Les journalistes du “Diplo” s’expliquent..

Vendredi 6, au foyer de la jeunesse, les “amis du Monde diplomatique” (amd) avaient organisé une rencontre avec les deux journalistes, Simon Fontvieille et Jean-Baptiste Malet, qui ont mené l’enquête publiée dans le mensuel de mars 2020.

Devant une salle comble -un peu petite il est vrai- ils ont, tour à tour, rappelé les circonstances et les motivations qui les ont amenés à entreprendre un travail de près de deux ans après la victoire de Macron en 2016 suivie du raz-de-marée aux législatives, au détriment des sortants principalement LR et PS qui disposaient de forts groupes à l’assemblée.

Cela s’est traduit, dans le Var, par la défaite de six des huit députés LR sortants au profit de LREM. Les LR n’en sauvant que deux, à La Garde et à Toulon 1ère circonscription.

Les Européennes de mai 2019 ont amplifié le phénomène avec, toujours sur fond de très forte abstention (51%), un très mauvais score pour les LR (10,65% !) et les candidats de gauche et une poussée du RN à 30,71%.

De quoi ébranler Falco qui parait très installé après ses 3 victoires au 1er tour en 2001, 2008 et 2014, après la débâcle de 1995 et l’arrivée du FN au pouvoir local, bénéficiant du discrédit d’Arreckx à la tête d’un système reposant sur le milieu toulonnais et son chef, assassiné en 1993, un an avant le meurtre de la députée FN Yann Piat !

Dauphin désigné d’Arreckx, Falco lui a succédé à la présidence du conseil général avant de devenir maire de Toulon puis président de TPM. Véritable “patron” politique de la droite du Var. Proche des institutions patronales, il gère avec l’appui de grands groupes multinationaux bien implantés à Toulon. Il modèle notre ville dans le sens de la gentrification du centre-ville au profit des populations aisées comme il favorise le tourisme haut-de-gamme.

L’enquête du diplo fait de lui -comme du temps d’Arreckx- “l’élu des militaires, des personnes âgées et des pieds noirs…”

 Il sera impossible aux deux jeunes journalistes d’obtenir des rendez-vous et des réponses aux questions qu’ils souhaitaient poser au maire et à différentes personnalités de sa mouvance. Ils ont évoqué la réponse de…son avocat, Me Fradet qui les met en garde contre des propos qui, selon lui, portent atteinte à l’image du maire…véhiculant “la haine et la diffamation” ?  Bref, la réponse sera judiciaire.

Ils voulaient justement lui permettre de répondre à des témoignages qui, effectivement, sont graves mais précis, comme ils le publient après avoir interrogé plusieurs témoins et recoupé les témoignages.

C’est précisément ce qui fait la crédibilité de cette enquête et de leurs auteurs : des faits, des témoins, des preuves, après l’analyse du contexte socio-économique, politique, historique…

Toulon n’a pas l’exclusivité d’un tel constat de l’emprise d’un maire sur les institutions qu’il “chapeauté” et dont il nomme les directeurs et le haut encadrement. Le clientélisme en est une conséquence et les pratiques internes hyper-centralisées, une autre. L’autoritarisme, les pressions, l’opacité y sont permanents. (1)

Les intervenants.es se sont réjouis de telles révélations et en ont félicité les auteurs, leur courage, leur pertinence. Trois témoignages de Toulonnais.es proches des cités ont confirmé  les pratiques mises au jour connues depuis bien des années. Une procédure judiciaire a été engagée récemment concernant les pratiques à Toulon-Habitat. La vie associative y a périclité…les solidarités rendues plus difficiles, marginalisant un peu plus ces quartiers et leurs habitants.

La question soulevée, avec parfois, de la passion c’est de savoir ce qu’on va faire de cette enquête qui met à découvert des pratiques de gestion clientélistes (embauches, logements et autres “privilèges”…), comment faire que les choses changent vraiment ?

Certains considérant que c’est la politique qui nous divise ? Donc on l’écarte, alors que c’est le nœud du problème ! Croit-on qu’il suffirait de prétendre ne pas faire de politique pour mieux se rassembler, se défendre et se faire entendre ? Pas si simple : contre qui et quoi on se bat…si ce n’est contre des décisions qui découlent de choix politiques du pouvoir, central, régional ou local ? En lien avec les grands intérêts privés capitalistes mondialisés.

Ne faut-il pas faire la clarté d’abord ? Le camouflage derrière le “sans étiquette” et “l’a-politisme” n’est-il pas un cache-sexe passablement hypocrite ? Oui, rassembler toutes les sensibilités et n’en laisser dominer aucune quel que soit l’engagement -ou non- de chacun pourvu qu’il combatte la source de nos difficultés et les véritables responsables des décisions qui nous oppriment. Chacun comptant pour un, sans que nul ne s’autocensure.

La conception de Falco -et il n’est pas le seul-, c’est “je suis élu sur mon programme, je l’applique et je n’ai pas à vous demander votre avis pour cela“. Il nous consulte seulement pour nous faire soutenir la mise en œuvre de son programme !!!

Jean-Baptiste Malet a conclu sur la nécessaire mobilisation des Toulonnais eux-mêmes qui supportent une situation sur laquelle ils n’ont pas de prise, croient-ils. Là est le problème et la solution passe par une prise de conscience que les populations comme les salariés.es, ne sont pas vouées à subir des décisions qui leur rendent la vie toujours plus dure et l’avenir toujours plus incertain. “Et ça prendra du temps” a-t-il dit.

Elles ont besoin de prendre confiance dans leur force si elles s’unissent, sans autre considération que leurs intérêts communs, contre l’aggravation de leurs conditions d’existence, quelles qu’elles soient. Ce n’est pas en rejetant “la politique” sous prétexte qu’elle est faite contre le peuple qu’on y arrivera mais en se l’appropriant pour en changer le sens, le contenu et la manière qui garantisse le respect de la souveraineté du peuple.

René Fredon

(1) Qu’on songe aux époux Balkany à Levallois, finalement condamnés à 3 ans de prison ferme après 30 ans de fraudes en tous genres, d’abus de biens sociaux, d’abus de pouvoirs, de détournements de fond publics…Comment ont-ils fait pour rester si longtemps à la tête de la ville et passer pour des bienfaiteurs, bons gestionnaires ?