Macron, le grand débat, les gilets jaunes et le Vénézuela !

Quel rapport à priori ? Beaucoup plus qu’il n’y paraît. Ce dernier week-end de janvier était riche en évènements en France et dans le monde.

On attendait à Paris une grosse manif de gilets rouges en soutien à Macron : 10 500 selon la police (pourquoi pas 10 510, soyons précis !) Pas de quoi fouetter un chat ni en faire des tonnes. Juste dire le degré de mobilisation des républicains en marche pour voler au secours du président des riches aux prises avec un mouvement citoyen qui n’a pas dit son dernier mot et qui a déjà durablement ébranlé ce pouvoir.

Au point que Macron consacre deux mois de son temps si précieux à battre la campagne pour tenter de recadrer le débat tout en donnant l’illusion qu’il va intégrer les opinions émises et satisfaire les principales attentes sociales qu’il a pris soin de sélectionner lui-même pour éviter trop de malentendus…Il conçoit le débat comme un exercice d’écoute mais bien plus, une occasion de mieux expliquer la politique libérale qu’il mène et qu’il n’entend pas remettre en question.

Ce ne sont pas des gilets jaunes qui le disent : c’est Chantal Jouanno, la présidente de la commision nationale du débat public (CNDP) qui avait été choisie pour organiser le débat national annoncé par Macron. Elle  a préféré s’abstenir compte tenu de la polémique sur son salaire, (14 666 euros bruts), mais apparemment elle en a gros sur la patate.

Elle n’y est pas allée de main morte le 25/1/19 sur LCI (1), déclarant que “le grand débat, il est faussé, ce n’est pas du tout la méthode que nous avions proposée…Quand vous choisissez les questions, vous choisissez les réponses…Le grand débat se résume à un questionnaire sur quatre thèmes et vous ne pouvez répondre qu’aux questions qui sont posées par le gouvernement…” Même si l’on ne vous coupe pas la parole, par courtoisie. En somme, courriels et documents à l’appui, Médiapart a confirmé que la CNDP était disposée à assurer l’impartialité et la neutralité du débat mais l’Elysée s’y est opposé.

Et pour qu’on la comprenne bien elle a précisé que “nous ne sommes pas dans un grand débat. Il y a les réunions du président de la République, totalement légitimes mais c’est une com’politique, c’est de la démagogie…le principe d’un grand débat n’est pas de poser des questions aux Français, c’est à eux de choisir les sujets…”

 epuis plus de deux mois, les gilets jaunes ont largement fait connaître les raisons qui les avaient conduits à exprimer ce ras-le-bol devant les réalités sociales qui laminaient leur pouvoir d’achat, leurs conditions de vie face à un pouvoir qui les toisait de très haut en ayant l’air de les prendre pour des citoyens de seconde zone qui ne comprenaient pas grand chose à la gestion d’un pays.

ils se retrouvent solidaires et engagés dans l’action, pas seulement pour eux-mêmes mais pour toute cette partiD’isolés, e de la société qui vit dans la précarité quand ça n’est pas dans la pauvreté et, au mieux, dans la peur du lendemain pour tous ceux dont on rogne les revenus par tous les bouts. Tout en constatant qu’il n’en était pas de même pour les “premiers de cordée” chers à Macron qui supprime l’ISF comme signe tangible de sa sensibilité politique en même qu’il baisse les APL, terrible constat pas seulement symbolique ! Et il annonce qu’il garde son cap…

Tout pour donner un très mauvais signal à toutes les victimes de sa politique qui regardent d’un oeil très sympathique le mouvement des gilets jaunes, même si des actes de violence condamnables ont atténué, souvent à tort, ce soutien, actes accentués par le comportement des forces de police, agissant sur ordres, et utilisant des moyens qui s’avèrent très dangereux, donc inappropriés et de nature à dissuader de manifester.

Ce week-end, la mobilisation certes en baisse mais pas autant qu’il n’était pronostiqué sur les chaînes en milieu de journée (20 000 manifestants ?) s’est avérée proche de celle de la semaine précédente, les médias se sont centrés sur l’initiative d’une gilet jaune de faire une liste aux Européennes sans aucun mandat ! L’occasion de faire réagir d’autres GJ, parfois sur le même plateau, histoire d’appuyer sur l’absence de cohésion d’un mouvement dont une partie se lance dans l’arène politique.

Une initiative qui, pour d’autres GJ, ne peut que favoriser LREM à qui elle ne prendrait que peu de voix. D’autant que les premiers noms qui ont circulé avec Ingrid Levavasseur s’avèrent plutôt proches de cette sensibilité, ce qui n’a rien de surprenant puisque les GJ sont un mouvement horizontal se voulant transpolitique, hors de tous les partis et syndicats. Ce qui ne simplifie pas la convergence avec les organisations qui ont une véritable proximité avec leur combat social, écologique et institutionnel…contre les choix de Macron.

Ce qui revient à faire de la politique tout en bousculant ceux qui en font profession, au gouvernement et dans l’opposition, même si celle-ci est traversée de courants résolument anti-libéraux et d’autres très à droite.

Il en est qui, déjà, voient une coïncidence entre le “grand” débat et la perturbation qu’il crée parmi les GJ, ce que Macron ne revendiquera pas forcément mais ce dont il se réjouira certainement. Il ne dissimule pas son impatience d’en finir le plus vite possible.

Sauf que, comme il maintient son cap et que son autorité politique en a pris un sérieux coup, ce n’est pas seulement les GJ mais tout le mouvement social qui l’attend au tournant de ce qu’il aura tiré de cette consultation biaisée qui ne saurait servir à mettre les revendications les plus urgentes sous le tapis. Qu’elles soient sociales, écologiques, fiscales, institutionnelles, territoriales…

Et comme il n’a pas assez à faire avec la crise profonde qui secoue le pays, l’Europe elle-même discréditée par ses carences sociales et…démocratiques, le voilà qui se mêle de ce qui se passe au…Vénézuela en approuvant Trump dans sa volonté d’aider, avec Bolsonaro, le coup d’Etat en cours dans ce pays fragilisé par une crise économique et politique sérieuse entretenue par les Etats-Unis qui n’ont cessé au fil du temps de s’ingérer dans les affaires de tous les Etats du continent américain, au Nord comme au Sud. Et d’installer des bases militaires où bon leur semble à travers le monde !

Macron s’est permis de “saluer le courage des Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté” Il menace : s’il n’y a pas d’élections dans les huit jours il reconnaîtra Guaido !! Comme s’il était légitime de soutenir un second président auto-proclamé, volant au secours du positionnement des Etats-Unis qui n’ont même pas eu la majorité des 15 chefs d’Etats de la communauté  des Caraïbes, ni aucun consensus dans l’organisation des Etats américains (OEA), ni la condamnation du conseil de sécurité de l’ONU rejetant la résolution des Etats-Unis soutenus par la France et l’UE.

La Chine, la Russie, la Turquie, l’Afrique du Sud, l’Iran, Cuba, la Bolivie, l’Equateur...ont affirmé leur solidarité au gournement légitime et leur opposition résolue à toute ingérence extérieure. Le Mexique et l’Uruguay sont prêts à servir de médiateurs pour trouver une solution politique.

En France, seuls le PCF, la FI et le NPA se sont désolidarisés de cette ingérence provocatrice soutenue par la France, lourde de menaces militaires et financières sur ce pays riche en réserves de pétrole parmi les plus importantes au monde et dont le marché s’est effondré.

En Italie, Salvini s’aligne sur Trump, l’UE et Macron tandis que son allié s’en démarque ! M. Le Pen se gratte la tête, ça fait désordre dans la perpective des européennes ? Pas tant que ça : ce sont de faux ennemis. L’un sert de repoussoir à l’autre !D’ailleurs Bolsonaro qu’ils ont vite adoubés, Salvini et Le Pen, poursuit son but : casser la gauche progressiste au Brésil et au Vénézuela. Il parle même d’installer une base militaire américaine…déjà !

Quand les intérêts capitalistes sont en jeu, les alliances des mêmes prennent le pas sur leurs divergences, ils se serrent les coudes pour s’offrir une nouvelle proie au nom de la…démocratie !  Et pourtant, Jimmy Carter disait, en 2012, que “le Vénézuela a le meilleur système électoral au monde”(1) Ce n’est pourtant pas un gauchiste ?

En France, avec 16% des inscrits au 1er tour, on peut finir président de la République…Elle est pas belle la…démocratie !

René Fredo

(1

https://www.lci.fr/politique/video-chantal-jouanno-sur-lci-le-grand-debat-national-se-resume-a-un-questionnaire-2111123.html

 

(2) https://www.businesswire.com/news/home/20120921005993/fr/

 

3 + https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-10-11-Venezuela

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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