Course aux vaccins : la  scandaleuse mainmise des pays riches

L’énorme espoir suscité par l’annonce de plusieurs vaccins que leurs laboratoires considèrent fiables à +90% est entaché par deux énormes scandales.

Celui du PDG de la firme Pfitzer aux E-U qui, le même jour, a vendu pour 5,6 millions $ de ses propres actions, réalisant une plus-value de 15%, tandis que la vice-présidente en faisait autant en vendant pour 1,8 million $ des siennes ! (1)

Qu’on se rassure : ils n’ont pas tout vendu. Le PDG a fait savoir qu’il lui en restait pour 15 millions $. Neuf fois son salaire mensuel de…1,65 million $

Un autre labo américain d’envergure, MODERNA a vendu la totalité de sa production uniquement à des pays riches ! Après avoir reçu 2,48 milliards $ de subventions de l’Etat américain par la grâce de Trump qui se vante encore de sa performance : les dépenses pour les contribuables, les profits pour les actionnaires !

Délit d’initié doublé d’une spéculation indigne lancé avec fierté à la face du monde. Démonstration, s’il en fallait, du cynisme du système capitaliste qui permet à certains de gagner en quelques heures énormément d’argent avec la pandémie. Et ce n’est qu’un tout petit acompte de ce que vont engranger les actionnaires de ces firmes qui, pour la plupart, ont déjà passé les contrats.

Ainsi, les 6 milliards de doses déjà précommandées qui devaient être un bien commun mondial, ont été destinées aux  pays riches très minoritaires pour 80% des stocks annoncés, laissant le reste aux 92 pays aux revenus faibles ou intermédiaires !

Pourront-ils accéder aux 2 milliards de doses qu’ils espèrent à l’horizon fin 2021 avec l’aide de l’OMS bien impuissante face aux marchés ?

On est dans la guerre commerciale des labos pour  faire partie des “premiers de cordée” qui se sont déjà partagés les commandes avant même d’avoir obtenu l’homologation de leurs essais et après avoir obtenu les subventions publiques des Etats concernés !

L’OMS a compté 198 candidats en lice, dont 47 en évaluation clinique, 155 en préclinique et 10 en phase III. Pfizer a commencé les enchères “vaccins fiables à 90%”, suivi dès le lendemain par le spoutnik russe à 92%…qui dit mieux ? Moderna, quelques jours après à 94,5% ! Il en existe d’autres sur les rangs dont le français Sanofi, le britannique Astrazeneca, Novavax, Cure Vac, Jansen…et une dizaine en Chine.

Quelles garanties sur ces contrats de précommandes ? Aucune, les prix seront fixés par les labos et les effets indésirables éventuels seront à la charge des Etats clients. Vive la transparence, le secret des affaires est un pilier du capitalisme  à l’échelle planétaire. On s’incline devant les multinationales aux frais des contribuables.

Illustration à Toulon, c’est tout récent, la ville avait accordé une remise de taxe à Vinci dans le cadre du programme immobilier réalisé à la Loubière, taxe qu’elle avait fixée à 20% et qu’elle avait ramenée à 13% deux ans après, puis elle avait remboursé la différence, soit 800 000 euros. Le préfet avait jugé le procédé illégal, pas la remise ! C’était au trésor de le faire, pas à la commune. Le tribunal administratif a confirmé, le 18 novembre, cette interprétation. Ce qui révèle tout de même les “petits” arrangements entre amis : il leur suffit de demander.

Que peut-on refuser à un major mondial du BTP et de l’immobilier, l’un des principaux partenaires économiques de la ville qui n’hésite pas à avancer l’argent de très gros chantiers pourvu qu’on lui laisse la gestion des autoroutes même si la Cour des comptes considère que cela va à l’encontre de l’intérêt public !

La pandémie, sa durée, sa gravité sont le résultat des choix politiques libéraux délibérés se traduisant par des coupes budgétaires infligées aux hôpitaux publics “dégraissés” comme l’Education nationale et l’ensemble des services publics depuis des décennies tandis que les faveurs fiscales sont accordées aux grandes firmes privées, gérant à leur guise pour le compte de leurs seuls actionnaires.

On est en pleine récession, l’économie va très mal et l’on nous inflige des reculs sociaux aggravant l’austérité imposée aux peuples, conséquences d’une crise sanitaire greffée sur la crise systémique globale de 2008.

Le pouvoir, très vertical, ne maîtrise toujours pas la crise sanitaire, il n’est pas le seul, en alternant mensonges, satisfécits, hésitations, incohérences, culpabilisation (des individus et des familles traumatisés, angoissés, enfoncés plus nombreux dans la misère), dramatisation, manipulation par le monopole de la parole et des actes. Un pouvoir d’état d’urgence prolongé qui se substitue à un Etat de droit. Mais bien de droite.

A titre indicatif, la France fait partie des pays les plus contaminés au monde avec plus de 2 millions de cas, première en Europe et quatrième au plan mondial après les Etats-Unis, l’Inde et le Brésil. Sur le plan de la mortalité en septième position mondiale et troisième en Europe derrière le Royaume uni et l’Italie. Elle vient de franchir la barre des 47 000 décès du covid. Proportionnellement à la population, c’est le Pérou et la Belgique qui tiennent la corde.

Cela ne réjouit personne mais relativise l’autorité qu’ils se donnent, à commencer par le chef de l’Etat,  face à un pays où le doute gagne sur le discours officiel qui nous est dispensé. En même temps que sont votées -ou se préparent- des propositions de loi liberticides.

Ce qui ne fait que renforcer l’indispensable transformation sociale et écologique qui ne peut réussir s’il n’exprime pas la nécessité d’une rupture avec le libéralisme et ses dogmes pour passer à la construction d’une société qui remettra à l’endroit les priorités visant la justice sociale et le défi climatique avec l’objectif d’éradiquer la pauvreté, les inégalités et discriminations de tous ordres, le chômage…en même temps que les privilèges d’une minorité qui accapare les fruits du travail humain.

Cela suppose non pas un peuple captif et obéissant mais un peuple conscient et agissant pour garder la maîtrise de son avenir sans céder aux hommes providentiels. On en voit les limites.

 

 

René Fredon

 

(1) Voir l’excellent dossier dans “l’Humanité” du 18 novembre

PS : Le conseil d’Etat vient de prendre le 19/11 une décision historique en donnant à la France trois mois pour  prouver que ses actions permettent effectivement d’atteindre ses objectifs climatiques. Ce dont les juges doutent manifestement !

https://reporterre.net/Decision-historique-le-Conseil-d-Etat-enjoint-au-gouvernement-d-agir-pour-le-climat