La lutte des races supplante parfois la lutte des classes malheuresement !

Dans le cas occidental, il y a depuis le Moyen Âge un développement des racismes avec l’expansion européenne.

Il y avait eu l’Empire romain, d’accord mais, après la réorganisation européenne de la chrétienté, l’expansion de la colonisation va prendre des formes de préjugés concernant l’ascendance ethnique d’autres populations combinés avec une action discriminatoire, qui sont les deux composantes du racisme. Ces deux points sont très importants du point de vue historique.

Cette expansion déchaîne donc les formes de racisme, d’abord de façon interne à l’Europe, contre les musulmans, les communautés juives et d’autres minorités, y compris au nord de l’Europe.

La fin du XIXe siècle est une période de transition très importante, avec une formation idéologique des idées influencées par Marx mais aussi par les anarchistes, qui mettaient l’accent sur la lutte des classes dans le contexte de l’industrialisation. De l’autre côté, il y avait une vision de compétition non entre classes mais entre races.

EN 1853  La racialisation des minorités par M. GOBINEAU  est un projet pour effacer la lutte des classes et ce, aujourd’hui encore. Il s’agit d’un projet de naturalisation de l’inégalité.

« Le racisme informel existe toujours, et on peut le voir par exemple dans l’emploi, où les minorités sont franchement défavorisées dans certains pays – la France est un cas emblématique en Europe. »

Le fait est que la papauté et la chrétienté en bénéficiaient, et dans tous les domaines : le continent américain a été complètement converti, on l’appelait l’arrière-cour de l’Europe. La papauté n’a jamais eu le courage de contredire le colonialisme de façon nette, et il a fallu attendre le XIXe siècle pour avoir une condamnation claire de l’esclavage.

Il faut rappeler que l’abolitionnisme a été d’abord le fruit de multiples révoltes d’esclaves.

 Après la Seconde Guerre mondiale et la Déclaration des droits de l’homme de 1948, le racisme a été écarté du point de vue institutionnel, sauf aux États-Unis. La déclaration a été reproduite et développée dans différentes régions du monde au cours des dernières décennies.

Mais le racisme informel existe toujours, et on peut le voir par exemple dans l’emploi (le logement, les droits sociaux), où les minorités sont franchement défavorisées dans certains pays – la France est un cas emblématique en Europe. Et la capacité de l’État à faire respecter la loi et lutter contre les discriminations ne se voit pas non plus. Le racisme n’existe donc pas sur le plan formel mais, dans la pratique, il existe encore des formes de discrimination.

Il s’agit d’une question très actuelle, car l’extrême droite a décidé de mobiliser la nostalgie du passé, y compris colonial. 

C’est une vision de pouvoir – le racisme est toujours lié à une question de domination – mais, dans ce cas-là, il s’agit d’une reproduction de ce qui a été fait dans les années 1920 et 1930 dans des configurations d’extrême droite européenne.

La déclaration des droits humains de 1948 n’aurait probablement pas été approuvée aujourd’hui, notamment car elle a intégré non seulement des droits individuels, qu’on pourrait dire plus bourgeois, mais aussi des droits de protection contre l’État, des droits économiques et sociaux, et le droit à l’autodétermination.

Les déclarations des droits humains, de 1789 comme de 1948, ont été prises en main par les mouvements anticoloniaux et sociaux partout dans le monde. C’est quelque chose d’essentiel. Il faut encore aujourd’hui réaffirmer ces droits, car c’est la seule façon de bloquer l’extrême droite et d’encourager les mouvements sociaux pour l’avenir.

 

Christian Barlo

 Source « La racialisation efface la lutte des classes » : Entretien avec l’historien Francisco Bethencourt Humanite du 14 03 2026 

 

 

 

 

 

 

La lutte des races supplante parfois la lutte des classes malheuresement !