Sarkozy condamné, Balladur relaxé…

Un ancien président de la République reconnu coupable de faits graves de corruption et de trafic d’influence, condamné à 3 ans de prison dont un “ferme”, c’est un évènement.

D’autant qu’avec Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et un haut magistrat Gilbert Azibert ont également été condamnés à la même peine, l’avocat à 5 ans d’interdiction d’exercer, en plus.

C’est dire si le verdict était attendu même s’il ne faisait guère de doute que le tribunal correctionnel saisi par le Parquet national financier, ne pouvait récuser le jugement sévère prononcé en première instance : 4 ans dont deux fermes pour des faits jugés gravissimes et relevant  d'”un pacte de corruption” caractérisé entre les trois prévenus “en vue d’obtenir une décision favorables aux intérêts de M. Nicolas Sarkozy”…

 La sentence a été allégée à 3 ans de prison dont 1 ferme…à domicile ? Ce qui n’a pas empêché les trois accusés de faire immédiatement appel du jugement après avoir plaidé la relaxe d’un dossier considéré “vide” et “purement politique“.

On ne peut pourtant s’empêcher de trouver la sanction bien faible eu égard aux éléments à charge retenus par les juges sur instruction du Parquet national financier. En quoi un ancien président de la République, jugé près de 10 ans après pour des faits graves et illicites, bénéficierait-il d’une telle clémence : la prison au domicile, même avec un bracelet électronique cela reste un privilège qui n’est pas offert à tout le monde !

Le tribunal mettant particulièrement l’accent sur la personnalité même des auteurs dont celle d’un ancien président de la République pour des actes”qui portent atteinte à la confiance publique”. Si la condamnation en elle-même est reconnue en son principe, la sanction l’est moins que pour un délinquant lambda.

Déjà protégé dans sa fonction, un président de la République bénéficierait encore d’une relative clémence au moment où il a à répondre de ses actes pouvant aller jusqu’à la corruption et aux abus de pouvoirs tels que les caractérise le tribunal.

Il n’en a pas fini avec les tribunaux.(1)

Dès le sur-lendemain, Sarkozy était l’invité de TF1 à 20 h, la chaîne de Bouygues dont le PDG Martin est le parrain du fils de l’ex-président, la proximité…ça aide.

Il s’est voulu offensif pour récuser le verdict de trois juges indépendants et nier toute culpabilité ? Voyons, en claquant dans ses doigts, il s’adresse à des millions de téléspectateurs, comment douter de sa parole et de la transparence de ses actes ? C’est toute la question.

Avant même l’interwiev, le président du Tribunal de Paris, Stéphane Noël, y est allé d’une déclaration publique, fait rarissime, appelant “solennellement au respect de l’institution  judiciaire”. Suivez son regard !

A droite, chez les LR c’est un tollé contre la justice qualifiée de “justice politique”. Darmanin, ministre de l’Intérieur, y est allé de “sa sympathie” et de “ses apports (de N.S) à notre pays“. Certains y voient la main de Macron sur la justice et une sorte de complot pour affaiblir la droite ! Comme si Macron était de gauche avec Castex, 1er ministre, Darmanin, Le Maire et quelques autres au gouvernement, issus des LR et très à l’aise avec les politiques libérales de réduction des dépenses publiques et de favoritisme au profit du grand patronat.

Le RN aussi entonne le couplet de la “disproportion” et de “l’acharnement”! Une justice indépendante du pouvoir, même si ça a beaucoup tardé et qu’il reste pas mal à faire, c’est tout de même mieux qu’une justice aux ordres du pouvoir.

26 ans pour faire la lumière !

Coïncidence : jeudi 4 mars, en fin de matinée, un autre verdict est “tombé. Il concerne deux autres anciens ministres LR : Balladur et Léotard impliqués dans une grosse affaire de rétro-commissions sur des contrats d’armement passés avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan, destinées à financer la campagne de Balladur en…1995 : il n’est jamais trop tard ?

La Cour de justice de la République a pris son temps dans ce qui était “le volet financier de l’affaire Karachi” ainsi nommée pour l’attentat de 2002 qui a fait 18 morts dont 11 salariés de la DCN mobilisés pour l’assemblage des sous-marins. Sarkozy était ministre du budget avant de succéder à J. Chirac en 2007 à la présidence de la République, ce qui ne simplifia pas l’enquête en cours diligentée par le juge Renaud Van Ruymbeke.

Les deux anciens ministres encouraient un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour Balladur (91 ans) et deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende pour Léotard (78 ans) qualifié de “complice”…seulement, pour des centaines de millions de francs, prélevés sur l’argent public et 18 morts civils dans un attentat politique -attribué au Pakistan ?- pour promesses non tenues du gouvernement français !

La CJR, ce 4 février 2021, a finalement relaxé Balladur et condamné Léotard à un an avec sursis et à 100 000 euros d’amende pour complicité d’abus de biens sociaux. Mais il était complice de qui ? Le 1er ministre Balladur ignorait-il ce que faisait son ministre de la Défense ? Qui pourrait sérieusement le croire ? Reste le bénéfice de l’âge…mais alors qu’on le dise clairement. Un quart de siècle pour en arriver là ! On condamne un peu le complice mais on feint de ne pas connaître le responsable si tant est qu’il n’y en avait qu’un ? La Vè République garde encore de nombreux mystères.

 

Mais les scandales à droite continuent à défrayer la chronique. Un certain nombre d’élus LR très médiatiques font beaucoup parler d’eux ces derniers temps : on ne reviendra pas sur l’affaire Fillon, ni sur les moeurs des Dassault et Bechter à Corbeil. Et Balkany à Levallois qui, condamné lourdement avec sa femme, sont assignés à résidence dans leur somptueux moulin de Giverny, prison dorée s’il en est. Patrick, très proche de Nicolas, vient d’être remis en examen pour insultes racistes et anti-sémites à l’encontre du 1er adjoint…LR de Levallois !

 

A Draveil le maire LR, Georges Tron, devant la cour d’assises, vient d’être reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles en réunion commis il y a 12 ans. Il a été condamné à 5 ans de prison dont 3 fermes ainsi qu’à 6 ans d’inéligibilité. Il se pourvoit en cassation.

 

Marseille et Toulon ne sont pas épargnées

A la même date du 17 février, Jean-Claude Gaudin, l’ancien maire emblématique LR de Marseille, a été placé en garde à vue ainsi que son directeur de cabinet pour détournement d’argent public après un rapport accablant de la Chambre régionale des comptes en 2019 qui signalait des départs en retraite…maintenus en activité rémunérée au-delà de 70 ans, notamment au cabinet du maire !

Encore plus récemment et dans le Var, on apprend la prochaine convocation du président du Conseil départemental, Marc Giraud, devant le tribunal correctionnel de Toulon pour détournements de fonds publics lorsqu’il était maire LR de Carqueiranne.

 

Une affaire qui a des prolongements au conseil départemental car la bénéficiaire d’un emploi présumé fictif de 2011 à 2015, Patricia Arnould, est devenue conseillère départementale et déléguée à TPM. Elle continue d’être adjointe au maire de…La Crau, embauchée en 1999 par le maire de Carqueiranne, Marc Giraud. Petits arrangements entre amis.

Les enquêteurs ont eu du mal à trouver traces de son emploi et l’ont mise en examen le 18 juin 2015, pour recel de détournements de fonds publics, quelques mois après l’élection de Marc Giraud à la présidence du département, lui-même mis en examen le 22 juillet 2015.

Six ans après…le tribunal correctionnel de Toulon va se pronnoncer sur les faits et les responsabilités des uns et des autres. A quelques mois des élections régionales et départementales ça tombe assez mal pour LR.

On en arrive à se demander pourquoi la lumière n’a pu se faire depuis 2014 sur cette affaire concomittante avec le marché public Sittomat-Pizzorno pour la gestion des déchets de TPM et du site de Lagoubran dont la société dracénoise n’avait pas la compétence. Des élus de droite y avaient laissé des plumes.

La position dominante de Pizzorno dans le Var pour l’enlèvement, le transport, le stockage et le traitement des ordures ménagères avec leurs enjeux écologiques et financiers, coïncide avec la domination amplifiée des LR et des multinationales sur le département, du moins en termes d’élus car l’abstention galopante ne les épargne pas.

Elle traduit le sentiment d’impuissance des populations face à des élus très éloignés de leurs attentes et dont certains -et non des moindres- s’avèrent très loin de l’image qu’ils cherchent à donner d’eux-mêmes et de leurs idées conservatrices.

Raison de plus pour ne pas leur laisser les mains libres en nous impliquant dans la vie de la cité, pour en changer vraiment le cours.

 

René Fredon

 

(1)

https://www.mediapart.fr/journal/france/010321/l-arbre-sarkozy-et-la-foret-de-la-corruption