FAP-25è rapport (suite): Le mal-logement à l’épreuve des municipales

Le second volet du rapport de la FAP plaide pour faire de la question de l’habitat un enjeu majeur des prochaines élections municipales et intercommunales, puisque le vote désigne non seulement les conseillers municipaux mais aussi, par un scrutin fléché peu lisible, ceux qui siègeront dans les instances communautaires.”

 Problématique qui intéresse particulièrement le Var, pas forcément tous les élus en place et pas davantage l’extrême-droite. Les plus mal-logés, les pas logés du tout, les sans domicile, les migrants ne constituent pas la “clientèle privilégiée” que ciblent la plupart des maires sortants.

Tout comme ils tiennent, plus ou moins à distance, les habitants des cités populaires, ces QPV (quartier prioritaire de la politique de la ville) où sont regroupées en forts pourcentages les familles françaises issues de l’immigration qui doivent faire face à bien des préjugés, des handicaps sociaux, des humiliations…que la seule évocation du nom suffit à discriminer jusqu’à les tenir pour des Français plutôt à part qu’à part entière.

Les élections municpales sont en effet l’occasion de poser les bonnes questions d’une politique du logement social comme des structures d’accueil destinées aux migrants et aux populations en transit, plutôt qu’à fermer les yeux et à se draper derrière le refus de tenir ces victimes de circonstances multiples pour des inopportuns qui n’ont pas à s’imposer chez les autres !

La fondation Abbé Pierre ne demande pas à celles et ceux qu’elle accueille et qu’elle aide, s’ils sont en règle administrative. Ni aux locataires expulsés s’ils ne pouvaient éviter de l’être ! Elle les aide à survivre et à s’insérer pour qu’ils sortent du cauchemar quotidien qu’ils vivent et qui peut durer longtemps.

Adopter la Déclaration des droits des personnes sans abri, c’est reconnaître leur dignité et engager sa responsabilité pour la préserver par des actions concrètes, budgétées et évaluées collectivement.

Le problème du logement de tous est d’autant plus prégnant, qu’il tend à se diluer dans des promesses d’apparence généreuse, comme celles “d’éradiquer la pauvreté” ou “de ne plus avoir de sans abri dans les rues”, comme le déclare le Président de la République mais sans y mettre les moyens, c’est-à-dire de la dépense publique qu’il s’emploie par ailleurs à réduire drastiquement. Il a même une nette tendance à privilégier les riches

Parce que nous sommes dans “une zone tendue”, la pression foncière est forte, ce qui veut dire que se loger coûte plus cher, même pour le locatif social et les organismes HLM. Alors quand on s’attaque aux APL ce n’est pas un bon signal. Pas plus que prendre prétexte du coût du foncier pour ne pas réaliser 25% de locatif social dans les programmes immobiliers, comme le font de très nombreux maires dans le Var et la région, cela relève d’un choix  politique évident.

Ce faisant, ils établissement une sélection sociale tout en assurant aux promoteurs une valorisation de leurs investissements puisque les maires n’exigeront pas qu’une partie des programmes soit consacrée au locatif social, donc à des catégories sociales aux ressources plus modestes, voire très modestes.

C’est ce qui se passe à Toulon, où les logements sociaux atteignent 16% du parc total. On y voit fleurir les grues mais le locatif social ne risque pas de combler son retard.

Seule La Garde est au-dessus de la barre des 25%. Ce qui tient à des raisons historiques, comme La Seyne bien que redescendue à 18,5%, Draguignan suit avec 17,5%, Hyères n’est qu’à 13,15%. Après, le gros des autres communes dépasse rarement les 10% et accuse un retard considérable, sur le littoral comme à l’intérieur des territoires.

Ces maires -assez monocolores- sont hostiles à la loi SRU et le justifient par la rareté du foncier et la vocation agricole, forestière ou touristique de leur commune. Ils préfèrent payer les pénalités prévues, comme le maire de La Crau (700 000 euros) plutôt que de construire du social ! Il n’est pas le seul. Dans des communes ils encouragent les habitants à pétitionner contre des programmes locatifs sociaux ! Les pénalités prélevées reviennent en partie aux métropoles.

En Dracénie Provence Verdon (DPVa) où la démographie est supérieure à la moyenne du Var, le président a conscience de l’insuffisance de la production de logements sociaux mais il ne croit pas que la loi SRU puisse atteindre ses objectifs. Il ne s’y oppose pas mais il déclare que cela suppose “d’artificialiser les sols…la loi est un pousse-au-crime environnemental !” Rien que ça ? Mais pas les programmes de constructions privées bien plus nombreux et plus vastes en bétonnisation de terrains !!

Tout récemment, une douzaine de maires ont demandé  à être exemptés de pénalités moyennant un effort de rattrapage étalé sur quelques années. Ils sont très loin de l’objectif mais espèrent que leur “bonne volonté” sera récompensée.

Une tel parti-pris a conduit à ce que le Var, comme tout le littoral méditerranéen, accentue une mutation qui favorise une évolution sociologique de la population au profit des couches sociales moyennes et supérieures et au détriment des catégories modestes.

L’apport régulier de nouveaux habitants n’étant pas compensé par une offre d’emplois correspondante par ailleurs, les inégalités sociales ne peuvent que se creuser.

La fondation Abbé Pierre invite les candidats à ne pas séparer la lutte contre le “sans abrisme” pour des hébergements pérennes avec un suivi sanitaire et social et la construction de petits collectifs de logements sociaux en quantité suffisante pour faire face à une demande forte d’une population dont 70 % des familles sont éligibles à un logement social.

 Ce qui veut dire prendre des engagements concrets et planifiés, faire des choix d’investissements dès lors qu’on a souscrit à cet enjeu prioritaire à la fois très social et profondément humain. Pas seulement promettre avant les élections (surtout si l’on a peu de chances d’être élu) mais souscrire clairement à la démarche et aux propositions contenues dans le rapport de la Fondation Abbé-Pierre.

C’est-à-dire porter cette question comme une urgence sociale de tout premier plan.

René Fredon

https://www.fondation-abbe-pierre.fr/actualites/25e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-en-france-2020