Fête nationale du 14 juillet : Trump en invité d’honneur ?

Deux mois après son élection à la Présidence de la République, E. Macron a osé placer le 14 juillet sous le signe de l’Amérique et de son président Trump, le plus contesté pour les valeurs qu’il incarne les actes qu’il met en oeuvre et le personnage qu’il cultive.

Que la France rende hommage aux soldats américains tombés lors de la première guerre mondiale, il y a 100 ans aux côtés des nations européennes dont la France, envahies par l’Allemagne alliée à l’Autriche-Hongrie et à l’Italie, rien de plus normal. Les commérations du 11 novembre en sont le cadre dédié.

Il n’est pas inutile de rappeler que si les Etats-Unis avaient déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917, leurs troupes ne sont intervenues qu’à partir du 12 septembre 2018, deux mois avant l’armistice ! Ce qui n’enlève rien au sacrifice de dizaines de milliers de jeunes soldats dans cette “boucherie” inter-impérialiste qui a fait 18 millions de morts civils et militaires.

Une guerre dénoncée par Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914 à Paris, trois jours après l’entrée en guerre de l’Autriche-Hongrie et après une série d’appels au meurtre dans la presse de l’Action française. Depuis 1895 il avait lancé sa fameuse phrase :”le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage”.

Jusque là les Etats-Unis étaient restés neutres, profitant de leur position pour fournir armes et argent aux pays de l’entente agressés par les envahisseurs.

Quel rapport avec notre Fête nationale ? Avec les idéaux et les valeurs auxquelles nous renvoie la Révolution française ? Il est vrai que les chefs d’Etat successifs en ont fait une manifestation tournée vers l’exposition de nos armées, de leurs matériels et de leurs troupes. Pour magnifier la nation et la souveraineté nationale de plus en plus diluées dans la mondialistation financière que semblent déplorer leurs dirigeants comme s’ils n’en étaient pas responsables !

Et qu’il fallait compter sur eux pour rassembler les peuples contre les menaces terroristes d’aujourd’hui, bien réelles certes mais que les puissances occidentales ont contribué à développer au gré de leurs intérêts pas toujours convergents. Le monstre leur échappe et frappe partout aveuglément, sauvagement laissant le chaos, les ruines et les morts derrière eux. Les migrants aussi qui ont droit à un accueil digne loin d’être assuré.

Que sont devenus les trois mots inscrits aux frontons de nos mairies :”liberté-égalité-fraternité” qui symbolisent la République. Que signifient-ils, au quotidien, pour l’immense majorité des citoyens aujourd’hui ? On trouvera une partie de la réponse dans les choix politiques que E. Macron veut précipiter et qui accentueront toutes les inégalités sociales tout en réduisant la vie démocratique.

On les trouvera aussi dans le programme que Trump essaie d’imposer au peuple américain qui se dresse contre les régressions de tous ordres annoncées par le milliardaire ultra-conservateur.

Que nous invitions des chefs d’Etat à partager cet hommage, rien de plus normal . Il s’agit d’un évènement dont la portée demeure universelle : la fin de l’ancien régime, des monarchies de droit divin, pour reconnaître à tous les citoyens les mêmes droits et les mêmes devoirs, par delà leurs origines, leurs religions, la couleur de leur peau, leur sexe, rien de plus naturel.

Que pour cette commémoration -la première de son quinquennat- E. Macron ait fait de D. Trump son invité d’honneur à cette occasion, ne manque pas d’interroger les Français attachés aux valeurs de la République, qu’il ne suffit pas de proclamer mais de concrétiser, enfin.. 228 ans après la prise de la Bastille.

Comment ne pas y voir un symbole par delà les considérations diplomatiques ? Celui de deux chefs d’Etat, issus du monde de la finance et des affaires, partageant les mêmes choix idéologiques mais pas forcément le style et la manière de les faire partager. Rappelons-nous, en France il n’y avait qu’une formation politique pour souhaiter la victoire du candidat Trump : le FN.

Certes il a été élu…à la surprise générale et avec une très forte abstention, comme d’habitude dans ce pays qui sert de modèle de démocratie. Le nôtre n’a guère fait mieux en matière d’adhésion au programme présidentielle et d’abstention à la législative…

Le président français a choisi de s’afficher avec avec celui de la plus grande puissance symbolisant le capitalisme qui ne craint pas, aussitôt élu, de retirer la signature de son pays de l’accord de Paris sur le climat, quitte à être le seul mais quitte aussi, vu sa part énorme d’émissions polluantes, à compromettre l’effort collectif si difficilement atteint. Pour que les multinationales américaines puissent poursuivre sans entrave l’exploitation des hydrocarbures, tant pis pour la planète !

Entre le boycotter et lui donner la vedette le jour du 14 juillet, il y a une marge. Ce ne sont pas les mondanités et le faste donnés à cette très somptueuse réception publique au nom et aux frais des Français, qui les rassureront.

Ils s’apprêtent à résister aux mesures annoncées, toutes en faveur des plus riches même et surtout si on prend l’argent notamment dans la poche des fonctionnaires et des retraités très modestes pour payer leurs indécents cadeaux ! Serait-ce cela l’esprit de la Révolution de 1789 ?

Ce court extrait du discours de Robespierre sur “les subsistances” du 20 décembre 1792 devant la Convention devrait être médité en particulier par nos gouvernants : “Quel est le premier objet de la société ? c’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? celui d’exister.
La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là…”

Nous sommes aujourd’hui en sens exactement inverse. Et si nous sommes beaucoup plus nombreux sur terre, les richesses créees, par habitant, sont infiniment supérieures à celles de l’époque. Le problème c’est qu’elles sont accaparées par une infime minorité et donc très inégalement réparties.

Il n’est jamais trop tard pour reprendre la bonne direction.

René Fredon

 

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