Castex sabre au clair contre les retraites !

Si on avait des doutes sur la détermination de Macron à garder le même cap, aggravé par les multiples conséquences de la pandémie -mais pas seulement… et dont nous sommes loin d’être sortis- le nouveau Premier ministre vient de brandir le sabre pour partir à l’abordage de notre système actuel de retraite, mis provisoirement dans un tiroir.

A la faveur du remaniement il est à nouveau sur la table. Comme si les urgences ne suffisaient pas, celle de l’emploi, en chute libre, des salaires et de toutes les conséquences du coronavirus.

Le nouveau Premier ministre vient de donner le signal de la reprise des hostilités entre les “partenaires” sociaux qui avaient fortement contesté le fond de ce projet, concocté de longue date par le patronat français. Bien sûr en se déclarant plein de bonnes intentions. Un projet porté par les puissants fonds de pension et les assurances privées, prêts à supplanter notre système solidaire par répartition, peu à peu vidé de sa substance, de sa gestion paritaire et de ses moyens financiers, qui deviennent des prétextes pour lui porter l’estocade.

Castex a déjà rencontré syndicats et patronat pour leur parler méthode et agenda, de manière à montrer la détermination du gouvernement à boucler la question des retraites d’ici la présidentielle,  en l’inscrivant parmi les “solutions” néolibérales à la crise actuelle, c’est-à-dire en renforçant l’emprise du privé dans tous les secteurs de l’économie !

Non seulement on va vers la fin des 35 heures et des protections sociales mais il faudra travailler plus et plus longtemps, cotiser davantage pour toucher une retraite moindre dont le pouvoir d’achat ne sera pas garanti ! Encore moins dans la période de fortes turbulences économiques dans laquelle nous sommes.

En réponse, la CGT a lancé une grande journée de manifestations et de grève pour le 17 septembre, en riposte à cette relance particulièrement provocatrice. Elle ne peut que susciter la colère contenue du mouvement social qui n’a pu s’exprimer en raison de l’état d’urgence, lequel a cessé le 10 juillet dans la Métropole.

En même temps qu’a cessé la trève hivernale concernant les expulsions et les coupures des énergies qui reprennent, tout comme est rétabli le délai de carence pour les fonctionnaires et les salariés (1 jour pour les fonctionnaires et 3 jours pour les salariés en cas de maladie), les heures supplémentaires ne bénéficieront plus de l’exonération d’impôt…

Le remaniement qui vient de s’opérer est marqué encore plus à droite, avec le glissement de Darmanin, (maire LR de Tourcoing) à l’Intérieur (malgré l’enquête non close pour suspicion de viol qui le concerne),  l’entrée spectaculaire de l’ancienne ministre UMP de la santé Roselyne Bachelot…à la culture, qui avait juré ses grands dieux qu’elle ne reviendrait jamais plus en politique, et plus encore, de l’avocat pénaliste Dupont-Moretti, omniprésent sur les plateaux et grand pourfendeur des juges qui, lui aussi, la main sur le coeur, ne se voyait pas du tout embrasser une carrière politique où il faut avaler des couleuvres…(1)

Il est intéressant de rapprocher le rôle que Jean Castex et Roselyne Bachelot ont joué à la même époque, à partir de 2005, sous Chirac puis Sarkozy, dans la mise en oeuvre de la fameuse “tarification à l’acte”, la T2A, toujours en vigueur comme système de financement des hôpitaux publics qui appelle un mode de fonctionnement tourné vers la rentabilité financière et la compétitivité en même temps que la réduction des personnels, des salaires, des lits, des services et, au final, de la qualité des soins, de la sécurité et du confort des soignés et de la qualité de la vie au travail des personnels, toutes catégories professionnelles confondues (2).

Jean Castex, à sa sortie de l’ENA, en 1991, est nommé à la Cour des Comptes puis en 1996, il devient directeur de la Dass (direction des affaires sanitaires et sociales) dans le Var, poste qu’il occupera jusqu’en 2001. Dès 2005, il rejoint le ministère des Solidarités et de la cohésion sociale où il est nommé directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins.

C’est donc un spécialiste de la “rationalisation des coûts” dans la gestion des hôpitaux publics. Il sera l’un des hauts fonctionnaires associés à la conception et à la mise en oeuvre des réformes permanentes qui marquent l’histoire de l’évolution des politiques publiques de la santé et plus particulièrement de la gestion des hôpitaux publics face aux établissements privés à but lucratif qui ne cessent de se développer.

Il officiera de 2006 à 2007 au Ministère de la santé comme directeur de Xavier Bertrand avant de rejoindre le Ministère du Travail, puis sera conseiller aux affaires sociales de Sarkozy et secrétaire général adjoint de l’Elysée. Une carrière au sommet de l’Etat qui se poursuit sous Macron.

Ce qui marque -s’il en était besoin- la continuité des politiques tout aussi libérales que celles menées sous de Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron.

Roselyne Bachelot fut ministre de Raffarin sous Chirac de 2002 à 2004 chargée de l’écologie et du développement durable puis ministre de la santé et des sports sous Sarkozy, de 2007 à 2010 et ministre des solidarités et de la cohésion sociale de 2010 à 2012. Une carrière politique bien remplie. Elle est à l’origine de la loi Hôpitaux patients santé territoire (HPST) et de la création des Agences régionales de Santé en lien direct avec…le ministre bien plus qu’avec les régions.

Elle s’est vu reprocher en 2009,  le scandale sanitaire et financier autour de la grippe A (H1N1) pour l’achat tardif et copieux (plus de 1,5 md) d’une quantité de vaccins alors que 8% seulement des Français avaient été vaccinés.

 

Comme Jean Castex, elle est une “experte” des questions de santé publique telle que les libéraux la conçoivent : toujours moins de “public” et toujours plus de “privé” car dans leur système économique -celui qui nous écrase- tout est marchandise, même la santé et doit être soumis à la loi du profit d’autant plus grand que l’on réduit les dépenses (effectifs, salaires…) La gestion publique des hôpitaux doit s’aligner sur celle des cliniques privées et suivre une logique d’entreprise.

C’est cette philosophie dogmatique qui les relie à Macron et qui nous plonge dans la situation qui se dérobe sous nos pieds si nous écoutons les “justifications” officielles et les arguments d’autorité : “il faut bien rembourser les dettes” ? Tout viendrait du covid-19 ?  Il a certes fortement accéléré une crise économique et sociale qui lui est bien antérieure, en même temps que révélé les tares des pays capitalistes les plus industrialisés pour y faire face.

On les retrouve d’ailleurs en tête du classement nécrologique des plus de 500 000 décès enregistrés dans le monde en ce début juillet, le pic étant loin d’être en vue sur d’autres continents. 130 000 décès rien qu’aux Etats-Unis et 70 000 au Brésil, suivi du Royaume uni, de l’Italie, du Mexique, de la France et de l’Espagne.

Mais qui nous a plongés dans cette situation hormis ceux qui nous gouvernent et s’arcboutent sur leurs privilèges ? Ce ne peuvent être les victimes qu’ils s’apprêtent à culpabiliser et à précariser.

Que ce soit les plans de relance de l’assurance-chômage ou des retraites, ils sont conçus comme des soutiens à leur système économique destructeur qui creuse les inégalités sociales.

Ce qui menace un peu plus chaque jour la planète, la vie des humains mais aussi du règne minéral, végétal et animal (3).

A chacun de relever ce défi et d’être dans l’action, dans la proposition, dans la résistance, dans la construction d’une alternative progressiste  qui nous sorte de l’impasse libérale.

René Fredon

(1) https://www.youtube.com/watch?v=pGDH15EiPTk

(2) https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-le-virus-qui-acheva-la-t2a-a-lhopital-1185636

() https://www.lemediatv.fr/articles/2020/frederic-pierru-dans-lapres-covid-on-jugera-la-gestion-de-lhopital-comme-une-vraie-folie-J-fEEI_IQFmsLofew2y–g