Macron : rien dans son châpeau !

Nous n’avons pas été déçus. Effectivement, Emmanuel Macron ne nous a rien appris. Ou si peu. Il nous avait donné en pâture l’essentiel de sa conception du pouvoir et de ce qu’il avait tiré des attentes des Français.es et des urgences sociales et écologiques. On n’attendait aucun miracle, aucune inflexion de son cap politique.

Cet intervalle lui aura permis de peaufiner le commentaire de ses conclusions déjà commentées ! Devant un parterre de 320 journalistes et presque autant de chaînes de TV qui prolongeront l’exercice préféré de Macron : parler seul et répondre aux questions.

Il s’agissait, pour lui, de mettre fin à la séquence de plus de cinq mois de manifestations des gilets jaunes, chaque samedi, sans exception. Or, il est loin d’avoir répondu à leurs revendications principales qui, pour être multiples et plus ou moins hiérarchisées, portaient essentiellement sur le pouvoir d’achat des plus bas revenus qui ne permet pas de vivre décemment de son travail ou de sa retraite, de la justice fiscale (à partir de la taxe sur l’essence), de l’insuffisance des services publics, des inégalités sociales et territoriales, de la démocratie et de la représentation…pour n’en rester qu’aux têtes de chapitres.

Il y a fort à parier que les réponses longuement  appuyées par un chef de l’État toujours aussi sûr de lui et de sa rhétorique n’auront fait que renforcer le fossé qui s’est creusé avec la France d’en-bas et pas seulement les gilets jaunes. Pas besoin de sortir de l’ENA -qui n’est pour rien dans les choix politiques de Macron- pour mesurer le décalage entre les annonces et le quotidien des catégories populaires en-dessous du seuil de pauvreté ou qui s’en rapprochent.

Son objectif, a-t-il dit, « c’est de donner plus de pouvoir d’achat aux classes moyennes et à ceux qui travaillent… » Merci pour les autres ! On aurait pu supposer que sa priorité soit d’abord de soulager les vies précaires qui ne demandent qu’à vivre dignement. Et qui manquent singulièrement de considération, de confiance de la part des gouvernements, « qui ont un sentiment d’abandon, d’oubli.. » a-t-il reconnu pourtant !

Eh bien ! il va porter le minimum-vieillesse à…1 000 euros ! Non…tout ça ? Surtout pas augmenter le SMIC, voyons…les patrons ne seraient pas contents. Il s’est engagé à faire récupérer par la CAF les pensions alimentaires dûes aux femmes seules avec des enfants.

On ne va pas dire non mais mais avec le coup de pouce aux retraités en-dessous de 2 000 euros et l’indexation des retraites sur l’inflation (et non sur l’augmentation des salaires), c’est à peu près tout.

Comment faire alors, pour baisser les impôts de ces classes moyennes si convoitées (5 mds) tout en réduisant les dépenses publiques ? Pas une fois Macron ne fera référence aux profits faramineux des plus grandes entreprises françaises, du patrimoine et des revenus de leurs grands patrons, à leurs détournements de fonds publics, sous former d’évasion, de fraude et de privilèges fiscaux. Pas touche au capital, voyons, c’est la poule aux oeufs d’or ! Pour qui ?

Après « le bon cap, la bonne méthode »…
Le président des riches -qui n’apprécie pas ce vocable- agit en fondé de pouvoir de cette caste des grandes fortunes qui continuent de croître tandis qu’on explique aux peuples que c’est de leur bonne santé qu’on attend la prospérité pour tous ! Sur quoi on leur serre la ceinture depuis plus de trente ans. À qui fera-t-on avaler ça quand le monde craque de partout et que les guerres économiques précèdent les guerres tout court. Pas un mot de Macron et pourtant.

Ces tout derniers jours, Trump a pris la lourde décision d’interdire à tous ses vassaux -dont la France- d’acheter du pétrole à…l’Iran.

Il l’avait déjà fait puis avait accepté des dérogations, il récidive en brandissant la menace de sanctions, le dollar ayant remplacé l’or lui sert d’arme absolue pour tenir le monde sous sa coupe. Combien de temps encore ? Et la France comme l’Europe sont suspendues aux intérêts des États-Unis et de leurs milliardaires ?? L’OTAN nous « protège » ??? Que pèse Macron et la France à ses yeux de mégalomane d’extrême-droite ?

Sans compter que Trump torpille délibérément la transition écologique en priorisant l’usage du pétrole à grande échelle ! Dramatique. En attendant, l’essence a déjà commencé à grimper et à pénaliser les consommateurs, les plus modestes étant les plus pénalisés en France comme ailleurs. C’est notre quotidien et notre proche avenir qui en dépendent. Pas un mot de Macron !

Et qu’est-ce qu’on nous annonce à quelques heures du discours ? L’étincellant François Pinault (Kerling, Gutti, Saint-Laurent, Balanciaga…) vient de crever le plafond de sa rémunération votée par les actionnaires, pour 2018 : 21,5 millions d’euros ! Dix fois plus que l’année précédente. Mille fois plus qu’un salarié dans la moyenne ! Si ce n’est pas de la provocation…Comment ce peut être permis ?

On comprend mieux qu’il ait sorti si facilement 100 millions pour N-D de Paris (pas de sa poche, de celle de ses entreprises qui ont fait 2,8 milliards de bénéfices !)

Macron promet de faire un geste pour ré-indexer les retraites sur l’inflation (pourquoi pas sur l’augmentation moyenne des salaires ?) Il était temps. Il dit rembourser le trop perçu sur la CSG payée par les retraités en-dessous de 2 000 euros. Rien sur le SMIC, les retraites et les minimas sociaux ! Il stoppe la baisse des APL … enfin, il ne fait qu’annuler une mesure particulièrement choquante qu’il promettait d’aggraver. L’ISF, il n’y touchera pas.

C’est ce qu’il appelle « mettre l’humain au coeur de notre projet » ou « redonner un espace de progrès à chacun…« , il n’est pas avare de formules, « nous qui sommes des enfants des lumières » c’est beau, ça sonne bien mais juste derrière, il y a un bémol, une petite leçon, lorsqu’il « demande à chacun de donner le meilleur de lui-même, de ne pas céder à la loi du plus fort, de résister… » À quoi ? Au rouleau compresseur libéral ? Plutôt à la tentation de la violence pour faire oublier celle de l’ordre établi. Restons courtois.

Un petit coup de brosse à reluire aux maires, confirmation de la suppression de  30% des députés et sénateurs, un peu de proportionnelle mais pas trop (20%) pour élire députés et sénateurs, pas de vote obligatoire, pas de vote blanc, pas de RIC, Macron n’y est pas favorable, peut-être le référendum d’initiative partagée, au plan local…le chef a tranché.

Mais aucune bonne nouvelle ou presque
Emporté par sa hardiesse, il va faire tirer au sort 150 Francais.es qui feront partie du Comité Économique, Social et Environnemental allégé qui regroupera d’autres comités nationaux et seront appelés à travailler sur la transition écologique. Il a parlé d’un conseil de défense écologique. Il serait temps mais avec quels moyens ? Le chef tranchera le moment venu. Moins de fonctionnaires à Paris, des maisons de « France-services » de l’État dans chaque canton ??? Pour créer l’illusion qu’il en reste encore un peu dans les territoires : quel aveu ?

Il veut supprimer 120 000 fonctionnaires mais il craint de ne pas pouvoir y arriver, alors il se réserve de revoir sa copie…sans y renoncer toutefois. L’échéance approche et le besoin de services publics est énorme.

Dans sa boulimie liquidatrice de notre modèle social Macron accélère la dérégulation du travail en cherchant à nous persuader qu’en France on était moins performant qu’ailleurs alors qu’on a une productivité très au-dessus de la moyenne européenne et mondiale, qu’il juge insuffisante. Comme toujours sa « solution » consiste à faire travailler encore plus longtemps les salariés…pour gagner autant et ils cotiseront au moins 62 ans.

Mais on sait que leur finalité c’est d’en finir avec les 35 h et d’aller au-delà des 62 années sous peine de ne pas toucher sa retraite pleine et entière : le comble de la régression sociale…en marche ! Déjà, les contrats de travail de courtes durées ont explosé et le chômage reste très élevé. La faute à qui ? aux fainéants qui ne veulent pas travailler ou aux chefs des grandes entreprises et au gouvernement qui ne leur refuse rien et organise l’emprise de la finance privée sur nos vies ? Là se situe la source de la crise dans laquelle nous enfonce le libéralisme.

Les problèmes qui ont fait surgir les gilets jaunes de leur solitude pour se faire entendre et qui ont rencontré la sympathie d’une large majorité du peuple, demeurent entiers. Ils sont toujours devant.

C’est ce qu’ils ont l’intention de rappeler dès ce prochain samedi.

René Fredon

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