Coronavirus : le pays en alerte maximum..

Plus que jamais urgence, les deux prochaines semaines seront particulièrement tendues, “le combat ne fait que commencer…”a déclaré E. Philippe.

C’est le mot d’ordre qu’ont voulu faire passer le Premier ministre et le ministre de la santé, samedi après-midi, faisant le point sur l’état des lieux sanitaire (plus qu’économique) et les dispositions en cours pour pallier les attentes qui perdurent et renforcer les lits d’accueil et les effectifs qui manquent dans certaines régions (Est, Ile-de-France…) quitte à solliciter les régions moins touchées par le virus et y déplacer les malades.

Si la maladie est bénigne dans 85% des cas, elle est très contagieuse et le nombre des contaminés double tous les trois ou quatre jours. D’où l’efficacité du confinement à grande échelle s’il est observé avec rigueur. Et si le décalage avec les moyens humains et matériels -pas leur qualité, leur quantité- atteint assez vite le niveau des besoins sur le terrain qui sont énormes et variables d’une région à l’autre.

Si chaque malade infecte moins d’une personne, l’épidémie va décliner...” a indiqué l’épidémiologiste le Dr Arnaud Fontanet, du Haut conseil scientifique qui estime pouvoir mesurer l’impact d’ici la semaine prochaine.

Ce qui suppose de tripler le nombre de lits de réanimation, porté de 5 000 à 14 000 “rapidement” a souligné le Premier ministre qui a parlé de commander des “respirateurs” à l’entreprise française “Air Liquide”.

Même chose pour les masques qui n’arrivent qu’au compte-gouttes. Une commande de 1 milliard a été passée…à la Chine. Nous n’en produisons que 8 millions par semaine, comme s’il était normal de s’en apercevoir après 3 mois de crise en pleine extension ? La seule question qui vaille, c’est : “quand les aura-t-on ?” Il est vrai que, pendant un temps, on a dit que ça ne servait à rien…

Un avion-cargo chinois a atterri dimanche soir à Roissy avec 100 tonnes de matériels dont 5,5 millions de masques.

Le ministre de la Santé a mis l’accent sur le dépistage jugé décisif pour contenir la progression du virus. “Avec une commande de  5 millions de tests rapides qui s’ajouteront à un objectif de 50 000 tests classiques et 30 000 tests rapides par jour d’ici la fin avril”. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Il a également tenu à dire qu’“aucun traitement n’a fait ses preuves en France et dans le monde.”Une manière de relativiser les travaux du Dr Raoult et de l’inviter à la patience. Le débat ne peut que rebondir.

Concernant les EHPAD très exposés en raison de la fragilité dûe à l’âge de leurs pensionnaires, Olivier Véran les as invités “à se préparer à un isolement individuel dans les chambres” et à encourager le personnel à sortir le moins possible de l’établissement pour limiter les risques.

  1. Philippe ne veut pas laisser dire que son gouvernement pourrait avoir mauvaise conscience, pas même celle, la plus fondamentale, de ses coupes dans les budgets des hôpitaux publics qui les ont littéralement asphyxiés, comme les gouvernements précédents qui ont préparé le terrain à la privatisation du secteur de la santé, incluant les industries du médicament.

Mais alors, que peut-on attendre de “l’après virus” si c’est pour reprendre les mêmes orientations, de rationnement des soins et des prescriptions, de suppressions de lits, de services, de regroupements d’hôpitaux , de tarification à l’acte…d’une santé publique évaluée à l’aune de critères exclusivement économiques faisant la part belle aux investisseurs privés, aux banques et aux marchés.

Macron n’avait-il pas invité les Français.es à “interroger le modèle de développement qui dévoile ses failles au grand jour”? On ne le lui fait pas dire. Encore faut-il que nous parlions de la même chose. Car l’avenir, c’est demain.

Les peuples ont le plus grand intérêt à se mêler de leur système de santé qui a failli, dans la plupart des grands pays capitalistes occidentaux, par sous-estimation du premier devoir d’un Etat : assurer l’accès aux soins de qualité pour n’importe quel citoyen, de la même manière qu’il sera impossible, demain, de contenir les changements climatiques sur notre planète, si l’on se refuse à changer nos modes de vie, nos modes de production et de consommation.

Les gouvernements successifs ont délibérément sacrifié le service public hospitalier tout au long des 40 dernières années, pour lui substituer un secteur privé répondant aux seuls critères de rentabilité et donc à vocation marchande.

La récession mondiale s’ajoute aux surcoûts du coronavirus. Ils parlent de “nationaliser”… Diable ? Mais c’est pour mieux re-privatiser, qu’on ne s’y trompe pas ! Ils nous refont le coup des nationalisations temporaires, le temps de socialiser…les pertes ! Selon leur principe : les pertes pour le peuple, les profits pour les actionnaires.

Ils voudraient que les salariés travaillent davantage et se confinent moins, donc s’exposent davantage. Soient plus flexibles c’est même pour ça qu’ils ont cassé le code du travail. Là ils parlent de 60 h à la discrétion des patrons ! Quant aux heures sup et aux primes il y aura beaucoup de cas de figures. Seront-elles toutes payées ? Cela n’empêche pas les soignants.es d’être aux avant-postes et de mériter la reconnaissance de tous.

Ce que les salariés contestent c’est de s’exposer pour des travaux qui ne constituent pas des activités essentielles pour la population. La Chine n’a pas hésité à arrêter nombre de productions sans se préoccuper des profits. Avec une certaine efficacité sanitaire.

Outre Atlantique, Trump et Bolsonaro penchent nettement pour le maintien au travail, pas pour le confinement “qui coûterait plus cher…à l’économie ???” Un raisonnement littéralement criminel que ne suivent pas nombre d’Etats américains.

Sombre illustration de deux exemples de nationalismes qui vont à contre-courant de la nécessité des coopérations véritables dans une mondialisation hors de toute domination à commencer par celle du dollar et des “grandes” puissances.

Avec pour priorité la planète et l’humain d’abord.

René Fredon