Gilets jaunes et pouvoir d’achat : les solutions existent !

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Depuis le discours de Macron le mouvement des gilets jaunes n’a jamais autant suscité de sympathie, à plus de 80% ! Pour Macron c’est l’inverse. Sa pédagogie et sa vision…condescendantes n’ont pas l’air de faire des miracles, ni sur les manifestants ni sur la très grande majorité des Français.es qui partagent leur colère.

Les commentateurs s’en donnent à coeur joie pour “expliquer” le phénomène que certains souhaiteraient visiblement voir s’épuiser, comme Y. Thréard du Figaro qui “trouve les Français schizophrènes : ils veulent moins d’impôts et plus de services publics ?” Avec son collègue des “Echos” ils relayaient la vision de Macron selon laquelle “la France avait trop de prélèvements obligatoires et ses fonctionnaires ne travaillaient pas suffisamment (35 h contre 39 en Allemagne), la croissance était revenue mais pas assez pour donner un coup de pouce au SMIC, aux bas salaires, aux pensions bloqués depuis des années”…

Il faudrait peut-être supprimer un peu plus de fonctionnaires...” se demandait Thréard qui se rappelait que Fillon avait programmé la suppression en 5 ans de 500 000 fonctionnaires d’Etat et des collectivités territoriales ! Et puis ces prestations sociales qui “coûtent un pognon de dingue”, ça fait mal à entendre quand on vit les réalités que l’on sait qui ne cessent de hanter les jours et les nuits de millions de familles aux ressources très insuffisantes qui se réduisent inéxorablement.

Jeudi soir au péage de Bandol où la députée E. Guerel, flanquée du maire JP Joseph était venue proposer aux manifestants “de mettre en place des ateliers de concertation pour trouver des soutions aux problèmes des Français…” la porte-parole des gilets jaunes l’a renvoyée à ce que le gouvernement sait très bien : “On veut de la transparence, on veut savoir à quoi sert notre argent…l’écologie, on n’est pas contre mais on n’a rien à manger, on ne va pas changer nos fenêtres et notre voiture ?…”

Trop facile de dire qu’on a conscience de la souffrance des autres comme cherche à le faire croire cette “majorité” à 20% de satisfaits. Encore faut-il la traiter en urgence au lieu de promettre la guérison à la fin du quinquennat tout en renforçant l’austérité et les inégalités. Au seul détriment des catégories les plus plus modestes de la ville et de la campagne, celles qui ne peuvent plus vivre dignement de leur travail ou qui n’en ont pas et qui galèrent pour en trouver…en se serrant la ceinture.

Si le pouvoir reste “droit dans ses bottes” en se contentant de ne rien changer à sa politique  au service des plus riches, il ne fera qu’attiser la colère populaire et le sentiment qu’il n’y a rien à attendre d’un “dialogue” qui n’en est pas un. D’où la détermination qui gagne le pays.

Il n’y a que les actes, c’est à dire des mesures concrètes qui redonnent du pouvoir d’achat à ceux qui sont dans “l’essoreuse” alors que, à l’autre bout de la société, non seulement on ne sait pas ce que sont les fins de mois difficiles mais on engrange des profits fabuleux sous toutes les formes (rémunérations scandaleuses, dividendes, niches et exonérations fiscales, dissimulation des profits dans les paradis fiscaux…) Autant de moins pour le budget de l’Etat

De l’argent, il y en a…

Une illustration : ce gouvernement a supprimé l’ISF qui prive le buget de 3,2 Mds de recettes. Ainsi ont été allégés les 325 198 assujettis à cet impôt qui totalisent un patrimoine de…1 023 milliards d’euros ! Le budget de l’Etat atteint un peu plus de 400 Mds. (1)

On pourrait prendre le CICE (crédit impôt compétitivité emploi) 21 mds versés aux entreprises sans contre-partie en emplois ??

Des chiffres qui font frémir et qui montrent que ce n’est pas l’argent qui manque mais bien une question de choix politiques.

Il est donc légitime que les victimes exigent réparation des dégâts des politiques mises en oeuvre depuis 18 mois qui aggravent les précédentes, de la même veine.  Déjà que cesse le rackett des automobilistes soumis à rude épreuve avec les hausses du carburant et des taxes prélevées par l’Etat, en plus de l’entretien, des réparations, de l’assurance, du parking. Les très riches n’ont pas de problème.

Dans la foulée, que diminuent -du moins sous un certain plafond de ressources- les taxes sur le fuel destiné au chauffage domestique et que soient taxés le kérosène des avions et le fuel lourd des gros navires de frêt et de commerce. Non  seulement ils polluent mais leur source d’énergie, polluante, est détaxée ??

Et puisque le prélèvement à la source de l’impôt des salariés leur a été imposé, pourquoi ne pas prélever aussi les dividendes à la source, ça pourrait s’avérer efficace pour le budget de la nation ?

Et puis justifier cette taxation des plus modestes au nom de la transition écologique relève de la double peine :”vous êtes non imposable parce que vous avez des revenus insuffisants, eh bien…on va vous faire payer des taxes, au même taux que les riches, c’est pour l’écologie” !! Et on va vous donner une prime pour vous inciter à moins polluer. C’est de l’écologie punitive et culpabilisante. Vous resterez dans le besoin à grignoter sur le nécessaire du quotidien. Sans que les inégalités se réduisent.

Pendant ce temps nos industries et nos transports continueront à polluer en grand, à épuiser la planète, en ouvrant les mines de charbon, en déforestant, en transportant à base d’énergies fossiles, en gaspillant et en polluant nos océans, en faisant reculer la bio-diversité…à cause d’un système économique productiviste qui porte un nom , le capitalisme prédateur, dont la finalité purement mercantile s’avère incompatible avec une répartition juste des richesses produites…par les salariés qui n’ont que leurs bras, leur tête mais pas la co-propriété de leur outil de travail !

Là encore, les professions de foi ne manquent pas, chez Macron, pour passer pour le meilleur élève de la classe des Chefs d’Etat dans la course à la réduction des gaz à effets de serre. Il ne veut pas admettre que tout le monde n’a pas les mêmes responsabilités pour que réussisse la transition écologique. Les freins puissants ne sont pas du côté du peuple.

C’est que la question sociale, celle du pouvoir d’achat, de l’emploi, des services publics, des protections sociales est inséparable de l’urgence écologique. Donner du pouvoir d’achat et un emploi aux millions de Français.es qui en ont besoin…c’est possible. A condition de faire contribuer beaucoup plus les revenus du capital, les spéculateurs et les maîtres de la finance

auxquels il faudra bien retirer, le moment venu, le pouvoir absolu qu’ils exercent sur l’économie et donc sur nos vies. Sans attendre Trump, Bolsonaro, Salvini, Orban et quelques autres.

Les “gilets jaunes” ont, en quelques jours, élargi le champ de leur mouvement, tout en tenant à garder son indépendance et son originalité. Des convergences existent avec d’autres forces politiques et syndicales notamment qui ne peuvent qu’ajouter à la pression nécessaire sur le gouvernement dans le sens d’une plus grande justice sociale et fiscale.

 

Ils ont mis en mouvement la France profonde qui exprime ses colères, ses frustrations, ses humiliations. Comme celles des agents de la fonction  publique promis à d’inquiétantes régressions, comme l’ensemble des retraités dans l’angoisse du devenir de notre système de retraites, comme tant d’autres catégories sociales…

Le Père Noël de l’Elysée ne sera pas forcément le bienvenu cette année.

 

René Fredon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) http://www.pcf.fr/article_fr_25novembre?utm_campaign=20181126adh3&utm_medium=email&utm_source=pcf

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