Retraite : Le Patron de la CFDT est tres complaisant ..

À l’annonce du rapport Delevoye absolument scandaleux, faisant un véritable chantage à l’allongement de la durée du travail jusqu’à 64 ans avant de toucher sa retraite (à points) pleine et entière, tout ce que Berger, secrétaire général de la CFDT, a trouvé de mieux à dire c’est que « ce système de retraite peut être très redistributif pour les travailleurs qui touchent le moins « !

Comment un syndicaliste peut-il dire une chose pareille et appeler ainsi les salariés.es à ne pas combattre la pire des régressions sociales qui consiste à en finir avec notre système de retraite et toute notre protection sociale issue de la Libération.

Une personne qui sera entrée en apprentissage à 16 ans, à supposer qu’elle n’ait jamais connu le chômage, aura travaillé 48 ans -à supposer encore qu’elle y arrive- avant d’espérer toucher sa retraite complète qu’elle aura acquise par l’accumulation de points dont la valeur sera décidée par…l’Etat. sinon le montant de sa retraite sera amputé !!! Et ce n’est qu’un début.

Finie la solidarité, chacun pour soi pour se faire « sa » retraite, alors que le chômage crée le déficit  des recettes des caisses de retraite, que les salaires sont tirés vers le bas, que le pouvoir d’achat baisse et que la précarité et les CDD se généralisent.

C’est faire abstraction de tous les aléas de la vie dans une société où se creusent les inégalités et la pauvreté, de plus en plus de familles ne peuvent se payer une mutuelle tandis que la sécurité sociale se décharge sur les mutuelles en réduisant sa part de remboursement des frais médicaux.

Mais les dirigeants libéraux, les élites, gouvernants et très hauts fonctionnaires, sont tous à l’abri de la hantise de ces problèmes de pouvoir d’achat et de retraites indignes. Ils sont coupés du peuple et plus encore des catégories les plus fragiles qui se débattent au quotidien dans des difficultés sans nom.

Le MEDEF a déjà fait savoir « qu’il soutiendra les grands principes de la réforme... »

Les syndicats sont, dans l’ensemble, hostiles ou très hostiles à cette réforme qui se veut « universelle » et fera beaucoup de perdants selon la CFTC. FO et la CGT envisagent une mobilisation nationale. La CGT rejetant « l’enfumage avec un titre pompeux…c’est le contraire du système actuel solidaire remplacé par un système individuel… »

Et il se trouve un syndicat -en tout cas le chef qui parle en son nom- pour y voir « certaines avancées …c’est un système plus redistributif… »  considérant que « le rapport prouve que la mise en place d’un système universel est possible… » alors qu’il annonce la liquidation totale de ce qui a fait longtemps de la France Le modèle social de référence dans le monde.

La CFDT doute que la réforme puisse être inspirée par la recherche d’économies et par la réduction des droits des salariés.es ? Est-ce seulement de la naïveté ?

Le critère, la règle d’or du système c’est de ne pas dépasser les 13,8% du PIB pour les retraites, à l’horizon 2070, dit le rapport. Chacun comprend que le nombre de retraités évoluant, à enveloppe constante cela fera moins par tête ! L’instabilité des économies ne permet guère l’optimisme ni les projections à 50 ans !

À aucun moment il n’est fait référence à l’évolution des profits des mutinationales, à l’injustice, à la fraude et à l’évasion fiscales, à la valeur des patrimoines de cette élite qui ne contribue pas à la hauteur de ses revenus, très loin s’en faut, elle crée même des fondations pour échapper à l’impôt. Berger non plus ne le rappelle jamais.

Il faut dire que durant la campagne du candidat Macron, ils se voyaient régulièrement au QG de LREM et que leurs convergences n’étaient un secret pour personne.

S’il n’avait pas appelé au 1er tour à voter Macron, il avait trouvé « intéressant son projet…ainsi que celui de B. Hamon… » Nicole Notat, ancienne secrétaire nationale de la CFDT, elle, soutenait le programme de Macron dès le 1er tour « qui correspond aux défis européens, politiques, économiques, sociaux et écologiques que la France doit relever. »

Ce positionnement de Berger est-il vraiment l’émanation des adhérents de la centrale réformiste devenue premier syndicat ? C’est aux adhérents à le dire. L’expérience de cette première moitié du quinquennat a de quoi les éclairer sur le sens de sa politique ni de gauche, ni de gauche mais bien de droite.

Minorer ce que contient le rapport Delevoye  revient à en approuver globalement le contenu. Berger choisit d’accompagner la réforme de Macron tout en refusant l’augmentation de la durée de cotisation dès 2020, qu’il présente comme « sa ligne rouge« . Le gouvernement a renvoyé le dossier après les municipales. Avant il ne veut rien décider, c’est plus prudent.

La CFDT n’a été à l’initiative d’aucun rassemblement syndical contre les « réformes » successives qui ont fait se lever le monde du travail. Au début de la réforme de la SNCF, elle faisait partie des syndicats opposés  à la fin du statut de cheminot et à la privatisation de fait, puis elle a rapidement quitté le mouvement, ce que la direction de la SNCF a fortement apprécié.

Bien entendu, la division syndicale ne peut qu’affaiblir les luttes sociales contre les mesures gouvernementales inspirées du libéralisme le plus inégalitaire. Le bilan de ces deux années de mandature a vu émerger un puissant mouvement, les gilets jaunes relayant les colères populaires contre l’injustice sociale et fiscale. Ils constataient que le mouvement syndical n’était pas efficace parce que trop dispersé et timide sur les formes d’actions.

Il y a une volonté d’action au sein de la CFDT, à travers ses fédérations, comme dans la plupart des syndicats, mais trop peu d’actions communes larges et déterminées. Pourtant les convergences d’intérêts sont évidentes. Elles appellent des luttes n’excluant personne, bien au contraire.

Mieux vaudrait ne pas attendre que les projets de lois soient adoptés par une « majorité » très fragilisée et de plus en plus impopulaire. Plutôt bien accueillie au début, la réforme des retraites inquiète une majorité de Français, tous âges confondus.(1)

Ne laissons pas démanteler notre système de protection sociale dont la retraite fait partie. Gardons l’esprit de ce qui demeure une grande conquête sociale qui a pris naissance dans la Résistance et donnons-lui les moyens de faire face à ses missions de solidarité dans la société d’aujourd’hui et de demain.

René Fredon

(1)https://www.mieuxvivre-votreargent.fr/retraite-2/2019/07/12/reforme-des-retraites-comment-miner-la-confiance-des-francais-en-4-etapes/