publics modernisés, renforcés et attractifs. Pas pour être sacrifiés sur l’autel de la marchandisation que ce soit de la santé, de l’éducation, de la culture…mais pour créer des pôles publics du logement, des transports, de la défense, de l’environnement…

C’est ainsi que notre pays et les Résistants, au lendemain de la guerre, nous ont dotés de la sécurité sociale la plus progressiste au monde, de nationalisations et de droits sociaux nouveaux dans les entreprises. Droite et patronat s’emploient avec acharnement à les effacer !

Aujourd’hui, Macron s’attaque à la sécurité sociale pour l’offrir aux fonds de pension et aux assurances privées, à la faveur de la crise. Il fait durer l’état d’urgence pour mettre tout sur le compte du covid, comme pour les cadeaux aux entreprises sans contrepartie. La majorité des plus grandes  continue de servir les dividendes à leurs actionnaires, c’est indécent ! Il n’y en a que pour elles et toujours avec les fonds publics…

Que fait Falco en construisant des quais particuliers destinés à ces propriétaires de super yachts qui peuvent se chiffrer en centaines de millions d’euros. L’entretien annuel estimé à 10% du coût initial !

Sans doute répondra-t-il qu’ils ne sont pas propriétaires des quais mais utilisateurs et qu’ils paient cher la location. Pour eux c’est une broutille ! C’est tout de même investir les fonds publics à des fins strictement privées pour une catégorie sociale qui peut tout se payer à travers le monde. Il faudra nous démontrer quelle est l’utilité sociale de cet investissement singulier ?

A part le plaisir d’exposer l’opulence dans laquelle vivent ces “navigateurs” de grand luxe, histoire de montrer qu’il y a des “gagnants” dans ce monde d’inégalités et de gâchis à la merci d’un virus qui paralyse nos économies et révèle la fragilité de nos services publics sciemment sabordés.

Cela sans parler de toutes les nuisances générées par le stationnement de ces palaces flottants en plein coeur de ville avec des quartiers denses autour. Sans oublier la perte des liaisons marchandes avec la Turquie, l’entreprise ayant préféré Sète où les trains viennent à quai…à Toulon-Brégaillon.

Les croisières classiques sur des paquebots sans cesse plus grands ont subi les conséquences du covid 19 et la désaffection des touristes qui craignent les risques de contamination en milieu confiné. D’où une perte considérable dans ce secteur comme dans les transports aériens et dans de très nombreux autres secteurs tandis que plane le spectre d’un reconfinement même partiel et limité.

Le moment est mal choisi pour maintenir les travaux tels qu’ils avaient été prévus. Les décisions prises pour amortir le choc économique et social méritent un réexamen, ne serait-ce que parce qu’il est impossible de prévoir la durée de l’impact ni même la durée de la pandémie.

D’autant que le contexte social est effervescent et que la gestion de la pandémie est loin, en France, et ailleurs, de faire l’unanimité mais suscite des oppositions de plus en plus critiques, incompatibles avec le plan de relance voulu par le pouvoir qui maintient l’état d’exception au détriment des libertés individuelles et de l’exercice de la démocratie défaillante comme le rappelle l’abstention record aux municipales. Ce qui en dit long sur la confiance des citoyens.

Ce fut aussi le cas à Toulon…(69,3%) ce qui devrait rendre H. Falco un peu plus humble.

 

René Fredon