Gilets jaunes :Le témoignage de Marianne sur les violences policières du 5 janvier

Marianne, ce n’est pas son prénom parce qu’elle ne tient pas à s’exposer à d’éventuels ennuis professionnels ou autres, on peut comprendre cette jeune mère de famille qui s’occupe de personnes, âgées ou non à domicile et qui doit travailler dur et à plein temps, pour atteindre les 1 000 euros nets par mois en moyenne.

Nous l’avons rencontrée, elle participe régulièrement aux initiatives des gilets jaunes dont elle fait partie. Elle était témoin des violences policières qui se sont produites le samedi 5 avenue Vauban

Les gilets jaunes n’ayant pas de porte-parole, elle témoigne en son nom propre.

TV83 : Comment et pourquoi vous êtes devenue une “gilet jaune” ?

Marianne : Par hasard, je revenais du travail et je me trouvais près de la place d’Armes où se tenait un rassemblement de la CGT, je m’y suis mêlée, par curiosité. Il y avait des gilets rouges et des gilets jaunes qui parlaient des réalités sociales que je vivais très concrètement.

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans le mouvement des gilets jaunes et que j’ai commencé à participer aux marches de fin d’après -midi  dans la vieille ville, quand je le pouvais. De 17 h 30 à 19 h 00, nous partions de la Mairie et nous parlions entre nous de nos revendications, encadrés par la police municipale, sans jamais le moindre incident. Un cortège tout ce qu’il y a de pacifique. On parlait de notre pouvoir d’achat, de nos revenus, des taxes, de l’ISF, du référendum d’initiative citoyenne, de la question de l’immigration au moment de la signature du pacte de Marrakech…

TV83 : Le 5 janvier, vous vous trouviez donc à proximité des violences policières dont les images ont été abondamment relayées ?

Marianne : Oui, je les ai vécues de très près, j’ai même manifesté aux côtés du jeune d’origine africaine avant qu’il ne soit sérieusement frappé par le commandant Andrieu. Ce jeune n’avait rien du provocateur. J’affirme qu’il n’avait rien dans les mains, contrairement à ce qui a été répandu dans les médias.

Ce samedi là, vers 15 h 30-16 h 00, je me trouvais dans un groupe important place de la Liberté, nous voulions aller jusqu’à la gare pour redescendre sur le BD de Strasbourg, les policiers nous ont encerclés sur la place pour que nous ne prenions pas cette direction…ils ont commencé à nous gazer mais nous avons réussi à aller en direction de l’avenue Vauban. C’est là que je me suis trouvée près de ce garçon qui quelques instants après a été plaqué contre le mur par des policiers et furieusement frappé au visage comme on l’a vu à la télé.

Cette scène m’a beaucoup choquée, d’autant qu’elle a été suivie quelques secondes plus tard par de nouvelles violences sur un papy, plaqué lui aussi sur un capot de voiture et molesté par des policiers et leur chef.

A notre retour sur la place de la Liberté, il y avait un groupe de jeunes -sans gilets jaunes- qui ont lancé quelques canettes en direction des forces de l’ordre. Au lieu d’intervenir pour faire cesser leur provocation, ils ont gazé tout le groupe des gilets jaunes qui a fui la zone, certains voulant se réfugier dans le hall du cinéma, refoulés par les agents de sécurité, puis au  bar l’Oasis, près du kiosque qui est allé chercher un SDF pour le mettre à l’abri.

Les projections de gaz ont continué jusque devant le bar qui a dû fermer car les gaz pénétraient à l’intérieur ! Toute une rangée de policiers continuaient à envoyer des gaz. Quel danger y avait-il ? Aucun, il s’agissait de nous disloquer avec les grands moyens. Comment s’étonner que pareilles violences policières provoquent des envies de ripostes, des gestes d’auto-défense ?

TV83 : N’y a-t-il pas aussi des gilets jaunes -d’origines diverses ou infiltrés- qui viennent pour en découdre et donner ainsi à la police l’occasion de durcir leurs interventions et les poursuites judiciaires ?

Marianne : C’est possible mais c’est très minoritaire et je constate que ça sert surtout à nous en faire porter le chapeau. Nous n’allons pas manifester pour casser, nous sommes un mouvement pacifiste, déterminé à ce que nous soyons entendus, pas seulement écoutés. Nous voulons que nos revendications principales, à commencer par le rétablissement de l’ISF, soient prises en compte et se traduisent rapidement par des actes. Pour l’instant nous avons droit à des promesses et des discours qui nous disent que Macron poursuivra son programme : c’est contre ça qu’on se mobilise et ça intéresse la majorité des citoyens. Pas question d’y renoncer.

On nous parle de “débat national”. Si c’est pour que rien ne change à quelques détails près, comme le dit le président, autant changer de président !

En tout cas nous n’avons pas, à Toulon comme ailleurs, l’intention de renoncer à nos actions, ni à nos objectifs.

TV83 : quelle est votre opinion sur les exactions commises contre les biens et les personnes ?

Marianne : Je ne les approuve pas parce que ce ne sont pas des méthodes défendables, elles desservent notre combat contre les inégalités, pour vivre dignement…pour la libre expression des idées, dont celles que nous ne partageons pas et que nous avons le droit de contester. En réalité les médias même publics font la part belle aux idées du pouvoir en place. Nous sommes, nous les “petits”, le pot de terre contre le pot de fer. Il y aussi un combat à mener pour que le pluralisme de la société s’exprime dans tous les médias.

 propos recueillis par René Fredon

 

 

 

 

 

 

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