“L’après crise”: attention au piège !

La situation n’incite pas à la rigolade. Pourtant ce lundi matin, deux titres sautaient à la figure : -“Nous vaincrons, promet Elisabeth II, espoir en Europe.” Le second : “coronavirus : vive inquiétude après l’hospitalisation de Boris Jonhson !”

On n’a même pas atteint le pic de la crise sanitaire beaucoup plus meurtrière que ne l’annonçait un gouvernement déphasé dès janvier, qu’on nous prépare à un déconfinement décalé selon les régions et plus ou moins long selon les tests qu’on est censé pouvoir faire sur les personnes alors que les pénuries sont loin d’être derrière nous. Que ce soit de matériels et de médicaments.

Et que dire des lits ? Ils en ont supprimé 100 000 en France entre 1997 et 2017 de Chirac à Macron en passant par Sarkozy et Hollande ! Les personnels à proportion. Et ils ne seraient responsables de rien ? On ne peut pas leur reprocher le virus, voyons ? Non mais l’état dans lequel ils ont mis nos hôpitaux publics, oui.

Particulièrement Macron, jeune inspecteur des finances sorti de l’ENA en 2004,   appelé par Jacques Attali, en 2007, sous Sarkozy, à rédiger le rapport “pour la libération de la croissance française” prescrivant  de réduire les dépenses publiques de 20 milliards chaque année pendant 5 ans et d’externaliser des services périphériques à l’offre de soins dont les achats de matériel médical...” Puis associé-gérant de la banque d’affaires Rotschild en 2010.

Il fera la campagne de François Hollande en 2012, le redoutable “ennemi de la finance” (?) qui en fera son conseiller spécial à l’Elysée avant de le nommer ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique en 2014. Il s’illustrera par une loi (“loi Macron pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques”) en 2015. Quelle égalité  ?! Tout pour les très riches. Les Gilets jaunes allaient lui en parler d’égalité…(suppression de l’ISF pour les riches et réductions des APL pour les pauvres !) Tout un symbole.

La destruction des services publics s’est accélérée et il a engagé sa contre-réforme des retraites, une manière de liquider notre système solidaire par répartition selon les voeux des fonds de pension et d’en prendre directement le contrôle. Pour le moment suspendue, pas abandonnée.

A l’instar du chef de l’Etat, certains sont déjà prêts à parler d’avenir avec des intentions touchantes pour qu’on sache pouvoir compter sur eux pour tirer les leçons de leurs échecs récurrents et délibérément assumés.

STOP OU ENCORE ?

On les comprend mais à quoi vont-ils nous servir pour faire la critique de leurs politiques libérales qui les disqualifient définitivement pour avoir mis les peuples et la planète dans un état aussi pitoyable faute de services publics dotés de moyens et qu’aucune coordination d’envergure, pas même en Europe, n’est possible pour en venir à bout dans un minimum de temps et pour un minimum de pertes humaines.

La santé n’entre pas dans le champ des compétences de l’Union européenne” vous répondra-t-on ? C’est vrai…sauf que la surveillance des budgets est draconienne, avec le pacte de stabilité (pas de déficit) et les “recommandations” de réduction des dépenses publiques validées par les chefs d’Etat !A court d’arguments, les commentateurs aux ronds-de-serviettes sur tous les plateaux, y vont de leurs couplets sur “les victimes réelles chinoises” dont il faudrait forcément douter, comme si l’efficacité reconnue et leur aide après être parvenus à maîtriser le virus chez eux, devaient être forcément suspects et vécues comme une humiliation ?

La question qui les taraude, c’est comment faire oublier que la crise sanitaire ne fait que révéler et accentuer une crise économique déjà existante, encore plus redoutable dans ses conséquences humaines et pour l’enjeu qu’elle représente : le système capitaliste dans son ensemble.

Macron aurait-il viré sa cuti libérale ? Lorsqu’il a, très tôt, pris l’initiative de jouer les Chefs d’Etat avisés, prêt à admettre que l’après-crise ne serait pas l’avant ! Il cherchait à rassurer sur sa détermination à conduire l’action du gouvernement. Inutile de rappeler les incohérences, “les mensonges d’Etat”, comme l’écrit Médiapart, ils continuent.

Il ne veut pas se laisser déborder par son opposition, plutôt divisée et d’horizons idéologiques marqués. Sauf qu’il n’est pas sorti du nid en 2017 ni n’a découvert l’objectif libéral des politiques de santé, en arrivant à l’Elysée. Alors son couplet :”on ne pouvait pas deviner ce qui allait nous arriver…” ne tient pas la route une seconde.

 Evidemment il entretient l’équivoque pour celles et ceux qui veulent bien se laisser raconter des histoires qui finissent bien  puisque il n’y a pas de méchants mais des repentis prêts à promettre qu'”il faut que  tout change pour que rien ne change” ! selon l’auteur du Guépard, Tomasi di Lampedusa.

Autrement dit, tout faire pour que n’advienne pas la possibilité d’en finir avec la domination de la finance mondialisée arrivée en bout de course et qui tombe les masques mais n’en trouve pas quand il y en a besoin. Les stocks ont été dilapidés.

Les Etats libéraux et leurs institutions mondiales s’avèrent incapables de préserver la paix, la santé, la sécurité, le bien-être des peuples par leur coopération sans domination…Et ils détruisent la planète sur l’autel de la jungle des exigences de rentabilité immédiate pour les actionnaires.

Seule compte la course aux profits, par le productivisme, le consumérisme débridés sur fond de peuples exploités, opprimés, divisés, soumis à la finalité d’un système qui n’a que l’argent en vue pour la sur-consommation de quelques-uns et la sous-consommation du très très grand nombre.

Un tel système a quelques raisons de se sentir délégitimé par les peuples de plus en plus conscients de la cupidité des liens qui lient le pouvoir politique à la possession des richesses et aux affaires.

Ils se détournent des politiciens par une abstention de plus en plus majoritaire mais pas de la politique pour peu qu’on les respecte et qu’on les associe à des projets humains, d’intérêt strictement général. Donc qu’on en finisse avec les liquidateurs des services publics porteurs d’une vision utilitariste de l’économie.

Vaste chantier que de mettre l’économie au service des humains et de la planète, pas du capital et de ceux qui le servent ! D’autant qu’il est indissociable de la préservation de nos ressources naturelles comme de notre environnement dans toute sa diversité alors que l’on s’éloigne des objectifs fixés par les scientifiques du monde entier.

L’une des conséquences formulées par les virologues, ces sentinelles des pandémies  associe les virus inconnus aux changements climatiques ainsi qu’aux bouleversements de l’habitat des espèces animales qui a tendance à se rapprocher des villes et à essaimer sur tous les continents par les transports aériens. Les facteurs environnementaux devenant de plus en plus essentiels.

C’est peu de dire que le principal moyen de ne pas se laisser déposséder de l’occasion de transformer les rapports sociaux qu’appellent les changements révolutionnaires (au sens éthymologique du terme), donc démocratiques et progressistes, sociaux et écologiques, repose sur l’intervention populaire la plus large pour formuler les attentes et les propositions concrètes à ne pas différer et donc à définir.

Un second volet de la réflexion porte sur la crise proprement économique  qui s’en trouve décuplée, dont la dimension et l’issue englobent les solutions à la crise sanitaire.

Une invitation à poursuivre le débat par vos contributions.

N’attendons pas de prêt-à-porter.

René Fredon