Retraites…dorées :Un scandale chasse l’autre

En attendant les conclusions présidentielles sur les questions urgentes du pouvoir d’achat, de la justice fiscale, des services publics, de l’emploi, du logement pour tous, des transports accessibles sur tout le territoire et bien d’autres encore…nous avons eu droit ces derniers jours à quelques échantillons de ce qui n’est plus supportable : l’étalement des retraites indécentes de leurs PDG.

Celui d’Airbus, Tom Enders, va partir à la retraite avec 36,8 millions d’euros. Les recommandations de “modération”, paraît-il, du patronat ne s’appliquent pas à la société franco-allemande soumise au droit néerlandais !! Encore un exemple d’harmonisation fiscale ! Le ministre de l’économie, Bruno Lemaire se dit “opposé aux indemnités excessives” ça ne mange pas de pain mais ça ne change rien pour ces privilégiés qui font voter par leurs actionnaires ce qu’ils veulent, tant que les actions se portent bien.

Avec la récente commande de 300 Airbus par les Chinois, leur avecnir est assuré. C’est chez chez les locataires qu’on baisse les APL qui les aident à payer leurs loyers ! Et c’est chez les riches qu’on ne paye plus l’impôt sur la fortune.

Au micro de J-J Bourdin, Bruno Lemaire expliquait qu’il cherchait “à construire un capitalisme responsable“…Pourquoi, il ne l’est pas ? Tiens, tiens…on le croyait indestructible. Et de concéder : “certaines rémunérations (des PDG) sont d’un autre temps….”?

 Où a-t-il vu ça ? Au temps d’Henri Ford, le grand optimisateur du travail salarié avait parlé de plafonner les salaires des patrons à…40 fois celui de l’ouvrier de base. Pas négligeable. On ne nous dit pas si ce différentiel était respecté par tous, vu que chaque patron est maître chez lui et que les droits des salariés étaient et restent très limités. La loi leur est toujours très favorable…aux patrons. La lutte contre les inégalités est plus que jamais à l’ordre du jour.

1 à 40, c’est déjà une différence énorme si l’on veut bien admettre que les richesses sont produites par les salariés en même temps qu’elles deviennent la propriété des patrons. Certes ils apportent les capitaux qui ne sont pas forcément le fruit de leur travail propre, mais de plus en plus de la spéculation…Aujourd’hui le rapport est passé de 1 à 150/180 pour les patrons !  Bruno Lemaire devrait mettre son logiciel à jour. Ford est largement dépassé !

Les commentateurs, acquis au libéralisme sur les chaînes…patronales, justifient la chose en ces termes : “est-ce qu’on veut des PDG qui connaissent leur affaire ou des fonctionnaires qui ne la connaissent pas ? ou encore “les salaires des grands patrons se régulent par le marché mondial…on peut regretter les dérives, mais c’est comme ça, sinon ils iront ailleurs”. Une sorte d’aveu selon lequel le marché se charge de tout, même des dérives. Et des scandales qui découlent de la contradiction qu’un certain Marx a mis à nu : les profits du capital ont comme source unique l’exploitation du travail salarié.

Plus les multinationales accumulent de profits, plus elles résistent à augmenter les salaires de celles et ceux qui sont en-dessous du minimum pour vivre dignement. D’où l’austérité, pour les salariés seulement et le chômage pour les autres qui sert à ne pas augmenter les salaires, voire à les faire baisser. Ainsi que le SMIC qui retarde sur l’inflation.

L’action des exploités peut faire pencher la balance dans leur sens mais sans que le patronat renonce à accroître les profits des actionnaires dont il tire sa rémunération.

Carlos Goshn de nouveau incarcéré :

 Il avait remis sa démission de Renault le 24 janvier 2019 après sa mise en examen au Japon.

Ce qui lui permettait de faire valoir ses droits à la retraite. Il avait été mis en examen et incarcéré pour avoir dissimulé des revenus au fisc et commis divers malversations comme l’utilisation des biens de l’entreprise à des fins personnelles.

Il a dû payer une forte caution (60 000 euros…c’est rien pour lui) pour être mis en libérté surveilllée sans toutefois quitter le Japon.

Comme PDG de Renault, depuis 2009 il gagnait 7 millions d’euros par an. En 2005 il en était directeur général…ça laisse imaginer quelle fortune il a pu accumuler. D’autant que comme PDG de Nissan jusqu’en avril 2017, il n’était pas mal payé non plus. D’avril 2016 à fin mars 2017, il avait touché 8,8 millions d’euros !

Dans un premier temps le gouvernement, loin de l’accabler, voulait que la justice face son travail et que soit respectée la présomption d’innocence. C’est classique.

Et puis voilà que ça se gâte, la justice japonaise l’a remis en garde à vue, ayant des éléments nouveaux à verser à son affaire. Il est soupçonné d’avoir remboursé une dette contractée par un milliardaire, avec des fonds de…Nissan. Evidemment il jure ses grands dieux qu’il est victime d’un complot interne de jaloux qui n’hésitent pas à “influencer” des procureurs, laisse-t-il entendre.

Et, dernier rebondissement, sa femme qui devait être entendue par la justice japonaise, a préféré rentrer en France, accompagnée jusque dans l’avion par l’ambassadeur de France, a-t-elle dit à son arrivée et dans le JDD de dimanche.

Le ministre des affaires étrangères, J-Y Le Drian a rencontré samedi son homologue japonais et lui a rappelé que “la France était attachée à la présomption d’innocence”. Il devait savoir qu’ordre avait été donné à l’ambassadeur de France au Japon de…faciliter le retour de Mme Carole Goshn qui, elle, n’était pas mise en examen. La justice japonaise ne devrait pas très bien prendre le zèle français. Elle persiste à vouloir auditionner madame Goshn.

Deux jours avant, le ministre de l’économie Bruno Lemaire, sur BFMTV, faisait état “d’éléments nouveaux” dans l’affaire Goshn, “suffisamment importants pour être transmis à la justice”. Il n’en disait pas plus si ce n’est qu’il avait demandé la transparence.

Il ne s’agit pas de juger avant les juges. Mais toutes ces révélations et les décisions déjà prises concernant la gouvernance de Renault confirment les pouvoirs exorbitants dont disposent les PDG des grandes entreprises dont on nous vante les résultats et la compétence. Au point de justifier les ponts d’or qui leur sont faits tandis que les salariés constatent combien leurs revendications paraissent dérisoires par rapport à ce qui est servi aux actionnaires et aux “grands” patrons.

En 2017 les rémunérations versées aux PDG du CAC 40 ont fait un bond de 14%.(1)

N’y a-t-il pas de quoi nourrir abondamment les colères sociales ?

René Fredon

(1) https://www.capital.fr/economie-politique/affaire-ghosn-un-revelateur-des-deals-de-gouvernance-1329768

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